Homme de Spy

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Homme de Spy
Image illustrative de l’article Homme de Spy
Crâne Spy 2
Coordonnées 50° 28′ 56″ nord, 4° 40′ 09″ est
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Province Namur
Vallée Orneau
Localité voisine Jemeppe-sur-Sambre
Daté de 38 500 ans AP
Période géologique Pléistocène supérieur
Époque géologique Paléolithique supérieur
Découvert le 1886
Découvreur(s) Maximin Lohest et Marcel De Puydt
Particularités Grotte de Spy
Identifié à Homme de Néandertal

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L'Homme de Spy est le nom donné à trois squelettes fossiles partiels et quelques ossements isolés appartenant à l'espèce Homo neanderthalensis, découverts dans la grotte de Spy, à Jemeppe-sur-Sambre, dans la province de Namur, en Belgique. Les deux premiers squelettes furent mis au jour en 1886, et constituèrent la deuxième découverte officielle de fossiles néandertaliens, trente ans après celle de la vallée de Néander, en Allemagne. Ils sont datés d'environ 38 500 ans avant le présent (AP).

L'entrée de la grotte de Spy

Historique[modifier | modifier le code]

Le site préhistorique de Spy, dans la commune belge de Jemeppe-sur-Sambre, attirait depuis longtemps l'attention des archéologues. Des fouilles eurent lieu dès l’année 1879, d’abord par des amateurs, puis par des professionnels. Des silex, bois de cervidés, dents de mammouths et autres objets furent découverts en grande quantité.

En juillet 1886, lors de leur deuxième campagne de fouilles, le géologue Maximin Lohest et l'archéologue Marcel De Puydt, aidés par un ancien mineur, Armand Orban, mirent au jour au niveau de la terrasse (à 4,9 m de profondeur) des ossements humains appartenant à deux individus, Spy 1 (une femme) et Spy 2 (un jeune homme). Une calotte crânienne en bon état permit de les classer parmi les Néandertaliens. La découverte était importante. Les fouilles furent cependant organisées avec les moyens et selon les conceptions de l'époque[1].

La présentation de leur découverte à la société d'archéologie de Namur en aout 1886 eut un grand retentissement dans la presse belge et étrangère. Pour la première fois depuis la découverte de l'Homme de Néandertal, en 1856 en Allemagne, on disposait d'éléments suffisants pour confirmer l'existence et l'ancienneté d'un type humain de morphologie différente de celle de l'Homme moderne. Le paléontologue Julien Fraipont publia la description des fossiles en 1888 dans la revue American Anthropologist[2]. L'Homme de Spy passa à la postérité.

En 2010, Yves Saquet a publié la découverte dans la grotte de Spy d'un troisième squelette, celui d'un enfant néandertalien de 18 mois, noté Spy 6, datant de la même époque que les deux premiers.

Stratigraphie[modifier | modifier le code]

En 1886, les découvreurs ont mis en évidence au moins sept niveaux d'occupation paléolithique, dont trois sont attribués à Néandertal et au Moustérien, et quatre à l'Homme moderne, de l'Aurignacien au Gravettien[3].

Les vestiges archéologiques de type Moustérien, découverts en grand nombre, indiquent une présence durable de l'Homme de Néandertal sur les lieux.

Datation et génétique[modifier | modifier le code]

Les fossiles de Spy ont été datés en 2009 d'environ 36 000 ans avant le présent[4],[5], ce qui les rattache au Paléolithique supérieur.

En 2018, les chercheurs ont réussi à extraire de l'ADN de Spy94a, une molaire droite supérieure, qui a fait l'objet d'une datation directe à 39 150 - 37 880 ans avant le présent. Bien que Spy94a soit attribuée à Spy 1, l'analyse de son ADN révèle que Spy94a est un sujet masculin. Spy94a est génétiquement proche du fossile Goyet Q56-1, issu des grottes de Goyet, et s'apparente aux autres Néandertaliens européens tardifs connus[6].

À cette époque, Homo sapiens était déjà présent en Europe de l'Ouest depuis plusieurs milliers d'années, ce qui montre qu'il y eut probablement une certaine cohabitation entre les deux espèces.

Culture et comportements[modifier | modifier le code]

La disposition des ossements du deuxième individu découvert et leur orientation est-ouest (tête-pieds) conduisent certains à émettre l’hypothèse d’une sépulture, ce qui indiquerait des préoccupations religieuses chez l’Homme de Néandertal. Se basant sur la configuration physique de leur larynx, certains chercheurs estiment que les Néandertaliens possédaient une forme de langage.

Comme pour Homo sapiens à la même époque, le mode de subsistance des Néandertaliens était lié à la chasse, la pêche et la cueillette.

Une demeure pour l’Homme de Spy[modifier | modifier le code]

Depuis le 3 décembre 2011, le Centre d’interprétation de l’Homme de Spy est ouvert au public. Son objectif est double : informer sur le site paléolithique de Spy et présenter la famille néandertalienne à laquelle appartient l’Homme de Spy (sa morphologie, sa place dans l’évolution de l'Homme, son environnement naturel, son mode de vie, son extinction). Avec l'Office du Tourisme de Jemeppe-sur-Sambre, il constitue l'EHoS (Espace de l'Homme de Spy), situé dans un bâtiment classé de style mosan sur la route allant de Jemeppe-sur-Sambre à Onoz (N980), et à distance rapprochée de la grotte de Spy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.naturalsciences.be/mars/groups/fnrs-contact-group/notae-praehistoricae/NP_pdf/np24/NP24_181-190_Rougier-Spy.pdf
  2. Julien Fraipont, La race humaine de Néandertal ou de Canstadt en Belgique : Recherches ethnographiques sur des ossements d'une grotte à Spy et détermination de leur âge géologique, in American Anthropologist, Vol. 1, No. 3 (Jul., 1888), pp. 286-287 (2 pages)
  3. (en) Michel Toussaint et Stéphane Pirson, « Neandertal Studies in Belgium : 2000–2005 », Periodicum Biologorum, vol. 108, no 3,‎ , p. 373–387 (ISSN 0031-5362)
  4. (en) Patrick Semal et al., « New data on the late Neandertals : direct dating of the Belgian Spy fossils », American Journal of Physical Anthropology, vol. 138, no 4,‎ , p. 421–8 (PMID 19003923, DOI 10.1002/ajpa.20954)
  5. (en) Stéphane Pirson et al., Chronostratigraphic context of the Middle to Upper Palaeolithic transition : Recent data from Belgium, Quaternary International, 259:78-94, May 2012, pp.78-94, lire en ligne
  6. (en) Mateja Hajdinjak et al., « Reconstructing the genetic history of late Neanderthals », Nature,‎ (ISSN 0028-0836, DOI 10.1038/nature26151)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]