Julie de Lespinasse

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Julie de Lespinasse
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gravure d'après Carmontelle

Naissance
Lyon (France)
Décès (à 43 ans)
Paris (France)
Activité principale
Auteur
Genres

Jeanne Julie Éléonore de Lespinasse, née le à Lyon et morte le à Paris, est une salonnière et épistolière française. Elle inspira une grande passion à Jean d'Alembert et mourut prématurément.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un contexte familial particulier[modifier | modifier le code]

Jusqu’à un passé récent (2013) et à la suite des « extrapolations » du marquis de Ségur[1], il était acquis que Julie de Lespinasse était la fille illégitime du comte Gaspard Nicolas de Vichy (1699-1781)[2], frère de Marie du Deffand, et de la comtesse d’Albon (1695-1748)[3]. Son père présumé, le comte de Vichy, aurait été l’amant de la comtesse d'Albon, avec laquelle il aurait eu au moins deux enfants illégitimes, dont Julie. Quelques années plus tard, et ce fait est avéré, Gaspard de Vichy devait épouser Diane d'Albon, la fille légitime de son ex-maîtresse. Julie allait être élevée par sa mère, séparée entre temps de son mari. À la mort de la comtesse d'Albon, Julie n'avait que 18 ans. On ne trouva rien de mieux que de la confier au couple Gaspard de Vichy-Diane d'Albon (sa demi-sœur et belle-mère) au service duquel elle resta près de quatre années. C'est notamment à partir de cette cohabitation singulière et d'un ragot apparemment sans fondement que la paternité de Gaspard fut supposée et "établie" de façon tout aussi hasardeuse par le marquis de Ségur, au début du XXe siècle, dans sa biographie de Mlle de Lespinasse.

En 2013, Pierre E. Richard, chercheur ayant spécialisé ses travaux sur la famille de Vichy et sa plus éminente représentante, Mme du Deffand, a mis au jour un document irréfutable faisant, semble-t-il, un sort définitif à cette légende parfaitement gratuite. Un petit manuscrit de la main de l’abbé Barthélemy, très proche de la marquise du Deffand et fort bien informé, révélant la véritable identité du géniteur de la jeune Julie en la personne d’un notable lyonnais, du nom de Tourtier(cf. l'ouvrage de P.E. Richard).

On connaît la suite : la venue de Mme du Deffand au château de Chamron où Julie avait été placée et désespérait de son sort, envisageant de se retirer dans un couvent. Les échanges familiaux durant plusieurs mois et enfin la montée à Paris de la jeune provinciale au service de celle qu’on présentait jusqu’alors comme sa tante (Mme du Deffand étant la sœur de Gaspard de Vichy).

Dans le salon de Madame du Deffand[modifier | modifier le code]

Dès 1747, alors qu'elle a noué une amitié avec D’Alembert, son salon est fréquenté par des écrivains et philosophes tels que Fontenelle, Montesquieu, Marmontel, Marivaux-Jean-Antoine Roucher et Condorcet . C’est dans ce monde qu’elle introduisit sa nièce. Julie était intelligente et surtout très habile à diriger la conversation. Sa vivacité d’esprit et sa finesse ne tardèrent pas à séduire les hôtes de sa tante et les conversations commencées dans le salon de celle-ci se terminaient dans la chambre de Julie. Marie du Deffand l’ayant appris se jugea trahie et en conçut une grande jalousie qui ne la quitta plus, même après la mort prématurée de Julie, qu’elle finit par renvoyer en 1763.

Le salon de Julie de Lespinasse[modifier | modifier le code]

Julie de Lespinasse ouvrit en 1764 son propre salon rue de Bellechasse, où elle reçut également Condillac, Condorcet et Turgot, outre ceux qu’elle recevait auparavant chez sa tante. On a pu dire de son salon qu’il fut le « laboratoire de l’Encyclopédie », dont elle fut l’égérie. Nombreux furent ceux qui subirent le charme de cette jeune femme au caractère ardent et passionné, mais ce fut avec d’Alembert qu’elle se lia d’une profonde amitié qui semble n’avoir été que platonique. Lui-même enfant illégitime, ils avaient tous deux des points communs qui les rapprochaient. Alors qu'il était malade, elle le recueillit chez elle et le soigna. Ils ne se quittèrent plus.

Julie s’éprit cependant profondément du marquis de Mora, fils de l’ambassadeur d’Espagne en 1766, tout aussi épris d’elle. Ils envisagent le mariage, mais la famille de Mora fera l’impossible pour contrecarrer ce projet et y parviendra.

Rentré en Espagne, il tombe malade et y reste pour être soigné. Leur correspondance reflète déjà ces amours passionnées qui fleuriront dans la littérature romantique. Pour oublier les angoisses que lui cause l’éloignement de son amant, elle fréquente, pour se changer les idées, les maisons de campagne de ses nombreux amis et rencontre, au Moulin-Joli de Bezons, le colonel de Guibert en 1772. Elle se prend pour ce dernier d’une irrésistible passion qu’elle éprouvera jusqu’à sa mort, malgré l’apparente indifférence qu’il lui témoigne.

Durant de longs mois, elle nourrit des sentiments de culpabilité, partagée entre ses deux amants, ne pouvant oublier l’un mais désirant l’autre. Mora, revenu en France pour la rejoindre, après sa maladie, meurt à Bordeaux en 1774. C’est alors que Julie et Guibert deviennent amants. Quand Julie vient à apprendre cette coïncidence, le désespoir s’empare d’elle, le chagrin et les remords ébranlent sa santé. Elle songe au suicide : « J’ai souffert, j’ai haï la vie, j’ai invoqué la mort, écrira-t-elle, et je fais serment de ne pas lui donner le dégoût et de la recevoir au contraire comme une libératrice[4]. »

« Il n’y a qu’une chose qui résiste, c’est la passion et c’est celle de l’amour, car toutes les autres resteraient sans répliques. (…) Il n’y a que l’amour-passion et la bienfaisance qui me paraissent valoir la peine de vivre[5]. » Dans ces quelques lignes pourrait se résumer la personnalité de Julie.

Elle ne survivra pas au mariage de Guibert ; désespérée par l’échec de ses deux liaisons, elle meurt à quarante-trois ans. Sa correspondance avec Guibert sera publiée en 1809 par la veuve de celui-ci. Comme celle de sa tante du Deffand, cette correspondance constitue un document psychologique et historique de référence.

Diderot a fait d’elle, avec le médecin Bordeu, un personnage de son Rêve de d’Alembert.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. P. de Ségur, Julie de Lespinasse, éd. Calmann-Lévy (1906) ; lire à ce sujet l’intéressante critique d’Eugène Welvert, « revue critique de « Julie de Lespinasse » par le Marquis de Ségur », Bibliothèque de l’école des chartes, vol. 67, no 1,‎ , p. 111-114.
  2. généalogie du père
  3. généalogie de la mère
  4. Charles Henry (éd.), Lettres inédites de Mademoiselle de Lespinasse à Condorcet, à D'Alembert, à Guibert, au Comte de Crillon, É. Dentu, , 408 p. (lire en ligne), p. 182.
  5. Ibid., p. 138.

Bibliographie[modifier | modifier le code]