Commune de Lyon

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Fresque en hommage aux massacrés de la commune de Lyon, visible sur l'avenue Berthelot à Lyon

La Commune de Lyon est un mouvement révolutionnaire mené en 1870 par des républicains et des militants de plusieurs composantes de l'extrême-gauche de l'époque qui a pris le pouvoir à Lyon et mis en place un pouvoir autonome. La commune organise des élections et se dissout après avoir rétabli une normalité républicaine, ce qui frustre les éléments les plus avancés, qui espéraient une révolution différente. Ces derniers tentent deux fois de reprendre le pouvoir sans succès.

Prémices du mouvement révolutionnaire et préparation de la prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Dès les premiers mois de 1870, les membres lyonnais de l'Association internationale des travailleurs[1] (AIT) travaillent à préparer les ouvriers lyonnais à une éventuelle révolution. En liaison avec Bakounine, ils organisent un grand meeting réunissant plusieurs milliers de participants le 13 mars, qui donne un grand poids à la section locale, alors réélue avec à sa tête Albert Richard[o 1]. Le 20 juillet 1870, au deuxième jour de la guerre entre la France et la Prusse, l'AIT organise une manifestation pacifiste de la place des Terreaux à la rue Sala.

Durant le conflit, dans toute la ville les éléments républicains et plus avancés (anarchistes, révolutionnaires socialistes) se préparent à la chute de l'Empire. Les différentes sensibilités tentent de se réunir pour organiser l'après Napoléon III mais ils ne parviennent pas à s'entendre[p 1]. Toutefois, tous ces milieux sont d'accord sur l'idée d'une autonomie municipale, pour rompre avec les pratiques centralisatrices de l'Empire[o 2].

La nouvelle de la défaite de Sedan et de la capture de l'empereur, apportée par des voyageurs venant de Genève (le préfet ayant souhaité ne pas diffuser l'information immédiatement) se diffuse lentement[p 2]. Parmi les militants qui l'apprennent et qui préparent la prise du pouvoir, un groupe de tendance radicale qui se nomme le « comité des neuf » fait rapidement une liste d'environ soixante dix noms destiné à former le premier organe de pouvoir qui prendra la place des autorités officielles le lendemain. Ce groupe est composé de membre de l'aile gauche du parti radical, blanquistes pour la plupart[o 3]. Il n'y a pas de membre de l'AIT. La majorité des personnes prévues sur cette liste formeront effectivement le comité de salut public[p 1].

Les évènements du 4 septembre : la prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

La prise du pouvoir et la proclamation de la République[modifier | modifier le code]

Dès huit heures du matin, la foule se rassemble sans vrai mot d'ordre sur le parvis de l'hôtel de ville. sans résistance, elle s'empare du pouvoir sous la direction de quelques meneurs vite arrivés : Jacques-Louis Hénon, Désiré Barodet, le docteur Durand. Sans attendre, ils proclament la République sur le balcon, dans un esprit avancé, mais non révolutionnaire[p 2] et placardent en ville une affiche décrétant la déchéance de l’Empire. Des membres de l'Association internationale des travailleurs participent à l'insurrection, et le drapeau rouge est mis à la place du drapeau tricolore, sans que soit bien défini si ce symbole annonce une future révolution ou proclame simplement la déchéance d'un régime honni. Parmi les membres annonçant la République, il y a Charles Beauvoir, membre de l'AIT[o 4].

L'organisation du pouvoir[modifier | modifier le code]

Immédiatement, un comité de salut public composé de républicains et de quelques militants de l’Internationale s'organise. Ce groupe de soixante sept personnes est élu par acclamation sur les balcons de l'hôtel de ville. Ils sont appelés par les membres du comité des neuf[p 1]. La majorité des membres du comité sont issus de milieux populaires. il y a également Louis Andrieux, alors sorti de la prison Saint-Joseph. Sur la totalité, seuls une dizaine sont membres de l'AIT, le patriotisme de la majorité des créateurs du comité rejetant nombre d'eux[o 5].

Le même jour, la commune de la Guillotière connait un soulèvement et l'établissement d'une commune arborant le drapeau rouge[o 6].

La tentative de reprise du pouvoir par le gouverneur[modifier | modifier le code]

Le général Espivant de la Villeboisnet sort ses troupes en ville et leur ordonne de disperser les révolutionnaires. Les hommes du rang refusent le combat, laissant le sabre au fourreau et montant les crosses des fusils. Pour ne pas voir ses lignes se disperser, et les armes se perdre dans la foule, le général les fait rapidement revenir aux casernes, laissant le comité de salut public en place[p 1].

Le même jour, les gardes nationaux des quartiers populaires, à qui l'ont n'avait pas confié d'armes prennent d'assaut les forts Lamothe et La Vitriolerie et s'emparent d'armes[o 6].

La commune de Lyon en place[modifier | modifier le code]

Le 6 septembre, Challemel-Lacour, qui a été nommé préfet du Rhône par le Gouvernement de la Défense nationale, arrive à Lyon. Le 8 septembre, dix commissaires sont désignés pour être les « intermédiaires du peuple lyonnais auprès du Comité de Salut public ». Albert Richard, Louis Andrieux et Victor Jaclard, qui en font partie, sont délégués auprès du gouvernement parisien pour discuter avec lui de la levée en masse contre les Prussiens. Andrieux, qui a pour seul souhait le retour de l’ordre, revient de Paris avec le titre de procureur de la République à Lyon. Albert Richard, quant à lui, revient en compagnie du général Cluseret qui doit être nommé commandant des volontaires du Rhône et des corps de francs-tireurs venus du Midi.

Bakounine arrive à Lyon le 14 ou le 15 septembre avec Vladimir Ozerov, Valence Lankiewick et F. Bischoff[o 7]. Il se plaint de voir collaborer l’Internationale avec les républicains, et prépare un soulèvement avec tous ses amis lyonnais de l’Internationale.

Le même jour, le comité de salut public se dissout pour laisser la place aux autorités élues le même jour. Hénon devient alors le premier maire de Lyon[p 3].

Le Comité Central du Salut de la France[modifier | modifier le code]

C’est ainsi qu’à Lyon, le 17 septembre 1870, au cours d’une réunion publique, le principe d’un « Comité Central du Salut de la France  » est décidé. Au cours d’une autre réunion, ses membres sont élus dont Lunkiéwicz, d’Ozeroff et Michel Bakounine. Camille Camet en est le secrétaire[2]. Bakounine tient des réunions secrètes à la Guillotière, où se trouvent de nombreux membres de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) ainsi que des révolutionnaires, comme le mécanicien Adrien Schettel ou le plâtrier Eugène Saignes.

Le Comité Central du Salut de la France, qui compte en son sein des délégués de différents quartiers de la ville, déploie une grande activité, publiant des manifestes et multipliant les réunions publiques. Une coordination est bientôt établie entre groupes révolutionnaires, associations ouvrières et milices de citoyens et le plan d’une insurrection à Lyon est mis en place.

À Lyon, le 26 septembre 1870, on proclame la Fédération révolutionnaire des Communes, dans la salle de la Rotonde, aux Brotteaux, au cours d’une réunion tenue devant 6 000 personnes, on déclare qu’il est urgent de décréter un emprunt forcé, la peine de mort contre les riches fugitifs, la destitution de tous les officiers, et qu’en premier lieu, il fallait chasser de l’Hôtel de ville le préfet Challemel-Lacour et le Conseil municipal. On y donne lecture de l’affiche rouge, qui sera collée partout dans la ville, dont le texte suivant est acclamé :

Affiche de la première Commune de Lyon, conservée aux Archives municipales de Lyon, réf. 6fi 6833

«  La situation désastreuse dans laquelle se trouve le Pays ; l’impuissance des pouvoirs officiels et l’indifférence des classes privilégiées ont mis la nation française au bord de l’abîme.

Si le peuple organisé révolutionnairement ne se hâte d’agir, son avenir est perdu, la révolution est perdue, tout est perdu. S’inspirant de l’immensité du danger et considérant que l’action désespérée du peuple ne saurait être retardée d’un seul instant, les délégués des comités fédérés du salut de la France, réunis au Comité central, proposent d’adopter immédiatement les résolutions suivantes :

Article 1er. - La machine administrative et gouvernementale de l’État, étant devenue impuissante, est abolie.
Le peuple de France rentre en pleine possession de lui-même.
Art. 2. - Tous les tribunaux criminels et civils sont suspendus et remplacés par la justice du peuple.
Art. 3. - Le paiement de l’impôt et des hypothèques est suspendu. L’impôt est remplacé par les contributions des communes fédérées, prélevées sur les classes riches, proportionnellement aux besoins du salut de la France.
Art. 4. - L’État étant déchu, ne pourra plus intervenir dans le paiement des dettes privées.
Art. 5. - Toutes les organisations municipales existantes sont cassées et remplacées dans toutes les communes fédérées par des comités de salut de la France, qui exerceront tous les pouvoirs sous le contrôle immédiat du Peuple.
Art. 6. - Chaque comité de chef-lieu de département enverra deux délégués pour former la convention révolutionnaire du Salut de la France.
Art. 7. - Cette convention se réunira immédiatement à l’Hôtel de ville de Lyon, comme étant la seconde ville de France et la plus à portée de pourvoir énergiquement à la défense du Pays.

Cette convention appuyée par le peuple entier sauvera la France.

Aux Armes !!! »

— Les 26 signataires de cette convention de la Fédération révolutionnaire des Communes et mentionnés sur l’affiche rouge, sont notamment : Albert Richard, Michel Bakounine, Gustave Blanc, Eugène-Bertrand Saignes, Louis Palix (Lyon), Rajon (Tarare), A. Bastellica (Marseille), Dupin (St Étienne)[3].


À l’appel de ce mouvement qui est très populaire, le 28 septembre 1870, ce sont plusieurs milliers d’ouvriers qui débouchent en manifestant à midi sur la Place des Terreaux. À cause de la diminution du salaire journalier sur les chantiers d’urbanisme et de construction des forts, les travailleurs réclament le maintien de la journée de travail à 3 francs et une prime de chantier de 1,25 franc les jours de pluie où le travail est impossible. Une délégation entre dans l’Hôtel de ville mais ne trouve pas vraiment d’interlocuteurs. C’est alors qu’une centaine d’hommes ont toute facilité pour forcer une porte latérale de l’Hôtel de Ville, rue Puits-Gaillot, et y pénètrer avec Saignes, Bakounine, Richard, Bastelica et d’autres membres encore du Comité.

Du haut du balcon, Saignes lit de nouveau le manifeste et l’acclamation de la foule, qui s’accroit de plus en plus, est générale sur toute la place des Terreaux. Saignes nomme Gustave Paul Cluseret « général en chef des armées révolutionnaires et fédératives ». Challemel-Lacour est retenu prisonnier. Cluseret, chargé d’appeler aux armes la Garde nationale de la Croix-Rousse, leur demande de se rendre à l’Hôtel de Ville, mais sans armes. Bakounine attribuera l’échec du mouvement à cette « trahison » et à cette « lâcheté » de Cluseret. Les ouvriers rassemblés sur la Place des Terreaux vont se retrouver en effet sans armes face à la troupe et à la Garde nationale des quartiers bourgeois, qui pénètrent bientôt armées dans la cour intérieure de l’Hôtel de Ville, ce qui fait échouer ce soulèvement populaire et la première « Commune de Lyon »[o 8].

Deuxième soulèvement[modifier | modifier le code]

Affiche proclamant la seconde commune de Lyon le 23 mars 1871, conservée aux Archives municipales de Lyon, réf. 6fi 6832

Au printemps 1871, ce sont de nombreux militants lyonnais inconnus et insurgés quasi-anonymes qui firent ces révolutions locales. Ces courtes insurrections se passent en deux temps. Du 22 au 25 mars 1871, la scène en est l’Hôtel de ville, tandis que celle du 30 avril et 1er mai 1871, plus sanglante, se déroule dans le faubourg de la Guillotière.

Dans la nuit du 22 au 23 mars, l’Hôtel de ville est une nouvelle fois envahi avec l’aide d’acteurs du 28 septembre 1870, de membres de l’ex-comité de Salut Public, du Comité révolutionnaire de la Guillotière, et de 18 bataillons sur 24 du Comité central de la Garde Nationale. Une commission est installée. Et le 23 mars 1871, Bakounine vient au balcon de l’Hôtel de ville de Lyon, place des Terreaux, lancer un appel à la révolution mondiale. Il a avec lui toute la Première Internationale Ouvrière. Il a une lecture politique de Lyon comme capitale mondiale du socialisme.

Le 25 mars, pourtant, dans une subtile trouvaille pour contrer la Commune de Lyon, Hénon, le premier maire de Lyon de la IIIe République, fait apposer des affiches annonçant la réception solennelle des héros en armes de Belfort qui avaient résisté avec honneur au siège des Prussiens. C’est ainsi qu’une force d’intervention entrait dans Lyon et que la Commune de Lyon, spontanée, mais brouillonne, s’effaçait sans éclat et sans bruit.

La Guillotière[modifier | modifier le code]

Le drapeau rouge continua cependant à flotter sur la mairie de la Guillotière. Le 30 avril, après un appel au boycott des élections, la mairie de la Guillotière (place du Pont) est occupée par les gardes nationaux qui interdisent l’accès aux urnes avec la complicité majoritaire de la population. Des barricades sont dressées Grand rue de la Guillotière et cours des Brosses (actuel cours Gambetta). L’armée arrive de Perrache, sur ordre du préfet Valentin, face à une foule de 20 000 à 25 000 personnes qui crie « Ne tirez pas ! Crosse en l’air ! On vous fait marcher contre le peuple ! » C’est alors que deux colonnes de fantassins, l’une par le pont de la Guillotière avec Valentin, l’autre par la rue de Marseille avec Andrieux dispersent les manifestants vers 19h45 en tirant. Les insurgés ripostent de derrière les barricades et la bataille dure jusqu’à 23h, moment où les militaires font donner l’artillerie pour enfoncer les portes de la Mairie de la Guillotière. On comptera une trentaine de morts. Le matin du 1er mai 1871, le jour se lève sur un massacre place du Pont.

À la Croix-Rousse, une barricade a été dressée rue de Cuire, mais, dépourvue de défenseurs, elle est détruite le 30 avril vers 13h30. Par contre, les barricades de la Grand rue de la Guillotière ont tenu, elles, jusqu’à 11h20 le 1er mai, où l’on dénombre beaucoup de blessés et au moins 13 morts : le plus vieux, Michel Révol, 63 ans, de la Guillotière ; le plus jeune, Joseph Geoffray, 18 ans, tisseur à la Croix-Rousse et une femme Marie Bure, frangeuse à la Guillotière, 50 ans. La Guillotière incarne désormais le quartier ouvrier et remplace ainsi les pentes insurrectionnelles de la Croix-Rousse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. à présent également appelée la première internationale
  2. Tisseur lyonnais (canut), il s’affilie dès 1869 à l’Internationale. Ami de Bakounine .
  3. Philippe Riviale, Sur la commune cerises de sang, L'harmattan, 2003, page 96.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Moissonnier, La Première Internationale et la Commune à Lyon : 1865-1871, spontanéisme, complots et luttes réelles, Paris, Éditions sociales, , 402 p. (notice BnF no FRBNF35319360)
  1. Moissonnier 1972, p. 146.
  2. Moissonnier 1972, p. 212.
  3. Moissonnier 1972, p. 205.
  4. Moissonnier 1972, p. 207.
  5. Moissonnier 1972, p. 208.
  6. a et b Moissonnier 1972, p. 209.
  7. Moissonnier 1972, p. 235.
  8. Moissonnier 1972, p. 256-264.
  • J Archer, « La naissance de la IIIe République à Lyon : 4-5 septembre 1870 », Cahiers d'Histoire,‎ , p. 5-28
  1. a, b, c et d Archer 1971, p. 8.
  2. a et b Archer 1971, p. 6.
  3. Archer 1971, p. 25.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]