Homo naledi

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Homo naledi est une espèce éteinte d'hominines dont la découverte fut annoncée en par Lee Rogers Berger[1]. Les fossiles ont été trouvés dans les Grottes de Rising Star, près de Johannesburg, en Afrique du Sud. La découverte et l'analyse de nouveaux restes trouvés dans une seconde chambre a été faite en mai 2017 par John Hawks.

Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithèque, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques.

D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années, il a été daté en 2017 entre 236 000 et 335 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.

Nom[modifier | modifier le code]

Naledi signifie « étoile »[2] en sesotho et fait référence au nom du site.

Découverte[modifier | modifier le code]

Schéma de la chambre de Dinaledi, montrant l'emplacement des sédiments et des ossements
La chambre de Dinaledi dans les grottes de Rising Star

Cette espèce, inconnue jusqu'alors, a été définie à partir de fossiles découverts à Maropeng en 2013 et 2014[3],[4], dans les grottes de Rising Star, à proximité de Johannesburg, en Afrique du Sud, sur le site archéologique du « Berceau de l'humanité », classé au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO. Les fossiles furent trouvés dans la chambre de Dinaledi, située à environ trente mètres sous la surface du sol et dont l'accès est étroit et difficilement praticable[5]. Lors de cette première découverte, plus de 1 550 os fossiles appartenant à au moins quinze individus, parmi lesquels des nouveau-nés, de jeunes adultes et des personnes plus âgées, furent trouvés[3]. Il s'agit du plus grand assemblage de fossiles mis au jour en Afrique.

Schéma de la chambre de Lesedi

En mai 2017, un article publié sur eLife[6] a présenté des découvertes effectuées dans un autre site des grottes de Rising Star, appelé chambre de Lesedi et répertorié sous le numéro UW-102. La chambre, difficilement accessible comme la première, est située à une centaine de mètres de celle-ci[7]. 130 restes fossiles d'au moins trois individus (deux adultes et un enfant) ont été dégagés, dont un crâne presque complet désigné par la cote LES1[7].

Datation[modifier | modifier le code]

Lors de l'annonce de leur découverte, les fossiles n'étaient pas encore datés précisément[3]. Selon John Hawks, membre de l'équipe et paléoanthropologue à l'université du Wisconsin, « Ils pourraient avoir été là depuis deux millions d’années ou depuis cent mille ans, et ont même pu coexister avec des hommes modernes »[8].

La difficulté de la datation provenait notamment de l'absence de faune fossile à proximité des spécimens d'Homo naledi et des spécificités géologiques du site, les sédiments formant un mélange trop hétérogène[9].

Une étude, basée sur une analyse bayésienne menée en comparant les restes retrouvés à ceux d'autres espèces d'hominidés, attribuait un âge vraisemblable de 912 000 ans à Homo naledi. Cet âge excluait sa classification comme une forme archaïque de l'espèce Homo erectus[10],[11].

Concernant la datation, Paul Dirk, membre de l'équipe de la découverte, indiquait dans une interview publiée en avril 2016 que plusieurs techniques étaient prévues dans sept laboratoires différents[12]. Lors d'une interview accordée au magazine grand public National Geographic en avril 2017, Lee Berger révéla qu'Homo naledi n'aurait que 200 000 à 300 000 ans, anticipant la parution de l'article scientifique le 9 mai suivant dans la revue eLife qui précisait, par différentes méthodes de datation des sédiments et des dents, les dates retenues de 236 000 à 335 000 ans[13].

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Photo des ossements d'Homo naledi étalés sur une table noire
Ossements d'Homo naledi

Selon l'étude de Berger et al., un Homo naledi adulte mesurait en moyenne 1,50 m et pesait 45 kg[3], avec des poids estimés allant de 39,7 à 55,8 kg selon les individus[1]. Selon l'université du Witwatersrand, la National Geographic Society et le ministère sud-africain des Sciences, les mains d'Homo naledi « laissent supposer qu'il avait la capacité de manier des outils », les phalanges des doigts étaient assez incurvées, ce qui est une caractéristique partagée avec les australopithèques et les premiers représentants du genre Homo. Par ailleurs, « il est pratiquement impossible de distinguer ses pieds de ceux d'un homme moderne. Ses pieds et ses longues jambes laissent penser qu'il était fait pour marcher longtemps »[3].

Homo naledi partage un certain nombre de caractères avec les premières espèces du genre Homo, comme la morphologie du crâne, des mandibules et de la dentition, mais d'autres, comme le faible volume du cerveau, le rapprochent des Australopithèques[1]. Le volume endocrânien est ainsi compris entre 465 cm3 pour le plus faible et 560 cm3 pour le plus important[1], ce qui correspond aux australopithèques tardifs, mais aussi à la variation inférieure chez Homo habilis (et le crâne 5 de Dmanissi, attribué à Homo georgicus, a un volume de 546 cm3). Malgré cette petite taille, sa structure ressemble cependant aux crânes appartenant aux premiers Homo[1]. Les dents sont petites et primitives.


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Controverses scientifiques[modifier | modifier le code]

Des doutes sur la pertinence de l'attribution des ossements découverts à une nouvelle espèce avaient été émis à l'origine par des scientifiques, dont Christoph Zollikofer, de l'université de Zurich, et Tim White, de Berkeley. Ce dernier considérait qu'il pouvait s'agir d'une forme primitive d'Homo erectus[14], ce qui a été démenti par la datation annoncée en 2017.

Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus[15] ». Ian Tattersall, du Muséum américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo »[8].

Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes[8]. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.

Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Lee Rogers Berger et al., « Homo naledi, a new species of the genus Homo from the Dinaledi Chamber, South Africa » [« Homo naledi, une nouvelle espèce du genre Homo de la chambre de Dinaledi, en Afrique du Sud »], eLife,‎ , eLife 2015;4:e09560 (DOI 10.7554/eLife.09560#sthash.avKGlWce.dpuf, lire en ligne)
    Outre Lee Rogers Berger, les coauteurs de l'article sont John Hawks, Darryl J. de Ruiter, Steven E. Churchill, Peter Schmid, Lucas K. Delezene, Tracy L Kivell, Heather M. Garvin, Scott A. Williams, Jeremy M. DeSilva, Matthew M. Skinner, Charles M. Musiba, Noel Cameron, Trenton W. Holliday, William Harcourt-Smith, Rebecca R. Ackermann, Markus Bastir, Barry Bogin, Debra Bolter, Juliet Brophy, Zachary D. Cofran, Kimberly A. Congdon, Andrew S. Deane, Mana Dembo, Michelle Drapeau, Marina C. Elliott, Elen M. Feuerriegel, Daniel Garcia-Martinez, David J. Green, Alia Gurtov, Joel D. Irish, Ashley Kruger, Myra F. Laird, Damiano Marchi, Marc R. Meyer, Shahed Nalla, Enquye W. Negash, Caley M. Orr, Davorka Radovcic, Lauren Schroeder, Jill E. Scott, Zachary Throckmorton, Matthew W. Tocheri, Caroline VanSickle, Christopher S. Walker, Pianpian Wei et Bernhard Zipfel.
  2. (en) Thando Kubheka et Tara Meaney, « Homo naledi leaves South African speechless, proud », sur Eyewitness News, (consulté le 13 septembre 2015)
  3. a, b, c, d et e « Une ancienne espèce du genre humain, jusque-là inconnue, découverte en Afrique du Sud », sur francetvinfo.fr, (consulté le 10 septembre 2015).
  4. « Découverte d'une ancienne espèce du genre humain jusqu'à présent inconnue », sur lefigaro.fr, (consulté le 10 septembre 2015)
  5. (en) Paul HGM Dirks et al., « Geological and taphonomic context for the new hominin species Homo naledi from the Dinaledi Chamber, South Africa », eLife 2015;4:e09561,‎ (lire en ligne)
  6. (en) John Hawks et al., « New fossil remains of Homo naledi from the Lesedi Chamber, South Africa », eLife, vol. 6, no e24232,‎ (DOI 10.7554/eLife.24232, lire en ligne)
  7. a et b « De nouveaux spécimens d'Homo naledi et une datation ! », sur Hominidés.com, (consulté le 18 mai 2017)
  8. a, b et c Michel de Pracontal, « Homo naledi, nouvelle star controversée de la paléontologie », sur mediapart.fr, (consulté le 10 septembre 2015)
  9. Sandrine Prat, « Homo Naledi, l'homme sans âge », La Recherche,‎
  10. (en) Bruce Bower, « New dating suggests younger age for Homo naledi », sur ScienceNews,
  11. (en) Mana Dembo et al., « The evolutionary relationships and age of Homo naledi: An assessment using dated Bayesian phylogenetic methods », Journal of Human Evolution, vol. 97,‎ , p. 17–26 (DOI 10.1016/j.jhevol.2016.04.008)
  12. (en) Kate Wong, « Debate Erupts over Strange New Human Species », sur https://www.scientificamerican.com/, .
  13. (en) The age of Homo naledi and associated sediments in the Rising Star Cave, South Africa, Paul HGM Dirks et al., eLife, 2017;6:e24231
  14. (en) Ian Sample, « Homo naledi: New species of ancient human discovered, claim scientists », sur theguardian.com, (consulté le 10 septembre 2015)
  15. Hervé Morin, « « Homo naledi », une découverte qui laisse perplexe », sur www.lemonde.fr, (consulté le 10 septembre 2015) : « l’Homo en question n’est, bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus, de même qu’il y a eu de nombreuses espèces différentes de cochons, d’éléphants, d’antilopes, en fonction des variations du climat et des niches écologiques. », Yves Coppens
  16. Nadja Viet, « Homo Naledi, à peine découvert et déjà sur Wiki », sur franceinter.fr, (consulté le 10 septembre 2015)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kate Wong, « L'incroyable Homo naledi », Pour la Science, no 464,‎ , p. 60-69.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]