Digulleville

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Digulleville
Sémaphore de Jardeheu, sur la pointe de Jardeheu, racheté par la commune en 2005.
Sémaphore de Jardeheu, sur la pointe de Jardeheu, racheté par la commune en 2005.
Image illustrative de l'article Digulleville
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Manche
Arrondissement Cherbourg
Canton La Hague
Intercommunalité Communauté d'agglomération du Cotentin
Statut Commune déléguée
Maire délégué Jacques Hamelin
2017-2020
Code postal 50440
Code commune 50163
Démographie
Gentilé Digullevillais(es)
Population 289 hab. (2014)
Densité 37 hab./km2
Géographie
Coordonnées 49° 41′ 56″ nord, 1° 51′ 33″ ouest
Altitude Min. 0 m
Max. 182 m
Superficie 7,89 km2
Historique
Date de fusion
Commune(s) d’intégration La Hague
Localisation

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Digulleville est une ancienne commune française, située dans le département de la Manche en région Normandie, à l'ouest de Cherbourg-en-Cotentin, peuplée de 289 habitants[Note 1]. Commune intégrée à La Hague le 1er janvier 2017.

Géographie[modifier | modifier le code]

Située sur la pointe de la Hague, la commune est constituée d'un « village-rue » (la rue Désert) et de hameaux dispersés.

Le territoire est borné par le havre de Plainvic que baigne la Manche, les communes d'Omonville-la-Petite à l'ouest, avec le lit de la rivière Sainte-Hélène, d'Omonville-la-Rogue à l'est, et d'Herqueville et Beaumont-Hague au sud, sur les hauteurs de Raumarais.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de la localité est attesté sous les formes Digulevilla en 1163, Deguleville, Digulvilla vers 1175, Deguillevilla vers 1200, Digoillevilla en 1203[1].

Il s'agit d'une formation médiévale tardive en -ville (élément issu du gallo-roman VILLA « domaine rural », lui-même du latin villa rustica « grand domaine rural »), précédé du nom de personne Decuil d’origine gaélique[2],[3].

Le gentilé est Digullevillais.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières occupations sur le territoire de la commune sont très anciennes. La présence de tumuli et la découverte de pièces de bronze témoignent d'une implantation celte antérieure à l'invasion romaine. Plusieurs foyers de combustion en forme de fosse à pierres chauffées datant de 4700 ans av. J.-C. ont été découverts près de Jardeheu[4]. Raumarais, où se tient désormais l'usine de retraitement de la Hague et l'Andra, abritait également deux sites datant du début du Mésolithique moyen (foyer en cuvette, poterie, petits grattoirs de silex…), probable station d'habitat saisonnier lors des campagnes de chasse ou de pêche[5].

Au XIXe siècle ont été recensés dix tumulus de l'âge du bronze sur le territoire (neuf au hameau des Asselins et dans les Monts, une aux Sablons) dont les recherches récentes ont permis d'en écarter sept comme étant des formations rocheuses naturelles. De l'âge de bronze, date également le Hague-Dick, qui longe une partie de la commune. Des fouilles dans l'anse de la Gravette enfin ont révélé des foyers importants de l'âge du fer[6].

La légende d'Équinandra, druidesse unelle liée au rocher d'Esquina, dans la baie d'Écuty, évoque le souvenir de cette époque. Un village gallo-romain aurait été installé près de Plainvic. Certains auteurs[7] font de Digulleville le centre de Coriallo, cité des Unelles mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin. En effet, en l'absence de traces, Coriallo pourrait être, non pas une ville mais plusieurs hameaux couvrant la pointe de la Hague, protégés par la Hague-Dick, entre Éculleville et Omonville-la-Petite.

Au Moyen Âge, le territoire de la paroisse, partagé entre les fiefs nobles de Fontenay et de Mélinde, acquis par les Jallot au XVIe et XVIIe siècles, est parsemé de plusieurs fermes-manoirs, propriétés des nobles des environs. Le manoir d'Ouville appartient aux comtes d'Aigneaux, la Chesnaye et Rantôt à la famille Jallot, seigneurs et comtes de Beaumont. Leur frère, le chevalier de Rantôt, corsaire et contrebandier, fait construire la ferme de la Basmonterie comme repaire. Le manoir des Gruberts est propriété de la famille du Bosq, dont l'un d'eux, Nicolas du Bosq, seigneur des Gruberts, fut général de Louis XIV.

L'église, dédiée à Paterne, évêque d'Avranches, avait pour patron le prieur de Vauville, qui percevait les deux tiers des produits, à l'exception des menues offrandes, le troisième tiers allant au curé[8].

Le plateau du Haut-Marais accueille au XVIIIe siècle un village de tisserands, confectionnant du droguet.

En janvier 1915, alors que les phares sont éteints à cause de la guerre, l'Astrée s'échoue sur les rochers de la Coque.

En 2005, la commune accueille le tournage du film Le Passager de l'été de Florence Moncorgé-Gabin.

Économie[modifier | modifier le code]

Digulleville a bénéficié des retombées de taxe professionnelle dues à l'implantation sur sa zone industrielle, de nombreuses entreprises sous-traitantes de l'usine de retraitement de la Hague, ainsi qu'à l'extension de l'usine d'Areva (UP3) en 1991, et plus accessoirement au centre de stockage de la Manche de l'Andra.

La zone industrielle est gérée par la Chambre de commerce et d'industrie de Cherbourg-Cotentin. Une trentaine d'entreprises y sont présentes[9].

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Liste des maires
Période Identité Étiquette Qualité
1817 1856 Jacques François Gauvin SE  
         
1953 1971 Bernardin Bigot SE Menuisier
1971[10] en cours Jacques Hamelin[11] SE Agriculteur
Les données manquantes sont à compléter.

Le conseil municipal est composé de onze membres dont le maire et trois adjoints[12].

Si la vie politique municipale est stable, avec le même maire depuis 1971, les scores du Front national ont explosé dans les scrutins, passant de 2,88 % aux européennes de 2009, à 30,08 % aux départementales de 2015[13].

Démographie[modifier | modifier le code]

En 2014, la commune comptait 289 habitants. Depuis 2004, les enquêtes de recensement dans les communes de moins de 10 000 habitants ont lieu tous les cinq ans (en 2006, 2011, 2016, etc. pour Digulleville[14]) et les chiffres de population municipale légale des autres années sont des estimations[Note 2]. Digulleville a compté jusqu'à 781 habitants en 1831.

           Évolution de la population  [modifier]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
656 725 727 755 781 726 706 609 600
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
532 548 564 532 515 436 432 418 402
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
361 380 341 269 259 241 237 237 210
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2011 2014
194 179 173 185 230 248 297 287 289
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[15] puis Insee à partir de 2006[16].)
Histogramme de l'évolution démographique

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

  • Grands corps de fermes et demeures seigneuriales : manoirs du Boscq et de Douville, fermes de Rantôt, du Grand-Bel, de la Chesnaye et de la Haizette (ferme manoir du XVIIe siècle avec deux tourelles carrées d'escalier sur la facade nord).
  • Église Saint-Paterne : édifice roman du XIIIe siècle, elle a longtemps caché derrière ses plâtres un retable en trompe-l'œil (ou « retable des pauvres »), peint en 1785, redécouvert au hasard d'une restauration deux siècles plus tard. À l'époque, les finances ne permettaient pas de vrais marbres et sculptures que l'on a donc peints à même le mur. Vers 1830, on cache les peintures avec un vrai retable en bois, puis en marbre. Il a été restauré en 1985.
  • Sémaphore de Jardeheu, sur la pointe du même nom, datant de 1860. Racheté par la commune, il a été aménagé en gîte.
  • Le Hague-Dick, ouvrage fortifié barrant la pointe de la Hague, inscrit au titre des monuments historiques le 10 mai 1988[17].
  • La cascade de la Brasserie issue du ruisseau de Sainte-Hélène qui alimente en eau le hameau de la Brasserie situé au sud de la commune.

Cultes[modifier | modifier le code]

Le territoire communal est rattaché à la paroisse catholique du Bienheureux Thomas Hélye de la Hague, au sein du doyenné de Cherbourg-Hague[18]. L'unique lieu de culte est l'église Saint-Paterne, qui accueille une messe à l'occasion de la fête patronale, la Saint-Paterne, traditionnellement célébrée deux semaines après Pâques.

Le saint patron traditionnel de la commune est Paterne d'Avranches.

Activité, manifestations, label[modifier | modifier le code]

La commune est un village fleuri (deux fleurs) au concours des villes et villages fleuris[19].

Personnalités liées[modifier | modifier le code]

  • Guillaume de Digulleville (1295 à Digulleville - après 1358), moine et poète.
  • Nicolas du Bosq, sieur des Gruberts, né en 1638 à Digulleville, général de brigade des mousquetaires noirs, mort le 11 septembre 1709, emporté par un boulet lors de la bataille de Malplaquet.
  • Nicolas de Lesdo de la Rivière, seigneur de Digulleville, capitaine au régime de Normandie dès 1675, major du régiment de Normandie à partir de janvier 1690, reçu chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis le 3 mars 1700, inspecteur-général de l'infanterie pour la Normandie en juin 1702, puis brigadier en 1703. Il refusa, en 1701, de quitter ce régiment de Normandie, où il servait depuis trente-cinq ans, pour remplacer Guiscard à l'ambassade de Stockholm, et fut chargé en 1702 de discipliner les milices de Normandie. Il mourut le 26 octobre 1715[20].
  • Henri Robert Jallot de Beaumont (vers 1654-1720), dit Chevalier de Rantôt (du nom d'une ferme manoir de Digulleville occupée par Pierre, son frère), seigneur de Saint-Martin (Omonville-la-Petite), corsaire et fraudeur de la fin du XVIIe siècle, qui habitait la ferme de la Basmonterie.
  • Bon Prosper Lepesqueur (1846 à Digulleville - 1921), de son vrai nom Polidor. Dessinateur de la Marine à Cherbourg, il devient chroniqueur en langue normande dans Le Phare de la Manche. Il est l'auteur de nombreuses chansons en normand, dont Le Cordounyi, La Batterie de Serasin, Le Chendryi, La Parcie, Le Fisset… Il signait aussi P. Lepesqueux, Bounin Polidor ou P. Lecacheux.

La légende d'Équinandra[modifier | modifier le code]

Le rocher d'Esquina, en forme de lion, qui vieille sur l'emplacement légendaire du tombeau.

En -56, les légions romaines envahissent le Cotentin. Malgré la résistance des Unelles, les troupes de Jules César avancent, et les Gaulois, retranchés dans la Hague décident de sacrifier, par la main de la jeune druidesse Équinandra, le plus jeune enfant de la tribu, celui de leur chef, Viridovix. Mais ce sacrifice est vain, ils subissent une nouvelle défaite. Viridorix furieux d'avoir perdu la bataille finale et son enfant, se venge sur Clodomir, époux de la prêtresse, blessé durant les combats, en le faisant agoniser toute une nuit sous les yeux d'Équinandra, par l'administration de feuilles vénéneuses sur les blessures.

Au petit matin, désespérée par la douloureuse mort de son époux, Équinandra demande à son père, le druide Vindulos, de l'enterrer vivante auprès de celui qu'elle aimait, au bout de la baie d'Écuty. Le rocher qui deviendra maritime par l'érosion des vagues, Esquina, garde depuis la trace dans son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Population municipale 2014.
  2. Dans le tableau des recensements et le graphique, par convention dans Wikipédia, le principe a été retenu, pour les populations légales postérieures à 1999 de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique que les populations correspondant à l'année 2006, première population légale publiée calculée conformément aux concepts définis dans le décret no 2003-485 du 5 juin 2003, et les années correspondant à une enquête exhaustive de recensement pour les communes de moins de 10 000 habitants, ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François de Beaurepaire (préf. Yves Nédélec), Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, A. et J. Picard, , 253 p. (ISBN 2-7084-0299-4, OCLC 15314425), p. 110
  2. François de Beaurepaire, op. cit.
  3. René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Condé-sur-Noireau, Éd. Charles Corlet, (ISBN 2-95480-455-4 (édité erroné), notice BnF no FRBNF36174448), p. 110.
  4. « Un foyer du néolithique a été mis à jour », La Presse de la Manche, 4 août 2008.
  5. Cyril Marcigny et Emmanuel Ghesquière, Archéologie, histoire et anthropologie de la presqu'île de la Hague (Manche) : analyse sur la longue durée d'un espace naturel et social cohérent, Communauté de communes de la Hague, 2005.
  6. « Les Âges des métaux », site de la mairie
  7. dont Claude Pithois, La Hague, éditions Arnaud Bellée, 1973.
  8. Le Chanteur de Pontaumont, « Pouillés inédits des doyennés de la Hague et de Carentan », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, 1871.
  9. « Site communal - Le tissu industriel » (consulté le 27 juin 2012).
  10. « Municipales : un point sur le canton de la Hague », sur ouest-france.fr, Ouest-France (consulté le 11 novembre 2016)
  11. Réélection 2014 : « Un huitième mandat de maire pour Jacques Hamelin », sur Ouest-france.fr (consulté le 5 avril 2014)
  12. « Digulleville (50440) - Municipales 2014 », sur elections.ouest-france.fr, Ouest-France (consulté le 11 novembre 2016)
  13. L'Internaute
  14. Date du prochain recensement à Digulleville, sur le-recensement-et-moi.fr, site spécifique de l'Insee.
  15. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  16. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 20062007 2008 2009 2010 2011201220132014 .
  17. « Retranchement dit Le Hague Dike », notice no PA00110390, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  18. Site du doyenné
  19. « Palmarès du concours des villes et villages fleuris », sur villes-et-villages-fleuris.com (consulté le 11 novembre 2016)
  20. Sources : Mémoires de Saint-Simon : nouvelle édition collationnée sur le manuscrit autographe, augmentée des additions de Saint-Simon au Journal de Dangeau, Hachette, 1879-1928 (p 114) et Recueil de tous les membres composant l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, depuis l'année 1693, époque de sa fondation de Jean-François-Louis comte d'Hozier, Au bureau général du Bon Français, etc. (Paris), 1817-1818 (p 223)

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Digulleville », Bulletin municipal n°1, janvier 1988.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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