Homme de Denisova

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Molaire de l'Homme de Denisova
Fragment de phalange de l'Homme de Denisova, et sa position dans la main
Localisation de la zone de découverte Altaï au sud de la Sibérie[1]
Touristes devant la grotte de Denisova

Les hommes de Denisova, ou Dénisoviens, sont une espèce éteinte du genre Homo, identifiée par analyse génétique en mars 2010. Cette espèce est parfois appelée Homo denisovensis en forme latine scientifique. Jean-Jacques Hublin estime qu'elle aurait vécu durant le Paléolithique moyen en Asie orientale, de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est. La présence de cette espèce en Extrême-Orient est à rechercher selon lui parmi des fossiles connus[2].

Des analyses génétiques récentes des génomes mitochondrial et nucléaire de différents spécimens fossiles et actuels ont montré que des Homo sapiens avaient eu des relations sexuelles fécondes avec des Dénisoviens, conduisant à des échanges de gènes entre les deux espèces[3].

Découverte[modifier | modifier le code]

En 2008, Michael Shunkov de l'Académie Russe des Sciences, accompagné d'archéologues de l'Institut d'Archéologie et d'Ethnologie de Novosibirsk, explorèrent et fouillèrent la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï au sud de la Sibérie. Ils trouvèrent la phalange d'auriculaire d'un hominine juvénile, puis ultérieurement un os d'orteil de pied, et deux dents dont une molaire[1]. Des objets trouvés dans la grotte au même niveau que les fragments fossiles ont été datés par le carbone 14 entre 30 000 et 48 000 ans avant le présent[4].

En mars 2010, une première étude publiée révèla que l'analyse de l'ADN mitochondrial extrait de la phalange de doigt conduisait à l'attribuer à une nouvelle espèce humaine, appelée dès lors Homme de Denisova[5],[6].

Morphologie[modifier | modifier le code]

On sait peu de choses sur les caractéristiques morphologiques des Dénisoviens, puisque les seuls vestiges découverts sont un os de doigt et deux dents, dont le matériel génétique a pu être recueilli, et un os d'orteil de pied. L'os de doigt est exceptionnellement large et robuste, bien en dehors de la variation observée chez les humains modernes. Il appartenait à une femme, ce qui indique que les Dénisoviens étaient extrêmement robustes, peut-être même de la constitution de l'homme de Néandertal.

Une molaire exhumée dans la grotte, appartenant à un autre individu, est très grosse et archaïque d'aspect, indiquant selon les auteurs que l'histoire évolutive des hommes de Denisova est distincte de celles des Néandertaliens et des Homo sapiens. Cette dent ne partage pas de caractéristiques morphologiques dérivées avec l'Homme de Néandertal ou les humains modernes[7].

Une caractérisation morphologique initiale de l'os de l'orteil a conduit à suggérer qu'il pourrait avoir appartenu à un hybride unique Néandertal-Dénisovien, bien qu'un porte-parole ait suggéré que la morphologie n'était pas concluante.

Cohabitation ou succession ?[modifier | modifier le code]

La stratigraphie de la grotte de Denisova montre une occupation de la grotte par des Dénisoviens, des Néandertaliens, et des Homo sapiens à des époques proches, avec une succession probable de ces trois espèces dans l'ordre indiqué.

Parenté phylogénétique[modifier | modifier le code]

En décodant à leur tour le génome de l'Homme de Denisova, et en le comparant avec celui de ses proches cousins, les Néandertaliens et l'Homo sapiens, des chercheurs, publiés en aout 2012 dans la revue américaine Science[8], révèlèrent notamment que la diversité génétique était assez importante chez les Dénisoviens.

L'analyse de l'ADN mitochondrial puis nucléaire de différents fossiles, menée de 2010 à 2016 par une équipe de scientifiques coordonnée par Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig en Allemagne, a montré que l'Homme de Denisova aurait un ancêtre commun avec l'Homme de Néandertal daté d'environ 450 000 ans[7]. Tous deux partageraient un ancêtre commun avec l'Homo sapiens remontant à environ 660 000 ans.

Ces résultats s'appuient notamment sur l'analyse en 2016 de l'ADN nucléaire de deux spécimens fossiles de la Sima de los Huesos (Espagne), datés de 430 000 ans, attribués à l'Homme de Néandertal, et jugés postérieurs à la séparation d'avec l'Homme de Denisova[9].

Hybridation[modifier | modifier le code]

Ces analyses ont également montré que des Homo sapiens, des Néandertaliens, et des Dénisoviens avaient eu des relations sexuelles interfécondes et avaient produit des hybrides dont les gènes se sont ensuite diffusés dans les espèces voisines[10],[11].

L'Homme de Denisova aurait notamment contribué à hauteur de 4 à 6 % au génome des Papous et des aborigènes australiens actuels, et pour moins de 1 % au génome des populations d'Extrême-Orient. Les chercheurs en concluent que l'Homme de Denisova devait être relativement répandu en Asie orientale à la fin du Pléistocène[12].

Gènes dénisoviens sélectionnés chez Homo sapiens[modifier | modifier le code]

Plusieurs études montrent qu'une partie du matériel génétique des Dénisoviens a été sélectionnée chez certaines populations d'Homo sapiens.

Le transfert de gènes dénisoviens vers les hommes modernes a laissé la plus forte fréquence d'une variante des gènes HLA (HLA-B) dans les populations d'Asie occidentale, endroit où des accouplements entre Homo sapiens et Dénisoviens se seraient produits.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, un gène dénisovien permettrait aux Papous de détecter des parfums très subtils.

Un gène dénisovien lié à l'hémoglobine permettrait aux populations himalayennes de vivre en altitude, où l'air est pauvre en oxygène[3]. Un variant du gène EPAS1 (en) provenant des Dénisoviens améliore le transport d'oxygène et est présent seulement chez les Tibétains, et chez les Chinois Han dans une moindre proportion[13].

D'après une étude de l'université de Berkeley, les Inuits possèdent une variante très particulière du chromosome 1, portant deux gènes, TBX15 et WAR2. Le gène TBX15 joue un rôle dans le développement du corps et notamment dans celui du tissu graisseux brun, utilisé pour produire de la chaleur en cas de froid. Plus on remonte vers le Nord, plus cette variante génomique apparaît fréquente parmi les populations asiatiques, alors qu’elle est absente en Afrique, et rare en Europe. Ce gène ressemble bien plus à celui de l'homme de Denisova, qu'à celui des autres populations humaines modernes. Les chercheurs émettent donc l'hypothèse que l'homme de Denisova aurait transmis une partie de son génome à Homo sapiens en Asie. Puis, au gré des migrations humaines, elle se serait répandue un peu partout sur la planète - on retrouve en effet cette séquence dans d'autres populations humaines, mais avec une fréquence bien moindre - et aurait connu une sélection naturelle particulièrement forte chez les Inuits[14],[15].

Comme souvent quand ils proviennent d'hybrides interspécifiques, ces gènes auraient été transmis par les hybrides femelles, les progénitures mâles étant probablement infertiles ou soumis à une sélection sexuelle défavorable, et ces gènes sont absents du chromosome X[3],[16].

Principaux fossiles candidats Dénisoviens[modifier | modifier le code]

Certaines découvertes antérieures de fossiles humains pourraient appartenir à l'Homme de Denisova. Ces fossiles étaient antérieurement considérés comme des Homo erectus tardifs ou des Homo sapiens archaïques, ou étaient en attente de dénomination. Il n'y a pas de consensus scientifique à ce jour pour fixer leur attribution.

  • Homme de Jinniushan (Chine, Liaoning)
    • Découverte : 1984 par Lu Zune
    • Capacité crânienne estimée : 1260-1400 cm3
    • Datation : entre -280 000 et -200 000 ans
  • Homme de Dali (Chine, Shaanxi)
    • Découverte : 1978 par Shuntang Liu
    • Capacité crânienne estimée : 1120 cm3
    • Datation : -210 000 ans

D'autres fossiles de Chine ou d'Asie déjà découverts et décrits pourraient allonger cette liste. En effet, l'Asie est encore très mal cernée en matière d'évolution humaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b L'homme d'Altaï, une nouvelle espèce d'hominidé ?, www.hominides.com, 24 mars 2010
  2. Jean-Jacques Hublin (chaire de Paléoanthropologie au Collège de France , (Jean-Jacques Hublin au Collège de France : sur France Culture Jean-Jacques Hublin, « Néandertals et Dénisoviens (3/6) : Jean-Jacques Hublin : Dénisova, le groupe frère asiatique » [enregistrement sonore], [réécoute] • Les Cours du Collège de France, sur France Culture, (consulté le 6 décembre 2016), à partir de 00 48 00
  3. a, b et c Lizzie Wade, « Our ancestors may have mated more than once with mysterious ancient humans », Science Mag.org,‎ (DOI 10.1126/science.aaf9842, lire en ligne)
  4. avec AFP, « Un nouveau type d'hominidé découvert en Sibérie », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Johannes Krause, Qiaomei Fu, Jeffrey M. Good, Bence Viola, Michael V. Shunkov, Anatoli P. Derevianko, Svante Pääbo (2010) « The complete mitochondrial DNA genome of an unknown hominin from Southern Siberia », Nature, vol. 464, pp. 894-897 (24 mars 2010) (résumé en anglais)
  6. (en) New hominin found via mtDNA, The Scientist
  7. a et b D. Reich, R.E. Green, M. Kircher et al., « Genetic history of an archaic hominin group from Denisova Cave in Siberia », Nature, vol. 468,‎ , p. 1053-1060 (lire en ligne)
  8. M. Meyer, M. Kircher, M.-T. Gansauge et al., « A High-Coverage Genome Sequence from an Archaic Denisovan Individual », Science,‎ (DOI 10.1126/science.1224344, résumé)
  9. (en) M. Meyer, J.-L. Arsuaga, C. de Filippo et al., « Nuclear DNA sequences from the Middle Pleistocene Sima de los Huesos hominins », Nature, vol. 531, no 7595,‎ , p. 504-7 (DOI 10.1038/nature17405)
  10. Laurent Abi-Rached, M.J. Jobin, S. Kulkarni et al., « The Shaping of Modern Human Immune Systems by Multiregional Admixture with Archaic Humans », Science, vol. 334, no 6052,‎ , p. 89-94 (DOI 10.1126/science.1209202, résumé)
  11. Carl Zimmer, « Toe Fossil Provides Complete Neanderthal Genome », The New York Time.com,‎ (lire en ligne)
  12. La génétique arrache ses secrets de famille à un cousin des Néandertaliens
  13. E. Huerta-Sanchez, X. Jin, Asan, Z. Bianba et al., « Altitude adaptation in Tibetans caused by introgression of Denisovan-like DNA », Nature, vol. 512,‎ , p. 194–197 (résumé)
  14. Science-et-vie.com, « Les Inuits auraient hérité leur résistance au froid de l'homme de Denisova », Science-et-vie.com,‎ (lire en ligne)
  15. « Des gènes de l’homme de Denisova chez les Inuits », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne)
  16. Sriram Sankararaman, Swapan Mallick, Nick Patterson et David Reich, « The Combined Landscape of Denisovan and Neanderthal Ancestry in Present-Day Humans », Current Biology, vol. 26,‎ , p. 1241–1247 (PMID 27032491, PMCID 4864120, DOI 10.1016/j.cub.2016.03.037, lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Homme de Xuchang
  • Homme de Xujiayao
  • Homme de Maludong
  • Homme de l'Ordos
  • Homme de Narmada
  • Homme de Ryonggok