Yves Le Prieur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Prieur.
Yves Le Prieur
Le Prieur 1920.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 78 ans)
NiceVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Linguiste, traducteur, judoka, officier de marine, inventeurVoir et modifier les données sur Wikidata

Le commandant Yves Le Prieur ( à Lorient, France - à Nice, France[1],[2]) est un officier de marine et un inventeur français, pionnier dans l'armement aéronaval (1911-1939), l'aviation (1919-1925), la plongée sous-marine (1925-1954) et le cinéma (1928-1931).

Biographie[modifier | modifier le code]

Yves Le Prieur sur le Duguay-Trouin, 1904

Enfance[modifier | modifier le code]

Yves Le Prieur naît à Lorient le 23 mars 1885, dernier des trois fils du premier mariage du commandant Edmond Le Prieur (1849-1919, officier de marine issu d'une lignée de marins de Cherbourg) avec Marie Kerihuel (1859-1893, fille de Me Pierre Kerihuel, notaire à Quimperlé (sœur de l'officier de marine Paul-Arthur Kerihuel, tous deux tôt orphelins). La mort de sa mère âgée de trente-quatre ans lors de la dernière épidémie de choléra à Toulon, et, deux ans plus tard, la mort accidentelle de son frère René à quinze ans en classe préparatoire à Navale au lycée de Lorient, poussent en contrepartie le jeune Yves Le Prieur à une vitalité exceptionnelle, à la curiosité, au bonheur et à l'intelligence de la vie. Son père se remarie en 1896 ; sa demi-sœur, Yvonne, naît en 1898 (mariée en 1917 à un médecin de marine, le Dr André Waquet, elle sera la mère de huit enfants).

Carrière dans la marine[modifier | modifier le code]

Après des études au lycée de Lorient[3], Yves Le Prieur entre à l'École navale en 1902 qu'il achève en 1904-1905 par une campagne sur le Duguay-Trouin (Antilles, Afrique, Méditerranée, Scandinavie), et réalise son premier service en Extrême-Orient de 1905 à 1907 à bord du croiseur cuirassé Dupetit-Thouars, puis à bord du croiseur D'Entrecasteaux. C'est sur le Dupetit-Thouars en décembre 1905 en rade de Cam-Ranh (Annam), qu'il découvre la plongée sous-marine en allant évaluer sous l'eau la réparation nécessaire à la coque d'une chaloupe des douanes endommagée, il gardera de cette première plongée un souvenir émerveillé malgré le désagrément que lui a causé le lourd scaphandre Rouquayrol-Denayrouze endossé à cette occasion : l'énorme combinaison aux pieds plombés, la tête enfermée dans le casque alimenté en air par une pompe manuelle à bord. Il plonge à nouveau un an plus tard, depuis le croiseur D'Entrecasteaux devant l'île de Haï-Nan, pour dégager une aussière d’acier enroulée autour d’une hélice que le scaphandrier du bord n'arrivait pas à libérer. En 1907 il est ensuite affecté à bord du Victor Hugo.

L'enseigne de vaisseau Le Prieur est envoyé deux ans au Japon comme élève-interprète (1908-1910), il y découvre les arts martiaux : élève de judo à l'École Kanō de Tokyo dont il est adepte de la philosophie d'équilibre physique et spirituel qui l'enthousiasme, il traduit en français le manuel de jiu-jitsu du Maître Yokoyama Sakujiro, publié à Paris en 1911 par les Éditions Berger-Levrault (réédité par Yugen éditions, 2013). Le 9 décembre 1909, Yves Le Prieur est le premier homme à voler dans le ciel japonais à bord d'un planeur en structure de bambou et de toile qu'il a construit sur les plans des frères Voisin. L'exploit a lieu à Tokyo, près du lac Shinobazu, devant ministres et ambassadeurs, la foule enthousiaste et la presse.

Infatigable correspondant, il retrace dans ses lettres et ses carnets les moindres détails de sa vie passionnante.

Au bout des deux ans prévus, Le Prieur quitte le Japon fin mai 1910 et rentre en France par le Transsibérien. En août il est affecté à la Commission de Gâvres. Le 10 septembre 1910 il épouse Françoise Marie à Lorient, ils auront deux filles : Simone (1912-2015) et Monique (1918-1975) ; ils divorcent en 1921. Il épouse Anne-Marie Brasseur en secondes noces en 1944 (ils n'auront pas d'enfants).

Inventions pour l'aéronavale et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1911 l'enseigne de vaisseau Le Prieur intègre l'école des officiers-canonniers à Toulon sur le croiseur Pothuau et les cuirassés Tourville et Mirabeau, le réglage de tir devient son principal centre de recherches. Brillant balisticien, en 1912 il invente et réalise les calculateurs et les conjugateurs de tir qui vont équiper les unités de la Marine qu'il expérimente à Lorient et à la Base Aéronavale de Saint-Raphaël, où ses travaux de balistique aéronavale le mèneront sa vie durant.

C'est à ce moment de ses travaux que survient la Première Guerre mondiale, l'enseigne de vaisseau Le Prieur est envoyé à Malte et en Adriatique à bord des cuirassés France et Paris, chargé de les équiper de ses conjugateurs de tir, comme d'autres bâtiments à la suite. En 1914 et 1915 il se consacre à perfectionner différents systèmes de tir, tant des canons d'artillerie navale que des canons de l'armement de terre. Nommé alors lieutenant de vaisseau, il travaille à améliorer la technique d'amerrissage des hydravions à la base de Cazaux, et se penche sur l'une de ses inventions qui l'aura le plus passionné en ces temps de guerre : le tir de fusées incendiaires depuis un avion en vol sur une cible aérienne. En mai 1916 les fusées Le Prieur - ou roquettes - sont expérimentées d'abord à Verdun par l'aviation de chasse contre les Drakens, permettant de reprendre le fort de Douaumont, Navarre, Guynemer, Nungesser sont les aviateurs qui les mettront en œuvre ; les roquettes Le Prieur valent à leur inventeur d'être félicité par président Raymond Poincaré, d'être cité à la Légion d'honneur et d'être décoré de la Military Cross par le Major-Général Trenchard (en) en Picardie, quelques jours avant la Bataille de la Somme. Paul Painlevé, ministre de la Guerre et ami du savant Jean Perrin, charge alors le lieutenant de vaisseau Le Prieur (trente et un ans) de diriger à Paris le tout nouveau Bureau des Inventions rattaché au ministère de la Guerre (le Bureau des Inventions deviendra le CNRS en 1939). Il est réclamé à la Base d'Hydravions de Cazaux. En 1917 il passe son brevet de pilote d'avions, pour éviter à d'autres de mettre leur vie en danger lors des essais aériens de ses inventions à la Base Aéronavale de Saint-Raphaël où il met au point ses bombes ramées et ses bombes à flotteurs contre les sous-marins, ses affûts de DCA pour Hotchkiss.

En 1918 il est officiellement décoré de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre.

Inventions pour la sécurité en avion[modifier | modifier le code]

En 1919 le lieutenant de vaisseau Le Prieur est demandé par Louis Breguet à Villacoublay pour transformer les bombardiers Breguet XIV en avion de transport civil.

En juin 1920 Albert de Carsalade le nomme directeur technique à la Précision Moderne, où il consacre principalement ses inventions à la sécurité de l'aviation (en 1920 le Gyroclinomètre permettant l'amerrissage des hydravions sans visibilité, et le Navigraphe, appareil correcteur de route des avions en vol), en même temps il y continuera ses travaux d'armement (Hotchkiss) ; ses conjugateurs mécaniques sont adoptés par la Marine en 1922. Il est élu à la toute nouvelle Académie de marine en même temps que Maxime Laubeuf, l'ingénieur inventeur du sous-marin moderne. Ses expériences d'inventeur l'empêchant de reprendre la mer, il quitte alors la Marine avec le grade de capitaine de corvette de réserve.

Le Prieur est aussi un passionné des arts, lui même grand dessinateur et mélomane, ami du Groupe des Six (les jeunes compositeurs en 1920 des Mariés de la Tour Eiffel avec Jean Cocteau), des peintres Robert et Sonia Delaunay, Fujita, Utrillo, ami du sculpteur François Sicard, de l'architecte Robert Mallet-Stevens et de nombreux cinéastes.

Georges Clemenceau, qui admire le génie du jeune inventeur, lui témoignera une amitié paternelle jusqu'à sa mort.

En 1925, Le Prieur participe à la mission aérienne De Goÿs acclamée par la presse (Paris-Gao au-dessus du Sahara) avec son Navigraphe, correcteur de dérives en vol qui équipera les avions de l'Aéropostale et sera utilisé par Costes et Le Brix dans leur tour du monde en avion en 1928.

Le scaphandre autonome Fernez-Le Prieur[modifier | modifier le code]

C'est à l'Exposition Industrielle et Technique de 1925 à Paris qu'Yves Le Prieur s'enthousiasme pour le petit appareil respiratoire pour plongeurs d'éponges et corail en Méditerranée, mis au point par l'industriel Maurice Fernez une dizaine d'années plus tôt, qui ranime ses souvenirs des plongées de midship en Extrême-Orient, mais avec l'idée immédiate d'y adapter une bouteille d'air comprimé : le léger appareil Fernez, encore rattaché sous l'eau au tuyau du pompage manuel d'air en surface, laisse cependant une grande liberté de mouvements aux plongeurs, sans casque ni combinaison encombrants du type des scaphandres pieds plombés Rouquayrol-Denayrouze. Les deux hommes s'associent, Le Prieur adjoignant alors une bouteille d'air portative à l'appareil de Fernez qui va permettre aux scaphandriers légers d'être à la fois libres sous l'eau et indépendants de la surface. Le scaphandre autonome Fernez-Le Prieur est breveté en 1926. Très pris par son usine d'appareils respiratoires en atmosphères polluées, l'industriel Maurice Fernez laisse rapidement à Le Prieur, seul, de promouvoir tout ce que leur appareil de plongée offre désormais à la science et au sport : Le Prieur, inventeur pour l'aéronavale à ses débuts, est ainsi le pionnier enthousiaste de la plongée sous-marine moderne.

Afin de se rapprocher de la Base Aéronavale où ses travaux le conduisent depuis près de quinze ans dans le Var, il fait construire en 1926 à Saint-Raphaël une petite villa avec son port personnel, le Prieuré (dont Clemenceau est l'un des premiers éminents visiteurs). Au Prieuré il mène les essais de plongée de son scaphandre et reçoit les premiers adeptes de la plongée sous-marine sportive.

Cette même année 1926 Henri-Claude Martin fait de lui le grand portrait en uniforme blanc, un sextant à la main, offert à sa mort par sa veuve à la Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins de Marseille.

Inventions pour le cinéma et la marine[modifier | modifier le code]

En 1928, le cinéaste Jacques de Baroncelli le demande en tant qu'ingénieur-conseil aux studios de Joinville (Cinéromans) où il invente le procédé de la transparence pour le cinéma, dont il va proposer le brevet aux États-Unis en 1929 accompagné de Pathé et de Nathan (le brevet escamoté à Hollywood, Le Prieur s'aperçoit en 1933 que son procédé a été utilisé sans qu'on l'en ait averti dans le film King-Kong). En 1928 Mme Sancholles-Henraux (parente du sculpteur François Sicard, ami de Georges Clemenceau) réalise un bronze de sa tête, conservé au musée des Beaux-Arts de Tours. Son ami l'architecte Robert Mallet-Stevens, épris lui aussi de Japon et de cinéma, lui dessine en 1928 une petite maison à Paris aux Buttes-Chaumont, rue Georges Lardennois, où il s'installe en 1930.

Partageant toujours ses travaux entre Paris à la Précision Moderne et à la Base Aéronavale de Fréjus/Saint-Raphaël, il se tourne en 1931 vers d'importantes améliorations de son scaphandre autonome qu'il dote d'un masque à hublot (englobant les yeux, le nez et la bouche) où arrive l'air de la bouteille, plus pratique et moins dangereux que le système du Fernez à lunettes, pince-nez et embout buccal. Fort de son expérience cinématographique, il met au point des caissons étanches destinés à la photographie et au cinéma sous-marins. En balisticien éprouvé, il travaille à mettre au point un fusil-harpon pour la chasse sous-marine.

En mai 1935 la Marine adopte le scaphandre autonome Le Prieur sur tous ses bâtiments, suivie par les sapeurs-pompiers de Paris (qui utiliseront aussi son habit chauffant de 1936).

Avec le cinéaste scientifique Jean Painlevé (fils de Paul Painlevé), enthousiaste du scaphandre autonome Le Prieur depuis 1933 pour filmer sous l'eau la faune sous-marine (Jean Painlevé utilisait avant le petit appareil Fernez à pompage extérieur), Yves Le Prieur fonde le 1er août 1935 au Prieuré le premier club de plongée sous-marine (le Club des Sous-l'Eau qui deviendra bientôt le Club des Scaphandres et de la Vie Sous l'Eau), dont est membre, parmi une trentaine de plongeurs sportifs en scaphandre autonome, son ami Louis de Corlieu avec ses palmes de caoutchouc. Mais, des divergences d'opinions s'étant élevées entre Jean Painlevé et Yves Le Prieur (Le Prieur réprouvant toute politique partisane : selon lui l'adhésion à un parti, de quelque tendance qu'il soit, empêche la libre conscience éclairée de chacun, cause de débordements et de discordes dans la société, alors que Jean Painlevé, qui adhère aux idéaux communistes, lui reproche d'être fasciste), le club sera dissous à la fin de l'été 1936.

Le poète Jean Cocteau, initié par Yves Le Prieur à la plongée en scaphandre dans le petit port du Prieuré l'été 1937, prend l'inventeur pour modèle dans Les Parents Terribles (1938) avec son fusil-harpon sous-marin (fabriqué par Gastinne-Renette en 1936). Ses appareils de plongée sous-marine Nautilus trouvent un grand succès auprès des enthousiastes méditerranéens et sont exposés au musée océanographique de Monaco ; son ami écrivain américain et plongeur Guy Gilpatric, particulièrement intéressé par le fusil-harpon Le Prieur, le cite en détail dans son livre The compleat Goggler publié à New York en 1938. À l'automne, Le Prieur est invité à donner une série de conférences avec projections de ses films sous-marins à l'Institut Océanographique de Paris qui auront un grand succès. Avec son ami Antoine de Saint-Exupéry il partage de nombreux intérêts techniques et philosophiques. En 1939 il a une controverse amicale avec le professeur Auguste Piccard au sujet du projet de bathyscaphe de ce dernier en le comparant à la bathysphère de William Beebe qui avait plongé à 923 mètres aux États-Unis en 1934.

En juillet 1939 Le Prieur organise une expédition d'exploration sous-marine archéologique dans le golfe de Fos avec les professeurs Petit, Prat et Denizot de la Faculté des Sciences de Marseille, mais le mauvais temps les oblige à remettre leurs essais en septembre (que la guerre empêchera).

C'est au début de cet été 1939 que le jeune officier de marine Jacques Cousteau et sa jeune femme Simone (fille d'un ami de longue date du commandant Le Prieur, le commandant Henri Melchior qui dirige l'Air liquide), passionné depuis deux ans de plongée sous-marine avec ses amis Philippe Taillez et Frédéric Dumas, vient voir Le Prieur qui le reçoit cordialement au Prieuré. Enthousiasmé, le jeune Jacques Cousteau se fait tout expliquer du scaphandre autonome et de la cage à requins pour filmer en mer sans danger - et s'écrie qu'il rêve, lui aussi, de fabriquer un scaphandre, "Mais pourquoi pas!" lui répond Le Prieur en riant...

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Capitaine de frégate de réserve depuis 1937, Le Prieur est rappelé sous les drapeaux en septembre 1939 (la guerre empêchant donc la poursuite de ses recherches sous-marines), intégré à la Commission scientifique de la Marine du Centre d'études de Toulon avec l'amiral Fenard - le Centre d'études au complet, embarqué vers Alger le 22 juin 1940, est démobilisé dès son arrivée. Revenu à Toulon début août, Le Prieur s'installe au Prieuré pour la durée de la guerre, reprenant, sans moyens financiers, ses inventions de plongée sous-marine.

Peu après une deuxième visite de Jacques Cousteau au Prieuré en juin 1942 (avec sa femme Simone et son ami Frédéric Dumas), venu présenter à l'inventeur pionnier le scaphandre auquel il s'est mis à travailler avec Émile Gagnan, ingénieur à l'Air liquide - Le Prieur prend part, de juillet à novembre 1942 (à ses risques et périls) à une mission secrète de travaux à la Base aéronavale de Berre - qui prendra fin avec le sabordage de la Flotte de Toulon, Le Prieur refusant d'y participer. Après un bref séjour à Paris occupé, en avril 1943, à l'invitation de Cousteau au gala de son premier film sous-marin (où Le Prieur est stupéfait de voir le public du gala en uniforme SS), et Saint-Raphaël subissant des bombardements qui ont endommagé le Prieuré, il se replie à Ampus (Var) où, le 4 avril 1944, il épouse son amie peintre Anne-Marie Brasseur - il décidera de ne pas avoir d'enfants de son second mariage.

Ses travaux ayant souffert des contretemps de la guerre, en 1945 (il a soixante ans) il apporte à son scaphandre un détendeur extrêmement sensible, mais il apprend alors que la Marine vient de remplacer son scaphandre de 1935 par celui de Cousteau et Gagnan. Il s'aperçoit aussi que sa renommée est sérieusement entamée au profit de celle du tout nouveau venu de la plongée sous-marine. En 1946 Cousteau publie chez Durel son livre Par dix-huit mètres de fond, qu'il dédie « Au Commandant Yves Le Prieur, pionnier, maître et ami » dont, malgré cet apparent hommage, Jacques Cousteau s'attribue progressivement tous les travaux antérieurs et élimine les appareils Le Prieur exposés au musée océanographique de Monaco. Profondément écœuré mais réaliste, Le Prieur renonce à intenter un procès contre Cousteau qui a aussi écarté d'autres concurrents (dont Georges Commeinhes). En 1952, alors qu'il préside l'Institut de Recherches Sous-marines de Cannes, Le Prieur s'associe avec son ami Dimitri Rebikoff, jeune ingénieur inventeur du flash électronique et grand plongeur.

En 1953, après avoir vendu la maison des Buttes-Chaumont à Paris et le Prieuré, Yves Le Prieur et sa femme s'installent à Nice dans leur villa Carpe Diem, sur la colline du Parc Impérial. C'est là qu'il écrit son livre Premier de Plongée, récapitulant sa vie féconde d'inventions pionnières, publié en 1956 aux Éditions France-Empire, pour que survive l'historique précurseur de l'écrasant succès de Cousteau.

Le commandant Le Prieur s'éteint à Nice le , quatre mois avant son ami Jean Cocteau, « fier, de toutes mes entreprises de marin et d'inventeur, d'avoir été le premier d'entre tous à plonger dans l'eau, libre de tout lien avec le monde terrestre » (selon les termes de la dernière phrase de son livre Premier de Plongée). Après des funérailles officielles, il est inhumé sur les hauteurs de Nice, devant la mer.

La correspondance, les brevets, les carnets (carnet du Japon 1908-1910, carnets de la guerre de 1914-18, cahier de la mission Paris-Gao 1925), les photos et les papiers personnels du commandant Yves Le Prieur, ont été versés aux Archives de la Marine et sont consultables sur demande au Service Historique de la Défense du Château de Vincennes.

Principales inventions[modifier | modifier le code]

  • 1915 : autocorrecteur de tir aérien, basé sur un système de girouette et de réglette but. C'est un correcteur de tir qui, aux commandes de l'armement défensif d'un avion biplace, permettait d'ajuster un adversaire en trajectoire transversale, parfois en permettant de toucher au but des avions ennemis situés jusqu'à une distance de 300 mètres. Entraînés d'abord à l'aérodrome de Cazaux (dans le département de la Gironde en Nouvelle-Aquitaine), les équipages de l'escadrille de chasse numéro 67 sont envoyés en service aérien à Verdun. Parmi ces pilotes de chasse il y a Jean Navarre, qui avec le correcteur de tir Le Prieur descend quatre avions ennemis le 3 avril 1916.
  • 1916 : fusées Le Prieur. Mises en service à partir du mois de mai 1916 et utilisées comme armement offensif à bord d'avions de chasse elles étaient destinées à la destruction des Zeppelins allemands qui bombardaient Paris. En juin 1916 Le Prieur part pour Cachy, sur le front de la Somme, afin d'équiper les avions de chasse avec ses fusées. Après quelques entraînements, l'adjudant Bloch obtient jusqu'à cinq victoires aériennes. Appelées fusées à leur époque elles sont en réalité déjà les roquettes qui seront utilisées jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, et même au-delà.
  • 1926 : scaphandre autonome manuel. Le Prieur, ayant assisté au Grand Palais, en 1925, à une démonstration que Maurice Fernez faisait de l’un de ses appareils de respiration subaquatiques (alimenté en air de surface par une pompe), proposa à Fernez de remplacer sa pompe et son tube respiratoire par une réserve d'air qui offrirait au plongeur l'autonomie et l'indépendance de la surface. Fernez accepta et un an plus tard, en 1926 ils brevetèrent ensemble leur scaphandre Fernez-Le Prieur. Les apports de Fernez incluaient un pince-nez, des lunettes dites « lunettes Fernez » et une soupape de non-retour pour l'échappement de l'air d'expiration du plongeur. L'apport de Le Prieur fut un détendeur de plongée manuel (ou manodétendeur) qu'il avait conçu et couplé à une bouteille d'air comprimé de la société Michelin[4], Le Prieur remplacera les lunettes et le pince-nez de Fernez par un petit masque à hublot, plus sûr, en 1931. Le poumon autonome du Prieur à valves manuelles pouvait fournir de l'air à deux plongeurs et délivrait de l’air uniquement à pression constante et en fonction de vannes commandées à la main. Ce détendeur manuel resta en usage jusqu'à l'arrivée en 1943 du détendeur automatique mis au point pendant la guerre par Émile Gagnan et Jacques Cousteau.

Premier de plongée[modifier | modifier le code]

  • Commandant Le Prieur, Premier de plongée, Éditions France-Empire, 1re édition Paris 1956, 2e édition Paris 1991
  • Commandant Le Prieur, Premier de Plongée, édition condensée pour la Bibliothèque Verte, Librairie Hachette, Paris 1967

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les noms qui ont fait l'histoire de Bretagne, p. 253-254
  2. 1 000 Bretons : dictionnaire biographique
  3. « Les fusées du commandant Le Prieur », sur annuairedelaplongee.wordpress.com, 21 mars 2014 (consulté le 12 novembre 2015).
  4. (en) Nick Hanna, The Art of Diving : An Adventure in the Underwater World, Lyons Press, , 272 p. (ISBN 978-1-59921-227-2, lire en ligne), p. 25

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Famille (Anne Mesnard Le Prieur, petite-fille du commandant Yves Le Prieur).
  • Emmanuel Salmon-Legagneur (dir.) et al. (préf. Yvon Bourges, anc. ministre, prés. du conseil régional de Bretagne), Les noms qui ont fait l'histoire de Bretagne : 1 000 noms pour les rues de Bretagne, Spézet, Coop Breizh et Institut culturel de Bretagne, , 446 p. (ISBN 978-2-84346-032-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]