Hugues de Chalon (Auxerre)

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Hugues de Chalon (né vers 975, mort le 4 novembre 1039) était un seigneur et un religieux français du Moyen Âge, qui fut évêque d'Auxerre et comte de Chalon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hugues de Chalon soutint les revendications de Robert le Pieux sur le duché de Bourgogne mais fut battu en 1027 par les comtes Otte-Guillaume et Renaud. Il se retira dès lors sur ses terres et ne s'occupa plus que de questions religieuses.

Évêque d'Auxerre[modifier | modifier le code]

Fils unique de Lambert de Chalon, comte de Chalon-sur-Saône et d'Adélaïs[1], il fut d'abord chanoine de la cathédrale d'Autun et reçut trois autres bénéfices. Après la mort de son père, il fut nommé évêque d'Auxerre sur proposition du duc Henri Ier de Bourgogne. Il fut consacré dans l'abbaye de Saint-Germain le 5 mars 999 (c'est-à-dire le second dimanche de carême[2]).

Devenu évêque, il remit entre les mains de l'abbé de Cluny Odilon de Cluny, les bénéfices des monastères dont il jouissait lors d'une grande cérémonie tenue en l'Abbaye Saint-Marcel-lès-Chalon, le 5 mai 999 dont Paray-le-Monial, fondé par son père au diocèse d'Autun, et Saint-Georges de Couches, aussi en Autunois), en présence du roi de France : Robert II de France dit le Pieux.

À la demande de l'empereur Otton III, il remit des reliques de son diocèse, entre autres la tête de saint Just et le corps de saint Marsus ; l'empereur le remercia en lui offrant des ornements épiscopaux : étoffes de couleur bleue décorée des aigles, mitre à lame d'or qui bordait l’amict du côté du front.

L'héritage de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Carte de la Bourgogne à la fin du Xe siècle : en orangé, Royaume de Basse-Bourgogne ; en marron : duché de Richard, enjeu de la succession ; en jaune-vert, Royaume de Haute-Bourgogne.

En tant que comte de Chalon, il prit le parti du roi de France lors de la succession du duc Henri Ier de Bourgogne, mort sans enfant en 1002. Hugues de Chalon quitta Auxerre et se retira dans son comté pendant la guerre qui suivit, et qui dura 12 ans. Après deux sièges infructueux devant Auxerre et Saint-Germain, le roi chargea Hugues de Chalon de mener les négociations de paix. Ces négociations se déroulèrent en plusieurs étapes, d'abord à Verdun (1014), puis à Héry (1015), à Dijon, à Beaune et à Anse (Lyonnais). Le concile d’Héry, présidé par l'archevêque de Sens Léotheric en présence du roi, de Gosselin, archevêque de Bourges, et de Landry, comte d’Auxerre, fut le plus important par ses conclusions : on attribua le duché au roi Robert II.

Les conciles suivants eurent pour effet diverses mesures d'exemption ou de transfert : par exemple, toutes les terres de l'abbaye de Saint-Bénigne furent exemptées du droit royal de sauvegarde ou de maréchaussée ; les religieux de Flavigny reçurent de Hugues de Chalon le monastère de Couches, et du roi la chapelle royale d'Autun.

Vers l'an 1018, seul évêque de Bourgogne qui, selon Raoul Glaber, avait soutenu dès le commencement des troubles le parti du roi, il bénéficia de diverses récompenses du monarque. Voulant favoriser l'abbaye de Cluny, il lui donna vers l'an 1019, la moitié de la terre de Givry, située au comté de Dijon, pour le repos de son père et de sa mère et la même année, après avoir assisté à la dédicace de l'église de Saint-Philibert de Tournus, il donna à ce monastère un village appelé alors Islez ou les Isles, et un droit de pêche dans la rivière de Saône : en reconnaissance de quoi les religieux lui accordèrent l'étendard ou la bannière de saint Philibert, et le déclarèrent le protecteur de tous leurs biens[3]. Enfin, « la vingt-sixième année du roi Robert » (1022), il souscrivit à l'exemption des dîmes que Geoffroy, évêque de Chalon, avait accordée à la même abbaye à la prière de saint Odilon.

Guerre contre le duc de Normandie[modifier | modifier le code]

À la mort d'Otte-Guillaume en 1026, son fils et successeur le comte de Dijon Renaud éleva des revendications sur le duché de Bourgogne, mais il fut fait prisonnier par l'évêque de Chalon. Le duc de Normandie, son beau-père, entreprit de le venger. Selon Guillaume de Jumièges[4], les fils du duc de Normandie entrèrent l'année suivante (1027) dans le comté de Chalon et le ravagèrent. Hugues n'avait pu leur résister : voulant sauver ses états d'une ruine complète, il se décida à se soumettre à l'humiliante cérémonie qu'on appelait la « selle chevalière » : il mit sur son dos une selle de cheval, et se présenta, en cet état, devant les princes Normands, offrant à l'aîné de le chevaucher, et comme l'évêque portait une grande barbe, le chroniqueur normand dit qu'il ressemblait plutôt à une chèvre qu'à un cheval. Guillaume de Jumièges n'est pas le seul qui rapporte ce fait ; Wace, dans son Roman de Rou (milieu du XIIe siècle), en donne une description détaillée. En voici quelques vers :

Quant à Richart vint li cuens Hue,
Une sele à sun col pendue .
Sun dos offrit à chevalchier...

Cette coutume bizarre était en usage au temps où vivait l'évêque Hugues ; le prélat, en qualité de vaincu, fut bien obligé de s'y soumettre. Hugues de Chalon fit ses excuses au duc de Normandie, et lui offrit de donner la liberté à Renaud.

Donations et pèlerinage[modifier | modifier le code]

Outre la famine qui régna vers l'an 1030, Auxerre subit deux grands incendies. Seule l'église de Saint-Alban martyr, que saint Germain avait bâtie dans le haut de la cité, réchappa au premier incendie : la cathédrale fut réduite en cendres. Hugues, au lieu de la rebâtir de moellons, comme auparavant, en jeta les fondements sur le roc avec des pierres de taille ; il demanda une enceinte d'une plus grande étendue, et il y fit faire les grottes ou cryptes telles qu'on les voit encore aujourd'hui sous le sanctuaire et sous la moitié du chœur. L'ouvrage était déjà bien avancé, lorsqu'il arriva un second incendie ; mais l'église fut indemne, et le feu ne toucha que quelques maisons.

Hugues fit don à l'église cathédrale des cadeaux de l'empereur Otton III, d'un missel écrit en lettres d'or, d'un grand calice avec la patène d'argent doré, et deux cloches. Il accorda aux chanoines, en augmentation de leurs prébendes, l'exemption du droit de parate[5] aux églises du diocèse, et il leur remit le droit de grains[6] qui lui appartenait. Il ajouta encore, pour augmenter les mêmes prébendes, une partie de la ville de Crevan, qu'il avait achetée à l'archidiacre Arduin, précédemment vendue par le chapitre.

Il fit remettre en état l'église de Sainte-Eugénie de Varzy. Ayant ensuite choisi dix ecclésiastiques propres à observer la vie canoniale, il leur destina des fonds pour leur subsistance, créant le chapitre de Varzy. Il bâtit à Cône, ville dépendante de son temporel, l'église de Saint-Laurent. Il restitua à l'abbaye de Saint-Germain le prieuré de Saissy-les-Bois et l'église d'Annay en Puisaye qui étaient passés à des seigneurs laïcs. Il intercéda pour que les reliques de Saint Didier, ancien évêque d'Auxerre, soient remises à l'église du prieuré de Moutiers.

Il alla à Rome d'où il rapporta une absolution du pape Jean XIX pour avoir combattu. Par la suite, il fit le pèlerinage de Jérusalem au Saint-Sépulcre. Il ne survécut pas de beaucoup à ce dernier voyage : depuis son retour, il ne quitta plus son diocèse, et ne se mêla plus de questions politiques.

Son nom se trouve en différents actes, à l'occasion des donations qu'il fit à plusieurs églises. En 1030, il ratifia les donations faites par Geoffroy, évêque de Chalon, au monastère de Saint-Hippolyte. Il est nommé dans l'Histoire de Chalon, comme ayant donné, en 1032, aux évêques de cette ville, l'église de Notre-Dame de Laone, pour leur servir de second siège, et comme ayant légué, en 1059, des biens aux chanoines de la cathédrale, à condition qu'ils célébrassent l'octave du patron[7]. En 1037, il approuva la donation de Renaud, comte de Dijon, en faveur des religieux de Flavigny, d'une place à faire du sel en la ville de Salins[8]. Son nom se trouve encore parmi les souscriptions d'un concile d'Autun où l'évêque Helmuin accorda la réunion de l'abbaye de Corbigny à celle de Flavigny.

Année de sa mort[modifier | modifier le code]

Voyant la fin de ses jours approcher, il s'établit au monastère de Saint-Germain, s'y fit donner l'habit de religieux, et mourut après le quatrième jour, un 4 novembre ; et son corps fut inhumé dans l'église du monastère, mais l'endroit n'est pas exactement connu. L'année de cette mort doit être 1039, car suivant Glaber, son contemporain, Hugues mourut l'année d'une éclipse de soleil, qui tombait un mercredi 22 août[9]. Le Nécrologe de la cathédrale annonce sa mort en ces termes, au 4 novembre : Eodem die Hugo decus pontificum emisit spiritum. Il est aussi dans celui de Saint -Bénigne de Dijon[10] avec cette annonce : II non. novembr. depositio D. Hugonis episcopi Autiss. Hoc facimus, quia dedit nobis scyphum aurum ad calicem faciendum.

Descendance[modifier | modifier le code]

Hugues de Chalon serait le père d'Ermentrude d'Autun (née vers 1000), mariée vers 1019 avec Thibaut de Chalon, fils de Geoffroy Ier (v. 955-990), seigneur de Semur et de Mahaut de Chalon (v. 974-apr. 1005), dame de Donzy (elle-même fille de Lambert de Chalon et d'Adélaïde de Bourgogne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Lebeuf, Ambroise Challe, Maximilien Quantin, Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocèse, vol. I, Auxerre, Perriquet,‎ 1848 (lire en ligne), p. 251-260

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adelaïs serait, selon le P. Lebeuf (Histoire du diocèse d'Auxerre) Adélaïde d'Arles, sœur de la reine Constance ; toutefois, il ne s'agit là que d'une hypothèse.
  2. Necrologium Autissimum, tome VI
  3. Histoire de Saint Philibert de Tournus.
  4. Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum ducum.
  5. Le droit de Parate ou Parete (jus mensæ paratæ) autorisait l'évêque à prendre son repas chez le curé. Les frais étaient souvent considérables lorsque le prélat, qui voyageait à cheval, avait une suite nombreuse.
  6. En latin, jus grangaticum.
  7. Claude Perry, Histoire civile et ecclésiastique, ancienne et moderne, de la ville et de la cité de Châlon, Impr. Philippe Tan,‎ 1659
  8. Georges Viole, Mémoires sur l’histoire du diocèse d’Auxerre, tome 3.
  9. P. Labbe, petite chronique d'Auxerre, tome I, p. 292.
  10. Bibliothèque biblique Montfaucon, tome II, p. 1160.