Dmitri Seniavine

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Amiral Dmitri Nikolaïevitch Seniavine

Dmitri Nikolaïevitch Seniavine (en russe : Дмитрий Николаевич Сенявин), né le 17 août 1763 près de Borovsk, décédé le 5 avril 1831 à Saint-Pétersbourg, est un amiral russe, considéré comme l'un des plus grands marins des guerres napoléoniennes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Membre de la famille Seniavine dont furent issus de célèbres marins dont son grand-oncle Naoum Akimovitch Seniavine, il est le fils du vice-amiral Nikolaï Ivanovitch Seniavine, gouverneur du port de Kronstadt de 1773 à 1775. Diplômé du Corps naval des cadets en 1780, la notoriété familiale lui permet d'acquérir une rapide promotion. Après avoir empêché le naufrage d'un navire lors de l'expédition de Narva, le prince Grigori Potemkine lui confie en récompense une tâche très importante, le transport d'un courrier diplomatique destiné à l'ambassade russe de Constantinople. En 1780, il prend part à une expédition à Lisbonne, puis rejoint la Flotte de la mer Noire lors de sa création en 1783 et apporte son aide lors de la construction de la base navale de Sébastopol. En 1782, il sert dans la Flotte de la mer d’Azov.

Au cours de la Guerre russo-turque de 1787-1792, sous le commandement de l'amiral Fiodor Fiodorovitch Ouchakov, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine participe à la bataille de Fidonisi (en) (14 juillet 1788) près d'Otchakov. Il se rend à Saint-Petersbourg afin d'annoncer à Catherine II de Russie la grande victoire remportée sur la flotte turque. Bien qu'il se soit distingué personnellement en qualité de commandant du navire de guerre Navarchia au cours de la bataille de Caliacria (en) (11 août 1791) au large de la côte Nord de la Bulgarie en mer Noire, il montre un manque de patience envers l'approche prudente d'Ouchakov et agit sans toujours prendre en compte son autorité, ce qui entraîne sa mise aux arrêts et une menace de rétrogradation. C'est Grigori Potemkine qui réconcilie finalement Dimitri Nikolaïevitch Seniavine avec son frère d'armes: dans sa lettre adressée à Fiodor Fiodorovitch Ouchakov, le prince fait remarquer à l'amiral que Dimitri Nikolaïevitch Seniavine pourrait devenir le plus grand amiral que la Russie ait jamais connu.

Au cours de l'expédition en Méditerranée de l'amiral Fiodor Fiodorovtich Ouchakov contre les départements français de Grèce, Dimitri Nikolaïevitch prend le commandement du cuirassé Saint Petersbourg armée de 72 canons. Il dirige l'assaut de la forteresse française de Saint-Maure à Leucade en 1798 et prend Corfou, qui capitule le 3 mars 1799 après un siège de 3 mois et demi. Après cette expédition, il administra les ports de Kherson et de Sébastopol. En 1804, il est promu contre-amiral et l'administration du port de Reval lui est confiée.

Campagnes en Méditerranée[modifier | modifier le code]

La flotte russe de Seniavine après la bataille d'Athos (en).

En 1806, Alexandre Ierde Russie dans ses grands projets concernant l'arrêt de l'expansion de Napoléon Ier en mer Adriatique suite à la campagne de Dalmatie, prépare une nouvelle expédition, avec pour commandant en chef le vice-amiral Dimitri Nikolaïevitch Seniavine. La flotte bénéficie pour cela d'un port d'attache à Corfou dans la République des Sept-Îles, alors protectorat russe. En septembre 1806, le vice-amiral réaffirme le contrôle du sud de la mer Adriatique, il perturbe le commerce maritime du port de Raguse et se tint prêt à attaquer Lesina (Hvar en croate). Il trouve un allié naturel dans les princes orthodoxes du Monténégro, ceux-ci s'engagèrent à apporter leur soutien sur terre.

La flotte russe capture les îles de Curzola et Lissa (îles de l'Adriatique), alors que les Autrichiens renoncent à prendre Cattaro (ville monténégrine dans le golfe de Kotor). Après ces opérations militaires, les Français empêchèrent les Russes de prendre les îles Ioniennes. Toutefois, l'activité de Dimitri Nikolaïevitch Seniavine fut ignorée par le tsar qui signa avec Napoléon Ier le traité de Tilsit les 7 juillet et 9 juillet 1807.

Avant les négociations de ce traité, une nouvelle guerre opposa la Russie à la Turquie (guerre russo-turque de 1806-1812), l’escadre de Dimitri Nikolaïevitch Seniavine reçut l'ordre de mettre le cap sur la mer Égée afin de mener une attaque sur Istanbul. Le 24 février 1807, le vice-amiral atteignit le détroit des Dardanelles et, en mars 1807 il prit l'île de Ténédos. En utilisant cette île comme position militaire, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine instaura un blocus dans le détroit et coupa l'approvisionnement d'Istanbul.

Contrairement à ses espoirs, l'amiral sir John Thomas Duckworth (1747-1817) perdit 600 hommes sous les feux des batteries côtières (opération des Dardanelles du 19 février 1807, refusa de se joindre à la flotte russe et lança une malheureuse expédition contre Alexandrie. Sans aucune aide étrangère, les Russes lancèrent donc une attaque en mer Égée contre des Turcs en supériorité numérique.

Le blocus d'Istanbul mis en place par Dimitry Nikolaïevitch Seniavine mit les Turcs dans un état de précarité extrême. Le manque de nourriture provoqua des émeutes, le sultan ottoman Selim III (1761-1808) fut remplacé par Mustapha IV (1779-1808), ce dernier ordonna à la flotte ottomane de briser le blocus. Les navires de la flotte turque affrontèrent l'escadre de Dimitri Nikolaïevitch Seniavine aux abords du détroit des Dardanelles (bataille des Dardanelles, 11 mai 1807), bataille d'Athos, (16 juin 1807). La Marine impériale de Russie sortit victorieuse de ces deux engagements navals et assura ainsi à l'Empire russe la suprématie en mer Égée pour le reste de la guerre. Une trêve fut signée entre les deux puissances le 12 août 1807.

Incident à Lisbonne[modifier | modifier le code]

Le 12 juin 1807, lors de la réception des nouvelles concernant la signature du traité de Tilsit Dimitri Nikolaïevitch Seniavine fut informé de la perte de toutes ses conquêtes, ce traité provoqua un renversement de la situation internationale et son inversement spectaculaire. Napoléon Ier devint l'allié de la Russie et la Grande-Bretagne l'ennemie de la Russie. Le 14 août 1807, le vice-amiral russe et l'amiral Cuthbert Collingwood (1748-1810), à contrecœur en prirent leur parti. Huit jours plus tard, une grande partie de l'escadre russe (cinq cuirassés, quatre frégates, quatre corvettes, quatre bricks reçurent l'ordre de revenir à Sébastopol. Dimitri Nikolaïevitch fut nommé commandant de la Flotte de la Baltique où la guerre russo-suédoise (1808-1809) se préparait.

L'île de Ténédos fut évacué le 25 août 1808 et Dimitri Nikolaïevitch Seniavine mit les voiles pour Corfou. Bien que le vice-amiral russe devait rejoindre directement Saint-Petersbourg, le 30 octobre 1808, une tempête le contraignit à pénétrer sur le Tage et jeter l'ancre dans le port de Lisbonne. Quelques jours plus tard, Jean VI de Portugal prit la fuite vers le Brésil et la Royal Navy établit un blocus à Lisbonne (1er août 1808). Elle intercepta le sloop russe considéré par les Britanniques comme un navire ennemi. En novembre 1807, les forces françaises commandées par Jean-Andoche Junot, duc d'Abrantès, envahirent la capitale portugaise ; Dimitri Nikolaïevitch Senyavine se trouva donc pris au piège entre deux puissances belligérantes.

Dans cette situation très délicate, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine se montra habile diplomate, réussissant à sauver ses navires de la destruction. Après avoir été informé de la situation du vice-amiral russe, Napoléon Ier extorqua au tsar le privilège de donner des ordres à Dimitri Nikolaïevitch Seniavine ; ce dernier reçut alors ses consignes par l'ambassade de Russie à Paris. Le duc d'Abrantès demanda au vice-amiral russe d'échanger plusieurs de ses navires. Les ordres de Napoléon Ier furent poliment ignorés par Dimitri Nikolaïevitch Seniavine : ce dernier n'eut pas l'intention de risquer la vie de ses marins dans cette guerre inutile contre d'anciens amis et déclara par conséquent sa neutralité.

En juillet 1808, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine et ses navires toujours bloqués à Lisbonne reçurent à plusieurs reprises les visites de Jean-Andoche Junot et de François Étienne Kellermann, duc de Valmy. Ceux-ci exhortèrent le vice-amiral russe à les aider dans leurs opérations militaires dirigées contre les Portugais et les Espagnols. Dimitri Nikolaïevitch Seniavine répondit qu'il n'avait pas l'autorisation du tsar et que son pays n'était pas en conflit avec ces pays et il ajouta que ni les menaces ni les promesses ne pourraient le faire changer d'avis.

Le 21 août 1808, les Français défaits par Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, à la bataille de Vimeiro furent contraints de quitter le Portugal (30 août 1808). Avec sept cuirassés et une frégate, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine se trouva face à quinze cuirassés et dix frégates britanniques, sans omettre les batteries côtières. La flotte anglaise aurait pu aisément anéantir le reliquat de la flotte russe si Dimitri Nikolaïevitch Seniavine avait refusé de se rendre, menaçant de saborder ses navires et d'incendier Lisbonne au cas où les Britanniques l'attaqueraient. Mais un accord de part et d'autre fut signé entre l'amiral britannique sir Charles Cotton et Dimitri Nikolaïevitch Seniavine. Cet accord stipulait que l'escadre russe serait escortée par les navires de la Royal Navy jusqu'à Londres sans l'abaissement des pavillons russes. En outre, Dimitri Nikolaïevitch Seniavine assumerait le commandement suprême de l'ensemble de la flotte anglo-russe. Deux navires russes (le Rafale et le Iaroslav) restèrent ancrés à Lisbonne pour des réparations.

Le 31 août 1808, l'escadre de Dimitri Nikolaïevitch Seniavine appareilla au Portugal pour Portsmouth. Le 27 septembre 1808, l'Amirauté britannique fut informé de l'ancrage de navires ennemis dans le port de Portsmouth avec leurs pavillons flottants au vent comme en temps de paix. Le maire de Londres déclara l'accord de Lisbonne très mauvais pour le prestige et la réputation de la Grande-Bretagne, beaucoup de personnalités de l'Amirauté partageant son avis. Sous divers prétextes la flotte russe fut donc retenue dans le port britannique, puis l'hiver rendit leur retour impossible en Baltique. Les Britanniques insistèrent sur le fait que l'escadre russe devait naviguer vers Arkhangelsk sous peine d'être interceptée par la marine suédoise. En 1809, le départ fut retardé par la désastreuse expédition (Campagne de Walcheren 30 juillet au 9 décembre 1809). Enfin le 5 août 1809, la flotte russe affamée reçut l'autorisation de quitter Portsmouth pour Riga où elle arriva le 9 septembre 1809.

Disgrâce[modifier | modifier le code]

Sa désobéissance au tsar priva Dimitri Nikolaïevitch Seniavine du commandement d'un navire. Lors de l'invasion de la Russie par les troupes napoléoniennes (1812), il administra le port de Reval, il ne prit aucune part au conflit russo-français. En 1813, le vice-amiral présenta sa démission, elle lui fut refusée. Lors de la déclaration de la guerre d'Indépendance grecque en 1821, les insurgés demandèrent au tsar l'envoi du célèbre Seniavine "pour leur aide", mais la requête fut rejetée.

Le nom de Dimitri Nikolaïevitch Seniavine resta si populaire dans la marine impériale de Russie que les Décembristes envisagèrent de le désigner membre du gouvernement après la révolution de palais de 1825.

Lors de l'accession au trône de Nicolas Ier de Russie (1825) Dimitri Nikolaïevitch Seniavine fut rappelé en service actif. La Russie se préparant à ouvrir un nouveau conflit avec la Turquie, le nouveau tsar le nomma commandant de la Flotte de la Baltique et le promut au grade d'adjudant-général. En 1826, il fut promu amiral et accompagna l'escadre de l'amiral Login Geiden en Méditerranée. Les flottes anglo-franco-russes remportèrent la bataille de Navarin le 20 octobre 1827.

Postes politiques et distinctions[modifier | modifier le code]

Décès et inhumation[modifier | modifier le code]

Dimitri Nikolaïevitch Seniavine tomba gravement malade, il décéda le 5 avril 1831. Il fut inhumé avec tous les honneurs en présence du tsar au cimetière du monastère Alexandre Nevsky à Saint-Pétersbourg.

Navires russe et soviétiques[modifier | modifier le code]

Timbre soviétique de 1987 commémorant Seniavine.

Plusieurs navires de guerre de la Marine impériale de Russie et de l'Union soviétique portèrent son nom notamment celui placé sous le commandement de Nicolas Ier de Russie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Plavanie eskadry pod nachalstvom vitse-admirala Senyavina v i Sredizemnoe plus vozvrashchenie komandy EYO v Rossiyu, 1805-1809. Kronstadt, 1885. Kronstadt, 1885.
  • V. Goncharov, Amiral Senyavine, Moscou-Leningrad (1945)
  • D. Divin, K. Fokeev Amiral Senyavine D.N. Moscou (1952)
  • Evgeny Tarbé Expédition en Méditerranée de Senyavine (1805-1807) Moscou (1954)
  • A.L Shapiro Senyavine Moscou (1958)
  • Y.V Davydov Senyavine Moscou (1972)

Liens externes[modifier | modifier le code]