Dihya Tadmut

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Kahena)
Aller à : navigation, rechercher

La Kahena

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Dihya (homonymie).
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ou cette section d'une biographie doit être recyclé. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)

Une réorganisation et une clarification du contenu est nécessaire. Discutez des points à améliorer en page de discussion.

Dihya
Statue de la reine guerrière Dihya à Khenchela en Algérie.
Statue de la reine guerrière Dihya à Khenchela en Algérie.
Titre
Reine des Berbères[1],[2],[3]
(15 ans)
Biographie
Nom de naissance Dihya
Date de naissance aux alentours de 664
Lieu de naissance Aurès
Date de décès (2 ramadan 82 de l'hégire)
Lieu de décès Village près de Khenchela, Baghaï (Algérie)
Nature du décès Tuée au combat
Nationalité Aurès
Père Tabeta Aït Tifan (Tabeta fils de Tifan)
Conjoint Aksel
Enfants Ifran, Yezdia, Khenchela
Résidence Aurès

Dihya (en berbère : ⴷⵉⵀⵢⴰ Dihya, en arabe : ديهيا) ou Damya, surnommée Dihya Tadmut, aussi connue sous le nom de Kahina ou Kahena est un personnage historique, une reine guerrière berbère zénète des Aurès qui a combattu les Arabes Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle, morte en 701.

Plusieurs femmes ont écrit des romans sur Dihya au XXe siècle et plusieurs penseurs la considèrent comme une des premières féministes bien avant le Moyen Âge[4] et une des premières reines guerrières de l'Histoire.

Cette icône de la berbérité est la fille de Thabet, le chef de la tribu des Djerawa.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Pour une partie des Berbères des Aurès, les Chaouis, elle s'appelait Dihya Tadmut qui voudrait dire belle gazelle en Tacawit (langue berbère des Aurès). D'autres Chaouis l'appellent Damya, qui viendrait du mot amazigh : edmi ou admu, qui qualifie une gazelle de grande taille[5]. Il est probable que Damya soit simplement la forme arabisée de Tadmut, forme féminine du mot admu, mot berbère désignant une gazelle[6].

Les écrivains en langue arabe du Moyen Âge utilisent le nom de Dihya et le surnom de Kahina, à l'exemple d'Ibn Khaldoun. La plupart des écrits historiques ou littéraires qui la mentionnent, la désignent par son surnom Kahena ou Kahina.

En hébreu ou en punique, son nom pourrait dériver de Cohen ou Cahen, la classe des prêtres[7],[8]).

Le surnom Kahena a plusieurs significations possibles en arabe, en hébreu ou en grec. En arabe, Kahena désigne une prêtresse, une prophètesse, mais également une devineresse, une sorcière, toute femme réputée pour des pouvoirs peu courants, quels qu'ils soient, par exemple la divination ou des pratiques magiques. [9]. Elle était appelée ainsi par les arabes avant que cela ne devienne un surnom la qualifiant.

Dans la région des Aurès, les Chaouis l'appellent souvent Yemma El Kahina (Mère Kahina). Plusieurs chants lui sont dédiés dans le terroir chaoui, en chaoui ou en arabe dialectal.

Le groupe le plus connu de la ville de Batna et en Algérie portait le nom de El Kahina dans les années 1980.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans un contexte général de guerres arabo-byzantines, la conquête de l'Afrique du Nord est décidée par le chef de la dynastie ommeyade, Muawiya Ier (602-680), premier calife omeyade (661-680), et continuée par son fils, le second calife omeyade (680-683), Yazīd Ier (645-683).

Oqba Ibn Nafi Al Fihri (622-683) est le général arabe désigné pour conquérir la totalité de l'Afrique du Nord et y propager l'islam. Il gouverne l'Ifriqiya de 663 à 675, puis de 682 à sa mort. Vers 670, les Arabes musulmans fondent le poste militaire de Kairouan, dans le but d'en faire un point d'appui dans leur campagne de conquête de l'Afrique du Nord.

La conquête musulmane du Maghreb se heurte à la résistance des populations locales et des puissances installées : l'Empire byzantin (chrétien), implanté essentiellement sur les côtes et en particulier à Carthage et Septum, et les Berbères.

L'Exarchat de Carthage (585-698) est une province excentrée de l'Empire byzantin, affaibli depuis la Bataille du Yarmouk (636).

Au début de la conquête musulmane du Maghreb, l'unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale (les Aurès, l'est de l'Algérie) est en grande partie réalisée par Agssila (Koceila)[10]. Ce chef de la tribu berbère Aouraba et de la confédération des Sanhadja prend la tête de la résistance berbéro-byzantine , de 660 à 686, à la Conquête musulmane du Maghreb. Soucieux d'une relative indépendance, allié des Carthaginois byzantins, il s'oppose aux armées des Omeyades, particulièrement au général Oqba Ibn Nafi Al Fihri. Koceila se serait converti à l'Islam en 675, après sa défaite à la bataille d’Al Alurit, et aurait eu des relations apaisées avec le successeur d'Oqba, Abû al Muhadjîr Dinâr, général en chef arabe de 675 à 681.

En 682, Oqba Ibn Nafi Al Fihri, rappelé en Ifriqiya, dirige ses troupes vers l'ouest, gagnant plusieurs batailles face à l'Empire byzantin. Avec le soutien de quelques tribus berbères, il mène un raid contre Tanger (Tingis) où il est vaincu. Au retour, il quitte la côte, pénètre dans les terres montagneuses, vers le Moyen Atlas, mais il meurt près de Biskra avec trois cents cavaliers, en 683, lors d'une embuscade tendue par les Berbères et les Byzantins menés par Koceila (Aksil en berbère), chef berbère qui cherche ainsi à lui faire expier les massacres de tribus entières et les affronts subis.

Les Omeyyades perdent alors temporairement plusieurs points côtiers, ce qui leur vaut la perte de la suprématie maritime et l'abandon de Rhodes et de la Crète.

Koceila prend Kairouan. De 683 à 686, Koceila dirige tout le Maghreb central, et sans doute davantage. Il meurt en 686 à la bataille de Mems, près de Kairouan, qui redevient arabe.

À Constantinople, à Constantin IV (668-685) succède Justinien II (685-695, puis 705-711). À Damas, les califes se succèdent : Muʿawiya II (683-684), Marwān Ier (6684-685), ʿAbd Al-Malik (685-705). Le gouverneur de l'Ifriqiya est désormais Hassan Ibn Numan, au moins de 692 à sa mort, vers 700.

Au décès d'Agssila (Koceila), en 686, Dihya prend la tête de la résistance (à l'âge de 22 ans). Elle est issue de la tribu des Djerawa, une tribu zénète de Numidie, selon les chroniqueurs en langue arabe au Moyen Âge. Fille unique, elle aurait été élue ou nommée par sa tribu après la mort de son père, Thabet[11].

Dihya procède à l'appel de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud pour remporter la guerre contre les Omeyades. La tribu berbère des Banou Ifren Zénète est la première à défendre les territoires aux côtés de la Kahina[12].

Elle dirige de fait la résistance sur la (presque) totalité de l'Ifriqiya, hors côtes, pendant cinq ans, de 688 à 693.

Hassan Ibn en N'uman obtient des renforts musulmans, et en 693, les troupes berbères commandées par Dihya.

L'empereur Leonitos (Léonce), empereur byzantin de 695 à 698, grâce à la flotte des Carabisiens, reprend une certaine maîtrise de Carthage, pour trois ans.

En 698, Ibn Numan reporte ses efforts sur Carthage. Par la bataille de Carthage (698), les armées arabes reprennent la ville, mais surtout la maîtrise des mers et du bassin occidental de la Méditerranée. La route de l'Europe est ouverte.

Il demande alors un supplément d'hommes au calife Ibn Marwan pour s'attaquer aux Aurès qui constituent l'ultime bastion. Sachant sa défaite imminente, Dihya fait pratiquer la politique de la terre brûlée pour dissuader l'envahisseur de s'approprier les terres, s'aliénant par là une partie de son peuple : citadins berbères sédentaires, nomades des campagnes. Carthage finit par tomber aux mains des troupes musulmanes en 698 et Hassan Ibn Numan se fait nommer gouverneur d'Ifriqiya.

Elle défait par deux fois les Omeyyades en s'alliant aux tribus des Aït Ifren (en berbère :  (ⴰⵢⵜ ⵉⴼⵔⴰⵏ)), en 695 près de Tabarqa.

En 697, Dihya remporte une victoire sur les troupes d'Hassan Ibn Numan à Meskiana ou Oued Nini (entre Tebessa et Aïn Beïda, dans la Wilaya d'Oum El Bouaghi de l'actuelle Algérie). Dans la vallée déserte et asséchée, Dihya dissimule son armée pendant la nuit, en partie dans la montagne, en partie derrière, sa cavalerie et ses troupeaux de chameaux, pour prendre en embuscade les troupes d'Ibn Numan. Lorsque les Arabes attaquent, ils sont accueillis par une pluie de flèches tirées entre les jambes des chameaux des Berbères. Une fois les Arabes écrasés, les Aurésiens les poursuivent jusqu’à Gabès. Cette prestigieuse victoire, appelée aussi bataille des chameaux, permet de repousser les troupes du calife jusqu'en Tripolitaine. Les Arabes surnommèrent le lieu de la bataille Nahr Al Bala (Rivière des souffrances).

Dihya s'engage une dernière fois dans la bataille en 701 à Tabarka. Elle est vaincue par les armées arabes de l'émir Moussa Ibn Noçaïr. La défaite de ses troupes est en partie due à la trahison de Khalid, jeune Arabe que la reine a épargné à la bataille d'Oued Nini et adopté selon la coutume de l'anaïa (protection) en vigueur chez les anciens Berbères[13].

Constatant que tout est perdu, continuant de combattre, elle envoie ses deux fils, Ifran et Yezdia, auprès d'Hassan[14],[15].

Elle se réfugie dans l'Amphithéâtre d'El Jem. Elle est capturée, emprisonnée, puis décapitée au lieudit Bir El Kahinan, le 2 ramadan 82 de l'Hégire (9 octobre 701). Les chefs de l'armée Omeyyades envoient sa tête en trophée au calife Abd al-Malik en Syrie[12].

À la suite de cette victoire, Hassan réclame aux Berbères 12 000 cavaliers, pour conquérir l'Andalousie, sous le commandement des deux fils de Dihya. L'intervention de Musa ben Nusayr règle le problème avec les Berbères en nommant Tariq ibn Ziyad à la tête de l'armée zénète et des autres Berbères[16]. Son fils devient gouverneur de la région des Aurès et par la suite sa tribu a un pouvoir lors des dynasties Zirides dans les Aurès[17].

La perte de la province d'Afrique est lourde pour l'Empire byzantin. Après la perte de l'Égypte en 642[18], il perd son second grenier de blé.

Récits médiévaux[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Ibn Khaldoun (1332-1406), qui réfléchit à un événement vieux de 700 ans, à la veille de la conquête musulmane du Maghreb, plusieurs tribus berbères pratiquent alors le judaïsme[19].

Kahena est réputée user de pouvoirs magiques : « Hassan accorda au fils de la Khahina le commandement en chef des Djerawa et le gouvernement du Mont Awres, il faut savoir que d'après les conseils de cette femme, conseils dictés par les connaissances surnaturelles que ses démons familiers lui avaient enseignées, ses deux fils s'étaient rendus aux Arabes avant la dernière bataille »[20].

Parmi les tribus berbères, Ibn Khaldoun distingue :

  • les Idjerawen (ou Djerawa), tribu qui habitait les Aurès et à laquelle appartenait Kahena ;
  • les Nefousas (ou Nefzaouas), des berbères de l'Ifriqiya ;
  • les Fendelaoua, les Medîouna, les Behloula, les Ghiata et les Fazaz, Berbères du Maghreb-el-acsa (nom arabe correspondant au Maroc).

Parmi ces tribus originaires de l'actuelle Tunisie, des Aurès, de l'actuelle Algérie et de l'actuel Maroc, la tribu des Djerawa est une des plus puissantes de la confédération des Zénètes[19].

Mais, selon Gabriel Camps, les deux tribus berbères citées, Djerawa et Nefzaouas, seraient de confession chrétienne avant l’arrivée de l’Islam.

Selon Al Darisi, Dihya commande la tribu des Djerawas pendant soixante-cinq ans, vit cent vingt sept ans et gouverne l'Ifriqiya pendant cinq ans[19].

Selon d'autres, elle prend la direction de la résistance à 22 ans.

Divergences historiques[modifier | modifier le code]

Le rôle joué par Dihya a constitué un enjeu considérable pour ses commentateurs. Les sources que nous avons sur Dihya, symbole de la résistance à l'expansion musulmane, proviennent en grande partie des historiens musulmans. C'est donc pour certains d'entre eux, sur des arrière-pensées et vues politiques que sont fondées leurs affirmations. Cela est d'autant plus difficile à vérifier que les sources diverses sont rares.

Religion[modifier | modifier le code]

La question de la religion (dyhia) de Yemma al Kahina (notre mère Kahina)[21] a été traitée par plusieurs historiens du Moyen Âge ou contemporains. Plusieurs hypothèses ont été émises, selon lesquelles elle aurait été juive ou chrétienne, mais une autre hypothèse consiste à dire qu'elle pratiquait uniquement les rituels de l'époque, relatifs aux croyances berbères.

Selon l'historien Gabriel Camps, spécialiste du Maghreb, les tribus zénètes n'étaient pas juives mais chrétiennes. Toutefois, pour Paul Sebag « c'est aller à l'encontre des textes, difficilement récusables[22] », la Kahena serait juive, et plus exactement membre d'une tribu berbère judaïsée. Plusieurs auteurs la considèrent comme juive[23],[24], d'autres la considère comme chrétienne[25],

Ibn Khaldoun ne cite nullement la religion de Dihya et réfute les thèses selon lesquelles les Zénètes descendent de Goliath (en arabe Djallut). En citant ses sources[Lesquelles ?], il approuve la version d'Ibn Hazm, qui lui semble la plus logique. Selon celle-ci, Dihya descend des Zénètes et a comme ancêtre Medghassen[12],[26]. Ibn Khaldoun ajoute, en citant les propos des Zénètes, qu'ils avaient un prophète du nom de Moussa Ibn Salih.

Cependant, au moment de l'époque romaine et byzantine, certains Zénètes étaient chrétiens. Certains (comme Gabriel Camps, dans son livre Berbères - Aux marges de l'histoire) pensent que Dihya était chrétienne, parce qu'elle était la fille de Matya lui-même fils de Tifan. Ces noms seraient les déformations de Matthieu (comme l'Apôtre) et Théophane (repris par de nombreux Saints chrétiens). Le christianisme était en outre largement répandu, une grande partie des populations berbères du nord ayant été christianisés sous l'empire romain.

Les Zénètes et le reste des Berbères (plusieurs tribus non Zénètes comme les Houaras ou les Awraba)[27] ont fait partie des troupes de la Kahina qui ont combattu les musulmans[12]. Ibn Khaldoun nomme pour source Hani b. Bakur Ad Darisi. Celui-ci donne les renseignements sur la vie de Dihya, affirmant notamment qu'elle avait des démons qui lui dictaient des prédictions[28].

La Kahina était considérée comme sorcière ou possédée[29],[30].

Selon l'historien et géographe français Émile-Félix Gautier : « Les Djeraouas ne sont plus des chrétiens comme les Aurébas, mais bien des juifs ». Strabon avait déjà témoigné à l'époque romaine que les juifs étaient nombreux en Afrique du Nord. Selon [Qui ?], certains y étaient venus librement au fil des siècles avec les Phéniciens, dès le temps des Carthaginois, tandis que d'autres y avaient été déportés par Trajan, après avoir tenu tête en Cyrénaïque aux légions romaines. Ainsi avaient-ils participé à la conversion de nombreuses tribus berbères.[réf. nécessaire]

D'autres [Qui ?] laissent entendre que Dihya aurait pu être animiste, sans pouvoir pour autant préciser de quel culte il s'agirait, les Berbères ayant été païens avant l'arrivée du christianisme. La signification prêtresse et être pur du nom Kahena correspondrait ainsi à une tradition animiste d'Afrique du Nord, selon laquelle les prêtresses subissaient un rituel de purification. (La reine touareg Tin Hinan, que l'on supposait, de la même manière, chrétienne, était sans doute animiste, comme le laisse penser son tombeau récemment découvert[31].

Selon certains historiens[Lesquels ?], elle aurait été juive, issue de la tribu des Djerawa. Selon les dernières recherches[citation nécessaire] effectuées notamment à l'université de Cambridge autour des manuscrits découverts à la Guenizah du Caire (découverts au début du XXe siècle et analysés depuis l'an 2000), le père de la reine Kahena s'appelait Maatia, dérivatif de Mattathias, nom du prêtre juif, père de Judas Macchabée, qui avait expulsé les Séleucides de Judée en -165.

Il convient de considérer les diverses hypothèses en se référant au contexte historique. Avant l'expansion islamique en Afrique du Nord, l'Ifriqiya n'est pas musulmane. Après la fondation du camp fortifié de Kairouan et de la préfiguration de la Grande Mosquée de Kairouan, en 670, l'Islam s'installe durablement en Ifriqiya. L'expansion de l'islam, à cette époque, n'est pas seulement militaire, l'étape suivant l'islamisation du Maghreb, Al-Andalus (711-1492), en est le meilleur témoignage. Kairouan est devenue alors, progressivement, un foyer de haute culture, qui commence par la décision califale d'y faire venir d'Égypte un nombre important de coptes et ou de juifs, réputés pour leurs savoirs techniques. Ainsi débute la longue histoire des Juifs à Kairouan (670-1270).

Politique de la terre brûlée[modifier | modifier le code]

L'historiographie a également mis l'accent sur la politique de la terre brûlée qui aurait été pratiquée sous la Kahena, d'après Ibn Khaldoun[réf. nécessaire], E.F Gautier, Ibn El Athir et Le Bayan, ce qui aurait motivé le mécontentement des cultivateurs de la côte. Cette version est contestée par certains selon lesquels, il se serait agi, pour les historiens musulmans, de discréditer la reine berbère hostile à l'expansion musulmane : des villes et des villages auraient certes effectivement été brûlés, mais cela s'expliquerait non par l'invasion arabe, mais par le fait que l'Afrique du Nord, depuis la chute de l'empire romain d'Occident, était le théâtre d'affrontements entre Byzantins et autochtones, voire entre Berbères nomades et sédentaires.

Archéologie[modifier | modifier le code]

En Algérie, dans la région des Aurès, aucune étude sérieuse n'a été entreprise à ce jour[32]. Mais depuis 2006, les autorités algériennes affirment entreprendre des recherches[33].

En Tunisie, le seul endroit qui témoigne de l'existence de la Kahena est l'amphithéâtre d'El Djem[34].

La ville antique de Baghaï (dans la wilaya de Khenchela), où est supposé se trouver le château de la Kahena (si elle a habité un palais, ce que ne démontre aucune étude archéologique[21]), pourtant classée monument du patrimoine national, est en péril, ce que déplorent les spécialistes algériens sur place[35].

Postérité[modifier | modifier le code]

Elle est citée par des auteurs arabes[Lesquels ?], après l'invasion de Bagaï, comme une femme d'une incroyable beauté, possédant une poigne de fer, tout en étant une redoutable combattante[réf. nécessaire].

Dihya est la seule femme connue de l'histoire à combattre l'empire omeyyade[36]. Les Omeyyades demandent aux Zénètes de leur fournir douze mille combattants pour la conquête de l'Andalousie comme condition à la cessation de la guerre[37].

Une statue a été construite au Maghreb à la mémoire de la Kahena : à l’initiative de l’association Aurès El Kahina, elle a été érigée au centre ville de Baghaï, wilaya de Khenchela (Algérie), et inaugurée en 2003 par le président de la République Abdelaziz Bouteflika, lors de sa visite dans la wilaya. La statue, réalisée en acier Corten, est l'œuvre de l’artiste sculpteur Ali Boukhalfa, qui s’est inspiré des anciennes pièces de monnaie à l’effigie de la reine.[38],[39]

Tradition orale[modifier | modifier le code]

Entre l'antique Thevest romaine (aujourd'hui Tebessa) et l'agglomération de Bir El Ater se trouve un puits appelé « Bir el kahina » (le puits de la kahina), en référence ou en souvenir du lieu où elle aurait été tuée. À Baghaï, petit village à une vingtaine de kilomètres de Khenchela, les habitants désignent certaines ruines anciennes comme les ruines du « palais de la Kahina ».

Le nom de la rivière Meskian, où Kahina remporta sa première victoire contre le général Ibn Numan, ainsi que celui du village de Meskiana qu'elle traverse, viendrait des mots berbères Mis n Kahina qui signifie « les fils de Kahina ».

Certains berbères chaouis des Aurès disent qu'ils ont le « nez de la Kahina », un nez particulier d'une grande beauté, un peu comme celui de Cléopâtre. le nez dont il est question, veut dire le Khanchouch, c'est-à-dire la fierté.

Dans toute la région des Aurès, le nom Diyya est assez courant chez les chaouis. Aussi, le personnage historique de Dihya est devenu de nos jours un symbole, aux côtés de Massinissa et de Jugurtha, etc.

La tradition orale des chaouis ne donne pas beaucoup de renseignements précis sur tout le parcours historique de la Kahina. Mais elle reste la reine des chaouis.

Littérature moderne[modifier | modifier le code]

Littérature non algérienne[modifier | modifier le code]

Plusieurs femmes ont évoqué la Kahina, comme Gisèle Halimi dans son livre La Kahina ou Baya Jurquet-Bouhoune dans son livre Femmes algériennes : de la Kahina au Code de la Famille, où elle dénonce le code de la famille adopté le 9 juin 1984 en Algérie.

Gisèle Halimi a déclaré pour sa part :

« J’ai voulu clore ce cycle par la Kahina. Dans son contexte historique, je l’ai fait vivre, aimer, guerroyer, mourir. Comme mon père, Édouard le Magnifique, l’aurait peut-être imaginée. La Kahina était-elle son ancêtre ? Peut-être. L’ai-je aimée en la faisant revivre. Oui. Passionnément[40]. »

Littérature algérienne[modifier | modifier le code]

Dans la littérature algérienne contemporaine, Kahena est évoquée dans les œuvres de Kateb Yacine ainsi que beaucoup d'autres écrivains.

« L’originalité de Kateb, suivant l’essayiste, est d’avoir fait de Kahina une païenne au sens non idolâtre ou polythéiste, mais dont le paganisme s’apparente à un matérialisme moderne. Dans la «femme sauvage» Kateb présente la Kahina comme une adoratrice de la terre, seule divinité qu’elle reconnaisse. Cette passion pour la terre est synonyme de patriotisme. (p. 108). Kahina prend alors l’image de “la vierge aux abois” nommée la “Numidie”, abandonnée mourante par “Jugurtha”, comme l’évoque Rachid dans son roman Nedjma en se disant : « Et c’est moi, Rachid, nomade en résidence forcée, d’entrevoir l’irrésistible forme de la vierge aux abois (Kahina), mon sang et mon pays; à moi de voir grandir sous son premier nom arabe la Numidie que Jugurtha laissa pour morte. » (p. 41).

Mohammed Khaïr-Eddine : « Khaïr-Eddine, selon Zemmouri, évoque Kahina dans ses textes comme une ancêtre emblématique (…). Dans Agadir le héros reconnaît comme divinité la «Déesse Sudique Rutilante» qui semble désigner à la fois Kahina et la terre du sud (…). L’histoire devient alors mythe. Mais alors que Farès et Kateb exaltent et célèbrent en elle la femme qui symbolise la résistance aux envahisseurs arabo-musulmans, Khaïr-Eddine, lui, préfère voir en elle le symbole de la révolte (contre l’ordre établi). » – Op.cit., p. 106. Dans ce même roman Kahina proclame: “ Je suis Kahina La Berbère. Les roumis m’appellent la Reine Serpent de Barbarie. Mais je suis communiste …” (p. 57)[41]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://encyclopedieberbere.revues.org/1190?lang=en
  2. http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/4_18_21.pdf
  3. http://aureschaouia.free.fr/telecharg/monographie-de-l-aures-lt-col-de-lartigue.pdf
  4. Femmes algériennes: de la Kahina au Code de la famille : guerres-traditions, Baya Jurquet-Bouhoune, Jacques Jurquet. Page 26. 2007
  5. « Mohand Akli Haddadou, Racines berbères communes »
  6. « Dictionnaire des racines berbères communes »
  7. http://www.almaany.com/home.php?language=arabic&lang_name=%D8%B9%D8%B1%D8%A8%D9%8A&word=%D9%83%D8%A7%D9%87%D9%86%D9%87
  8. www.lepetitjournal.com/tunis/societe/histoire/122066-histoire-la-kahena-reine-berbere
  9. http://www.almaany.com/home.php?language=arabic&lang_name=%D8%B9%D8%B1%D8%A8%D9%8A&word=%D9%83%D8%A7%D9%87%D9%86
  10. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, partie Djerawa
  11. Selon Ibn Khaldoun, elle est la fille de Tabeta Ibn Tifan ou Ibn Nisan Ibn Bawra {bn Mas Kesri, fils d'Afred, fils d'Usila, fils de Guérao, fils d'Adidet, fils de Djana.
  12. a, b, c et d Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, partie des Zénètes, traduit par Slane, édition Berti, Alger 2003
  13. L'anaïa était accordée obligatoirement à toute personne qui en faisait la demande. Par exemple, le roi Massinissa l'avait accordée à ceux qui furent au départ ses ennemis (Meztul, Lacumazes, Sophonisbe, etc).
  14. V-Y Mudimbé, Jean Jolly, Brigitte Senut, L'Afrique et son environnement européen et asiatique, L'Harmattan, , 167 p. (ISBN 229605773X, lire en ligne), p. 43
  15. Jean-Pierre Marin (préf. Jean Deleplanque), Au forgeron de Batna, Paris, L'Harmattan, coll. « Graveurs de mémoire », , 493 p. (ISBN 2747593118, OCLC 123475998, lire en ligne), p. 28
  16. Mouloud Gaid, Les Berbères dans l'histoire, volume 4, 1996, p. 182
  17. Mouloud Gaïd, Les Berbers dans l'histoire : De Ziri á Hammad, 1990, p. 94
  18. (en) Mohammed Fasi et Ivan Hrbek, Africa from the seventh to the eleventh century, éd. Unesco, Paris, 1988, p. 48
  19. a, b et c Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Paul Geuthner, Paris, 1978, tome 1, p. 208-209
  20. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Berti, Alger, 2003, version complète, p. 161. (ISBN 9961-69-027-7) édité erroné
  21. a et b (fr) « Qui dit mieux ? », sur Infobatna, la rédaction d'info Batna (consulté le 2 mai 2010)
  22. Histoire des Juifs de Tunisie: des origines à nos jours, L'Harmattan, 1991, p.44
  23. Joseph Tolédano, Les Juifs maghrébins, Brepols, 1989, p. 14.
  24. André Chouraqui, Les Juifs d'Afrique du Nord, Presses universitaires de France, 1952, p. 47.
  25. Gabriel Camps, Berbères, mémoire et identité, p. 136, éditions Babel.
  26. Tribus berbères d'après E. M. Albarnossé tirées du livre d'Ibn Khaldoun
  27. L'Imamat de Tahart : premier état musulman du Maghreb (144/296 de l'hégire), Par Brahim Zérouki, L'Harmattan, 1987, p.58
  28. voir la partie Zénètes d'Ibn Khaldoun
  29. Femmes d'Algérie: légendes, traditions, histoire, littérature, par Jean Déjeux, 1987, p. 88
  30. Le Ciseleur d'écho, Volume 1, Mokhtar Sellal, 2002, p. 37
  31. Infobatna, article sur la Kahina, écrit par la rédaction
  32. Le soir d'Algérie
  33. « Khenchela, Hommage à El Kahina », Le Soir d'Algérie.
  34. « Inscriptions de l'Amphithéâtre d'El-Djem (1), (Tunisie) », Revue Africaine, Octobre 1856 - N°01.
  35. Khenchela Kasr El-Kahina en péril
  36. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  37. Jazya: princesse berbère, 1998, p. 165
  38. http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&id_article=reportage@art1@2010-08-09
  39. http://www.babelmed.net/cultura-e-societa/98-algeria/13092-algerie-la-kahina-la-femme-quils-naiment-pas.html
  40. lemague, Semmar Abderrahmane
  41. La berbéritude païenne du roman maghrébin de langue française. La berbéritude païenne du roman maghrébin de langue française contestée, dans l’essai doctoral de Mohammed-Saâd Zemmouri, Par: SOSSE ALAOUI MOHAMMED,(lire en ligne) 2006

Cartes repères[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères (traduit de l'arabe par le Baron de Slane), Tome I, Alger, 1852-1856, p. 208.

Essais et romans[modifier | modifier le code]

Recherches historiques actuelles[modifier | modifier le code]

  • A. Hannoum, « Historiography, mythology and memory in modern North Africa : The story of the Kahina », Studia islamica, 1997, 85, p. 85-130.
  • A. Hannoum, « Historiographie et légende au Maghreb : la Kahina ou la production d’une mémoire », Annales, 1999, 54, 3, p. 667-686 lire en ligne.
  • Y. Modéran, « Kahena », Encyclopédie berbère, t. XXVII, Aix, 2005, p. 4102-4111.
  • Y. Modéran, « De Masties à la Kahina », Aouras, 3, 2006 (Actes de la première journée d’études sur l’Aurès organisée par l’Université de Khenchéla et la société Aouras), p. 159-183.
  • B. Lugan, Histoire des Berbères, Lugan, 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]