Élevage porcin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'élevage porcin consiste à élever des porcs (Sus scrofa domesticus) au profit des humains. Dans les pays industrialisés intégrés dans la mondialisation, cette production de porc a évolué vers des élevages intensifs : les élevages rentrent dans le cadre de l'agriculture intensive.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'élevage du porc date de la sédentarisation des humains, puisqu'il n'est pas capable de transhumer. Il est attesté dans l'Égypte ancienne. Il a été développé dans l'Empire romain, en particulier en Gaule et dans l'Asie du sud est.

Le processus d'élevage a conduit à la domestication et à l'émergence de races spécialisées.

Les grandes zones de production sont la Chine, l'Union Européenne à 27 et les États-Unis. En Europe, les principaux producteurs sont l'Allemagne, l'Espagne, la France, le Danemark, la Pologne, les Pays-Bas et l'Italie[1].

En France à l'époque contemporaine, du fait d'une forte population rurale au sortir de la guerre 39-45 et à cause de terres agricoles moins fertiles que dans d'autres bassins français, beaucoup d'agriculteurs bretons se sont spécialisés en production porcine afin de dégager un revenu suffisant pour maintenir leur activité agricole. En outre, cela permit à la France d'atteindre en matière porcine son équilibre alimentaire dans les années 1970 : aujourd'hui, la France est légèrement excédentaire vis-à-vis de ses besoins en viande porcine (102,3% en 2014[1]), mais déficitaire pour les produits transformés, jambon notamment. La Bretagne représente 58 % de la production porcine française en 2014[2], avec les départements des Côtes-d'Armor et du Finistère comme premiers producteurs.

Élevage intensif[modifier | modifier le code]

Élevage intensif

Les races de porcs sélectionnées pour l’élevage porcin intensif sont dépourvues de glandes sudoripares. Les animaux sont donc sensibles au « choc thermique ». Pour optimiser la production, il faut les élever dans des porcheries ventilées avec un contrôle de la température. Pour éviter le développement des pathologies liées à l’élevage intensif, on donne aux animaux des compléments alimentaires vitaminiques et les systèmes de prévention sanitaires sont renforcés. L'administration d'antibiotiques en prévention afin de limiter l'apparition et la propagation de maladies infectieuses diminue afin de limiter le développement de l'antibiorésistance (Plan Ecoantibio 2017).

Les porcelets sont retirés de leur mère vers trois/quatre semaines, alors que l'âge naturel de sevrage se situe vers 3-4 mois. Ils sont mis dans des groupes destinés à l'engraissement. Le stress survient lorsque les porcelets sevrés sont mélangés avec des porcelets non familiers. Les porcs sont élevés à l'intérieur, souvent dans des bâtiments surpeuplés, sur du béton nu ou sur caillebotis intégral. Par ennui, les porcs se mâchent puis mordent les queues des autres porcs. Pour prévenir ces troubles, les éleveurs coupent les queues des porcelets[3].

Le Porc mâle entier:

Les mâles entiers sont des porcs non castrés. Dans les élevages conventionnels les jeunes porcs sont castrés au bout de 9 à 10 jours pour éviter qu'au moment de la consommation, la viande ait un goût d'"urine" (cela est dû à une trop forte quantité d'hormone dans les muscles). En 2016, en Europe une loi sur le bien-être animal va interdire la castration des porcs (aujourd'hui 27 % des porcs européens ne sont plus castrés).

De plus, d’après le groupement de producteur français Cooperl, les porcs non castrés ont un meilleur classement que les porcs castrés.

Élevage en plein air[modifier | modifier le code]

Élevage fermier de Vendée élevé en plein air

Des élevages en liberté prenant en compte le bien-être des cochons existent, mais ne représentent qu’un très faible pourcentage de l’élevage porcin. Les animaux élevés en plein air disposent d’abris, généralement des petites cabanes en tôle paillées à l'intérieur. Les porcs fermiers élevés en plein air ou en liberté (Label Rouge) ou les porcs biologiques ont un accès au plein air. De plus, les truies doivent être élevées en groupe durant la plus grande partie de leur gestation. Les porcelets restent avec leur mère plus longtemps (jusqu’à 6 à 8 semaines). On évite de mélanger les cochons qui ne se connaissent pas et la coupe de la queue n’est pas pratiquée dans les élevages biologiques et certains élevages plein air. Les porcs sont moins stressés au sevrage.

Dans un souci de la qualité de la viande produite et du bien-être animal, l'élevage des porcs en plein air a connu récemment un nouveau développement. Le prix de revient est plus élevé, mais la viande, de meilleure qualité et contenant beaucoup moins de composants pharmaceutiques, peut être vendue plus cher que celle issue de l'élevage intensif. En France, il existe seulement trois filières qui suivent les critères d'élevage porcin fermier en plein air, nécessaires pour obtenir les labels de qualité : l'Auvergne, la Vendée et le Sud Ouest. Le porc fermier de Vendée élevé en plein air bénéficie d'une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 1988. La viande issue de ce porc typiquement Vendéen a obtenu la Médaille d'Argent au Concours Général Agricole de Paris en 2017. Le Porc fermier d'Auvergne élevé en plein air a, quant à lui, obtenu l'IGP en 2011. Cette marque de reconnaissance sur le plan Européen délimite l'aire géographique de naissage, d'élevage et d'engraissement des animaux et protège l'appellation.

En France, ce mode d'élevage n'est adopté que par 1 % des éleveurs de porcs[4]. Certaines petites exploitations font valoir quelques spécificités avec des appellations « plein air » ou « montagne », comme le Porc du Ventoux.

Production[modifier | modifier le code]

  • Viande : c'est la production primordiale. Elle a donné lieu à des procédés spécialisés de conservation de la viande par salaison et fumage: la charcuterie.
  • Soies : elles sont utilisées pour la fabrication de brosses à cheveux ou de pinceaux.
  • Peau : bouillie, elle devient de la gélatine qui est utilisée dans la confection de friandises.
  • Fumier : dans l'élevage traditionnel, les déjections du porc contribuent à fertiliser le potager familial. Actuellement, le lisier produit par les élevages industriels est utilisé pour la fertilisation des sols ; certains le considèrent plutôt comme un déchet difficile à éliminer. La méthanisation à la ferme l'utilise pour la production de biogaz à l'aide de fermenteur (ou digesteur).
  • Chasse : il s'agit de l'élevage de Sus Scrofa, le sanglier à des fins de repeuplement cynégétique.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Dans l'élevage traditionnel, le porc est élevé avec les déchets alimentaires humains (épluchures, restes de table…).

Dans les élevages modernes français, l’alimentation des porcs n’est constituée que de produits végétaux sélectionnés pour leurs grandes qualités nutritives. Sous forme de granulés ou bien de farine, les aliments du porc sont composés de céréales (blé, maïs et orge), d’oléoprotagineux (soja, tournesol et colza), d’huiles, de graisses (graisses végétales et produits laitiers) et de minéraux. L’alimentation des porcs répond à des exigences qualitatives et sanitaires strictes donc les éleveurs se réfèrent à des tables d’alimentation correspondant à chaque stade physiologique de l’animal et à ses besoins particuliers. A la naissance, le porcelet tète le colostrum, très riche en anticorps. Pendant 4 semaines, il va être nourri par sa mère. Au sevrage, un porcelet pèse 8 kilos et consomme surtout de la poudre de lait mélangée avec du blé et des céréales en flocons. Cette phase dure 5 à 6 semaines. Le jeune porc pèse alors 25 à 30 kg à sa sortie de post-sevrage. Pendant la phase d’engraissement, le porc absorbe un kilo d'aliment par jour. Celle-ci est composée de maïs, de blé et d’avoine, de pois et de soja, il grossit de 600 grammes par jour. Cette phase dure 4 mois et demi et le porc atteint un poids de 115 à 120 kg à sa sortie d'engraissement. La ration moyenne d’un porc charcutier contient : 61% de céréales; 35 % d’oléo-protéagineux; 4 % de minéraux. Les céréales constituent 75 % de l’alimentation des porcs, ces derniers sont engraissés pour la production de viande. Les aliments réservés aux truies, quand elles portent des petits ou qu’elles allaitent, contiennent 60 % d'orge, qui leur apporte l’énergie et les fibres dont elles ont besoin[5].

Alimentation biphase[modifier | modifier le code]

La technique de l'alimentation biphase permet d'ajuster les besoins nutritionnels aux besoins réels des animaux. Elle consiste à distinguer deux phases, et donc deux aliments successifs dans le processus d'élevage : croissance puis finition pour le porc à l'engrais, gestation puis allaitement pour la truie. L'alimentation biphase présente le double avantage d'autoriser une économie de protéines et de réduire les rejets azotés. Elle est particulièrement pratiquée en Bretagne. En France, l'alimentation biphase concerne 40 % des porcs charcutiers et plus de 60 % des truies reproductrices[6].

Impact environnemental[modifier | modifier le code]

En France : installation classée pour la protection de l'environnement[modifier | modifier le code]

Selon la législation française, les élevages de porcs sont des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). En effet, ce type d'installation est concerné par la rubrique no 2102 de la nomenclature des installations classées (« élevage, vente, transit etc. de porcs »)[7] :

  • Les installations dont les activités sont également classées au titre de la rubrique no 3660 (« élevage intensif ») sont soumises à autorisation préfectorale. Cette autorisation est délivrée sous la forme d'un arrêté préfectoral qui impose à l'exploitant le respect d'un certain nombre de prescriptions techniques, notamment celles de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'autorisation au titre des rubriques no 2101, 2102, 2111 et 3660[8].
  • Les installations non classées au titre de la rubrique no 3660 et détenant plus de 450 animaux-équivalents sont soumises à autorisation préfectorale simplifiée (régime de l'enregistrement). Cette autorisation simplifiée est délivrée sous la forme d'un arrêté préfectoral qui impose à l'exploitant le respect d'un certain nombre de prescriptions techniques, notamment celles de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre des rubriques no 2101-2, 2102 et 2111[9].
  • Les installations non classées au titre de la rubrique no 3660 et détenant entre 50 et 450 animaux-équivalents doivent être déclarées. Les exploitants de ces installations doivent respecter les prescriptions techniques de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous les rubriques no 2101-1, 2101-2, 2101-3, 2102 et 2111[10].

Le nombre d'animaux-équivalents est déterminé de cette manière[7] :

  • Les porcs à l’engrais, jeunes femelles avant la première saillie et animaux en élevage de multiplication ou sélection comptent pour un animal-équivalent.
  • Les reproducteurs, truies (femelle saillie ou ayant mis bas) et verrats (mâles utilisés pour la reproduction) comptent pour trois animaux-équivalents.
  • Les porcelets sevrés de moins de trente kilogrammes avant mise en engraissement ou sélection comptent pour 0,2 animal-équivalent.

L'instruction des demandes d'autorisation d'exploiter ainsi que le contrôle du respect des prescriptions techniques par les exploitants sont réalisés par l'inspection des installations classées[11].

Chiffre[modifier | modifier le code]

La France est le 3e producteur européen de porcs avec 22 300 exploitations en 2010. La Bretagne détient 57 % du cheptel porcin du pays. C'est donc la région produisant le plus de porcs[12].

Indication géographique protégée[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Agreste, Enquête cheptel novembre 2014 », sur Agreste, (consulté le 7 décembre 2015)
  2. « DRAAF Bretagne, Memento de la statistique agricole 2015 », sur DRAAF Bretagne (consulté le 7 décembre 2015)
  3. « élevage intensif des porcs », sur ciwf france,
  4. La Montagne, 15 octobre 2012, p. 7.
  5. « l'alimentation des porcins », sur la-viande,
  6. Agreste, Le biphase en alimentation porcine, une pratique d’élevage doublement intéressante
  7. a et b « 2102. Élevage, vente, transit etc. de porcs », sur www.ineris.fr (consulté le 8 juin 2016)
  8. « Arrêté du 27/12/13 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'autorisation au titre des rubriques no 2101, 2102, 2111 et 3660 », sur www.ineris.fr (consulté le 8 juin 2016)
  9. « Arrêté du 27/12/13 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre des rubriques no 2101-2, 2102 et 2111 », sur www.ineris.fr (consulté le 8 juin 2016)
  10. « Arrêté du 27/12/13 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous les rubriques no 2101-1, 2101-2, 2101-3, 2102 et 2111 », sur www.ineris.fr (consulté le 8 juin 2016)
  11. « Missions », sur installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr (consulté le 8 juin 2016)
  12. « agreste », sur agreste,
  13. « [[Europa]] Agriculture »,
  14. Base de données DOOR de la Commission européenne.
  15. Date d'enregistrement : règlement du 29 juillet 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Élevage porcin.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • PIGTrop le site du Cirad sur la production porcine des pays du Sud