Prêt-à-porter

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Le prêt-à-porter est constitué de pièces vendues en tant que produit fini et non pas réalisés sur-mesure. Celui-ci est traditionnellement opposé, pour les femmes, à la haute couture et pour les hommes à la grande mesure. Il désigne le passage de la couture artisanale et du vêtement sur-mesure à la standardisation des tailles qui permet la production en série.

Historique[modifier | modifier le code]

Les prémices de ce qui sera plus tard appelé le prêt-à-porter apparaissent lors de la première moitié du XXe siècle. Ce sont des expériences, parfois anecdotiques[n 1], certaines fois prenant plus d'ampleur, mais loin de la production de masse que connaitra le seconde moitié de ce siècle.

Lors de la Première Guerre mondiale, l'armée américaine doit habiller ses soldats le plus rapidement possible, les tailles sont donc standardisées afin de gagner du temps de fabrication et donc d'en baisser les coûts. Cette technique s'appelle alors la « confection », le terme s'élargira et désigne désormais l'ensemble des industries de l'habillement[3]. Paris est le centre de la mode[4].

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la confection ne représente qu'un quart de la production de vêtements, le reste est fait à la maison, ou commandé chez la couturière[3] à qui on peut apporter des modèles de grands couturiers : les couturières du monde entier achètent des « toiles », ces patrons en mousseline de coton permettant d'effectuer une copie[4]. Après la guerre, c'est l'âge d'or de la haute couture parisienne qui impose ses tendances sur le monde entier.

C'est en 1947 que le terme « prêt-à-porter » apparaît et il sera repris en 1950 pour une publicité par la société WEILL. En effet, de retour d'Amérique Jean Claude Weill introduit en France le concept révolutionnaire du ready to wear et ainsi en inventant une forme de prêt à porter à la française, il fait entrer le chic et l'élégance dans la modernité. Albert Lempereur, président de la Fédération de l'industrie des vêtements féminins, emmène la presse et des confectionneurs aux États-Unis ; il importe en France les méthodes américaines[5]. Dans son atelier, il énumère les avantages du prêt à porter : le choix des tissus, la diversité. Le terme « prêt-à-porter » désigne alors tout vêtement produit en série et comportant une griffe sous la forme d'une étiquette sur chaque vêtement. L'usage de l'étiquette va se généraliser et le terme « prêt-à-porter » désigne désormais simplement les vêtements qui ne sont pas fait sur mesure[3]. Jacques Fath lance une ligne de prêt-à-porter l'année de sa mort. Marcel Rochas, vers cette même période, ouvre la voie en se copiant lui-même ; il sera rapidement suivi de Jacques Heim ou Schiaparelli[6].

Article détaillé : Mode des années 1950 en France.

Le Vogue américain publie un numéro spécial « prêt-à-porter » à l'été 1956, la mode passe des ateliers des couturières aux boutiques[7].

En 1958, Jacques Heim au titre de président de la Chambre syndicale de haute couture lance le « prêt à porter création » afin de vendre des modèles spéciaux destinés à la vente en série. Quelques années plus tard, les couturiers eux-mêmes lanceront « prêt à porter des couturiers » afin de se démarquer du « prêt à porter industriels » qui utilise des matériaux moins onéreux, des formes plus simples et surtout possède moins de prestige[3],[8]. Suivant un modèle économique qui perdure de nos jours pour les maisons de couture, le but est alors de décliner des modèles abordables à partir des collections de haute couture. « La haute couture se meurt. […] Mais non. Contre tout pronostic, la moribonde se porte bien ; elle revit des transfusions que lui administre le jeune prêt-à-porter. Et si les couturiers […] peuvent exhiber cent ou deux cents robes à 3000 francs, c'est parce qu'ils en vendent dix mille à 300 francs[6]. » Mais ce « prêt-à-porter des couturiers » est encore considéré comme un sous-produit, de la « basse-haute couture[6] ». Jusque dans les années 1960, le prêt-à-porter côtoie donc la haute couture, mais celle-ci, et le luxe en général, perdent du terrain[4]. De plus en plus, suivant le modèle initié très tôt par Christian Dior (avec Miss Dior) et d'autres, les grandes maisons de couture produisent en parallèle du prêt-à-porter et des produits sous licence : Pierre Cardin, Carven, deviennent des marques commercialisant leurs noms sur toutes sortent de produits. Courrèges arrête un temps ses activités de haute couture pour développer deux gammes de prêt-à-porter. Yves Saint Laurent avec sa ligne rive gauche marque son époque avec son prêt-à-porter luxueux. La mode passe des ateliers aux usines, et des boutiques à une distribution à grande échelle[6].

Malgré tout, la Chambre syndicale refuse d'intégrer les créateurs de prêt-à-porter, pourtant indispensables à la survie des grandes maisons[4]. Trois catégories se forment : la haute couture féminine et sur-mesure pour les hommes, le prêt-à-porter des couturiers, luxueux, et le prêt-à-porter, industriel. Mais de plus en plus, ce prêt-à-porter fabriqué en masse devient créatif, prend une importance mondiale, et Paris ne domine plus la planète avec ses tendances : Milan, New York, et surtout Londres dans les années 1960 deviennent des centres de la mode[4].

Dans les années 1980, la nouvelle génération de créateurs que sont Thierry Mugler, Azzedine Alaïa, Claude Montana ou Jean Paul Gaultier abordent la mode sans passer par la haute couture, produisant un prêt-à-porter luxueux, innovant. Viendra à la suite le prêt-à-porter minimaliste et inventif des stylistes japonais, puis belges[4]. Certains de ces créateurs inverseront la tendance, passant du prêt-à-porter à l'exigence de la stricte haute couture dans les années 1990.

Dans les années 2000, loin de la consommation de masse instituée par le prêt-à-porter industriel, la différentiation, entre la haute couture présentant des pièces souvent uniques et le prêt-à-porter de luxe des couturiers produit à un peu plus d'exemplaires, prend l’appellation officielle de « Couture » lorsqu'elle exécutée dans le cadre des défilés de haute couture à Paris, voir de « demi couture[9] » plus tard. Les collections de prêt-à-porter des couturiers et des jeunes créateurs sont présentées par des défilés à Paris, Milan ou New York… Paris alternant, suivant les saisons, entre la haute couture et le prêt-à-porter.

Article détaillé : Semaine de la mode.

Les collections de prêt-à-porter industriel sont présentées lors de salons professionnels (Prêt-à-Porter Paris et Who's Next à Paris, Bread&Butter à Berlin, Pitti Uomo à Florence etc.), et certaines enseignes deviennent des géants du commerce mondial : Uniqlo, H&M, Zara, Gap

De nos jours, la plupart des créateurs et grandes maisons réalisent leur chiffre d'affaires et bénéfices sur l'activité rémunératrice de prêt-à-porter, la haute couture n'étant plus qu'une vitrine du savoir-faire de la maison, permettant de développer l'image de celle-ci et de communiquer, mais dont la rentabilité est faible, voir déficitaire, depuis plusieurs décennies[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 1934 un département « Éditions » est créé par Lucien Lelong ; c'est notablement la première fois qu'un grand couturier lance une ligne annexe à sa collection principale[1]. Cette seconde ligne est réalisée à la main, dans les ateliers de la maison, avec des tissus de marque. La qualité est comparable aux réalisations de haute couture, mais la différence se situe dans le fait que les modèles, spécifiques de cette collection, sont réalisés à l'avance en cinq tailles et stockés ; les retouches sont en supplément. Lucien Lelong précise alors que : « en aucun cas, elles ne sont des adaptations des modèles montrés quelques mois auparavant : seuls le sens de la beauté et la qualité de l'artisanat sont les mêmes. »[2]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Saillard (dir.), Anne Zazzo (dir.) et al. (préf. Bertrand Delanoë), Paris Haute Couture, Paris, Skira,‎ novembre 2012, 287 p. (ISBN 978-2-08128605-4), « Une chronologie de la haute couture », p. 274
  2. Olivier Saillard (dir.), Anne Zazzo (dir.), Lila Ralison et al. (préf. Bertrand Delanoë), Paris Haute Couture, Paris, Skira,‎ novembre 2012, 287 p. (ISBN 978-2-08128605-4), « Lucien Lelong et la ligne « Édition » », p. 159
  3. a, b, c et d "Le vêtement", M.N. Boutin-Arnaud, S. Tasmadjian, Éditions Nathan, 1997. ISBN 2-09-182472-0
  4. a, b, c, d, e et f Noël Palomo-Lovinski (trad. Lise-Éliane Pomier), Les plus grands créateurs de mode : de Coco Chanel à Jean Paul Gaultier, Paris, Eyrolles,‎ 2011, 192 p. (ISBN 978-2-212-55178-5), « L'industrie de la mode : bref historique », p. 8 à 9
  5. Catherine Örmen, Comment regarder la mode : histoire de la silhouette, Édition Hazan, 2009
  6. a, b, c et d Mariella Righini, « Mode - La planche de salut », Le Nouvel Observateur,‎ 27 janvier 1969, p. 32 (ISSN 0029-471)
  7. Anne-Cécile Sanchez, « Et Saint Laurent aima la femme », sur lepoint.fr, Le Point,‎ 25 juillet 2008 (consulté le 14 janvier 2013) : « En août 1956, Vogue a réalisé un numéro spécial « prêt-à-porter », un mot nouveau dans l’univers de la couture : bientôt les Françaises habituées aux couturières vont découvrir les stylistes, les boutiques, la mode de Prisunic. »
  8. Maud Seca, Jeune créatrice de vêtements sur-mesure et de prêt-à-porter couture [réf. insuffisante]
  9. (en) « Demi Couture is on the Rise », sur fashionologie.com, SugarInc,‎ 25 octobre 2011 (consulté le 2 février 2013)
  10. Michèle Leloup, « Les couturiers sur le fil », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 25 janvier 1996 (consulté le 2 décembre 2012)

Articles connexes[modifier | modifier le code]