Simplexe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un tétraèdre est un 3-simplexe
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Algorithme du simplexe.

En mathématiques, et plus particulièrement en géométrie, un simplexe est une généralisation du triangle à une dimension quelconque.

Définition[modifier | modifier le code]

Le repère, dans l'espace à 3 dimensions, est formé des 4 sommets d'un tétraèdre, donc de 3 axes

En géométrie, un simplexe ou n simplexe est l'analogue à n dimensions du triangle. Un simplexe tire son nom du fait qu'il soit l'objet géométrique clos le plus "simple" qui a n dimensions, par exemple sur une droite (1 dimension) l'objet le plus simple à 1 dimension est le segment, alors que dans le plan (2 dimensions) l'objet le plus simple à 2 dimensions est le triangle, et dans l'espace (3 dimensions) l'objet le plus simple à 3 dimensions est le tétraèdre (pyramide à base triangulaire).

Plus exactement, un simplexe est l'enveloppe convexe d'un ensemble de (n+1) points utilisé pour former un repère affine dans un espace affine de dimension n, ce qui signifie que :

  • sur une droite le repère sera fait d'une origine et de 1 point (généralement un repère (O,I), définissant l'unité de l'axe), et [OI] est un segment.
  • dans le plan le repère sera fait d'une origine et de 2 points (généralement un repère (O,I,J), définissant l'unité pour chaque axe), et OIJ est un triangle.
  • dans l'espace le repère sera fait d'une origine et de 3 points (généralement un repère (O,I,J,K), définissant l'unité pour chaque axe), et OIJK est un tétraèdre.

Les coordonnées des sommets du simplexe (dans le repère formé de ses sommets) sont alors :

e0 = (0, 0, 0, …, 0),
e1 = (1, 0, 0, …, 0),
e2 = (0, 1, 0, …, 0),
\vdots
en = (0, 0, 0, …, 1)

Cependant, par souci de symétrie entre les sommets, on préfère souvent plonger le simplexe dans un hyperplan affine de l'espace de dimension n+1, en attribuant à chaque sommet les n+1 coordonnées suivantes :

e0 = (1, 0, 0, 0, …, 0),
e1 = (0, 1, 0, 0, …, 0),
e2 = (0, 0, 1, 0, …, 0),
\vdots
en = (0, 0, 0, 0, …, 1)

Le nombre n est appelé la dimension ou degré ou même l'ordre du n simplexe s. Par exemple, un 0 simplexe est un point, un 1 simplexe est un segment, un 2 simplexe est un triangle, un 3 simplexe est un tétraèdre, un 4 simplexe est un pentachore (ou pentatope), etc... Comme le simplexe à 0 dimension est un singleton, on attribue parfois à l'ensemble vide la dimension -1, qui n'a qu'un sens théorique.

Soit donc s un simplexe formé par les points a0, ..., an, x un point de s, on peut écrire de manière unique:

x=\sum_{i=0}^n{t_ia_i}

où les ti sont les coordonnées barycentriques positives ou nulles de x relatives à a0, ..., an. On remarque la ressemblance entre cette formule et celle de l'équilibre d'un objet en physique mécanique statique : \sum {\vec{F}_{ext}} = {\vec{0}}, qui dit que la somme des forces extérieures appliquées à un objet en équilibre est égale au vecteur nul. Cela vient du fait que l'objet, quel que soit l'intensité de ces n forces qui le tirent (qu'on peut se représenter comme n ressorts attachés à l'objet et aux n sommets d'un (n-1) simplexe), restera toujours dans ce simplexe : tout point du simplexe peut être défini par ces forces qui l'attirent plus ou moins vers tel ou tel sommet, d'où l'utilisation de la notion de barycentre. On notera de plus que, pour qu'un objet soit en équilibre, il doit nécessairement se trouver dans le simplexe formé par les points qui l'attirent.


Un simplexe régulier est un simplexe qui est aussi un polytope régulier (c'est-à-dire que toutes ses arêtes sont de même longueur, que ses faces sont de même nature géométrique, et s'organisent de la même façon dans les mêmes quantités à chaque sommet).


Le mot "simplexe" a été donné par Pieter Hendrik Schoute en 1902, mais Ludwig Schläfli avait déjà démontré l'existence des simplexes réguliers pour toute dimension n (donc des simplexes tout court) lorsqu'il a prouvé qu'il y avait toujours au moins trois polytopes réguliers pour toute dimension supérieure à 3 (à savoir le n simplexe, ainsi que le n hypercube et le n hyperoctaèdre).

Eléments[modifier | modifier le code]

Les éléments d'un simplexe sont appelés nfaces, où n est leur dimension :

  • les 0faces sont appelées sommets
  • les 1faces sont appelées arêtes
  • les 2faces sont appelées faces
  • les 3faces sont appelées cellules

L'ensemble des (n-1)faces d'un n simplexe forment son enveloppe.

Les nfaces d'un simplexe sont elles-mêmes des simplexes de dimensions inférieures. Par exemple, un tétraèdre aura des faces triangulaires.

Quand on liste les nfaces des simplexes ainsi que leur nombre, on obtient un triangle de Pascal :

Simplexe Nombre de sommets Nombre d'arêtes Nombre de faces Nombre de cellules Nombre de 4-faces Nombre de 5-faces Nombre de 6-faces
Point 1 - - - - - -
Segment 2 1 - - - - -
Triangle 3 3 1 - - - -
Tétraèdre 4 6 4 1 - - -
Pentachore 5 10 10 5 1 - -
5 simplexe 6 15 20 15 6 1 -
6 simplexe 7 21 35 35 21 7 1

Triangle de Pascal, dont une des caractéristique est que la seconde colonne corresponde à chaque nombre triangulaire, la troisième à chaque nombre tétraédrique, la quatrième à chaque nombre pentatopique...


Le nombre de sommets d'un n simplexe vaut N_0 = n+1 , et le nombre de nfaces vaut toujours N_n = 1 car il s'agit du simplexe lui-même. Le nombre d'arêtes d'un n simplexe vaut N_1 = \frac{n(n+1)}{2}, car il s'agit du nombre de couples de sommets différents que l'on peut réaliser.

Entre les nombres de chaque élément d'un simplexe, il y a une relation d'Euler, dans laquelle en ajoutant les éléments de dimension paire (sommets, faces, 4faces, 6faces, ...), et en soustrayant les éléments de dimension impaire (arêtes, cellules, 5faces, 7faces, ...) on obtient la caractéristique d'Euler-Poincaré du simplexe, qui vaut 0 pour les simplexes de degré pair et 2 pour les simplexes de degré impair :

 \sum_{i=0}^{n-1} N_i\times(-1)^i = N_0-N_1+N_2-N_3+...+N_{n-1}(-1)^{n-1} = 1-(-1)^{n-1}, où N_{n-1} est le nombre de (n-1)faces (On utilise (n-1) dans la formule au lieu de n pour ne pas compter le n simplexe lui-même et s'arrêter à ses éléments stricts).

  • Pour le segment : 2 points = 2
  • Pour le triangle : 3 points - 3 arêtes = 0
  • Pour le tétraèdre : 4 points - 6 arêtes + 4 faces = 2
  • Pour le pentachore : 5 points - 10 arêtes + 10 faces - 5 cellules = 0

Représentations[modifier | modifier le code]

Un pentatope est un 4-simplexe

Les n-simplexes ayant souvent plus de dimensions que les objets que nous sommes habitués à voir dans la vie courante, on utilise différents moyens de représentation pour travailler plus facilement avec. Parmi ces représentations, on utilise souvent les projections d'un n-simplexe dans un espace dimension inférieure (généralement 2 ou 3).

Il est impossible de représenter parfaitement un objet dans un espace qui a moins de dimensions que lui, donc il faut utiliser ces représentations avec prudence, certaines déforment les longueurs, les angles, voire la structure du simplexe, ou alors nous font voir des segments qui se croisent alors qu'en réalité ils ne se croisent pas.

Graphes[modifier | modifier le code]

La représentation en deux dimensions d'un n simplexe est un graphe complet. Pour tracer le graphe d'un n simplexe, il suffit de relier tous entre eux n+1 points.

Quand on a affaire au graphe d'un simplexe dont on ne connaît pas le degré, il suffit de compter le nombre de segments qui sont reliés à un sommet.

Pour passer du graphe d'un n simplexe à celui d'un (n+1) simplexe, on ajoute un nouveau point et on relie tous les autres à celui-ci.

Graphes des premiers simplexes
Simplexe Segment Triangle Tétraèdre Pentatope 5 simplexe 6 simplexe 7 simplexe
Dimension 1 2 3 4 5 6 7
Sommets 2 3 4 5 6 7 8
Graphe Segment graphe.jpg Complete graph K3.svg Complete graph K4.svg Complete graph K5.svg Complete graph K6.svg Complete graph K7.svg Complete graph K8.svg

Attention : le graphe n'étant qu'une projection du n simplexe sur un plan, comme une ombre, les longueurs et les angles ne sont pas respectés : il faut s'imaginer que tous les segments sont de même longueur, et que tous les triangles qui relient 3 sommets sont équilatéraux si le simplexe est régulier. De plus, les diagonales du graphe ne se rencontrent jamais en réalité, mais passent devant ou derrière les autres.

Un graphe comme ceux-ci est aussi appelé polygone de Pétrie car il est obtenu par la projection orthogonale d'un polytope sur un plan.

Diagramme de Coxeter-Dynkin[modifier | modifier le code]

Le diagramme de Coxeter-Dynkin d'un n simplexe est sous la forme : CDW ring.pngCDW 3b.pngCDW dot.pngCDW 3b.pngCDW dot.pngCDW 3b.pngCDW dot.pngCDW 3b.pngCDW dot.pngCDW 3b.pngCDW dot.png, avec n ronds (appelés nœuds) dans la chaîne.

Symbole de Schläfli[modifier | modifier le code]

Le symbole de Schläfli d'un simplexe est sous la forme {3,3,3,...,3,3} (avec n-1 fois le nombre 3).

Propriétés[modifier | modifier le code]

  • Tout n-x simplexe généré par un sous-ensemble de {a0, a1, ..., an} (qui sont les différents sommets du simplexe) est appelé n-x face de s.
  • L'ensemble des faces de s différentes de s lui-même sont appelées faces propres de s, et leur union est appelée bord de s.
  • Un n simplexe n'a pas de diagonales (voir diagonale), car par définition, tous les (n+1) sommets d'un n simplexe sont déjà reliés entre eux.
  • L'isobarycentre d'un n simplexe est situé à \frac{1}{n+1} des centres de ses (n-1)faces. Par exemple l'isobarycentre d'un segment est situé à 1/2 de ses extrémités, l'isobarycentre d'un triangle équilatéral est situé à 1/3 des milieux de ses côtés, l'isobarycentre d'un tétraèdre se situe à 1/4 des centres des faces...
  • Un simplexe est son propre dual (voir dualité), ce qui signifie que lorsque l'on relie entre eux tous les centres des (n-1)faces d'un n simplexe, on retombe sur le même simplexe, réduit d'un demi.
  • Si un simplexe possède un "coin droit" (c'est-à-dire que toutes les arêtes se rencontrant en un sommet sont perpendiculaires en elles), on peut alors utiliser la généralisation en n dimensions du théorème de Pythagore : "La somme des carrés des (n-1) volumes des hyperfaces adjacentes au coin droit est égale au carré du (n-1) volume opposé au coin droit". Par exemple, dans un triangle ABC rectangle en A on aura BC^2=AB^2+AC^2, dans une pyramide ABCD rectangle en A on aura BCD^2=ABC^2+ABD^2+ACD^2, et dans un pentatope ABCDE rectangle en A on aura BCDE^2=ABCD^2+ABCE^2+ABDE^2+ACDE^2.
  • Topologiquement, un n simplexe est homéomorphe (voir homéomorphisme) à une n sphère. Chaque n simplexe est une variété convexe sans trous ayant n dimensions. La caractéristique d'Euler de n'importe quel n simplexe vaudra donc 0 si n est pair et 2 si n est impair, comme pour la n sphère.
  • Le groupe des isométries d'un n simplexe régulier est d'ordre n!.

Formules de longueurs remarquables et des n-volumes[modifier | modifier le code]

  • Chaque simplexe possède un hypervolume qui correspond à son intérieur (pour le segment il s'agit de sa longueur, pour le triangle de son aire, pour le tétraèdre de son volume). On note le n volume d'un n simplexe V_n, pour tout simplexe régulier d'arête a il vaut :

V_n=\frac{a^n}{n!}\times\sqrt\frac{n+1}{2^n}

Cette formule est obtenue pour un simplexe par récurrence à partir du simplexe de dimension précédente, en effet, le n volume d'un n simplexe est le produit d'une hauteur (distance entre un sommet et le centre de la (n-1)face opposée) et de la base correspondante ((n-1) volume d'une (n-1)face), divisé par le nombre de dimensions du simplexe : V_n=\frac{B \times h}{n}=\frac{V_{n-1}\times h}{n}

Exemples :

  • Soit h_n la hauteur du n simplexe, R_n le rayon de l'hypersphère circonscrite au n simplexe, et r_n le rayon de l'hypersphère inscrite au n simplexe, on a alors :
    • h_n^2+R_{n-1}^2=a^2, car la hauteur est perpendiculaire à toute droite de la (n-1) base, donc également au rayon de la (n-1) sphère circonscrite de la (n-1) base, et l'arête de longueur a relie le sommet de la hauteur avec un sommet de la base, les trois forment un triangle rectangle, on applique tout simplement le théorème de Pythagore.
    • V_n=\biggl(\frac{n+1}{n}\biggl)\times V_{n-1}\times r_n
    • R_n^2=r_n^2+R_{n-1}^2, car le rayon de la n sphère circonscrite relie le centre du n-simplexe à un sommet, le rayon de la sphère inscrite relie le centre du n simplexe au centre de la base (comme la n sphère inscrite est tangente au n simplexe ce rayon est perpendiculaire à la base), et le rayon de la (n-1) sphère circonscrite à la base relie le centre de la base un sommet du n simplexe, on applique encore le théorème de Pythagore.
  • Par récurrence, en partant des valeurs V_1 = h_1 = 1 et R_1 = r_1 = \frac{1}{2} triviales chez le 1 simplexe, on obtient :
    • R_n = \frac{a}{\sqrt{2}} \times \sqrt{\frac{n}{n+1}}
    • r_n = \frac{a}{\sqrt{2n(n+1)}}
    • h_n = \frac{a}{\sqrt{2}} \times \sqrt{\frac{n+1}{n}}

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Element of algebraic topology, James R. Munkres