Sincérité

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La sincérité est l'expression fidèle des sentiments réels[1], par la vérité. La sincérité peut être vue comme une vertu philosophique ou comme un risque pratique.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme de sincérité dérive, selon la plupart des dictionnaires, du latin sincerus dans le sens de propre, pur. Sincerus a pu, à une certaine époque, signifier « une seule pousse » (dans le sens : absence de mélange), en raison de sa formation de sin- (notion d'unité) et crescere (croître, dérivé de Cérès, divinité romaine des moissons). Le Dictionnaire encyclopédique Larousse fait remonter son origine à cere, qui veut dire « mêler », d'une racine indo-européenne qui se retrouve dans le verbe latin mis-cere, « mélanger », c'est-à-dire, mêler sens dessus-dessous.

Une étymologie populaire fait remonter le latin sincerus à l'association sine et cera (sans cire). Les interprétations basées sur cette association sont rejetées par les dictionnaires d'étymologie[2]. Cette étymologie populaire est également citée dans Le Symbole perdu de Dan Brown, page 421 de l'édition JC Lattès (l'auteur l'attribue cependant à l'italien plutôt qu'au latin).

Philosophies orientales[modifier | modifier le code]

Dans la tradition confucéenne, la sincérité (qu'on peut aussi traduire par honnêteté ou fidélité, chinois : chéng 誠 ; japonais : makoto 誠) est une vertu de clarté et de transparence dans les relations sociales. Le concept de chéng (誠) est particulièrement exposé dans deux classiques confucéens : Da Xue et Zhong Yong. Le terme implique l'identité entre les pensées et les paroles de la personne, mais également l'adéquation entre le ressenti interne et la hiérarchie sociale. Le terme japonais de makoto porte également le sens de loyauté.

La sincérité dans la religion musulmane a une grande importance[réf. nécessaire]. L’intention est la parole du cœur qui joue un rôle majeur, car elle peut élever une personne au niveau des gens sincères comme elle peut la rabaisser au plus bas. Certains Pieux Prédécesseurs (appelés « Salaf » dans la terminologie classique) disaient : « Le plus dur des combats que j’ai mené contre mon âme est lorsque j’ai voulu l’obliger à être sincère[3]. » Néanmoins Le Livre des ruses[4][réf. insuffisante], grand classique du monde arabe, est articulé sur nombre de situations où c'est au contraire la duplicité qui est récompensée[5]. Par ailleurs, l'Islam admet la Taqiya, consistant à mentir sur sa religion, alors que le christianisme condamne ce comportement.

Philosophies occidentales[modifier | modifier le code]

Vision aristotélitienne[modifier | modifier le code]

Dans Éthique à Nicomaque, Aristote donne son analyse de la sincérité : Est sincère l'homme « qui reconnaît l’existence de ses qualités propres, sans y rien ajouter ni retrancher[6]. » Aristote reconnait que la sincérité comme la fausseté peuvent être utilisées dans un but précis ou sans but, mais que le « véritable caractère [de tout homme] se révèle dans le langage, les actes et la façon de vivre, toutes les fois qu’il n’agit pas en vue d’une fin. » Il indique que la sincérité est une vertu noble, et que son contraire est méprisable.

Vision kantienne[modifier | modifier le code]

D'après Kant, la sincérité est un impératif. Il récuse tout droit au mensonge[7].

Vision chrétienneé[modifier | modifier le code]

La vérité est considérées comme une valeur fondatrice : les disciples du Christ ont « revêtu l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité (Éphésiens 4.24)[8]. » La sincérité est une valeur évangélique chrétienne [9], allant très au-delà du commandement (« Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain (Exode 20.16) »)[8], puisque Jésus dans l'Evangile de Matthieu[10] ainsi qu'une épitre de Jacques[11]. vont jusqu'à interdire tout mensonge.

Le chrétien n’a pas à « rougir de rendre témoignage au Seigneur (2 Tm 1.8) » en acte et en parole. Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi. La règle d’or aide à discerner, dans les situations concrètes, s’il convient ou non de révéler la vérité à celui qui la demande. Le respect de la réputation et de l’honneur des personnes interdit toute attitude ou toute parole de médisance ou de calomnie. Les confidences préjudiciables à autrui n’ont pas à être divulguées. Les secrets professionnels doivent être gardés. Le mensonge consiste à dire le faux avec l’intention de tromper le prochain. Une faute commise à l’encontre de la vérité demande réparation[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Larousse, Encyclopédie.
  2. L'Oxford English Dictionary rejette explicitement cette interprétation, indiquant qu'elle n'a « aucune probabilité » (There is no probability in the old explanation from sine cera “without wax”)
  3. Majmû’ Fatâwâ wa Rasâ’il Shaykh Ibn ‘Uthaymîn, (1/98-100)
  4. ISBN : 2-85940-782-0
  5. Par exemple un général obtient la reddition d'une place forte par la promesse solennelle qu'« il ne fera pas tuer un seul homme », et, une fois la place occupée, en fait tuer tous les habitants sauf un seul homme
  6. Traduction Sœur Pascale Nau op, Éthique à Nicomaque - Livre IV
  7. Emmanuel Kant, Benjamin Constant, Le droit de mentir Éditions Mille et une nuits
  8. a, b et c Catéchisme du Vatican, Huitième commandement : En bref.
  9. Méditation sur la sincérité
  10. . « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon » (Mt 5,37).
  11. « Surtout, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment; mais que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le coup du jugement » (Jacques 5,12)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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