Histoire du Swaziland

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L'histoire du Swaziland remonte à des temps anciens mais est restée largement inconnue en l'absence de traces écrites. Les recherches archéologiques ont mis au jour des ossements humains démontrant la présence d'hommes il y a 100 000 ans.

Protectorat britannique, le Swaziland est devenue indépendant en 1968. La greffe du nom post-colonial de Ngwane n'a jamais abouti.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants du Swaziland étaient des chasseurs-cueilleurs de type Khoïsan.

Les peuples bantous[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle, les peuples bantous migrants d'Afrique centrale, ont commencé progressivement à repousser les Khoisans vers le sud-ouest de l'Afrique australe. Au XIe siècle, les bantous de langues sotho et nguni avaient définitivement écartés les Khoisans de la région et s'étaient définitivement installés sur le territoire du futur Swaziland.

Les Dlamini étaient un clan issu du peuple Nguni et s'étaient établis à l'origine au Mozambique. Au milieu du XVIIIe siècle, le roi Ngwane III avait mené son peuple à proximité de la rivière Pongola, dans le Swaziland méridional actuel. C'est de cette époque que date la naissance de la nation swazi dirigée par le clan Dlamini. Le clan Dlamini émergea politiquement au début du XIXe siècle lors du mfecane, consécutif à l'expansion zoulou. Le roi Sobhuza I, qui avait succédé à Ngwane III, s'était retiré dans la vallée d'Ezulwini, où il protégea son peuple des visées impériales de Chaka Zulu puis de son successeur Dingane (bataille du Lubuya en 1839).

À partir de 1852, les Swazis entrèrent en conflit avec les Boers qui lorgnaient leurs terres fertiles puis avec les Portugais qui voulaient agrandir vers l'ouest leur colonie du Mozambique. Le territoire du royaume des Swazis ne cessait en effet d'attirer des chasseurs blancs, des commerçants, des missionnaires et des fermiers à la recherche de pâturage pour nourrir le bétail.

En 1877, les Dlamini demandèrent la protection de la Grande-Bretagne et en 1881, amputé de sa frange orientale, le Swaziland devint un protectorat britannique, garantissant l'indépendance de la nation.

Le protectorat du Swaziland (1881-1968)[modifier | modifier le code]

Le royaume n'en ayant pas moins été morcelé en concessions accordées aux Européens par le roi Mbadzeni, un imbroglio juridique concernant le statut du territoire permit à la république sud-africaine du Transvaal d'obtenir l'administration du territoire en 1894.

À la suite de la guerre des Boers, la régente du royaume demanda de nouveau à ce que son pays soit placé sous protectorat britannique.

Effigie du roi George VI sur un timbre de 1938

En 1906, le territoire est finalement placé sous l'autorité du gouverneur britannique du Bechuanaland et du Basutoland.

Le développement de la propriété terrienne menaça alors la viabilité de la culture Swazi alors que beaucoup de sujets du royaume émigraient pour travailler dans les mines d'Afrique du Sud.

Le 22 décembre 1921, le jeune roi Sobhuza II montait sur le trône. Il ouvrit largement le royaume aux investisseurs britanniques et sud-africains afin d'exploiter les mines d'amiante et de charbon. Parallèlement, il fit racheter, par les chefs traditionnels, les terres occupées par les fermiers blancs du pays.

À partir de 1963, un mouvement anti-colonial commença à se développer mené par le prince Dumisa Dlamini et par le "Ngwane National Liberatory Congress" (NNLC). Opposé au parlementarisme, Sobhuza II, conseillé par un avocat sud-africain, accepta de rechercher et d'obtenir l'appui d'une formation politique. Il fonda l'« Imbokodvo National Movement » (INM) qui remporta 85 % des suffrages lors des élections de 1964 face à quatre partis adverses. La quelque dizaine de milliers de colons blancs se rallièrent au roi en 1967, rassurés par son conservatisme politique, social et économique. L'INM obtint ainsi aux élections la totalité des sièges de député contre les Pan-africanistes du NNLC.

Le 6 septembre 1968, la monarchie constitutionnelle du Swaziland est proclamée.

Le royaume du Swaziland[modifier | modifier le code]

La vie politique a été depuis l'indépendance marquée par l'opposition entre les partisans d'un régime démocratique et ceux soutenant le principe de la Monarchie absolue.

Le roi s'arrogea des pouvoirs institutionnels, ignorant le parlement, désignant les ministres à sa guise, ne prenant conseil qu'auprès du conseil traditionnel des monarques swazis.

En 1972, le NNLC remporta 3 sièges au parlement, aux dépens notamment du prince Mfanabilisi Dlamini, le chef de la lignée la plus importante de la famille royale.

L'année suivante, en réaction, le roi mena un coup d'État contre le parlement, dissout les partis politiques et proclama l'état d'urgence. La constitution est suspendue. Jusqu'en 1978, le Sobhuza II gouverna par décret depuis sa résidence royale de Lobamba. Ce fut alors qu'il introduisit une nouvelle constitution, qui resta lettre morte, où l'essentiel du pouvoir était concentré entre les mains du monarque alors que la désignation des membres du gouvernement et du parlement, au rôle essentiellement administratif, relevait des structures traditionnelles.

En 1979, le prince Mabandla Dlamini, plutôt libéral, fut nommé à la tête du gouvernement mais sans réel pouvoir, il ne peut s'opposer à la volonté des partisans de la Monarchie absolue d'engager des négociations avec l'Afrique du Sud pour obtenir un accès à la mer par incorporation au Swaziland du bantoustan frontalier du KaNgwane (le projet d'annexion n'aboutit finalement pas).

En février 1982, un accord secret de non agression entre Mbabane et Pretoria était signé, réduisant les activités des membres des mouvements anti-apartheid exilés au Swaziland. Mbabane s'alignait sur la politique régionale de Pretoria.

En aout 1982, le roi Sobhuza II mourait des suites d'une pneumonie, allumant une guerre de succession familiale. Le jeune prince Makhosetive fut désigné pour lui succéder mais l'interrègne de 5 ans fut l'objet d'une importante lutte de faction parmi les 3500 membres de la famille royale. La régence fut d'abord confiée à la reine Dzeliwe ("La grande éléphante") immédiatement soumise à la pression de la faction Tibiyo de la famille royale, hostile au premier ministre. Après le limogeage de ce dernier, accusé par ses détracteurs de fomenter un coup d'État, le nouveau premier ministre traditionaliste, Bekhimpi Dlamini, entreprit de rogner les pouvoirs de la régente au profit du conseil traditionnel des monarques Swazis (le Liqoqo) qui n'apprécie guère la régente et sa volonté de maintenir des élections à brève échéance. Le 9 septembre 1983, le Liqoqo nomma alors une nouvelle régente, la reine Ntombi, en dehors de tout cadre légal et institutionnel.

En octobre 1983, les élections confirmèrent la prééminence de la faction Tibiyo et des traditionalistes au sein de la chefferie.

À la suite de dissensions internes graves au sein du Liqoqo, la reine Ntombi fit accélérer les procédures successorales afin de faire monter sur le trône le jeune Makhosetive, intronisé le 25 avril 1986 sous le nom de Mswati III.

En possession de ses pouvoirs de monarque, le nouveau Roi fit dissoudre le Liqoqo et limogea Bekhimpi Dlamini. Le 6 octobre 1986, il nommait Sotja Dlamini comme premier ministre. Ce dernier était le premier à occuper ce poste sans être membre de la famille royale. Cette action marqua le retour en grâce des partisans de l'ouverture politique et sociale.

En 1989, Sotja Dlamini fut limogé à son tour pour désobéissance et fut remplacé par Obert Dlamini lequel resta en fonction jusqu'en 1993.

En 1995, le pays connut une période pré-révolutionnaire quand l'Assemblée nationale et les maisons du ministre et du vice-président de l'université du Swaziland furent brûlées lors d'émeutes estudiantines.

En 1997, le Mozambique et l'Afrique du Sud tentèrent sans succès de convaincre le roi de démocratiser le Swaziland.

Depuis 2000, le Swaziland réclame plusieurs kilomètres carrés de territoires à l'Afrique du Sud au prétexte qu'ils leur auraient été volés par les colons blancs au XIXe siècle et annexés illégalement à l'Afrique du Sud. Le royaume swazi base sa réclamation sur un engagement du gouvernement sud-africain signé en 1982 par lequel il s'engageait à rétrocéder au Swaziland plusieurs centaines de kilomètres carrés de territoires sud-africains en échange de la collaboration dans la lutte anti-terroriste du royaume swazi. Ces territoires situés principalement au Mpumalanga et dans le KwaZulu-Natal et concernent les villes de Nelspruit, Malelane, Barberton, Ermelo, Piet Retief, Badplaas et Pongola. En novembre 2006, Mswati III prit la décision de porter l'affaire devant la cour internationale de La Haye[1].

Le 26 juillet 2005, après 30 ans de suspension de la loi fondamentale, le roi ratifie une nouvelle constitution entrée en vigueur le 8 février 2006. Le pays demeure une monarchie absolue. Les partis politiques sont toujours interdits et ne sont en pratique perçus que comme des "associations". La Cour suprême ne peut juger d'affaires pouvant impliquer le régime royal.

Le pays est par ailleurs toujours totalement dépendant économiquement de l'Afrique du Sud.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Nelspruit part of Swaziland?, news24.com, 20 novembre 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aliette de Coquereaumont-Gruget, Le royaume du Swaziland, L'Harmattan, 2000, 290 p.
  • Georges Lory (sous la direction de), « Le Swaziland » dans Afrique australe, éd. Autrement, HS no 45, avril 1990, p. 82-87.
  • Jérôme Vialatte, Swaziland, un royaume en Afrique australe : bibliographie thématique commentée, 1886-2000, Centre d'étude d'Afrique noire, Pessac, 2001, 211 p. (ISBN 2-908065-55-X)
  • (en) Alan R. Booth, Historical dictionary of Swaziland, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2000 (2e éd. révisée), XXXI-403 p. (ISBN 0-8108-3749-8)
  • (en) Hamilton Sipho Simelane, Colonialism and economic change in Swaziland 1940-1960, JANyeko Pub. Centre, Kampala ; JAN Pub. Centre, Manzini, 2003, 231 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]