Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert

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François-Apolline de Guibert
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait gravé par G. Engelmann

Nom de naissance Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert
Naissance
Montauban
Décès (à 46 ans)
Paris
Activité principale
officier général, essayiste, conseiller d'État
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français
Genres
éloges, récits de voyages, essais, pièces de théâtre

Œuvres principales

  • Défense du système de guerre moderne
  • Essai général de tactique
  • Œuvres dramatiques (1825, posthume)

Jacques-Antoine-Hippolyte, comte de Guibert (parfois aussi François-Apolline de Guibert), né le à Montauban et mort le à Paris, est un général et auteur militaire français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guibert entra en 1756, à l'âge de treize ans, au régiment d'Auvergne avec le grade de lieutenant. Il devint capitaine en 1758 et prit part à la guerre de Sept Ans. Il y accompagnait son père, Charles-Benoît, comte de Guibert (1715-1786), chef de camp du maréchal de Broglie. Son père, d’extraction modeste et officier de fortune, était parvenu au grade de lieutenant général et aux fonctions de gouverneur des Invalides en 1786.

Il fut décoré de la Croix de Saint-Louis lors des opérations en Corse. À l’issue de la campagne, il fut nommé colonel et reçut le commandement de la Légion corse qui venait d'être créée[1]. Il publie à Liège son Essai général de tactique, accompagné d'un Discours où il se propose « ...de tracer le tableau politique et militaire de l’Europe »[2] et en particulier de sa Nation en considérant « sa constitution, ses moyens, son génie, la situation de son militaire... J'oserai parler de son administration, dévoiler ses abus, en chercher les remèdes, élever enfin l'édifice d'une constitution, à la fois politique & militaire »[2]... Par prudence, il se retire en Prusse en attendant de voir l'effet que son ouvrage aura sur l'opinion[3],[4] : c’est ainsi qu'en 1773, Frédéric II le Grand reconnaît en lui un grand tacticien avec lequel il conversera souvent sur les questions militaires. Toulongeon publiera ultérieurement son Journal d'un voyage en Allemagne (1803).

Sa Défense du système de guerre moderne, une réponse aux critiques, mettait en lumière les méthodes de défense raisonnée et scientifique utilisées par l'armée prussienne. Ce fut la base de son travail lorsqu'en 1775 il coopéra avec le comte de Saint-Germain dans une série de réformes de l'armée française, notamment du règlement d'exercice et de manœuvre de 1776.

En 1777, à la disgrâce de Saint-Germain, Guibert fut également évincé du ministère, et il reçut le commandement du régiment de Neustrie. Dans cette semi-retraite, il défendit vigoureusement son ancien chef Saint-Germain contre ses détracteurs.

Il fut élu à l’Académie française le 15 décembre 1785, et reçu par le marquis de Saint-Lambert le 13 février 1786. À la veille de la Révolution, il fut rappelé au conseil de l’administration de la guerre en 1787 dont il devint la cheville ouvrière. En 1788, il fut nommé maréchal de camp et inspecteur divisionnaire d'infanterie de l'Artois[3] ; mais il subit à son tour des attaques : les réformes qu’il introduisait le rendirent très impopulaire. Candidat en janvier 1789 à la députation de la noblesse du bailliage de Bourges pour les États Généraux de 1789, il fut hué et obligé de quitter l’assemblée[3]. Le mémoire en défense qu'il publia pour l'occasion[5] n’eut aucun écho ; très affecté de cet échec politique, il fut emporté après une courte maladie[3] le 6 mai 1790.

L’œuvre de Guibert a eu une grande influence sur les conceptions militaires de Napoléon, qui avait lu et médité ses écrits[6],[7].

Écrits[modifier | modifier le code]

Dans ses écrits, Guibert préconisait la réduction du coût des armées en proposant notamment de ravitailler les hommes avec des ressources sur place au dépend des populations locales. Néanmoins, il s'opposait au pillage, il préconisait le recours à des ententes avec les pouvoirs locaux par exemple[8].

LEssai général de tactique[modifier | modifier le code]

En 1770, il publia à Londres Essai général de tactique qui fut un succès en Angleterre et en Allemagne et fut même traduit en persan. De ce travail, on peut dire que c'était l'un des meilleurs essais sur la guerre qui fût produit par un soldat durant cette période. Il fut abondamment commenté dans les salons jusqu'en 1871. Indépendamment des questions techniques, son point de vue éclairé fut largement repris à travers toute l'Europe, spécialement dans la période 1763-1792. Il présentait ainsi la révolution imminente dans l'art de la guerre, une révolution que les tacticiens, eux-mêmes, n'avaient pas vu venir comme le service militaire. Une prévision accomplie presque à la lettre vingt ans après la mort de Guibert.

L'auteur dramatique[modifier | modifier le code]

Auteur dramatique médiocre, il a néanmoins laissé des éloges, entre autres ceux de Julie de Lespinasse et du roi de Prusse. Le triste sort de sa pièce le Connétable de Bourbon, écrite en 1775, était le point prépondérant dans le refus de Guibert de faire jouer ses autres tragédies : Les Gracques et Anne de Boleyn. La réception paradoxale de Connétable de Bourbon démontre l'hiatus qui sépare l'esthétique mondaine des salons de celle qui concerne la sphère de la Cour de Louis XVI. En fait, cette œuvre a d'abord connu un grand succès dans les salons de l'époque et fut même vantée auprès de la reine Marie-Antoinette, qui a fini par la soutenir et la faire jouer à la Cour.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Essai général de tactique, précédé d'un discours sur l'état actuel de la politique et de la science militaire en Europe ; avec le plan d'un ouvrage intitulé : La France politique et militaire (1770, 1772) Réédition : 2004.
  • Éloge du maréchal de Catinat (1775) Réédition : 1978.
  • Observations sur la constitution militaire et politique des armées de S. M. prussienne, avec quelques anecdotes de la vie privée de ce monarque (1777)
  • Éloge historique de Michel de L'Hospital, chancelier de France (1777) Réédition : 1978.
  • Défense du système de guerre moderne, ou réfutation complète du système de M. de M... D... (1779)
  • Le Connétable de Bourbon, tragédie en 5 actes (1785)
  • Éloge du roi de Prusse (1787) Réédition : 1978.
  • De la Force publique considérée dans tous ses rapports (1790)
  • Journal d'un voyage militaire fait en Prusse dans l'année 1787 (1790)
  • Journal d'un voyage en Allemagne fait en 1773 par G.-A.-H. Guibert, ouvrage posthume publié par sa veuve et précédé d'une notice historique sur la vie de l'auteur (2 volumes, 1803)
  • Œuvres militaires de Guibert, publiées par sa veuve sur les manuscrits et d'après les corrections de l'auteur (5 volumes, 1803)
  • Voyages de Guibert dans diverses parties de la France et en Suisse, faits en 1775, 1778, 1784 et 1785, ouvrage posthume publié par sa veuve (1806)
  • Œuvres dramatiques de Guibert, publiées par sa veuve sur les manuscrits et d'après les corrections de l'auteur (1822)
  • Écrits militaires : 1772-1790 (1977)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après une note autobiographique de Guibert, insérée dans le Supplément du Mémoire adressé au Public et à l'Armée sur les Opérations du Conseil de la Guerre (1789 ; in Œuvres militaires (1805), tome V, p. 296) : « J’ai fait la guerre en Corse, et j’y ai obtenu la commission de Colonel, à l'occasion du combat de Ponte-Nuovo qui a décidé la soumission de l’île. (...) à la fin de la campagne, sur les témoignages que rendit de nouveau le Comte de Vaux de l'utilité de mes services, on me donna la Croix de Saint-Louis ; je n'avais alors que vingt-quatre ans... »
  2. a et b D'après Essai général de tactique, C. Plomteux, , « Discours sur l'Etat actuel de la Science politique et militaire en Europe », iv
  3. a, b, c et d D’après Antoine-Vincent Arnault, Biographie nouvelle des contemporains ou dictionnaire historique ..., vol. 8, Paris, Libr. des Arts & Métiers Émile Babeuf, , « Guibert », p. 401.
  4. Dans ses Notes sur l'espion anglais (1784), Bonaparte écrit : « En 1772, M. de Guibert fit paraître son Traité de Tactique, qui causa le plus grand bruit à cause de sa préface qui était fort hardie, ce qui l'obligea à voyager... »
  5. Précis de ce qui s’est passé à mon égard devant l’assemblée du Berri (1789).
  6. Cf. à ce sujet l'analyse de J. Colin, L'éducation militaire de Napoléon, Libr. mil. R. Chapelot, (réimpr. 2001, éd. hist. Teissèdre) (ISBN 291225955X), « Les années d'études - Les tacticiens philosophes », p. 118-126.
  7. En préface de la réédition des Œuvres de Guibert, sa veuve écrit ceci : « Bonaparte portait avec lui dans les camps l’Essai général de Tactique, et disait que c'était un livre propre à former de grands généraux. »
  8. Frédéric Encel, L'art de la guerre par l'exemple, France, Flammarion, , 356 p. (ISBN 978-2-0813-5959-8), p.101.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ethel Groffier, Le Stratège des Lumières : Le comte de Guibert (1743-1790), Honoré Champion, Paris, 2005 (ISBN 2745311166)
  • Dans l'animé Code Geass : Boukoku no Akito, on voit l'une des personnages principales, Leia Malcal, lire l'œuvre de Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert : Essai général de tactique.

Liens externes[modifier | modifier le code]