Australopithèque

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Australopithecus

Les Australopithèques sont un genre éteint d'hominines ayant vécu entre environ 4,2 millions d'années et 2 millions d'années avant notre ère. Le genre Australopithecus (du latin australis, « du sud », et du grec ancien πίθηκος, píthēkos, « singe ») a été défini par Raymond Dart lors de la découverte d'Australopithecus africanus en 1924[1]. Les Australopithèques présentent à la fois des caractères archaïques (cerveau peu volumineux) et des caractères évolués (denture proche de celle du genre Homo). Leur locomotion est généralement mixte, et associe une forme de bipédie à une capacité à grimper encore marquée. La lignée humaine est probablement issue d'une forme gracile ancienne d'Australopithèque ( peut-être Australopithecus anamensis ).

Évolution et génétique[modifier | modifier le code]

Les découvertes successives d'ossements fossiles dans plusieurs pays d'Afrique, les progrès réalisés dans la lecture des formules chromosomiques et dans la biologie du développement, qui relie le programme génétique aux modifications de formes des espèces au cours de leur évolution, permettent une meilleure compréhension de l'évolution des grands singes et de l'homme.

L'orang-outan, le gorille, le chimpanzé, et l'homme ont cinq chromosomes identiques hérités de leur ancêtre commun. Il y a plus de 12 millions d'années, l'ancêtre de l'orang-outan évolua indépendamment en Asie. L'existence d'un ancêtre commun aux trois autres lignées est prouvée par la présence de 11 chromosomes communs et de 7 chromosomes mutés. Il y a environ 7 millions d'années, les ancêtres des hominines et des panines se séparèrent pour donner naissance aux préhumains et aux préchimpanzés.

Les hominines anciens du Miocène supérieur (Sahelanthropus tchadensis dont l'âge est estimé à 7 Ma, Orrorin tugenensis âgé d'environ 5,9 Ma, et Ardipithecus kadabba âgé de 5,8 à 5,3 Ma, tous probablement bipèdes et associés à des milieux boisés[2]) ont donné naissance vers 4,2 Ma aux Australopithèques, Australopithecus anamensis étant dans l'état actuel des connaissances le plus ancien[3].

Les grandes découvertes[modifier | modifier le code]

Carte des sites fossilifères des premiers Australopithèques découverts en Afrique

Jusqu'à aujourd'hui, les découvertes de fossiles d'hominines pré-Homo ont eu lieu exclusivement en Afrique. Des traces de peuplement pendant plusieurs centaines de milliers d'années ont été relevées principalement dans la Vallée du grand rift, de l'Éthiopie au Malawi, ainsi qu'en Afrique du Sud.

Les vestiges les plus nombreux proviennent de Tanzanie : sites d'Olduvai, Laetoli, explorés par Louis Leakey ; d'Éthiopie : vallée de l'Omo, bassin de l'Awash ; et du Kenya : Kanapoï, Lothagam, alentours du lac Turkana (Koobi Fora, Ileret, Allia Bay), explorés par Richard Leakey, ainsi que par des équipes kenyo-américaines. La région de l'Afar éthiopien a été le cadre, depuis 1974, de quelques-unes des plus importantes découvertes dont le squelette relativement complet d'un individu féminin d'Australopithecus afarensis, auquel on a donné le surnom de Lucy[4]. En 1979, on a mis au jour dans la localité d'Hadar un gisement contenant des morceaux de crâne, des dents, des mandibules, ainsi que des os du bassin et des os longs d'australopithèques datant de 3,6 millions d'années à 4 millions d'années. Non loin de là, dans le bassin du moyen Awash, des équipes françaises et américaines ont retrouvé des restes d'australopithèques tout aussi anciens et des ossements plus récents (de 1,8 million d'années à 2,3 millions d'années) d’Homo habilis.

Principales caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le nombre élevé de restes osseux dont on dispose aujourd'hui a permis de reconstituer, malgré la diversité des éléments, plusieurs individus presque complets ; de plus, la présence de restes de faune et de traces d'installation sur les terrains cités précédemment a autorisé la première reconstitution du mode de vie de nos « cousins éloignés ». Un point sur lequel les chercheurs sont désormais unanimes est celui du statut des Australopithèques : étroitement apparentés (biologiquement) au genre Homo, ils s'en sont différenciés en donnant naissance à une branche collatérale ; leur évolution est sensible jusqu'à environ 1 million d'années avant le Présent, à travers différentes espèces qui, tout en conservant une architecture générale du crâne assez primitive (et, sous certains aspects, encore simienne), ont finalement évolué vers les Paranthropes.

Les Australopithèques possédaient la station bipède, mais ne possédaient pas une bipédie complète : ils se déplaçaient encore par brachiation arboricole à l'occasion. Leur marche bipède a cependant été confirmée par la découverte en 1978 par Mary Leakey, près de Laetoli (plaine du Serengeti), en Tanzanie, d'une double série d'empreintes de pas conservées depuis 3,6 à 3,8 millions d'années.

La structure des mains des australopithèques est identique à celle des humains, en dehors de l'articulation de la première phalange du pouce, qui ne permet pas tous les mouvements d'une main d'homme moderne (mais qui est quasi identique à celle d'Homo erectus). Ainsi, cette structure analogue témoigne de la possibilité qu'avaient les australopithèques de travailler des objets, même s'ils ne disposaient pas de l'habileté permettant d'exécuter des tressages ou de tailler des pierres. Peut-être est-ce précisément ce qui marque une des limites de l'humanisation totale des australopithèques, lesquels, d'après le témoignage des objets accompagnant les restes osseux, n'auraient jamais été aptes à travailler la pierre comme leurs contemporains Homo habilis ou Homo rudolfensis.

Cependant, cette limite à elle seule n'est pas suffisante pour expliquer la différence de comportements entre les deux genres. Il existait d'autres différences morphologiques avec les premiers Homo connus, divergences dont la signification fonctionnelle est encore aujourd'hui un objet d'études. Avant tout, la capacité crânienne de l'australopithèque reste faible (environ 450 cm3, alors que celle d'Homo habilis atteint environ 600 cm3), mais elle est cependant proportionnée à la masse corporelle de ces hominines dont la taille était de l'ordre de 135 cm. La structure du crâne, fort proche de celle d'Homo habilis, conserve toutefois quelques caractéristiques propres aux panines (chimpanzés).

Place dans l'évolution de la lignée humaine[modifier | modifier le code]

Les restes fossiles semblent indiquer que le genre Australopithèque serait l'ancêtre du genre distinct d'hominines appelé Paranthrope (ou « australopithécinés robustes »), et probablement du genre Homo qui comprend les hommes modernes. L'intelligence des Australopithèques n'a sans doute pas dépassé celle des grands singes modernes, mais la stature bipède est le caractère clé qui distingue ce groupe des hominidés qui l'ont précédé. Australopithecus est la preuve que l'apparition de la bipédie a largement précédé celle d'un cerveau plus volumineux et plus complexe. On débat toujours pour savoir comment la bipédie est apparue il y a plus de 7 millions d'années (plusieurs théories s'affrontent toujours). La bipédie avait notamment pour avantages de libérer les mains pour pouvoir attraper des objets, tandis que les yeux pouvaient mieux examiner au-dessus des grandes herbes pour trouver des sources d'aliments possibles ou repérer des prédateurs.

Les changements radicaux dans la morphologie sont survenus avant la séparation entre Australopithèques et Homo. La structure du bassin et des pieds les distinguent en effet à peine des hommes modernes. Les dents présentent aussi le même alignement avec des petites canines. Pourtant, l'évolution vers Paranthropus a donné naissance à une denture plus grande et plus robuste. Les Australopithèques devaient faire face à un défi particulier en vivant dans la savane. Ils étaient les primates les plus lents à se déplacer de leur temps et beaucoup d'entre eux ont fini au menu des carnivores africains (comme les lions, et Dinofelis aujourd'hui éteint).

Si les Australopithèques n'étaient peut-être pas plus capables d'utiliser des outils que les grands singes modernes, on s'est rendu compte cependant que les chimpanzés utilisent des instruments simples : ils ouvrent des noix avec des pierres et ils introduisent de petites branches dans les termitières. On a plus récemment fait la même découverte avec les gorilles. Certains chercheurs pensent qu'Australopithecus garhi aurait déjà fabriqué des outils en pierre, antérieurement aux premiers représentants connus du genre Homo, Homo habilis et Homo rudolfensis. Les restes retrouvés d'Australopithecus garhi étaient en effet accompagnés d'outils et de restes d'animaux découpés, ce qui suggère le début d'une fabrication d'outils[5]. Cela a conduit beaucoup de scientifiques à penser qu'Australopithecus garhi était peut-être l'ancêtre du genre Homo. Cependant les paléoanthropologues et les chercheurs attendent d'autres découvertes pour déterminer quel était le véritable ancêtre du genre Homo.

Une découverte faite en 2009 en Éthiopie[6],[7] apporte une preuve indirecte de l'utilisation d'outils par Australopithecus afarensis ou l'un de ses contemporains, qui reporterait à 3,4 millions d'années l'âge des plus vieux outils en pierre.

Selon certains chercheurs, Australopithecus anamensis (de 4,2 à 3,9 Ma) pourrait être l'ancêtre commun des australopithèques et du genre Homo. Cette hypothèse est contestée par d'autres, qui estiment que la séparation entre les deux genres pourrait avoir eu lieu à une époque antérieure.

Les différentes espèces d'Australopithèques[modifier | modifier le code]

Les espèces du genre Paranthropus sont parfois classées en tant qu'Australopithecus, selon les nomenclatures :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] Dart, R. A. (1925) « Australopithecus africanus : the Man-Ape of South Africa », Nature, no 2884, vol. 115, p. 195-199
  2. Ce qui pourrait invalider l'hypothèse de Raymond Dart de la savane originelle qui aurait favorisé la naissance de la bipédie des hominidés quittant leurs milieux boisés pour aller chasser dans la savane.
  3. Michel Brunet, Origine et histoire des hominidés. Nouveaux paradigmes, Paris, Fayard, coll. « Leçons inaugurales du Collège de France » (no 199), , 51 p. (ISBN 978-2-213-63818-8), p. 42
  4. Johanson, D., White, T.D. et Coppens, Y. (1978) « A new species of the genus Australopithecus (Primates : Hominidae) from the Pliocene of Eastern Africa », Kirtlandia, no 28, p. 1-14
  5. Heinzelin, J. de, Clark, J.D., White, T.D., Hart, W., Renne, P., WoldeGabriel, G., Beyene, Y. et Vrba, E. (1999) - « Environment and Behavior of 2.5-Million-Year-Old Bouri Hominids », Science, vol. 284, no 5414, p. 625-629 (résumé en anglais).
  6. Mc Pherron et al., Nature, 466, 857, 2010 (résumé en anglais)
  7. Hominidés.com (Les australopithèques utilisaient-ils des outils ?)
  8. (en) Yohannes Haile-Selassie, Luis Gibert, Stephanie M. Melillo, Timothy M. Ryan, Mulugeta Alene, Alan Deino, Naomi E. Levin, Gary Scott et Beverly Z. Saylor, « New species from Ethiopia further expands Middle Pliocene hominin diversity », Nature, vol. 521,‎ , p. 483-488 (DOI 10.1038/nature14448).

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Bibliographie[modifier | modifier le code]