Viols durant la libération de la France

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Les viols au cours de la libération de la France sont documentés à la fois pendant et après l'avancée des forces armées des États-Unis à travers la France contre l'Allemagne nazie dans les étapes ultérieures de la Seconde Guerre mondiale.

Contexte[modifier | modifier le code]

Troupes à bord d'une barge de débarquement, face à Omaha Beach, Normandie. 6 juin 1944.

La libération de la Normandie en juin et une seconde phase dans le sud en août, ont mobilisé près de trois millions de soldats qui débarquent en France en 1944.

Après la guerre, le rapatriement et la démobilisation des troupes ont pris du temps. Même en 1946, il y a encore environ 1,5 million d'hommes de troupe en Europe. Le logement et la gestion des milliers de soldats qui attendent l'embarquement pour rentrer chez eux pose des difficultés. De plus, selon le commandement américain, à l’automne 1944, près de 10 000 GI déserteurs se trouvent sur le territoire.

En 1945, le magazine Life présente la France comme « un gigantesque bordel dans lequel vivent 40 millions d'hédonistes qui passent leur temps à manger, boire et faire l'amour »[1]. Les Françaises ont la réputation d’être sans préjugés raciaux et sexuellement libérées. Les GI noirs sont persuadés par les récits de leurs aînés qui ont séjourné en France pendant la Première Guerre mondiale que les Françaises n’ont aucune réticence à faire l’amour avec des Noirs[2].

La population et les viols[modifier | modifier le code]

À la fin de l'été 1944, peu après l'invasion de la Normandie, des femmes de Normandie commencent à se plaindre de viols commis par des soldats américains. Des centaines de cas sont rapportés[3]. Des viols et des crimes ont lieu dans plusieurs villes où les GI sont stationnés comme à Reims, Cherbourg, Brest, Le Havre, Caen[4].

En 1945, après la fin de la guerre en Europe, Le Havre est rempli de soldats américains en attente d'être rapatriés dans leurs pays. Des habitants écrivent au maire que certaines femmes ont été « attaquées, violées » et qu'il s'agit « d'un régime de terreur imposé par des bandits en uniforme ». Un propriétaire de café du Havre témoigne : « Nous nous attendions à des amis qui ne nous feraient pas honte de notre défaite, au lieu de cela, il y eut seulement l'incompréhension, les mauvaises manières et l'arrogance des conquérants »[5]. Un tel comportement est aussi constaté à Cherbourg. Un résident déclare qu'« avec les Allemands, les hommes devaient se camoufler. Mais avec les Américains, nous avons dû cacher les femmes »[6].

L'historienne américaine Mary Louise Roberts explique également l'importance des viols par le refus des autorités américaines, par crainte que l'information ne s'ébruite dans le public américain et n'entame l'image des soldats, d'adopter un système de prostitution réglementée et d'ouvrir des lieux pour la prostitution inspectés par les autorités sanitaires[4].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Selon l'historien américain Robert Lilly, il y aurait eu 3 500 viols commis par des soldats américains en France entre juin 1944 et la fin de la guerre[7]. Le nombre de viols est difficile à établir car de nombreuses victimes de viol n'ont jamais rapporté les faits auprès de la police.

Les troupes américaines engagées ont commis 208 viols et une trentaine de meurtres dans le département de la Manche. Pour le seul mois de juin 1944, en Normandie, 175 soldats américains sont accusés de viol[8].

Condamnations[modifier | modifier le code]

Du fait du nombre important de cas de viols recensés et de la dégradation de l'image des soldats américains en France, le commandement américain juge entre le 14 juin 1944 et le 19 juin 1945, 68 cas de viol ordinaire concernant 75 victimes[2]. Au moins 50 % des soldats-violeurs sont ivres au moment de leur crime. Sur les 152 accusés, 139 sont des Noirs, alors qu'ils ne forment que 10 % des troupes sur le théâtre européen.

Des 116 soldats qui passent en cour martiale en France pour viol, 67 sont condamnés à des peines d’emprisonnement à perpétuité. Au sein de ce groupe, 81 % sont noirs et 19 % blancs[2].

En tout, 49 soldats sont condamnés à la peine de mort pour viol, mais plus de la moitié voient leur peine réduite à l’emprisonnement à perpétuité[2]. Les tribunaux militaires condamnent les soldats afro-américains à des peines plus sévères que les soldats américains blancs[9]. Certains militaires coupables sont exécutés, comme dans l'affaire Clarence Whitfield, condamné à mort par pendaison le 20 juin 1944 à Canisy par la cour martiale[10]. L'armée américaine exécute ainsi 29 soldats pour viol dont 25 Afro-Américains[11], et les autorités militaires américaines invitent les victimes à assister à la pendaison des coupables[2].

L'US Army qui débarque en France est une armée ségrégationniste. Les Noirs ne peuvent pas occuper des positions de combat. Ils sont cantonnés aux services, à l'approvisionnement dans les bases de Cherbourg, du Havre, de Caen. Ils ont donc davantage de contacts avec la population civile. Si l'on compare le nombre de viols commis par des militaires américains au Royaume-Uni avant le débarquement, et en France après le débarquement, les statistiques sont sans commune mesure, et mettent en évidence un problème spécifique. Du fait des combats et du mouvement constant des armées, l’encadrement des troupes en France était moins efficace et moins étroit qu’en Angleterre où, malgré les obstacles, il leur était malgré tout possible d’établir des relations sentimentales durables. En France, la brutalisation engendrée par l’expérience même de la guerre, l’abondance de boissons fortement alcoolisées et le port d’armes de combat contribuent à faire des femmes françaises des proies relativement vulnérables aux agressions sexuelles.

Si « les tribunaux militaires américains ont eu une fâcheuse tendance à sévir surtout contre les soldats noirs et à traiter avec beaucoup plus de légèreté les mêmes faits quand ils étaient imputés à des soldats blancs », il est communément admis que certains soldats ont exprimé avec violence leur frustration, alors que la rumeur leur a promis une prostitution légale généralisée et que « les femmes françaises ont la réputation injustifiée de céder facilement aux avances des vainqueurs »[12].

Il existe en Normandie des tombes de jeunes filles qui portent l'inscription « Tuée par les Noirs »[8], et au moins une tombe du mari d'une femme violée avec l'inscription « Tué par les Noirs », celle de Louis Guérin, à Quibou[13].

Par ailleurs, le roman Le Hussard bleu de Roger Nimier (1950) évoque des viols commis par des soldats français de la division Leclerc à Strasbourg.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Robert Lilly  et François Le Roy, « L'armée américaine et les viols en France, juin 1944-mai 1945 », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, Paris, Presses de Sciences Po, no 75,‎ , p. 109-121 (lire en ligne).
  • J. Robert Lilly, La face cachée des GI's. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, Payot, 2008.
  • Mary Louise Roberts, Des GI's et des femmes Amours viols et prostitution à la Libération, Seuil, 2014
  • Virgili Fabrice, « Les viols commis par l’armée allemande en France (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2016/2 (N° 130)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Coste, « "Un tsunami de libido" : quand les GI ont débarqué (entretien avec Mary Louise Roberts) », sur lexpress.fr, (consulté le 8 avril 2019)
  2. a b c d et e L’armée américaine et les viols en France. Juin 1944-mai 1945, J. Lilly, François Le Roy
  3. (en) Mathieu von Rohr, « The Dark Side of GIs in Liberated France », sur spiegel.de,
  4. a et b Corine Lesnes, « Mary Louise Roberts : "Le sexe a été une manière d'assurer la domination américaine" », sur lemonde.fr,
  5. (en) « American WWII GIs were dangerous sex-crazed rapists who the French feared as much as the Germans, explosive book claims », sur dailymail.co.uk,
  6. (en) Fabrice Virgili, Shorn Women : Gender and Punishment in Liberation France, Berg Publishers, , 329 p. (ISBN 9781859735848)
  7. François-Damien Bourgery, « Les Afro-Américains, antihéros de la Libération », sur rfi.fr,
  8. a et b Documentaire de 2009, diffusé sur France 3, voir [vidéo] Viol de masse des Françaises en 1945 - 2/2 sur YouTube
  9. (en) William Hitchcock, The Bitter Road to Freedom: A New History of the Liberation of Europe, Free Press, (ISBN 1439123306, lire en ligne), p. 53
  10. (en) Laura Oneale, « What Soldiers Do an American WWII GI Expose », sur guardianlv.com,
  11. (en) Hugh Schofield, « Revisionists challenge D-Day story », sur news.bbc.co.uk,
  12. Laurent Joffrin, « 70 ans après : les 12 mystères du Débarquement », sur nouvelobs.com,
  13. Robert Lilly, 2003, cité par Libération, 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]