Fonction convexe
En mathématiques, une fonction réelle d'une variable réelle est dite convexe si son graphe est « tourné vers le haut » ; on veut dire par là que si
et
sont deux points du graphe de la fonction, le segment
est entièrement situé au-dessus du graphe. Cela revient au même de dire que l'épigraphe (l'ensemble des points qui sont au-dessus du graphe) est un ensemble convexe. À l'inverse, une fonction dont le graphe est « tourné vers le bas » est dite concave (c'est alors son hypographe - l'ensemble des points qui sont en-dessous du graphe - qui est convexe).
En précisant au moyen des valeurs de la fonction ce que sont les points
et
ci-dessus, on obtient une définition équivalente souvent donnée de la convexité d'une fonction : une fonction définie sur un intervalle
est convexe lorsque, pour tous
et
de
et tout
dans
on a

Lorsque l'inégalité est stricte (avec
différent de
et
dans
), on parle de fonction strictement convexe.
Ces définitions se généralisent aux fonctions définies sur un espace vectoriel arbitraire.
Les fonctions convexes sont, avec les ensembles convexes, les objets constitutifs de l'analyse convexe, une discipline « intermédiaire » entre l'algèbre linéaire et l'analyse non linéaire. Elles permettent de démontrer un grand nombre d'inégalités remarquables, dites inégalités de convexité. Elles jouent aussi un rôle singulier en optimisation, en supprimant la distinction entre minima locaux et globaux (tout minimum local d'une fonction convexe est un minimum global).
Sommaire |
Fonction convexe d'une variable réelle [modifier]
Dans cette première section, on va supposer que l'ensemble de départ est un intervalle
de
. Cette restriction permet de fournir une première initiation aux fonctions convexes d'abord plus aisée et parce que la possibilité de tracer des représentation graphiques planes facilite certainement la tâche, ensuite et surtout parce que les concepts de continuité ou dérivabilité sont significativement plus maniables pour les fonctions d'une seule variable. Cette approche montre tout de même vite ses limites, en particulier parce qu'elle n'est guère pertinente pour appliquer la théorie des fonctions convexes à l'optimisation qui en est sans doute la principale motivation.
Le lecteur qui recherche la définition d'une fonction convexe de plusieurs variables, ou définie sur un ensemble convexe d'un espace vectoriel ou affine est invité à se rendre directement à la section suivante.
Définitions [modifier]
Définition — Une fonction
d’un intervalle
de
vers
est dite convexe lorsque, pour tous
et
de
et tout
dans
on a :
Cela signifie que pour tout
et
de
, le segment
de
, où
et
, est situé au-dessus de la courbe représentative de
.
Une fonction concave est une fonction dont la fonction opposée est convexe.
On vérifie aussitôt ce qui suit, reliant les notions d'ensemble convexe et de fonction convexe :
Remarque — La fonction
est convexe sur
si et seulement si
est un sous-ensemble convexe de
.
Cet ensemble est appelé l'épigraphe de
.
Exemple : la fonction
est convexe, parce que son épigraphe est un quart de plan (lui-même convexe comme intersection de deux demi-plans). Il est souvent malcommode de vérifier la convexité d'une fonction définie par une formule concrète à partir de la seule définition, on attendra donc quelques paragraphes pour donner d'autres exemples, lorsqu'on disposera d'un critère de convexité plus utilisable en pratique.
Possibilité de n'utiliser que des milieux [modifier]
La définition de la convexité fait apparaître des barycentres où les coefficients sont des réels arbitraires de
. Il est possible de n'utiliser que des milieux, mais il est alors indispensable d'ajouter une hypothèse supplémentaire de régularité portant sur
[1].
Proposition — Une fonction
continue sur
est convexe sur
si et seulement si quels que soient les éléments
et
de
:
.
Première preuve : par densité des dyadiques
Ce théorème se démontre en deux temps :
- On prouve le résultat pour les fractions dyadiques par récurrence sur le dénominateur ;
- Puis on étend l'inégalité obtenue en utilisant la densité des dyadiques.
Par récurrence sur
, on démontre que, pour toute fraction rationnelle
avec
: 
- Si
, on applique directement l'hypothèse du théorème. - Supposons le résultat démontré jusqu'à l'entier
;
- Si
est pair, par simplification d'un facteur 2, on se ramène au cas d'une fraction rationnelle de dénominateur
; on applique alors l'hypothèse de récurrence. - Si
est impair,
, on constate :
- Si
-
avec
et
;
- En appliquant l'hypothèse de récurrence à
et à
, il vient :
On conclut alors par densité.
Deuxième preuve : via l'existence d'extrema pour les fonctions continues sur les compacts
On va démontrer l'énoncé contraposé. Soit donc
une fonction continue non convexe sur
.
On peut alors trouver un intervalle
inclus dans
tel qu'il existe dans cet intervalle un point
avec
strictement au-dessus de la corde qui joint
à
. Quitte à soustraire à
la fonction affine qui prend les mêmes valeurs qu'elle en
et en
, on peut supposer
, l'information sur
se réduisant alors à
.
Soit
le maximum atteint par la fonction continue
sur le compact
. Ce maximum est donc strictement positif. Soit maintenant
le plus petit élément de
en lequel
prend la valeur
. Pour
assez petit pour qu'on reste dans
, posons
et
. Alors
et
, donc l'inégalité de la proposition n'est pas vérifiée pour ces valeurs de
et
.
Extension à des barycentres de plus de deux points [modifier]
L'inégalité de la définition s'étend comme suit (on peut le démontrer par récurrence sur l’entier
). On dénomme parfois cette version l'inégalité de Jensen :
Proposition — Si
est convexe sur
et si
sont des points de
et
des réels positifs ou nuls tels que
, alors :
.
Géométrie du graphe d'une fonction convexe [modifier]
On appelle parfois « lemme des trois cordes » le résultat suivant[2] :
Proposition — Si
est convexe sur
, pour tous points
,
,
de
avec 
Réciproquement, si l'une des deux inégalités est vérifiée pour tous
,
,
de
avec
, alors
est convexe.
On trouve une démonstration ici sur la wikiversité
Régularité des fonctions convexes [modifier]
Le « lemme des trois cordes » permet de montrer que[3] :
Théorème — Si
est convexe sur un intervalle ouvert 
est continue en tout point ;
est dérivable à gauche et à droite en tout point, et les fonctions
sont croissantes sur
;- l’ensemble des points
où
n'est pas dérivable (c'est-à-dire tels que
) est au plus dénombrable.
- Soit
. On définit sur
le taux d'accroissement en
par
. Cette fonction est croissante d'après le lemme des trois cordes appliqué pour les trois cas:
,
et
. Elle admet donc une limite à gauche et à droite en
finies.
- Cela montre que
est dérivable à gauche et à droite mais cela implique aussi que
est continue.
- Montrons que l'ensemble des points où
n'est pas dérivable est au plus dénombrable.
- Déjà,
n'est pas dérivable en tout point où la dérivée à gauche est différente de la dérivée à droite, et en particulier par croissance du taux d'accroissement, quand la dérivée à droite est supérieure strictement à la dérivée à gauche. Soit
un segment inclus dans
. On note
, et
pour tout
. Il faut montrer que
est au plus dénombrable. Comme
, en montrant que
est fini pour tout
, on aurait que
serait une réunion dénombrable d'ensemble finis, donc au plus dénombrable. - Supposons donc par l'absurde qu'il existe
tel que
ne soit pas fini. Soit
. Alors, puisque
est infini, on peut prendre
éléments distincts dans cet ensemble où
est un entier tel que
. Cela implique par croissance de
que
, ce qui signifie que
diverge vers
en
. Or comme
est dans
ouvert, cela est absurde puisque
est croissante sur un intervalle autour de
. On a montré que
est fini pour tout
. - Pour conclure, il suffit de voir que
est une réunion dénombrable de segments:
si
,
, si
, etc. On a que
est le réunion dénombrable d'ensembles au plus dénombrables, donc il est au plus dénombrable.
- Déjà,
Cas des fonctions dérivables [modifier]
On dispose des caractérisations suivantes :
Proposition — Soit
une fonction dérivable sur un intervalle
.
est convexe si et seulement si sa courbe représentative est au-dessus de chacune de ses tangentes ;
est convexe si et seulement si sa dérivée est croissante sur
.
d'où on tire le corollaire immédiat fort pratique pour vérifier sans mal la convexité d'exemples spécifiques :
Corollaire — Soit
une fonction deux fois dérivable sur un intervalle
.
est convexe si et seulement si sa dérivée seconde
est à valeurs positives ou nulles.
Ainsi on peut désormais facilement ajouter à sa collection de fonctions convexes (ou concaves) les exemples suivants :
- la fonction
est convexe ;
- la fonction
est convexe ;
- la fonction
est concave.
Stricte convexité [modifier]
En faisant intervenir des inégalités strictes, on dispose d'une variante de la convexité, la stricte convexité.
Définition — Une fonction
d’un intervalle
de
vers
est dite strictement convexe lorsque, pour tous
et
distincts dans
et tout
dans
on a :
Les résultats énoncés plus haut pour des fonctions convexes s'adaptent généralement sans mal aux fonctions strictement convexes. On prendra garde à une nuance : de même que les fonctions dérivables convexes sont celles qui ont une dérivée croissante, les fonctions dérivables strictement convexes sont celles qui ont une dérivée strictement croissante. En revanche, il ne faudrait pas croire que la dérivée seconde d'une fonction dérivable strictement convexe est nécessairement une fonction à valeurs strictement positives : la dérivée d'une fonction strictement croissante peut s'annuler occasionnellement, ou plus exactement peut s'annuler sur un ensemble de points d'intérieur vide. Penser à
pour un exemple de fonction strictement convexe dont la dérivée seconde s'annule.
Fonction convexe définie sur un espace vectoriel [modifier]
Définitions [modifier]
Convexité [modifier]
On peut donner au moins deux définitions légèrement différentes d'une fonction convexe, qui reviennent essentiellement au même mais ne fournissent néanmoins pas exactement les mêmes fonctions. On prendra donc garde au contexte lors d'une invocation d'une de ces définitions pour comprendre s'il s'agit ou non de fonctions susceptibles de prendre des valeurs infinies.
un espace vectoriel (ou affine) réel,
un convexe et
une fonction. On dit que
est convexe lorsque pour tous
et
et tout
, on a
Dans la définition suivante, on a noté
le domaine (effectif) d'une fonction
, définie sur un ensemble
à valeurs dans la droite réelle achevée
.
Définition 2 — Soient
un espace vectoriel (ou affine) réel et
une fonction. On dit que
est convexe lorsque l'une des conditions équivalentes suivantes est vérifiée :
- l'épigraphe
est convexe, - pour tous
et
et tout
, on a
Étant donnée une fonction convexe au sens de la définition 1, on peut lui associer une fonction convexe au sens de la définition 2 en la prolongeant hors de
par la valeur
; réciproquement étant donnée une fonction convexe
au sens de la définition 2, il est immédiat de vérifier que
est un convexe et la restriction de
à
est alors une fonction convexe au sens de la définition 1. Les deux transformations sont réciproques l'une de l'autre : les deux définitions, quoique techniquement distinctes, décrivent bien la même notion.
Certaines sources requièrent de plus que
soit non-vide (dans la définition 1) ou que
ne soit pas la constante
(dans la définition 2) pour prévenir certaines exceptions désagréables dans quelques énoncés[4].
La définition 2 est plus récente que la définition 1 et fut introduite indépendamment par Rockafellar et Moreau[5]. Elle permet de définir une fonction convexe comme un seul « objet » (une fonction définie sur un espace vectoriel ayant une propriété bien particulière) et non comme un couple formé d'un ensemble convexe d'un espace vectoriel et d'une fonction à valeurs réelles définie sur cet ensemble convexe. La définition 2 est la plus communément utilisée an analyse convexe, pour les raisons suivantes : d'une part, elle allège souvent l'expression des résultats et, d'autre part, elle permet de ne pas devoir préciser le convexe sur lequel est définie une fonction convexe obtenue par l'une des constructions standards de l'analyse convexe, comme l'enveloppe supérieure, la fonction d'appui, la fonction marginale, la fonction duale en optimisation, etc.
Stricte convexité [modifier]
Soient
un espace vectoriel (ou affine) réel et
une fonction. On dit que
est strictement convexe si, pour tous
et
, avec
, et tout
, on a

Forte convexité [modifier]
Soit
un espace normé. On dit que
est fortement convexe, de module
, si pour tout
et
dans le domaine de
et pour tout
, on a

On retrouve la notion de fonction convexe lorsque
.
Exemples de fonctions convexes [modifier]
Voici quelques exemples de constructions de fonctions convexes :
- fonction affine,
- fonction convexe polyédrique dont l'épigraphe est un polyèdre convexe,
- fonction d'appui d'un ensemble,
- fonction indicatrice d'un ensemble convexe,
- fonction marginale dont les valeurs sont obtenues en minimisant une seconde fonction paramétrée par ses arguments,
- fonction sous-linéaire.
Voici des exemples concrets de fonctions convexes :
- la fonction quadratique
est convexe si, et seulement si, la matrice
est semi-définie positive ; elle est strictement convexe si, et seulement si,
est définie positive, - la fonction log-det :
est strictement convexe (
désigne l'ensemble des matrices symétriques d'ordre
définies positives).
Propriétés élémentaires [modifier]
Une proportion significative de résultats valables pour des fonctions convexes d'une variable se reproduisent à l'identique pour des fonctions convexes sur une partie d'un espace vectoriel, soit qu'on se ramène pour les prouver à considérer la restriction de la fonction à une droite, soit que la démonstration soit une simple révision de la version à une variable. En voici quelques-unes :
- Dans un espace vectoriel topologique, une fonction qui vérifie l'inégalité de convexité pour les seuls milieux et qui est continue est convexe.
- Une fonction convexe vérifie l'inégalité de Jensen.
Minorante affine [modifier]
La technique de minoration des fonctions convexes par des fonctions affines est une variante adaptée à l'analyse de l'utilisation des hyperplans d'appui en géométrie convexe. La forme analytique du théorème de Hahn-Banach permettrait de minorer directement une fonction convexe définie (et à valeurs finies) sur la totalité de son espace de départ. En revanche, dès que la fonction n'est pas définie partout, il faut poser quelques restrictions techniques[6].
Proposition — Soit
un espace vectoriel topologique,
une fonction convexe et continue définie sur un ouvert convexe non vide
de
et
un point de
. Il existe alors une fonction affine continue qui minore
et qui coïncide avec elle en
.
On verra un peu plus bas que l'hypothèse de continuité est superflue en dimension finie (c'est une conséquence de la convexité). En revanche, la condition topologique sur
est indispensable, même en une seule variable : pour la fonction convexe
sur
(dont le graphe est un demi-cercle) et
, on ne peut trouver de fonction affine minorante au sens de la proposition précédente.
Considérons d'une part l'épigraphe strict
de
: il est convexe par convexité de
, ouvert dans
parce que
est ouvert et
continue, et d'autre part le singleton
. En utilisant la première forme géométrique du théorème de Hahn-Banach, on a la garantie qu'existe un hyperplan d'appui à
passant par
, qui est fermé. Cet hyperplan ne peut contenir la droite
par une nouvelle utilisation du caractère ouvert de
. On en conclut qu'il est le graphe d'une application affine qui minimise
, et qui est continue parce que
est fermé.
Reconnaître une fonction convexe par ses dérivées [modifier]
Utilisation des dérivées premières [modifier]
Voici un premier résultat permettant de reconnaître la convexité d'une fonction au moyen de ses dérivées premières. On note
la valeur que prend l'opérateur linéaire continu qu'est la dérivée
sur le vecteur
. Le point 2 ci-dessous signifie que
est une minorante affine de
, exacte en
; le point 3 exprime la monotonie de de la dérivée.
Convexité et dérivées premières — Soient
un espace normé,
un ouvert convexe de
et
une fonction dérivable. Alors, les propriétés suivantes sont équivalentes :
est convexe sur
,
:
,
:
.
Un résultat analogue permet de caractériser la stricte convexité d'une fonction. Il suffit de remplacer les inégalités ci-dessus par des inégalités strictes et de supposer que les points d'évaluation
et
diffèrent.
Stricte convexité et dérivées premières I — Soient
un espace normé,
un ouvert convexe de
et
une fonction dérivable. Alors, les propriétés suivantes sont équivalentes :
est strictement convexe sur
,
,
:
,
,
:
.
En dimension finie, les inégalités ci-dessus peuvent être renforcées[7]. On y a noté
la boule unité fermée et
.
Stricte convexité et dérivées premières II — Soient
un espace vectoriel de dimension finie,
une fonction de classe
et
. Alors les propriétés suivantes sont équivalentes :
est strictement convexe,- pour tout
, il existe une fonction
continue, strictement croissante, vérifiant
et
- pour tout
, il existe une fonction
continue, strictement croissante, vérifiant
et
On peut enfin caractériser la forte convexité au moyen des dérivées premières.
Forte convexité et dérivées premières — Soient
un espace euclidien,
un ouvert convexe de
et
une fonction dérivable. Alors, les propriétés suivantes sont équivalentes :
est fortement convexe sur
,
:
,
:
.
Utilisation des dérivées secondes [modifier]
On note ci-dessous
la valeur réelle que prend l'opérateur bilinéaire continu qu'est la dérivée seconde
sur le couple de vecteurs
. On note alors
, pour simplifier.
Convexité et dérivées secondes — Soient
un espace normé,
un ouvert convexe de
et
une fonction deux fois dérivable. Alors
est convexe sur
wsi, et seulement si,

D'autre part, si

alors
est strictement convexe sur
.
La seconde condition peut ne pas être vérifiée par une fonction strictement convexe. Par exemple,
est strictement convexe, mais
.
Fonctions convexes en dimension finie [modifier]
Problèmes de continuité [modifier]
Continuité sur un ouvert [modifier]
Comme en dimension 1, une fonction convexe définie sur un ouvert de
est forcément continue en tout point de l'ouvert. La démonstration va nous donner une information plus précise[8] :
Théorème — Une fonction convexe définie (et à valeurs finies) sur un ouvert de
est localement lipschitzienne, et donc continue.
Soit
fonction convexe définie sur l'ouvert convexe
, et soit
un point de
.
On va dans un premier temps montrer que
est localement bornée. La dimension finie est utilisée ici de façon essentielle : qu'on songe que le résultat serait faux pour une forme linéaire discontinue en dimension infinie.
Pour majorer localement
, prenons un simplexe contenant
en son intérieur, et notons
la plus grande valeur prise par
sur les
sommets de ce simplexe. L'inégalité de convexité permet d'étendre cette majoration à tout le simplexe, donc à un voisinage de
.
Passons à la minoration locale, valable sur toute boule
centrée en
sur laquelle on sache déjà majorer
par un
. Pour tout point
de cette boule, en introduisant le symétrique
de
par rapport à
et en écrivant l'inégalité de convexité pour
comme milieu de
et en y reportant la majoration de
, on obtient la minoration
.
Soit alors
un réel strictement positif assez petit pour que
prenne des valeurs plus petites que
(et donc plus grandes que
) sur la boule ouverte
de centre
et de rayon
. On vérifie alors assez facilement que
est
-lipschitzienne sur la boule ouverte
de centre
et de rayon
, où on pose :
.
Pour cette vérification, soit
et
distincts dans
. On introduit les points auxiliaires
et
définis par :
et
.
On remarque que ces points auxiliaires sont dans
. Si on écrit successivement alors les inégalités de convexité correspondant à la représentation de
comme un point du segment
et à la représentation de
comme un point du segment
, puis qu'on y insère les majorations et minorations disponibles pour les valeurs de
sur
, on obtient rapidement la majoration souhaitée :
.
Discontinuités au bord [modifier]
À une variable, sur un intervalle non ouvert, on a vu qu'une fonction convexe n'était pas nécessairement continue.
Néanmoins il est possible de la rendre continue par un procédé simple : si
est convexe sur un intervalle
, alors nécessairement la limite à droite
de
en
existe et est inférieure ou égale à la valeur
. La discontinuité de
en la borne
se produit alors dans le cas où
. On peut s'en démêler en modifiant simplement la valeur de
en ce point : il suffit de la diminuer et la remplacer par
[9].
Dès la dimension
, les choses ne sont pas aussi confortables, comme le montre l'exemple suivant :
Soit
le disque-unité fermé de
; considérons la fonction
définie sur
par :
Cette fonction
est convexe. Elle est toutefois discontinue au point
mais ici la discontinuité ne peut être levée par une simple modification de la valeur
. On constate en effet que si on tend radialement vers ce point, la fonction étant nulle sur le rayon,
tend vers
; mais un calcul facile permet de constater que, si on tend vers
le long du cercle frontière de
,
tend vers
. Toutes les valeurs comprises entre
et
sont d'ailleurs valeurs d'adhérence de
au point
et il est définitivement illusoire d'espérer rendre cette
continue en modifiant ses valeurs sur le bord[10].
Toutefois, si l'ensemble de définition est un polytope, les choses se passent comme sur les intervalles de
, comme on peut le voir en appliquant le théorème suivant[11] :
Théorème — Une fonction convexe bornée définie sur l'intérieur d'un polytope admet un prolongement convexe continu au polytope.
Fermeture d'une fonction convexe [modifier]
Une fois qu'on a compris qu'il est vain de vouloir modifier une fonction convexe
sur la frontière de son domaine de définition jusqu'à la rendre continue, on peut néanmoins choisir un jeu de valeurs sur cette frontière plus remarquable que les autres, en exigeant que le prolongement soit à la fois semi-continu inférieurement (ce qui nécessite de choisir des valeurs faibles) et convexe (ce qui nécessite de les prendre fortes).
Pour écrire l'énoncé assez confortablement, il est ici particulièrement approprié d'utiliser des fonctions définies sur tout
et prenant éventuellement la valeur
; on appellera domaine effectif d'une telle fonction convexe l'ensemble des points où elle prend une valeur finie.
Théorème — Soit
une fonction convexe de domaine effectif
. On note
la fonction définie en
par :

La fonction
est alors caractérisée par l'une au choix des trois propriétés suivantes :
coïncide avec
en les points qui ne sont pas sur la frontière relative de
; elle est convexe et semi-continue inférieurement ;
coïncide avec
en les points qui ne sont pas sur la frontière relative de
et, pour tout point
de la frontière relative de
et tout segment semi-ouvert
inclus dans l'intérieur relatif de
,
;
a pour épigraphe l'adhérence de l'épigraphe de
.
Le fait que
est semi-continue inférieurement et la propriété (3) sont vrais sans utiliser l'hypothèse de convexité de
, et sont de simples exercices de topologie élémentaire.
Le fait que
coïncide avec
hors de l'adhérence de
, c'est-à-dire prenne la valeur
en tout point de cette partie de l'espace est lui aussi évident.
Le fait que
coïncide avec
sur l'intérieur relatif de
provient de la continuité de la restriction de
à cet intérieur relatif, en tant que fonction convexe sur un convexe ouvert (relativement à son enveloppe affine).
La convexité de
peut sembler claire, puisque son épigraphe est convexe comme adhérence d'un convexe, mais il y a ici un piège ! Il ne faut en effet pas oublier de vérifier que
prend ses valeurs dans
(autrement dit, que la
servant à définir
ne vaut nulle part
) ce qui n'est pas évident. Pour ce faire, il est souhaitable de se placer provisoirement dans l'espace affine enveloppe affine de
. Par la proposition d'existence des fonctions affines minimisantes, on construit une forme affine sur ce sous-espace qui minore
sur l'intérieur relatif de
; la minoration est encore vraie sur la frontière relative (on s'en aperçoit point par point en restreignant l'espace de départ à une droite passant par ce point), on prolonge enfin arbitrairement cette formea affine à
tout entier en une forme affine, continue puisqu'on est en dimension finie, et qui minore partout
. Cette forme minore alors aussi les
qui construisent
prouvant qu'elles ne peuvent valoir
.
Une fois connue la convexité de
, donc de sa restriction à tout segment, l'affirmation (2) provient du lemme facile suivant : une fonction d'une seule variable qui est à la fois convexe et semi-continue inférieurement est en fait continue.
Il est clair que (2) et que (3) caractérisent
. Pour (1), cela découle du paragraphe précédent de la démonstration, dans lequel on a montré que (1) entraîne (2).
La fonction
est appelée la fermeture de
. Les fonctions convexes égales à leur fermeture sont appelées des fonctions convexes fermées ; dit autrement ce sont les fonctions convexes dont l'épigraphe est fermé, ou encore autrement dit ce sont les fonctions convexes semi-continues inférieurement[12].
Fonction à valeurs vectorielles [modifier]
On peut aussi introduire une notion de convexité pour les fonctions à valeurs vectorielles, pourvu que l'on se donne un cône dans l'espace d'arrivée de la fonction.
De façon plus précise, on suppose donnés deux espaces vectoriels
et
, un convexe
et un cône pointé convexe
. On dit que
est
-convexe si pour tous
et
et pour tout
, on a

Par les propriétés supposées de
, l'ensemble des fonctions
-convexes est un cône convexe de l'ensemble des fonctions de
dans
(parce que
est un cône convexe), contenant les fonctions affines (parce que
est pointé).
Si le cône
est également saillant, il induit sur
un ordre partiel, noté
et défini par

Alors l'expression ci-dessus de la
-convexité de
s'écrit aussi

ce qui rappelle l'inégalité de convexité familière.
Applications en physique [modifier]
L'analyse convexe trouve un grand nombre d'applications en physique, lorsque les potentiels énergétiques sont localement convexes (existence de solutions stables, de changements de phase). En homogénéisation, par exemple, les théories de type variationnel permettent d'estimer les solutions d'équations aux dérivées partielles elliptiques grâce à la représentation des potentiels énergétiques par transformée de Legendre. La transformée de Legendre, formulation mathématique qui représente une fonction convexe par l'ensemble de ses tangentes, permet le développement de méthodes de linéarisation[13].
Annexes [modifier]
Notes [modifier]
Les ouvrages mentionnés par des lettres entre crochets dans ces références sont ceux cités dans la section bibliographique.
- Ce résultat est mentionné par [NP] p. 10, qui l'attribuent à Johan Jensen et renvoient à son article « Sur les fonctions convexes et les inégalités entre les valeurs moyennes », Acta Mathematica vol. 30 (1906), p. 175-193. La deuxième preuve ci-dessous est celle fournie dans [N-P].
- Ce résultat est cité par [N-P], p. 20-21, qui l'attribuent à L. Calvani, renvoyant à son article « Sulle funzioni converse di una o due variablili definite in aggregate qualunque », Rend. Circ. Mat. Palermo, vol. 41 (1916), p. 103-134.
- Voir [N-P], p. 21. Cet ouvrage attribue le théorème de dérivabilité à gauche et à droite à Otto Stolz, renvoyant à son traité Grundzüge der Differential und Integralrechnung, vol. 1, Teubner, Leipzig, 1893.
- Pour l'ensemble de cette sous-section, voir [H-L], p.74 à 76.
- Selon ce qu'en dit R.T. Rockafellar dans le CIM Bulletin.
- La proposition qui suit est énoncée dans [N-P], p. 114 (sous l'hypothèse d'un espace E normé, qui ne joue pas un rôle essentiel dans la preuve).
- Lemmes 1.1 et 1.2, pages 61 et 63chez Glowinski, Lions, Tremolières (1976).
- [H-L], p. 102-104, la minoration de la fonction convexe ayant été adaptée au vu de [N-P], p. 119.
- Ces remarques sont disponibles, avec leurs preuves et quelques détails, dans [N-P], p. 22.
- L'exemple figure dans [H-L] p. 105, avec l'explication de la convexité de
. - Ce théorème est cité sans démonstration par [N-P], p. 123, qui renvoie à D. Gale, V. Klee et R.T. Rockafellar, « Convex functions on convex polytopes », Proceedings of the American Mathematical Society, vol. 19 (1968), p. 867-873.
- Pour l'ensemble de cette sous-sous-section, voir [H-L], p.79-80. [N-P], p. 122, mentionne également ces résultats en les attribuant à Werner Fenchel, renvoyant à Convex cones, sets and fucnctions, Princeton University Press, 1951.
- Voir pour un aperçu § 4 in Ivar Ekeland, Roger Temam, SIAM, 1999, Convex Analysis and Variational Problems, ISBN 0-89871-399-4.
Articles connexes [modifier]
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- R. Glowinski, J. L. Lions, R. Tremolières (1976). Analyse Numérique des Inéquations Variationnelles - Tome 1: Théorie Générale, Premières Applications. Dunod-Bordas, Paris.
- (en) [H-L] - Jean-Baptiste Hiriart-Urruty et Claude Lemaréchal, Fundamentals of convex analysis, coll. « Grundlehren Text Editions », Springer, 2001 (ISBN 3540422056)
- (en) [N-P] - Constantin Nicolescu et Lars-Erik Persson, Convex Functions and their Applications : A Contemporary Approach, coll. « Ouvrages de mathématiques de la Société mathématique du Canada », vol. 23, Springer, 2006 (ISBN 978-0387243009)
- (en) R. Tyrrell Rockafellar, Convex Analysis, Princeton University Press, 1970, ISBN 0-691-01586-4.


.
, on applique directement l'hypothèse du théorème.
;
; on applique alors l'hypothèse de récurrence.
, on constate :
avec
et
;
et à
, il vient :

.
sont
) est au plus
. On définit sur
le taux d'accroissement en
. Cette fonction est croissante d'après le lemme des trois cordes appliqué pour les trois cas:
,
et
. Elle admet donc une limite à gauche et à droite en
un segment inclus dans
, et
pour tout
. Il faut montrer que
, en montrant que
est fini pour tout
. Alors, puisque
. Cela implique par croissance de
que
, ce qui signifie que
. Or comme
si
,
, si
, etc. On a que
est convexe ;
est convexe ;
est concave.
est convexe,
est convexe si, et seulement si, la matrice
est
est strictement convexe (
désigne l'ensemble des matrices symétriques d'ordre
:
,
.
:
,
.
, il existe une fonction
continue, strictement croissante, vérifiant
et
,
.
.
et
.
.
; elle est convexe et
inclus dans l'intérieur relatif de
;