Paix d'Amiens

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« Le premier baiser depuis dix ans ! ou la rencontre entre Britannia et le Citoyen français. »
Le Citoyen français : « Madame, permettez-moi de témoigner de ma profonde estime envers votre charmante personne et de sceller sur vos lèvres divines mon attachement éternel ! » Britannia : « Monsieur, vous êtes un gentleman vraiment bien élevé ! Bien que vous me fassiez rougir, vous embrassez si délicatement que je ne puis rien vous refuser, même si j'étais certaine que vous me tromperiez encore ! »
Caricature de James Gillray (1er janvier 1803)

La paix d'Amiens, est le nom donné à la période de paix qui s'amorce avec le Traité d'Amiens signé le 25 mars 1802 entre le Royaume-Uni, d'une part, et la France, l'Espagne et la République batave, d'autre part[1]. La paix d'Amiens dure à peine un an et prend fin le 18 mai 1803. C'est la seule période de paix générale en Europe entre les déclarations de guerre à la France à l'automne de 1793 et la première abdication de Napoléon en 1814.

Historique[modifier | modifier le code]

Après les victoires de Bonaparte à Marengo, de Moreau à Hohenlinden, et celles de Brune et de Murat en Italie (plaine du et Toscane), les Autrichiens se séparent de la seconde coalition et signent avec la France le Traité de Lunéville le 9 février 1801. Naples signe ensuite la paix à Florence, et la Russie de Paul Ier prend ses distances jusqu'à ce que son successeur Alexandre Ier conclue une convention de paix secrète avec Bonaparte le 10 octobre 1801.

Au Royaume-Uni, William Pitt est renversé le 13 mars 1801. Les Britanniques isolés envisagent la paix. Bonaparte attend les résultats de l'expédition d'Égypte. Mais celle-ci tourne mal après l'assassinat de Kléber et l'armée reprise par Menou se perd dans les sables.

Les négociations s'ouvrent à Londres, menées, côté français, par Louis-Guillaume Otto, et les préliminaires sont signés le 1er octobre 1801 (9 vendémiaire an X). Le congrès d'Amiens débute le 5 décembre. Il rassemble la République française, le royaume d'Espagne et la République batave (ex-Provinces-Unies) d'un côté, et le Royaume-Uni de l'autre. La représentation française est dirigée comme à Lunéville par Joseph Bonaparte, les Espagnols par le chevalier d'Azarra et les Bataves par l'avocat Schimmelpenninck. La représentation britannique est emmenée par Lord Cornwallis, et s'engage aussi au nom de l'Empire ottoman, son allié.

Le traité d'Amiens est conclu le 25 mars 1802 (4 germinal an X), puis signé le 27 à l'hôtel de ville[2]. Il stipule que toutes les possessions des unes et autres parties prises par fait de guerre seront restituées, sauf l'île de la Trinité et Ceylan, laissées aux Britanniques. Le cap de Bonne-Espérance retourne aux Hollandais, les frontières sont fixées entre Guyane française et Guyane portugaise, la république reconnue aux Sept-Isles, les droits des pêches de Terre-Neuve et sur le bois de Saint-Pierre-et-Miquelon délimités, les droits de la famille de Nassau aux Pays-Bas compensés, et enfin le statut de Malte et de ses chevaliers très précisément établi dans son indépendance à l'égard du Royaume-Uni et de la France. Naples et Rome devront être évacués par la France, Portoferraio par le Royaume-Uni. Ce dernier, par contre, ne reconnaît pas les modifications territoriales issues de la Révolution française.

Une nouvelle ère pour les colonies françaises[modifier | modifier le code]

Adoptée dans la foulée du traité, la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) ne rétablit pas, à proprement parler, l’esclavage. Toutefois, bien que le Premier Consul déclare devant les chambres et le Sénat : « A Saint-Domingue et à la Guadeloupe, il n’y a plus d’esclaves, tout y est libre et tout y restera libre [...] », il laisse entrevoir dans ses instructions secrètes au général Leclerc (voir ci-après) que l'esclavage devra être rétabli[3]. « A la Martinique [prise par les Anglais durant la Révolution et rendue aux Français après le traité d'Amiens] ce seront des principes différents : La Martinique a conservé l’esclavage et l’esclavage y sera conservé ». Légalement, ce texte ne rétablit pas l’esclavage ni en Guyane, ni en Guadeloupe ni à Saint-Domingue. Mais dès le début des négociations avec l'Angleterre, Bonaparte charge Charles Victoire Emmanuel Leclerc, son beau-frère, de conduire l'expédition de Saint-Domingue et de rétablir dans l'île l'ordre et l'autorité de la France. L'expédition subit une défaite face aux Noirs libérés de l'escalavage depuis 1793, qui sont aidés par le climat de l'île et qui n'hésitent pas à incendier eux-mêmes la capitale de Saint-Domingue, Port-au-Prince. Décimés par la fièvre jaune, les soldats de l'armée du Rhin sont acculés à la mer. Pendant ce temps, les Britanniques voient d'un mauvais œil le retour de la France dans les colonies. Des navires corsaires harcèlent les navires français et compromettent le ravitaillement. À la Guadeloupe, une expédition militaire française parvient à rétablir l'esclavage, au prix d'un conflit qui coûtera la vie à dix pour cent de la population[4]. Ne pouvant s'assurer de l'Amérique française sans émanciper et armer les esclaves contre l'Angleterre, Bonaparte vendra l'immense territoire de la Louisiane aux États-Unis, en 1803.[réf. nécessaire]

La paix est rompue après le retour au pouvoir de William Pitt le Jeune, qui organise la Troisième coalition et déclare la guerre à la France. L'armée des émigrés menace à nouveau la France, et les intrigues visant à restaurer Louis XVIII se développent, telles la conspiration contre Bonaparte de Cadoudal ou l'affaire du Duc d'Enghien[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On donne souvent le nom de "paix d'Amiens" au traité lui même. En réalité, il s'agit de la période de paix de 13 mois qui suit la signature du traité.
  2. Pour décorer ce bâtiment, on fit venir du château de Versailles une série de tableaux sur le thème de chasses exotiques commandée par Louis XV. Cet ensemble connu sous le nom des Chasses exotiques est depuis 1802, resté à Amiens. Il est conservé de nos jours au musée de Picardie.
  3. « On réorganisera la gendarmerie. Ne pas souffrir qu'aucun Noir ayant eu le grade au-dessus de capitaine reste dans l'île [...] Quelque chose qu’il arrive, on croit que dans la troisième époque on doit désarmer tous les Nègres, de quelque parti qu’ils soient et les remettre à la culture ». Le rétablissement de l'esclavage se profile. http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=737&oe_zoom=1304&id_sel=1304
  4. France. Assemblée nationale, Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats législatifs et politiques des chambres françaises: XVIIIe ‑ XIXe siècle : 1787-1864, Paris, s.n.,‎ 1864. (notice BnF no FRBNF36600672r)
  5. Jean Tulard, « L'assassinat du Duc d'Enghien », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 11 septembre 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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