René-Nicolas de Maupeou

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René-Nicolas de Maupeou
Image illustrative de l’article René-Nicolas de Maupeou

Titre marquis de Morangles et de Bully
Autres titres
Autres fonctions
Biographie
Nom de naissance René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou
Naissance
Montpellier
Drapeau du royaume de France Royaume de France
Décès (à 78 ans)
Le Thuit
Drapeau du royaume de France Royaume de France
Père René de Maupeou
Mère Anne-Victoire de Lamoignon

René-Nicolas-Charles-Augustin de Maupeou, (prononcer « mau-pou »), marquis de Morangles, de La Mothe-Chandeniers et de Bully, vicomte de Bruyères, est un magistrat et homme d'État français né à Montpellier le et mort au Thuit (Eure) le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et jeunesse[modifier | modifier le code]

René de Maupeou, cinquième du nom, descend de la branche de Bruyères des Maupeou. Dans cette famille anoblie au XVIe siècle, si les aînés sont « de robe » — héritant des charges parlementaires, les cadets sont volontiers « d'épée » ou « d'Église ». Fils aîné de René IV de Maupeou et d'Anne Victoire de Lamoignon, il se verra confier la charge de président à mortier appartenant à son père. Son frère Louis (1716-1800), fera carrière dans l'infanterie jusqu'au grade de lieutenant-général des armées[réf. nécessaire].

René de Maupeou, né le à Montpellier, grandit à Paris, habitant auprès de ses parents l'hôtel de Châtillon. Il fit de solides études au collège Louis-le-Grand[réf. nécessaire].

Armes du chancelier de Maupeou : d'argent au porc-épic de sable.

Débuts au parlement de Paris[modifier | modifier le code]

À 19 ans, il est reçu conseiller à la 3e chambre des enquêtes du parlement de Paris (11 août 1733), puis est nommé président à mortier en survivance de son père, en 1737. Il occupe effectivement cette charge lorsque ce dernier, en 1743, est élevé à la première présidence[réf. nécessaire].

Le , il épouse Anne Marguerite Thérèse de Roncherolles, fille de Charles Michel François, marquis de Roncherolles, et d'Angélique Marguerite de Jassaud. Fille unique, orpheline de père, jouissant immédiatement d'une grande fortune, la jeune mariée appartient à une maison chevaleresque remontant au Xe siècle. Ce mariage n'est pas de longue durée, Anne étant morte le 21 avril 1752 après lui avoir donné deux fils. Pour instruire son fils aîné, Maupeou désigne un jeune homme du nom de Charles-François Lebrun, futur troisième consul, archi-trésorier de l'Empire et duc de Plaisance.[réf. nécessaire]

Dans le cadre de ses activités politiques, Maupeou manifeste des opinions qui diffèrent de celles de la plupart de ses collègues du parlement. Bientôt ceux-ci commencent à se méfier de lui et, en 1755, ils préfèrent retarder leurs vacances plutôt que de le laisser présider la chambre des vacations car ils le savent favorable aux jésuites et craignent qu'il ne facilite l'enregistrement des déclarations de l'assemblée du clergé, qui n'est pas close et où doit prévaloir l'influence ultramontaine.[réf. nécessaire]

Lit de justice tenu par Louis XV à la Grand'Chambre du Parlement de Paris.

Face aux protestations des parlementaires contre la bulle Unigenitus, il prend part aux négociations entre le ministère et le premier président et met au point la déclaration du 10 décembre 1756[1], qui tend à restreindre les droits politiques du Parlement de Paris. Lors de son enregistrement par le roi en lit de justice, les parlementaires démissionnent collectivement, interrompant le cours de la justice. Louis XV, craignant de nouvelles difficultés, se voit contraint de la retirer[2]. Son père, le premier président, soupçonné alors d'avoir trahi sa compagnie, est contraint de donner sa démission devant l'hostilité du Parlement (). René de Maupeou commence à penser que les réclamations des magistrats, leurs remontrances et leurs refus d'enregistrer certains édits gênent l'exercice du pouvoir royal et compromettent la marche même de l'État.[réf. nécessaire]

Premier président du Parlement de Paris[modifier | modifier le code]

Profitant de la démission du premier président Molé, Louis XV se décide à changer tous les chefs de la magistrature. Il retire les sceaux à Feydeau de Brou. Le vieux chancelier Lamoignon, qui refuse de démissionner, est exilé à sa terre de Malesherbes. L'ex-président Maupeou est nommé vice-chancelier et garde des Sceaux. Il a 75 ans et le roi, estimant sans doute que son âge réclame un collaborateur, nomme son fils, René de Maupeou, premier président du Parlement de Paris (12 octobre 1763).[réf. nécessaire]

Durant sa présidence, il eut notamment à connaître de la révision du procès Calas et de l'affaire Lally-Tollendal.[réf. nécessaire]

Chancelier de France et garde des Sceaux[modifier | modifier le code]

Lorsque le chancelier Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil démissionna de ses fonctions le , il fut convenu que René Charles de Maupeou serait désigné pour lui succéder mais renoncerait aussitôt à son office pour prendre sa retraite avec le titre de Chancelier de France[réf. nécessaire]. Il ne fut donc chancelier qu'un jour, et son fils lui succéda dès le .[réf. nécessaire]

Alors que l'usage s'était établi, depuis d'Aguesseau, de séparer les fonctions de chancelier et de Garde des sceaux de France, elles furent réunies au profit de Maupeou qui se vit confier les sceaux le . Il devait les conserver jusqu'au , date à laquelle Louis XVI, sur le conseil de Maurepas, le remplaça par Miromesnil.[réf. nécessaire]

Maupeou disposait ainsi, dans les matières judiciaires, d'une marge de manœuvre encore accrue par la confiance de Louis XV. « Alors âgé de cinquante-quatre ans, écrit Michel Antoine, c'était un homme petit, avec de gros yeux proéminents sous d'épais sourcils noirs, un front assez bas, un nez long et terminé en carré, une grande bouche relevée sur le côté, le teint jaune et bilieux. Il était sévère, pénétré de ses devoirs, infatigable au travail, abattant en se jouant une besogne considérable, capable de conduire une entreprise sans dévier, l'esprit toujours tendu sur les affaires. Ses défauts étaient l'excès de chaleur et la précipitation. »[réf. nécessaire]

On a prétendu que Maupeou devait sa nomination à Choiseul.[réf. nécessaire] Il est certain que ce dernier, qui avait alors une grande influence sur le roi, ne dut pas s'y opposer, mais rien ne prouve qu'il l'ait favorisée. Dans un premier temps, Maupeou sembla d'ailleurs suivre une ligne de modération qui convenait au parti de Choiseul dans ce qui était la grande affaire du temps : la fronde parlementaire et, en particulier, l'affaire La Chalotais, qui agitait alors le Parlement de Bretagne.[non neutre]

Après la démission d'Étienne Maynon d'Invault, le chancelier put affermir sa position en faisant nommer au contrôle général des finances, le , un de ses proches, l'abbé Terray. De plus, depuis 1769, la comtesse du Barry est la nouvelle favorite du roi. Maupeou, son protégé, obtient le le renvoi de Choiseul[3]. Cette disgrâce fait du chancelier le principal ministre d'État.

La « réforme Maupeou »[modifier | modifier le code]

Gravure satirique de l'époque :
Maupeou, nouveau Samson, ébranle les colonnes du temple de l'État.

Maupeou avait d'ores et déjà fait preuve de fermeté face au Parlement de Bretagne. Pour mettre un terme à la guerre ouverte menée par les Parlements au pouvoir royal, il impose une série d’édits qui remodèlent le système judiciaire[4]. Alors que le Parlement de Paris réitère le 18 janvier 1771 son refus de siéger pour entériner les décisions royales, Maupeou convainc le roi de briser cette opposition systématique[3].

{{Référence nécessaireLes parlementaires parisiens sont arrêtés et exilés (arrêt du Conseil du ), leurs charges confisquées puis rachetées par l'État (édit d'avril 1771). L'immense ressort du Parlement de Paris fut divisé en six circonscriptions avec au sein de chacune un Conseil supérieur, nouvelle juridiction souveraine, le Parlement de Paris subsistant mais à la tête d'une circonscription plus réduite (édit du )|date=6 février 2019}}. Pour ces nouvelles juridictions, la vénalité des offices est abolie et la justice rendue gratuite, les magistrats étant désignés par le roi et rétribués par l'État[3].

La réforme fut vivement combattue par l'ancienne magistrature ainsi que par la noblesse – dont les Parlements défendaient alors les privilèges – avec à leur tête les Princes du sang[3], et par les jansénistes et gallicans, puissants dans les milieux parlementaires[réf. nécessaire] Certains philosophes comme Beaumarchais se moquent des nouveaux Parlements[3], d'autres dénoncent aussi ce « coup d'État » qui porte atteinte à la constitution de la monarchie[réf. nécessaire] Mais elle fut soutenue par Voltaire dans un premier temps[3], Arthur Young et d'autres personnalités qui détestaient les parlements, impliqués dans des affaires de corruption et responsables d'erreurs judiciaires retentissantes comme l'affaire Calas.[réf. nécessaire]

À son avènement, Louis XVI, veut se défaire du « triumvirat » composé par le duc d'Aiguillon, ministre des Affaires étrangères et de la Guerre, par l'abbé Terray, Contrôleur général des finances, et par Maupeou à qui il reproche son impopularité et sa proximité avec l'ancienne favorite du roi Louis XV[3]. Sur les conseils de Maurepas, il renvoie Maupeou en lui retirant les sceaux le (), rappelle les anciens magistrats et rétablit les Parlements dans leur état antérieur, anéantissant la réforme du chancelier à qui on prête ces paroles : « J'ai fait gagner au Roi un procès qui durait depuis trois cents ans. Il veut le reperdre ; il en est le maître. »[5].

Bien qu'étant privé des sceaux et vivant en retraite jusqu'à sa mort, René Nicolas de Maupeou garde le titre de chancelier jusqu'au , date de suppression de l'office ; il est donc le dernier chancelier de l'Ancien Régime. Il meurt au Thuit (Eure) en 1792.[réf. nécessaire]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Du mariage entre René Nicolas de Maupeou et Anne Marguerite Thérèse de Roncherolles, sont issus deux fils[6] :

  • René Ange Augustin de Maupeou, marquis de Bully, conseiller puis président à mortier au Parlement de Paris (1764), puis officier, mestre de camp du régiment Bourgogne-cavalerie (1771), brigadier des armées du Roi (1784), maréchal de camp (1788). Né le 3 décembre 1746, mort le 3 mai 1794 à la prison de la Force. Il épouse le 23 mai 1769 Anne Justine Feydeau de Brou ;
  • Charles Victor René de Maupeou (1750-1789 en Angleterre), chevalier de Malte de minorité, conseiller au Parlement de Paris (1767). De sa relation avec Marguerite Trouillet de La Roche, il eut postérité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud de Maurepas et Antoine Boulant, Les Ministres et les Ministères du siècle des Lumières (1715-1789) : Étude et dictionnaire, Christian-JAS, Paris, 1996
  • Jules Flammermont, Le Chancelier Maupeou et les Parlements, A. Picard, Paris, 1883 disponible sur Internet Archive
  • Jacques de Maupeou, Le Chancelier Maupeou, Éditions de Champrosay, 1942
  • Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières (1715-1789), coll. « Bouquins », Robert Laffont, Paris, 2003 (ISBN 2-221-04810-5)
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005 (ISBN 978-2262064044)
  • (it) Francesco Di Donato, L’ideologia dei robins nella Francia dei Lumi : Costituzionalismo e assolutismo nell’esperienza politico-istituzionale della magistratura di antico regime (1715-1788), ESI, Naples, 2003 (ISBN 88-495-0755-0).
  • (en) Durand Echeverria, The Maupeou Revolution : A Study in the History of Libertarianism, France, 1770-1774, Louisiana State University Press, 1985 - 347 pages
  • (en) Julian Swann, Politics and the Parlement of Paris under Louis XV, 1754-1774, Cambridge University Press, 1995 - (ISBN 0-521-48362-X)
  • Vincent Guffroy, « Le Vilain Petit Homme noir : La réforme du Chancelier de Maupeou et la bataille de l'Opinion », Université Charles-de-Gaulle - Lille III, 2013.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Louis XV, Déclaration du Roi, pour la discipline du Parlement, Versailles, , sur books.google.fr (lire en ligne).
  2. « Chronologie de la seconde crise parlementaire (1749-1759) » [sur unigenitus.over-blog.org], .
  3. a b c d e f et g Camille Vignolle, « 20 janvier 1771 : Louis XV et Maupeou exilent le Parlement », sur herodote.net, (consulté le 30 juin 2019).
  4. [Swann 2011] Julian Swann, « Un monarque qui veut « régner par les lois » : le Parlement de Paris et le roi dans la France de Louis XV », Parlement(s), Revue d'histoire politique, vol. 2011/1, no 15,‎ , p. 44-58 (lire en ligne [sur cairn.info], consulté le 30 juin 2019).
  5. Norbert Rouland, L'Etat français et le pluralisme. Histoire politique des institutions publiques de 476 à 1792, Paris, éd. Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-4039-5, lire en ligne).
  6. a et b Généalogie de René-Nicolas de Maupeou sur geneanet.org
  7. Charles d'Hozier, Armorial général de France, t. XXIII (lire en ligne), p. 514
  8. Charles d'Hozier, Armorial général de France, t. XXIV (lire en ligne), p. 1165

Liens externes[modifier | modifier le code]