Eduardo Frei Montalva

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Eduardo Frei Montalva
Image illustrative de l'article Eduardo Frei Montalva
Fonctions
31e président de la République du Chili
Élection
Prédécesseur Jorge Alessandri Rodríguez
Successeur Salvador Allende
Biographie
Nom de naissance Eduardo Nicanor Frei Montalva
Date de naissance
Lieu de naissance Santiago (Chili)
Date de décès (à 71 ans)
Lieu de décès Santiago (Chili)
Nationalité Chilienne
Parti politique Parti démocrate-chrétien
Conjoint María Ruiz-Tagle Jiménez
Enfant(s) Eduardo Frei Ruiz-Tagle
Diplômé de Université pontificale catholique du Chili
Profession Avocat
Religion Catholique

Signature

Eduardo Frei Montalva
Présidents de la République du Chili

Eduardo Frei Montalva (né le 16 janvier 1911 à Santiago du Chili et décédé le 22 janvier 1982), fut le président du Chili de 1964 à 1970, représentant de la Démocratie chrétienne. Il mit en œuvre un programme important de réformes qui fut poursuivi par son successeur Salvador Allende, et fut par la suite probablement assassiné, en 1982, par les services de Pinochet. Son fils aîné Eduardo Frei Ruiz-Tagle fut président de 1994 à 2000.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eduardo Frei Montalva est le fils d'Eduardo Frei Schiling, né en Suisse et arrivé au Chili à l'âge de 24 ans. En 1919, il va au Seminario Conciliar de Santiago, puis à l’Instituto de Humanidades Luis Campino de la Iglesia Católica. Il étudie le droit à l'Université pontificale catholique du Chili grâce à une bourse. Il commence sa carrière politique en 1929 à la ANEC (Asociasión Naciónal de Estudiantes Católicos), et devient avocat en 1933, avec une thèse intitulée Régimen asalariado y su posible abolición. À Iquique, il est directeur du journal El Tarapacá.

Durant sa jeunesse il adhère au Parti conservateur, avant de participer à la fondation de la Phalange nationale (FN) dans les années 1930. Corporatiste et salazariste [1], la FN opère un tournant à gauche à la fin des années 1930, et finit par soutenir le Front populaire, soutenant en 1938 le candidat de gauche Pedro Aguirre Cerda plutôt que le candidat conservateur.

En 1937, le jeune Eduardo Frei (26 ans) se présente aux législatives (es) à Taracapa, mais il est battu par le socialiste Carlos Muller Rivera.

Il participe en 1947 à la fondation de l'Organisation démocrate-chrétienne d'Amérique à Montevideo, qui entérine un projet de « troisième voie » entre capitalisme et communisme, collectivisme et individualisme, basé sur le personnalisme, l'humanisme intégral de Jacques Maritain et la doctrine sociale de l'Église. De nombreuses fois élu sénateur (pour la première fois en 1949 sur les listes de la Phalange nationale), il perd les élections présidentielles de 1958.

Président du Chili (1964-70)[modifier | modifier le code]

En 1964, il se représente sous la bannière de la Démocratie chrétienne, et est élu grâce à la jeunesse et ses idées humanistes, mais aussi avec l'appui des États-Unis qui n'hésitent pas à faire campagne contre le candidat de gauche, Salvador Allende, qui ne remporte que 38,6 % des votes contre 55,6 % pour Eduardo Frei, bénéficiaire d'un report de voix de la droite.

Son programme « Revolución en Libertad » (« la Révolution dans la liberté ») visait à une réforme structurelle du pays à travers la création de coopératives et de nouvelles organisations sociales comme l'aide aux voisins et aux mères. Il voulait améliorer l'économie nationale en aidant les plus pauvres, suivant un modèle keynésien.

La modernisation annoncée de l'économie passe par une réforme agraire qu'il initie et la nationalisation du cuivre, deux réformes importantes poursuivies par son successeur Salvador Allende. Il transforme ainsi le Département du Cuivre, créé en 1955, en Compagnie nationale du cuivre (Codelco), qui rachète plus de la moitié des parts de la mine de Chuquicamata et d'El Salvador à la firme américaine Anaconda Copper, et fait de même pour la mine d'El Teniente tenue par Kennecott (en). Par ailleurs, il soutient l'industrie et promeut l'exportation, tout en accentuant le rôle de Codelco dans l'exportation du cuivre.

Il est partiellement soutenu par les États-Unis qui, malgré l'opposition au programme de nationalisation du cuivre, lui donnent une assistance économique de 144 millions de dollars par an [réf. nécessaire]. Les grands propriétaires s’opposent à la réforme agraire, et quand le gouvernement s’efforce d’en atténuer les effets, ce sont les organisations paysannes et la gauche qui font pression sur le gouvernement. Ces réformes font dire à Maritain qu'il s'agit de la « seule tentative authentique de révolution chrétienne »[2].

Parallèlement, l’intervention de l’État dans l’économie augmente de façon substantielle, indisposant le patronat chilien. La droite commence à retirer son appui à la démocrate-chrétienne. Le gouvernement courtise alors les catégories sociales défavorisées, provoquant une avalanche de demandes qu’il n’est pas en mesure de satisfaire. Ainsi après avoir réussi à maîtriser l’inflation les deux premières années de son mandat, Frei doit se résoudre à la voir augmenter de 21,9 % en 1967 à 34,9 % en 1970 [réf. nécessaire]. Le nombre de grèves passe de 564 en 1964 à 1 819 en 1970 [réf. nécessaire].

Au niveau international, il est reçu par Pompidou en 1966, tandis que le MRP envoie des militants observer cette expérience gouvernementale[2]. Par ailleurs, fin 1967, il accepte de libérer les cinq survivants de l'ELN, la guérilla du Che en Bolivie, et les transfère aux Français en leur affrétant un avion pour Tahiti[3]. Enfin, en 1969, il accepte de rétablir les relations diplomatiques avec Cuba, à la grande fureur des États-Unis et, sur place, du chef de station de la CIA, Henry Hecksher[4].. Progressivement, Washington s'inquiète devant ce qu'il considère comme une « dérive à gauche » du président et du Parti démocrate-chrétien[4], et décide de soutenir Jorge Alessandri, le candidat de droite, fortement poussé par ce dernier en personne[5], lors de la campagne présidentielle de 1970, plutôt que Radomiro Tomic, le candidat démocrate-chrétien.

Principales mesures[modifier | modifier le code]

Enquête sur son assassinat[modifier | modifier le code]

Eduardo Frei est mort officiellement de septicémie à la clinique Santa Maria (es) de Santiago alors qu'il y était entré deux mois plus tôt pour une simple hernie hiatale. En 2000, sa fille la sénatrice Carmen Frei s'interroge publiquement sur les circonstances de la mort de son père et en octobre 2002 elle porte plainte pour assassinat. Une première autopsie pratiquée sur le corps exhumé ne révèle rien, une seconde en 2006 décèle des traces de gaz moutarde et de poison utilisé pour tuer les rats. La justice chilienne soupçonne depuis les services secrets de la dictature Pinochet d'avoir assassiné Eduardo Frei, thèse soutenue entre autres par des témoignages venant de l'ancien agent de la CIA et de la DINA Michael Townley. Le juge Alejandro Madrid a ainsi arrêté six personnes (médecins l'ayant opéré ou autopsié, un employé civil de l'armée, son chauffeur), dont trois inculpées d'assassinat[6]. Son chauffeur est aussi accusé d'avoir participé à l'assassinat en informant la CNI (agence de renseignement de Pinochet) qui le rétribuait en échange à hauteur de 50 000 pesos par mois[7]. Eugenio Berríos (en), biochimiste chilien et concepteur de poisons sophistiqués, travaillant pour la DINA, est également fortement suspecté de complicité d'assassinat[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Compagnon, « Avril 1947 : la « Déclaration de Montevideo ». Le projet démocrate-chrétien en Amérique latine », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, BAC - Biblioteca de Autores del Centro, 2005, mis en ligne le 14 février 2005.
  2. a et b Olivier Compagnon, « Le 68 des catholiques latino-américains dans une perspective transatlantique », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Materiales de seminarios, 2008, Mis en ligne le 17 décembre 2008.
  3. Thomas Huchon, Quand Allende sauvait les compagnons d'armes du Che, Rue89, 8 octobre 2007
  4. a et b Seymour Hersh, Extrait de The Price of Power, Kissinger in the Nixon White House, Summit Books, 1983
  5. Peter Kornbluh (du National Security Archives) Cómo Jorge Alessandri buscó el apoyo clandestino de Estados Unidos en 1970, Zona Impacto, 25 mars 2008
  6. Chili/Mort de l'ex-président Frei Montalva : un juge évoque un assassinat, AFP sur Le Parisien, 7 décembre 2009
  7. Jorge Escalante, Becerra hizo lo necesario para que mataran a Frei Montalva, La Nación, 14 décembre 2009
  8. (es) Jorge Molina Sanhueza, Crimen imperfecto : historia del químico DINA Eugenio Berríos y la muerte de Eduardo Frei Montalva, Lom Ediciones,‎ 2002, 235 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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