Relations entre la Bretagne et le Japon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Relations entre la Bretagne et le Japon
Drapeau de la Bretagne
Drapeau du Japon

Les relations entre la Bretagne et le Japon s'inscrivent dans le cadre des relations entre la France et le Japon, et sont actives principalement dans les domaines culturels et économiques depuis le début du XXe siècle, avec un renforcement des relations à partir des années 1970.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers contacts indirects dès le XVIIIe[modifier | modifier le code]

Les premiers contacts entre le Japon et la Bretagne s'opèrent de façon indirecte. Au XVIIIe siècle, le président de Robien possède ainsi quelques objets venant de ce pays dans son cabinet de curiosités, obtenu après un passage par la Chine ou la Hollande, et dont l'origine est dès l'origine bien identifiée. Son neveu Pierre-Louis-Achille De Robien, chef de comptoir à Canton pour la Compagnie française des Indes orientales, lui fournit aussi quelques pièces, ainsi qu'au fils de celui-ci[1].

Des biens venant du Japon transitent à la même époque dans les ports bretons. L'ambassade du roi de Siam en 1686 comportent quelques pièces japonaises à destination du roi de France[1]. Quelques laques venant du Japon sont aussi obtenues par des marchands français, et transitent lors du XVIIIe siècle par les ports de Lorient et Port-Louis[2].

Échanges militaires à partir de la fin du XIXe[modifier | modifier le code]

Le parc Verny à Yokosuka.

Le Japon cherchant à moderniser sa flotte militaire dans la seconde moitié du XIXe siècle fait appel à un ingénieur maritime de Brest, Léonce Verny. Après avoir recruté trois ouvriers de l'Arsenal de Brest en 1866, il se rend avec eux à Yokosuka où il participe à la création d'un arsenal moderne, et où l'un d'eux reste jusqu'en 1874[1]. Plus tard en un officier japonais visite l'arsenal de Lorient, toujours dans le cadre d'échanges technologiques militaires[3].

Yves Le Prieur, fait voler le premier avion au Japon en 1909, et est le premier français à obtenir une ceinture noire de judo, passé dans l'école de Jigorō Kanō[réf. nécessaire].

Le frère du shogun, Tokugawa Akitake est présent en France dans le cadre de l'exposition universelle de 1867 la même année, et se rend en Bretagne en où il visite Brest et son arrière-pays quelques jours, avant de se rendre à Nantes et de s'arrêter brièvement à Lorient[4].

Le japonisme et premiers échanges artistiques[modifier | modifier le code]

L'original de Hokusai et sa réinterprétation par Gauguin[5].

Le courant pictural du japonisme connait un développement important à Paris dans les années 1870, et les réalisations de Hokusai jouissent d'une grande popularité dans le milieu artistique. Des peintres, aidés par le développement du chemin de fer en Bretagne à la même époque, vont utiliser les paysages de la région pour leurs productions artistiques, en y appliquant les techniques de ce courant[6]. Gauguin, Sérusier, ou encore Rivière réalisent à l'époque des toiles de ce type[7].

Les fonds artistiques de l'amiral Jean-Baptiste Cécille contenant de nombreuses pièces japonaises, légués à l'origine à la ville de Rouen, sont acquis par le musée des beaux-arts de Brest en 1914, et enrichis par son gendre Danguillecourt, puis par le conservateur du musée[8]. L'importance de ceux-ci motive le don par le musée de la Marine de nouvelles œuvres japonaises en 1924[9].

Ukiyo-e bretonnes[modifier | modifier le code]

La Bretonne, sōsaku hanga de Yamamoto Kanae.

La technique de l'ukiyo-e se répand en Bretagne par plusieurs biais à partir des années 1900. Certains artistes comme Mathurin Méheut ou Carl Moser en reprennent la technique de gravure sur bois, ainsi que les thèmes (labeur populaire...)[10]. Géo-Fourrier, établis à Quimper, poursuit le mouvement[11] en faisant éditer de 1936 à 1939 à Tokyo chez Takamizawa Mokuhansha plusieurs de ses estampes[12].

Des maitres japonais se déplacent aussi dans la péninsule. Yamamoto Kanae visite le Finistère en 1913, d'où il tire son inspiration pour cinq réalisations majeures, dont la réalisation s'étale de 1913 à 1920, et qui compte parmi les œuvres majeures du mouvement des sōsaku hanga[12]. Kiyoshi Hasegawa, qui grave dès 1913 des motifs néo-celtiques pour la revue Seihai, se rend lui à Quimper en 1920, séjour qui lui fournit l'inspiration pour plusieurs œuvres[12].

Voyageurs bretons au Japon[modifier | modifier le code]

Plusieurs artistes bretons se rendent dans l'archipel dans les années 1910. Mathurin Méheut y séjourne quelques mois en 1914 grâce à une bourse d'Albert Kahn[13]. Dans ses carnets de voyages, il relève un certain nombre de ressemblances entre les paysages de la Bretagne et ceux du Japon[n 1],[14]. À Kyoto son intérêt est tourné vers l'artisanat local (porcelaines, laques, gravure sur bois...), et est guidé par Kanokogi Takeshirō, un peintre ayant visité la Bretagne lors de ses études en France[15]. De cette expérience il tire plusieurs réalisations dans la région, comme des miniatures pour le céramiste Henriot[16], ou des décorations intérieures et extérieurs de la villa « Le Carhuel » d'Étables-sur-Mer[17].

Le photographe lorrain Francis Hennequin fréquente lui la région de nombreuses années où s'est implanté sa famille, et y réalise plus de 2 000 plaques photographiques montrant des paysages bretons[18]. Il se rend au Japon en 1912, y photographie de manière similaire des sujets proches de ses sujets bretons : bateaux, personnes en costumes[19], sanctuaires religieux[20].

Première et Seconde Guerres mondiales[modifier | modifier le code]

  • Nagata Maru coulé au large d'Ouessant le 30 novembre 1916, 5 marins enterrés au carré militaire de Brest-Kerfautras [21]
  • Sous-marins I-30, I-8, et I-29 passent par les bases de sous-marins de Brest et de Lorient entre 1942 et 1944.

Implantations économiques à partir des années 1980[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, des entreprises japonaises cherchent à implanter des centres de production en Europe pour éviter un surcout causé par les barrières douanières alors en place à l'époque. La présence à Rennes du CCET, un centre de recherche de bonne réputation actif dans les télécommunications, convainc Canon d'implanter une usine à Liffré en 1983[22].

Les implantations en région Bretagne augmentent, jusqu'à représenter 3 000 emplois indirects (dont 1000 directs) au milieu des années 1990, plaçant la région au troisième rang hors région parisienne (derrière l'Alsace et le Nord-Pas-de-Calais) des régions françaises dans ce domaine[23]. En 1997, toutes les implantations sont concentrées en Ille-et-Vilaine[24]. Cette expansion est favorisée par le conseil régional de Bretagne qui à partir de 2004 conduit annuellement des missions économiques dans l'archipel. Une diversification des activités s'opère à la même époque. Initialement concentrées dans l'électronique, elles se développent dans l'agro-alimentaire[25] (Nissui à Kervignac en 2008[26], Makurazaki à Concarneau en 2013), pour représenter 2 700 emplois directs sur 29 sites en 2014, plaçant la région à la seconde place des investissements japonais en France, derrière l'Île-de-France[25]. Le pays est en 2011 le premier investisseur étranger dans la région[27].

Arts[modifier | modifier le code]

Jumelage[modifier | modifier le code]

Rennes-Sendai depuis 1967, Brest-Yokosuka, Nantes-Niigata, Landerneau-Imadate (en)[28],[29]

Population[modifier | modifier le code]

En 2013, environ 200 bretons vivent au Japon[30]. La même année, une centaine de japonais vivent dans le seul département d'Ille-et-Vilaine[22].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mégalithes bretons et pierres sacrés japonaises, pardons et processions de mikoshi, pêche et agriculture...

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 21
  2. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 20
  3. « Lorient. Officier japonais », dans La Dépêche de Brest, le 31 octobre 1906, consulté sur www.ladepechedebrest.fr le 8 décembre 2014
  4. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 22
  5. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 27
  6. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 24
  7. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 26
  8. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 56
  9. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 59
  10. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 98
  11. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 100
  12. a, b et c Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 102
  13. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 104
  14. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 108
  15. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 119
  16. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 122
  17. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 123
  18. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 134
  19. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 139
  20. Guille des Buttes et Plaud-Dilhuit 2012, p. 140
  21. http://www.wrecksite.eu/wreck.aspx?31124
  22. a et b Stéphane Vernay, Vincent Chamaret, « Investissement. Pourquoi le Japon s'intéresse à l'Ille-et-Vilaine », dans ouestfrance-entreprises.fr le 18 janvier 2013, consulté sur www.entreprises.ouest-france.fr le 9 décembre 2014
  23. *« Introduction Bretagne - Japon », Sciences-Ouest, no 138,‎ (lire en ligne)
  24. « Implantations japonaises en Bretagne », Sciences-Ouest, no 138,‎ (lire en ligne)
  25. a et b Pascale Paoli-Lebailly, « En Bretagne, les Japonais investissent pour longtemps », La Tribune,‎ (lire en ligne)
  26. Stanislas Du Guerny, « Le japonais Nissui s'amarre à l'Europe », dans L'usine nouvelle, le 31 janvier 2008, consulté sur www.usinenouvelle.com le 9 décembre 2014
  27. « La région du soleil levant », dans 20 Minutes, le 28 mars 2012, consulté sur www.20minutes.fr le 9 décembre 2014
  28. Philippe Créhange, « Bretagne - Japon. Voir plus haut ! », Le journal des entreprises,‎ (lire en ligne)
  29. Pacte d'amitié : Imadate n'est plus, dans Le Télégramme, le 20 août 2013, consulté sur www.letelegramme.fr le 9 décembre 2014
  30. Olivier Mélennec, « Jean-Philippe Audren, de Lambézellec à Tokyo », dans Ouest-France, le 27 septembre 2013, consulté sur www.ouest-france.fr le 26 octobre 2013

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • « Les relations économiques Bretagne-Japon la recherche de la cohérence », Sciences-Ouest, no 138,‎ (lire en ligne)
  • « Armor Lux - La maille bretonne a la fibre japonaise », Sciences-Ouest, no 138,‎ (lire en ligne)
  • « New Starmer - Un exemple de coopération océanographique », Sciences-Ouest, no 138,‎ (lire en ligne)
  • Estelle Guille des Buttes et Patricia Plaud-Dilhuit, Bretagne Japon 2012, un archipel d'expositions, Quimper, Palantines, , 159 p. (ISBN 2356780629). 
  • Sylviane Guyot et Jacques Guyot (directeur de mémoire), La présence économique et culturelle du Japon en Bretagne depuis 1984, vue à travers "Ouest-France" : dans quelle mesure un support d'information régional comme "Ouest-France" peut-il contribuer à façonner l'image de la culture japonaise, Rennes, Université Rennes 2, coll. « mémoire de maitrise », , 90 p.
  • Cédric Choplin et Gwendal Denis (directeur de thèse), La représentation des peuples exotiques et des missions dans Feiz ha Breiz (1865-1884), Rennes, université Rennes 2, coll. « thèse », , 484 p. (lire en ligne)