Homo erectus georgicus

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Homo erectus georgicus
Description de cette image, également commentée ci-après

Homo erectus georgicus, reconstitution

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Mammalia
Ordre Primates
Famille Hominidae
Genre Homo

Nom binominal

Homo erectus georgicus
Abesalom Vekua et al., 2002

Homo erectus georgicus est un représentant fossile du genre Homo décrit en 2002 à partir des fossiles découverts un an plus tôt à Dmanissi, dans le Caucase (République de Géorgie). L'âge de ces fossiles est estimé à 1,8 million d'années et il pourrait donc s'agir du premier représentant du genre Homo en dehors de l'Afrique. La position phylogénétique de ces fossiles et l'existence de l'espèce Homo georgicus font encore l'objet de débats, leur grande diversité morphologique (surtout depuis la publication du crâne Dmanisi 5 en 2013[1]) conduisant même à une mise en question de la classification en plusieurs espèces des premiers représentants du genre Homo. Homo ergaster, Homo heidelbergensis, Homo rudolfensis et peut-être même Homo habilis pourraient tous être rattachés à Homo erectus[2].

Découvertes[modifier | modifier le code]

Le site préhistorique de Dmanisi a été découvert sous un village médiéval, situé à une altitude de 1 171 mètres. Fouillé par une équipe internationale comprenant le scientifique géorgien David Lordkipanidze avec le soutien de l'Académie des sciences de Géorgie en coopération avec le Musée central romain-germanique, le site a livré une industrie lithique archaïque évoquant l'Oldowayen (cf. infra) et une faune très ancienne, dite villafranchienne. Il repose sur une coulée basaltique datée d’1,8 million d'années.

Il a également livré un nombre important de fossiles humains :

  • en 1991, une mandibule (D211) attribuée à un jeune adulte ;
  • en 1999, un crâne (D2282) de jeune femme et une calotte crânienne (D2280) d'un homme d'une vingtaine d'années ;
  • en 2000, une mandibule (D2600) ;
  • en 2001, un crâne complet (D2700) et sa mandibule (D2735) découverte à moins d'un mètre ;
  • en avril 2005, un crâne (D3444) et une mandibule (D3900) ;
  • en 2005, un crâne D4500 qui, joint à la mandibule (D2600) découverte auparavant, forme le premier crâne adulte complètement conservé du début du Pléistocène[3].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Crâne Dmanisi 2 (D2282).
David Lordkipanidze (au centre) sur le site archéologique de Dmanisi.

Les deux crânes découverts en 1999 furent initialement considérés comme proches d'Homo ergaster[4]. Le crâne de 2001 était moins volumineux et présentait certains points communs avec Homo habilis. Toutefois les différents fossiles étaient trop proches pour relever d'espèces distinctes (Vekua et al. 2002) et ils furent tous rapportés à Homo georgicus, dont D2600 est le spécimen type (Gabunia et al. 2002).

Certains chercheurs contestent le fait que les fossiles géorgiens correspondent à une espèce à part entière. En effet, les chercheurs responsables des nombreuses découvertes de Dmanisi croient l’inverse. Depuis les publications de 2013 concernant le crâne Dmanisi 5, ils croient de plus en plus que plusieurs fossiles attribués précédemment à des espèces différentes seraient en réalité tous des Homo erectus[1].

Des chercheurs soutiennent l'appartenance à Homo habilis. En effet, ils ont effectué la comparaison entre le crâne d'un juvénile presque adulte, D2700, découvert en 2001 et celui de KNM-ER 1813, un Homo habilis adulte découvert au Kenya. Les conclusions ont montré des ressemblances au niveau de la face. Cependant, la face étant probablement la dernière partie qui se met en place chez un individu, cette hypothèse est contestée. Ainsi, pour Fred Spoor, ces fossiles sont simplement des Homo erectus car le neurocrâne de D2700 ressemble fortement à celui d'Homo erectus malgré une taille plus petite[5].

Les fossiles de Dmanisi sont donc considérés comme des Homo erectus, des Homo habilis, des Homo ergaster ou des Homo georgicus selon les auteurs, dont certains ont changé d'avis au cours du temps.

L'un des découvreurs, David Lordkipanidze, ne tranche d'ailleurs pas, en 2008, entre ces quatre hypothèses, considérant d'une part qu'il y a des ressemblances marquées avec les Homo erectus et les Homo habilis, mais d'autre part que les fossiles montrent aussi des mélanges de traits qui leur sont propres.

La comparaison avec Homo ergaster n'est pas développée par l'auteur, mais l'hypothèse d'un rattachement à cette espèce est citée parmi les quatre possibilités envisageables. Lordkipanidze la rejette cependant implicitement, puisqu'il attribue le fossile dit « Turkana Boy » du Kenya à Homo erectus, alors que les partisans de la distinction entre Homo erectus et Homo ergaster le considèrent comme le fossile le mieux conservé d’Homo ergaster[6].

En 2013, une équipe internationale dirigée par David Lordkipanidze fait état d'un nouveau crâne, D4500, découvert en 2005. Joint à sa mandibule (D2600), il constitue le premier crâne adulte complet du début du Pléistocène. L'ensemble combine une boîte crânienne relativement réduite (546 cm3, soit le tiers de celle d'un homme moderne), comme Homo habilis, une face allongée et prognathe, qui le rapproche d’Homo erectus, et de grandes dents, semblables à celles d’Homo rudolfensis. Pour l'équipe de chercheurs, l'échantillon de Dmanisi, ainsi porté à cinq crânes, fournit une preuve directe de la grande variabilité morphologique qui existe à l'intérieur des premières populations d’Homo, aussi bien qu'entre elles. De la comparaison des crânes de Dmanisi et des fossiles de la même période découverts en Afrique, en Asie ou en Europe, ils déduisent que les différences morphologiques qui les séparent sont du même ordre que celles qui pourraient s'observer aujourd'hui au sein d'un groupe d'humains ou de chimpanzés. Cela implique à leurs yeux l'existence d'une seule lignée évolutive parmi les premiers Homo, présentant « une continuité phylogéographique à travers les continents »[3].

Cette conclusion ne fait pas l'unanimité. Ainsi, Bernard Wood, s'il pense probable l'appartenance des différents crânes de Dmanisi à une même espèce, se déclare sceptique devant l'extrapolation de ce résultat à l'ensemble des populations d’Homo de la période : il souligne que les classifications établies ne reposent pas que sur la morphologie crânienne et que d'autres critères (par exemple, la longueur des bras) justifient leur utilisation[7]. De même, Fred Spoor considère que l'usage fait de l'analyse morphologique est inadéquat pour la détermination des espèces[8].

Description[modifier | modifier le code]

Crâne Dmanisi 3, D2700.

Homo erectus georgicus présente des caractères considérés comme intermédiaires entre Homo habilis africain et Homo erectus asiatique. Sa taille est estimée à 1,50 m.

Avec environ 600 à 680 cm³ de volume cérébral, le crâne D2700 offre des comparaisons intéressantes avec la morphologie crânienne de l'homme moderne. Jusqu'à la découverte d’Homo floresiensis sur l'île de Flores, il était le plus petit et le plus primitif des crânes d'Homininés jamais découverts hors d'Afrique.

Un dimorphisme sexuel marqué, avec des mâles nettement plus grands que les femelles, traduirait un caractère primitif. Un tel dimorphisme est moins marqué chez les Hominidés plus récents d'Europe, c'est-à-dire Homo antecessor, Homo heidelbergensis et Homo neanderthalensis.

Le crâne D3444 avait perdu plusieurs de ses dents depuis un certain nombre d'années, et sa survie a probablement été rendue possible par l'entraide au sein de son groupe.

Homo georgicus est peut-être le premier représentant du genre Homo à avoir peuplé l'Europe, environ 800 000 ans avant Homo erectus.

Culture[modifier | modifier le code]

Galet taillé à enlèvements unifaciaux du gisement de Dmanisi - 1,85 million d'années.
Galet aménagé du gisement de Dmanisi comparé à un biface acheuléen.

Les restes d’Homo erectus georgicus ont été découverts en association avec des ossements d'animaux, des outils de pierre et des outils de percussion qui permettaient à cette espèce de chasser, de tuer des animaux et de les préparer. Ceci établit selon ses découvreurs le statut de chasseur d’Homo georgicus et non de charognard ni de simple cueilleur et consommateur d'aliments végétaux peu coriaces. L’Hominidé de Dmanisi consommait de la viande, et selon D. Lordkipanidze ce fait peut expliquer la survie de cette espèce et d'autres hominidés habitant sous des hautes latitudes, surtout en hiver.

« Les outils trouvés à Dmanisi, au nombre d'environ 5 000 [en 2008], sont de simples éclats et des « choppers », galets dont une seule face a été aménagée pour former un tranchant. […] Ces outils sont identiques à ceux que l'on trouve dans la tradition culturelle oldowayenne, développée par les homininés africains près d'un million d'années auparavant »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b David Lordkipanidze1, Marcia S. Ponce de Lean, Ann Margvelashvili, Yoel Rak, G. Philip Rightmire, Abesalom Vekua, Christoph P. E. Zollikofer, « A Complete Skull from Dmanisi, Georgia, and the Evolutionary Biology of Early Homo », Science, vol. 342, no 6156,‎ , p. 326–331 (DOI 10.1126/science.1238484)
  2. Skull suggests three early human species were one : Nature News & Comment
  3. a et b (en) David Lordkipanidze et al., « A Complete Skull from Dmanisi, Georgia, and the Evolutionary Biology of Early Homo », Science, vol. 342, no 6156,‎ , p. 326-331 (DOI 10.1126/science.1238484)
  4. Gabunia L., Vekua A., Lordkipanidze, D., Swisher C. C., III, Ferring R., Justus A., Nioradze M. et al. (2000) : « Earliest Pleistocene hominid cranial remains from Dmanisi, Republic of Georgia: taxonomy, geological setting, and age ». Science, 288 : 1019-25.
  5. « Homo erectus africains et asiatiques », entretien avec Fred Spoor, La Recherche, mai 2008.
  6. a et b Lordkipanidze D., « Étonnants primitifs de Dmanisi », La Recherche, mai 2008, n° 419, p. 28-32
  7. Erwan Lecomte, « Le crâne préhistorique qui bouleverse l'évolution humaine », Sciences et Avenir, (consulté le 20 octobre 2013)
  8. (en) Brian Switek, « Beautiful Skull Spurs Debate on Human History », National Geographic, (consulté le 20 octobre 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabunia L., Vekua A., Lordkipanidze, D., Swisher C. C., III, Ferring R., Justus A., Nioradze M. et al. (2000) : « Earliest Pleistocene hominid cranial remains from Dmanisi, Republic of Georgia: taxonomy, geological setting, and age ». Science, 288 : 1019-25.
  • Gabunia L., de Lumley M.-A., Vekua A., Lordkipanidze D., et de Lumley H., 2002 : « Découverte d'un nouvel hominidé à Dmanissi (Transcaucasie, Géorgie) », article publié dans Comptes Rendus Palevol, volume 1, numéro 4, septembre 2002, pages 243-253.
  • Vekua A., Lordkipanidze D., Rightmire G. P., Agusti J., Ferring R., Maisuradze G. et al., 2002 : « A new skull of early Homo from Dmanisi, Georgia », Science, 297 : 85-9.
  • Lordkipanidze D., « Étonnants primitifs de Dmanisi », La Recherche, mai 2008, no 419, p. 28-32.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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