Homme de Cro-Magnon

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Homo sapiens

Homme de Cro-Magnon désigne initialement un ensemble de restes fossiles d'Homo sapiens découverts en 1868 par Louis Lartet sur le site de l'abri de Cro-Magnon, aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne, France), lieu auquel il doit son nom (« cros » voulant dire « creux » en occitan).

Cette expression a été étendue à la fin du XIXe siècle à tous les représentants de l'espèce Homo sapiens trouvés en Europe au Paléolithique supérieur, entre environ 45 000 et 12 000 ans avant le présent. Cette deuxième acception s'est toutefois aujourd'hui raréfiée dans la littérature scientifique et s'emploie désormais surtout dans l'usage populaire. Les chercheurs utilisent actuellement plutôt les expressions Homo sapiens et Homme moderne.

Découverte[modifier | modifier le code]

Le nom de « Cro-Magnon » vient d'un toponyme faisant référence à un petit abri sous roche situé sur la commune des Eyzies-de-Tayac-Sireuil. Le toponyme lui-même est une francisation de l'occitan Cròs-Manhon [krɔ.ma.ˈŋu]. Le premier élément signifie « creux, grotte »[1], tandis que le deuxième pourrait signifier « grand » (du latin magnus) ou être le nom d'une personne[2],[3].

En , le ministre de l'Instruction publique apprend la nouvelle d'une importante découverte à Tayac. Il confie au géologue Louis Lartet la mission de vérifier son authenticité[4]. Celui-ci relate que les squelettes humains furent trouvés sous un talus formé d'éboulis provenant de l'escarpement rocheux situé au-dessus. La construction de la ligne de chemin de fer Niversac-Agen, vers , avait déjà donné lieu à des emprunts de terre, mais c'est la construction d'une route voisine en mars qui entraine la découverte des restes humains. Louis Lartet effectue des fouilles sur le site, l'un des nombreux abris sous roche de la falaise des Eyzies. Il découvre cinq squelettes associés à d'autres restes fragmentaires. Parmi les cinq squelettes, on compte un adulte d'une cinquantaine d'années (Cro-Magnon 1), deux autres hommes adultes (Cro-Magnon 3 et 4) dont la taille atteignait 1,80 m, une femme (Cro-Magnon 2) et un nouveau-né, dans ce qui était probablement une sépulture attribuée alors à l'Aurignacien[5]. À cette époque, ce terme recouvrait ce que l'on nomme aujourd'hui l'Aurignacien et le Gravettien.

Récemment, une nouvelle datation des restes du site a précisé l'âge de la sépulture[6]. Elle remonte au Gravettien ; plus précisément, pour le crâne Cro-Magnon 1, à 27 680 ans avant le présent (± 270).

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Historique de l'expression[modifier | modifier le code]

Les squelettes découverts par Louis Lartet, dont celui d'un individu relativement âgé surnommé parfois « le Vieillard », ont été utilisés par Armand de Quatrefages et Ernest-Théodore Hamy pour définir en la « race de Cro-Magnon »[7], en la distinguant d'autres « races » (« race de la Truchère », « race de Grenelle », etc.) selon les conceptions de l'anthropologie physique de l'époque. Alors que les autres dénominations définies par Quatrefages et Hamy tombèrent dans l'oubli, celle d'« homme de Cro-Magnon » connut un grand succès, et fut utilisée pour désigner l'ensemble des fossiles d'hommes modernes peu à peu découverts en Europe occidentale (Dordogne, grottes de Grimaldi, etc.).

Par la suite, d'autres expressions dérivées furent créées comme Proto-Cro-Magnon, désignant les Homo sapiens du Proche-Orient (Qafzeh et Es Skhul), et Cro-Magnoïdes ou Cromagnoïdes, désignant ceux d'Europe présents au Mésolithique[8].

Actuellement, la communauté scientifique a abandonné l'expression vieillie d'« homme de Cro-Magnon » au profit de celles d'« homme moderne » et d'Homo sapiens.
« L'Homme de Cro-Magnon » subsiste cependant dans l'usage populaire, comme dans la chanson éponyme de 1955 par les Quatre Barbus.

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Biologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Homo sapiens.

L'étude paléopathologique du crâne de Cro-Magnon 1 a proposé plusieurs hypothèses pour expliquer l'origine des nodules disgracieux sur son visage. En 2018, un examen anthropologique et médical direct, suivi d’un micro-CT-scanner[9] suggère que les tumeurs bénignes le long du trajet des nerfs périphériques correspondent à des neurofibromes et à une maladie génétique, la neurofibromatose de type I[10].

Génétique[modifier | modifier le code]

Selon une étude paléogénétique publiée en 2016, basée sur 51 fossiles d'Homo sapiens européens datés entre 45 000 et 7 000 ans avant le présent, les populations européennes de l'époque de Cro-Magnon (Gravettien) n'ont participé qu'à la marge au patrimoine génétique des populations européennes actuelles. Plusieurs vagues de peuplement postérieures venues du Proche-Orient ou d'Europe orientale ont en effet profondément remanié la composition génétique des populations européennes entre le dernier maximum glaciaire et l'Âge du bronze, effaçant à chaque fois une partie importante du fond génétique antérieur[11],[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Dictionnaire occitan-français », [panoccitan.org] (consulté le 4 juillet 2007)
  2. « Mode de vie au paléolithique supérieur », prehisto.ifrance.com (consulté le 4 juillet 2007)
  3. Les Eyzies, capitale de la Préhistoire
  4. Louis Lartet(1874) - « Mémoire sur une sépulture des anciens troglodytes du Périgord », Annales des sciences naturelles - zoologie et paléontologie, p. 133
  5. Sophie Archambault de Beaune, Les hommes au temps de Lascaux, Hachette Littératures, , p. 121.
  6. Henry-Gambier, D. (2002) - « Les fossiles de Cro-Magnon (Les Eyzies-de-Tayac, Dordogne) : Nouvelles données sur leur position chronologique et leur attribution culturelle », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, t. 14, fasc. 1-2, p. 89-112
  7. Quatrefages, A. de, et Hamy, E. T. (1874) - « La race de Cro-Magnon dans l’espace et dans le temps », Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, 9, p. 260-266.
  8. Bernard Vandermeersch, « Cro-Magnon (homme de) » in Dictionnaire de la Préhistoire, sous la direction d'André Leroi-Gourhan, Presses universitaires de France, Paris, p. 287, .
  9. (en) Philippe Charlier, Nadia Benmoussa, Philippe Froesch, Isabelle Huynh-Charlier, Antoine Balzeau, « Did Cro-Magnon 1 have neurofibromatosis type 1 ? », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant, vol. 391, no 10127,‎ , p. 1259 (DOI 10.1016/S0140-6736(18)30495-1).
  10. Bernadette Arnaud, « L'homme de Cro-Magnon avait le visage couvert de nodules », sur sciencesetavenir.fr, .
  11. (en) The genetic history of Ice Age Europe, Institut Howard Hughes, sciencedaily.com, 2 mai 2016
  12. Michel Godron, Écologie et évolution du monde vivant, éditions L'Harmattan, , p. 46

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Armand de Quatrefages, Introduction à l'étude des races humaines, Schleicher Frères et Cie édit., Paris, 1887.
  • Marcel Otte (2008), Cro-Magnon, éditions Perrin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]