Climat (viticulture)

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Le clos des Lambrays est un climat de la commune de Morey-Saint-Denis classé comme grand cru depuis 1981, formant avec ses hectares 71 ares et 87 centiares une seule petite appellation (divisée en deux parcelles, la plus petite ne faisant que 4,2 ares).

Un climat, dans le cas du vignoble de Bourgogne, est un lieu-dit (petit territoire portant un nom) consacré à la viticulture. Il s'agit d'une dénomination géographique, constituant en général une petite partie d'une appellation.

Définition[modifier | modifier le code]

Tous les climats de Bourgogne sont désignés par un toponyme le plus souvent ancien et sont bien délimités sur les cartes du cadastre. Leur petit taille va de quelques ares pour les plus petits (10,8 a pour « La Toppe au Vert » en AOC corton[n 1], sur la commune de Ladoix-Serrigny) à quelques dizaines d'hectares pour les plus vastes (40,9 ha pour « Les Beaumont » à Chorey-les-Beaune et 31,3 ha pour « Les Grèves » à Beaune[n 2])[1]. Un climat est le plus souvent subdivisé en plusieurs parcelles chacune avec un propriétaire différent, à quelques exceptions près (les situations de monopole, tel que la Romanée-Conti).

Il y a 1 463 climats dans l'ensemble du vignoble de Bourgogne[2], dont 1 247 rien que le long de la côte d'Or (côtes de Nuits et de Beaune, formant une bande de terre de plus de 60 km de long pour un maximum de trois de large)[3], chaque commune viticole en comptant plusieurs dizaines. Chaque climat s'individualise par une pente (favorisant le drainage), un sol (argileux ou caillouteux), un sous-sol (calcaire ou marneux), une exposition au soleil (la côte d'Or est majoritairement exposée plein est, mais il y a des nuances à cause des vallons), un micro-climat (parfois avec des caractéristiques sub-méditerranéennes, voir semi-arides) et une histoire propre (certains climats sont identifiés depuis le Moyen Âge).

Législation[modifier | modifier le code]

L'attribution du nom d'un climat à un vin est encadrée par la législation française concernant les différentes appellations (AOC-AOP) bourguignonnes, en obéissant à une hiérarchie. Pour des raisons commerciales, les cahiers des charges des appellations peuvent regrouper plusieurs climats au sein d'un seul, choisi en fonction d'un toponyme valorisant (les contre-exemples sont le « Noyer du Pendu » à Morey-Saint-Denis ou la « Queue de Hareng » à Brochon). Un « cru » peut être composé d'un ou de plusieurs climats, tout comme un « clos » qui désigne une ancienne propriété (pas toujours entourée de murs)[n 3]. C'est un peu l'équivalent du château bordelais, mais au lieu de mettre l'accent sur la propriété et la marque, il est mis sur le nom du terroir lui-même.

Dans le cas d'une appellation grand cru, un seul climat constitue en général la totalité de l'aire de production (les trois exceptions étant le chablis grand cru subdivisé en sept climats, le charlemagne en deux climats et le corton en 23).

Dans le cas d'une appellation communale, les climats considérés comme les meilleurs sont classés comme « premiers crus » (562 climats sont classés ainsi). Le cahier des charges de chacune des appellations concernés en précise la liste et les conditions de production (notamment des rendements légèrement plus faibles et un degré d'alcool un peu plus élevé). Sur les étiquettes le nom de l'AOC communale doit être suivi du nom du climat classé en premier cru (exemple : morey-saint-denis premier cru Clos des Ormes).

Enfin, un vin d'appellation communale ou régionale peut porter le nom de son climat d'origine. Par exemple pour l'AOC régionale bourgogne il y a le bourgogne-la-chapelle-notre-dame à Ladoix-Serrigny ou le bourgogne montrecul à Dijon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du vignoble de Bourgogne.

Si les plus anciennes traces de viticulture en Bourgogne datent de la fin du Ier siècle (mises au jour lors des fouilles de Gevrey-Chambertin en 2008-2009)[5], la première mention d'un lieu-dit viticole remonte à 640, concernant le clos de Bèze à Gevrey-Chambertin. À la fin du Moyen Âge, un parcellaire ordonné du vignoble émerge, sous l'influence des chapitres de cathédrale, des abbayes, de la cour ducale et des élites urbaines (parlementaires et bourgeoisie) qui font développer la viticulture sur les meilleures expositions. La première mention du mot « climat » se trouve aux archives du Petit Pontigny à Chablis, dans un document datant du 5 septembre 1572 [réf. souhaitée].

En 1728, Claude Arnoux fait imprimer sa Dissertation sur la situation de la Bourgogne, sur les vins qu'elle produit[6], dans lequel il mentionne les climats les plus réputés. La classification systématique des différents climats est réalisée au milieu du XIXe siècle, avec notamment celle de Morelot en 1831[7], de Lavalle en 1855[8],[9], puis celle du Comité d'agriculture de Beaune en 1861[10].

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, la notoriété de certains climats est telle que plusieurs communes de la côte obtiennent de coller à leur nom celui d'un de leur climat : Gevrey avec le Chambertin, Morey avec le clos Saint-Denis, Chambolle avec le Musigny, Vosne avec la Romanée, Nuits avec le Saint-Georges, Aloxe avec le Corton, Pernand avec les Vergelesses, Auxey avec les Duresses, Puligny et Chassagne avec le Montrachet. Les appellations des grands crus datent des années 1930, les premiers crus sont inventés par le décret du 3 avril 1942, avec des listes établies progressivement depuis 1943 (quelques communes sont encore en train d'établir leur liste, tel que Saint-Romain).

Les climats de Bourgogne (uniquement ceux entre le centre-ville de Dijon au nord et l'appellation maranges au sud) sont candidats en 2010 pour être classé au patrimoine mondial de l'UNESCO du fait de leur spécificité. Le dossier a été déposé par l'État français en décembre 2013, pour une possible inscription au patrimoine mondial à l'été 2015[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le climat de « La Toppe au Vert » est divisé en deux morceaux, le plus petit classé en corton grand cru (10 a et 80 ca), le plus vaste en aloxe-corton premier cru (1 ha, 72 a et 99 ca).
  2. Le clos Vougeot, avec ses 50 ha, 96 a et 54 ca, est subdivisé en plusieurs lieux-dits.
  3. « Le terme « clos » peut être utilisé pour des vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée, issus de raisins provenant exclusivement de parcelles de vignes effectivement délimitées par une clôture formée de murs ou de haies vives, ou dont l'appellation comporte ce terme »[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Bazin (préf. Aubert de Villaine), Le vin de Bourgogne, Paris, Dunod,‎ 2013 (1re éd. 1996), 263 p. (ISBN 978-2-10-058518-2), p. 249-250.
  2. « Présentation du livre Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne », sur http://www.leslibraires.fr/.
  3. « Tome 1 du dossier de candidature » [PDF], sur http://www.climats-bourgogne.com/, p. 31.
  4. Article 7 du décret no 2012-655 du 4 mai 2012 relatif à l'étiquetage et à la traçabilité des produits vitivinicoles et à certaines pratiques œnologiques.
  5. Jean-Pierre Garcia, Sébastien Chevrier, Alexa Dufraisse, Marion Foucher et Ronan Steinmann, « Le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin « Au-dessus-de Bergis », Côte-d’Or (Ier-IIe s. ap. J.-C.) : modes de plantation et de conduite de vignes antiques en Bourgogne », Revue archéologique de l'Est, t. 59, no 2,‎ 2010, p. 505-537 (lire en ligne).
  6. Claude Arnoux, Dissertation sur la situation de la Bourgogne, sur les vins qu'elle produit, sur la manière de cultiver les vignes, de faire le vin et de l'éprouver, Londres, P. Du Noyer,‎ 1728, 55 p. (notice BnF no FRBNF30031234, lire en ligne).
  7. Denis Morelot, Statistique de la vigne dans le département de la Côte-d'Or, Dijon, V. Lagier,‎ 1831, 287 p. (notice BnF no FRBNF30979367, lire en ligne).
  8. Jean Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier, Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte-d'Or, Paris, Dusacq,‎ 1855, 244 p. (notice BnF no FRBNF30753866).
  9. Jean Lavalle et Ch. Normand, Plan topographique des grands vignobles de la Côte d'Or, Montrouge, Ch. Normand imp.,‎ 1855, carte au 1/30 000 en trois feuilles de 61 x 30,5 cm (notice BnF no FRBNF40639036).
  10. Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, Plan statistique des vignobles produisant les grands vins de Bourgogne classés séparément pour chaque commune de l'arrondissement de Beaune suivant le mérite des produits par les soins du comité d'agriculture de cet arrondissement, Beaune, E. Batault-Morot,‎ 1861, 50 p. (lire en ligne).
  11. « Actualités : acceptation du dossier par l'état français », sur http://www.climats-bourgogne.com/,‎ 19 décembre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Hélène Landrieu-Lussigny, Les lieux-dits dans le vignoble bourguignon, Marseille, Jeanne Laffitte, coll. « Inventaires »,‎ 1983, 163 p. (ISBN 2-86276-070-6), thèse de 1963.
  • Sylvain Pitiot et Pierre Poupon, Atlas des grands vignobles de Bourgogne : les villages de la côte bourguignonne, états parcellaires, appellations, lieux-dits, superficies, propriétaires, Paris, J. Legrand, coll. « Le grand Bernard des vins de France »,‎ 1985 (réimpr. 1997, 2009 et 2012), 252 p. (ISBN 2-905969-00-8).
  • Jacky Rigaux (préf. Aubert de Villaine), Le réveil des terroirs : défense et illustration des climats de Bourgogne, Messigny-et-Ventoux, Éd. de Bourgogne, coll. « Patrimoine »,‎ 2010, 117 p. (ISBN 978-2-902650-21-7).
  • Jean-Pierre Garcia (dir.), Les climats du vignoble de Bourgogne comme patrimoine mondial de l'humanité, Dijon, Éd. universitaires de Dijon, coll. « Sociétés »,‎ 2011, 357 p. (ISBN 978-2-915611-79-3).
  • Jean-Pierre Garcia et Thomas Labbé, « Diversité naturelle ou diversité culturelle des terroirs viticoles en Bourgogne », dans Actes des rencontres du Clos Vougeot 2011, « Vignes, vins : jeux et enjeux de la diversité »,‎ 2011, 107-118 p. (lire en ligne).
  • Marie-Hélène Landrieu-Lussigny et Sylvain Pitiot (préf. Bernard Pivot), Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne : Atlas et histoire des noms de lieux, Paris et Vignoles, Éditions de Monza et Éditions du Meurger,‎ 2012, 430 p. (ISBN 978-2-916231-20-4).
  • Collectif (préf. Bernard Pivot), Climats du vignoble de Bourgogne : un patrimoine millénaire exceptionnel, Grenoble, Glénat, coll. « Le Verre et l'assiette »,‎ 2013, 224 p. (ISBN 978-2-7234-9672-8).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]