Monogamie

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Les cygnes sont réputés monogames.

La monogamie, du grec monos, un seul, et gamos, mariage, est chez les humains un régime juridique n'autorisant à un homme de n'épouser par mariage qu'une seule femme et pour une femme qu'un seul homme[1]. Par opposition, on parle de polygamie.

Chez les animaux, la monogamie est le fait de n'avoir qu'un seul partenaire. Les Orques, les pigeons, les manchots, les hippocampes et les gerbilles, par exemple, sont réputés monogames. Les travaux en écologie comportementale qui ont montré l'ambiguïté de la monogamie (notamment chez les oiseaux où la coopération d'un mâle et d'une femelle dans l'élevage des jeunes ne permet en rien de préjuger d'une fidélité sexuelle), ont amené les chercheurs à distinguer la monogamie sociale (couple élevant seul une famille sans inférer d'une activité reproductrice et pouvant donc admettre plusieurs partenaires sexuels) et la monogamie sexuelle (ou monogamie génétique), cette dernière pouvant être subdivisée en monogamie sérielle (partenaires fidèles successifs) et monogamie vraie (partenaires fidèles à vie). Les chercheurs distinguent également la monogamie temporaire limitée à une saison de reproduction, la monogamie prolongée et la monogamie permanente[2].

Chez les plantes, c'est le caractère d’une classe du système de Linné qui renferme les plantes dont les fleurs sont isolées les unes des autres et n’ont pas d’enveloppe commune, mais un seul calice[3].

Chez les humains[modifier | modifier le code]

Selon des recherches, il apparaitrait que l'homme a beaucoup de récepteurs à deux substances émises pendant l'acte sexuel. Ce phénomène ferait de lui un animal intrinsèquement monogame[4]

Environ 85 % des sociétés humaines passées pour lesquelles existent des données historiques semblent avoir permis aux hommes d'avoir plus d'une épouse par un mariage polygame. On pourrait empiriquement penser que l'accroissement de la richesse des élites devraient favoriser encore plus le mariages polygames[5]. Or, la tendance est contraire : le mariage monogame s'est propagé à travers l'Europe, et plus récemment dans le monde, même chez les élites, alors même que les écarts de richesse ont grandi[5]. Une étude[5] universitaire publiée en 2012 a utilisé les données criminologiques disponibles pour comparer sociétés polygames et monogames. Selon les auteurs, elles laissent penser que les cultures monogames connaissent moins de viol, d'enlèvement, assassinat et maltraitance d'enfants, et d'autres crimes que les sociétés polygames. L'institutionnalisation de la monogamie semble apporter plus d'avantages nets pour une société notamment car sans cela de nombreux hommes sont contraints au célibat avec moins d'espoir de pouvoir vivre avec une femme. Ils seraient alors plus susceptibles de violence et de comportements asociaux[5] ; L'étude posait comme hypothèse que la monogamie institutionnalisée est associée à un modèle culturel mieux adapté au monde moderne, réduisant la compétition intrasexuelle chez les jeunes, et réduisant par suite le taux de criminalité (dont en termes de viol, assassinat, agression, vol et la fraude, ou de certains abus personnels) tout en diminuant les écart d'âge entre conjoints, la fertilité, et l'inégalité des sexes et en déplaçant les efforts des hommes de la recherche d'une épouse vers plus d'investissement paternel, et une meilleure productivité économique[5]. Peter Richerson estime qu'en augmentant le degré de parenté au sein des ménages, la monogamie normative réduit effectivement les conflits intra-ménage, et conduisant à moins de négligence envers les enfants, moins d'abus, de mort accidentelle et d'homicide. Cette hypothèse a été testée en utilisant les lignes convergentes d'éléments de preuve de l'ensemble des sciences humaines[5].

Chez les animaux[modifier | modifier le code]

La monogamie est rare chez les animaux, notamment en raison du degré important de l'investissement maternel dans la nutrition de l'embryon et la lactation[6], ce qui explique la fréquence de la polygynie (35 % chez les mammifères)[7]. La monogamie sociale peut être répandue dans certaines classes d'animaux (90 à 92 % chez les oiseaux), ce qui permet d'élever un plus grand nombre de jeunes par couvée mais les monogamies sexuelles durables sont rares (choucas, cygnes, oies, pigeons, tourterelles…)[8].

Les chercheurs estiment qu'elle est présente chez un invertébré sur dix mille (quelques insectes et crustacés), et évaluent de 3 à 10,5 % le nombre de mammifères n'ayant qu'un seul partenaire social. Celle-ci autorisant en fait plusieurs partenaires sexuels. La monogamie vraie, c'est-à-dire assortie d'une fidélité sexuelle serait encore plus rare, on l'estime inférieure à 1 % des espèces[9].

La monogamie sociale serait d'abord une forme dérivée du conflit sexuel et de la guerre des sexes à partir de comportements d'accompagnement tels que le territoire ou le mate-guarding selon Thierry Lodé. La monogamie réelle répond ainsi à un contrôle de la sexualité des femelles par les mâles ou dans de rares cas, des mâles par les femelles. La sexualité exclusive n'existerait d'ailleurs pas dans la nature et la diversité des conduites sexuelles serait largement privilégiée par l'évolution biologique.[réf. nécessaire]

Selon une étude publiée en 2006 par Frank Cézilly (professeur à l'université de Bourgogne et membre du laboratoire Biogéosciences-Dijon, CNRS), l'observation des animaux conduit à penser que la monogamie répond avant tout à des impératifs économiques. Les animaux choisissent souvent un nouveau partenaire l'année suivante et chez les oiseaux monogames, dans 10 % à 70 % des cas selon les espèces, le père biologique des poussins n’est pas celui qui occupe le nid[10].

Quelques animaux réputés monogames[modifier | modifier le code]

Mammifères[modifier | modifier le code]

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frank Cézilly, Le paradoxe de l'hippocampe. Une histoire naturelle de la monogamie. Éd. Buchet Chastel, mai 2006, 333 p.
  • Thierry Lodé, La guerre des sexes chez les animaux. Une histoire naturelle de la sexualité. Éd. Odile Jacob, 2006, 361 p
  • Agnès Walch, Histoire du couple en France de la Renaissance à nos jours, Ouest-France, 2003.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monogamie sur Média do=ico
  2. Charles Thibault, Marie-Claire Levasseur, La reproduction chez les mammifères et l'homme, Éditions Quae,‎ , p. 628
  3. Jean Louis Thuillier, Flore des environs de Paris, ou Distribution méthodique des plantes qui y croissent naturellement, édité chez Compére, Jeune, Libraire, 1824. Lire dans le document numérisé, pages 451 et page XXIJ
  4. Source: Émission: Le pouvoir caché des virus réalisé par David Elisco. Durant cette émission un chercheur injecte, par le biais d'un virus de nombreux récepteurs de ces substances dans le cerveau d'un campagnol. Ce dernier deviendrait automatiquement monogame avec la première femelle avec qui il eut un rapport sexuel après ajout de ces récepteurs
  5. a, b, c, d, e et f Joseph Henrich, Robert Boyd et Peter J. Richerson, The puzzle of monogamous marriage ; doi: 10.1098/rstb.2011.0290 Phil. Trans. R. Soc. B 5 March 2012 vol. 367 no. 1589 657-669 ([Résumé])
  6. Raymond Campan, Felicita Scapini, Ethologie : approche systémique du comportement, De Boeck Supérieur,‎ , p. 456
  7. (en) Samuel I. Zeveloff et Mark S. Boyce, « Parental Investment and Mating Systems in Mammals », Evolution, vol. 34, no 5,‎ , p. 973-982 (DOI 10.2307/2408002)
  8. (en) David Lack, Ecological Adaptations for Breeding in Birds, Methuen,‎ , p. 4
  9. Monogamie animale sur Universalis.fr
  10. Frank Cézilly, « La monogamie est-elle naturelle ? » sur Sciences Humaines