Ratonnades de 1973 en France

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Les ratonnades de 1973 sont une vague de violences racistes envers les Algériens perpétrées en France, principalement à Grasse et Marseille, pendant l'été et l'automne 1973. Selon l'ambassade d'Algérie en France, ces violences ont fait 50 morts algériens et 300 blessés[1]. Les organisations de travailleurs nord-africains font quant à elles état d'une douzaine de morts en sus des quatre victimes de l'attentat du 14 décembre contre le consulat d'Algérie à Marseille[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Ces événements interviennent onze ans après la fin de la guerre d'Algérie et lors du premier choc pétrolier. Face aux difficultés économiques, le gouvernement Pierre Messmer, sous la présidence Pompidou, adopte la circulaire Marcellin-Fontanet, qui limite l'immigration en France. La population française est alors divisée sur la question de l'immigration[1].

En , un mouvement de protestation à la circulaire se met en place pour soutenir les immigrés en situation irrégulière par des grèves, dont des grèves de la faim. La contestation est forte à Valence, et plusieurs églises de la Drôme annulent, en signe de solidarité, la messe de Noël[1]. La question de l'immigration entre dans l'actualité et, en , la circulaire Fontanet est assouplie[1].

Événements à Grasse[modifier | modifier le code]

Le , le maire de Grasse, Hervé de Fontmichel, fait asperger par une lance incendie des travailleurs immigrés manifestant pour la régularisation de leur situation qui tentaient de pénétrer dans la mairie. Ceci fait monter la tension, et des affrontements commencent, dégénérant en « ratonnades ». Plusieurs blessés, dont un grave, sont à déplorer chez les travailleurs immigrés[1]. Le maire déclare par la suite :

« Les Arabes se comportent dans la vieille ville comme en terrain conquis […]. Ces gens-là sont différents de nous, ils vivent la nuit […]. C'est très pénible d'être envahi par eux[1]. »

Le curé Blanchard, de Grasse, organise une réunion en faveur des travailleurs immigrés pour calmer les esprits[1].

Évènements à Paris et Marseille[modifier | modifier le code]

Réunion d'Ordre nouveau[modifier | modifier le code]

Le , le groupe d'extrême droite Ordre nouveau, dont des affiches avaient été placardées à Grasse, organise un meeting à la Mutualité, à Paris, avec pour slogan « Halte à l'immigration sauvage ». La contre-manifestation de gauche n'est pas autorisée, mais a tout de même lieu, dégénérant en affrontements avec la police qui font plus de 70 blessés chez les forces de l'ordre[1]. Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, fait dissoudre Ordre nouveau ainsi que la Ligue communiste et arrêter son dirigeant, Alain Krivine[1].

Assassinat d'un conducteur d'autobus français[modifier | modifier le code]

Dans ce contexte de tension, un évènement met le feu aux poudres à Marseille : le , l'Algérien Salah Bougrine assassine un conducteur d'autobus, E. Gerlache, en l'égorgeant au couteau.

Le lendemain, Gabriel Domenech, rédacteur en chef du Méridional et futur membre du Front national, écrit dans un éditorial intitulé « Assez, assez, assez ! » : « Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. Nous en avons assez de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute une racaille venue d’outre-Méditerranée […]. » En janvier 1975, Gabriel Domenech est condamné, pour cet article, à 1 500 F d'amende et à payer 1 franc symbolique au MRAP ; le directeur de Minute est également condamné, à 2 000 F d'amende, pour avoir reproduit des extraits de cet éditorial[3].

Vague de violences[modifier | modifier le code]

Un « Comité de défense des Marseillais » se constitue pour « assurer la sécurité des Français » ; il s'installe dans les locaux du Front national de Marseille. M. Pujol, député suppléant, déclare alors : « Les immigrés finissent par croire qu'ils sont chez eux […]. Ils sont à la charge du contribuable français.[1] »

Malgré l'appel au calme de l'archevêque de Marseille, Roger Etchegaray, diffusé au journal de 20 heures[4], des violences s'en suivent. Dans la nuit du 27 au 28 août, 50 « paras » du 9e régiment organisent une ratonnade à Toulouse, qui fait plusieurs blessés[5][Combien ?]. Dans la nuit du 28 au 29 août, un Algérien est abattu à la sortie d’un café et un cocktail Molotov est jeté dans une entreprise de la Ciotat, où travaillent majoritairement des Algériens.

Le Mouvement des travailleurs arabes réagit en lançant un appel à la grève générale contre le racisme pour le . Il est suivi par 20 000 personnes à Marseille et dans la région.

Le , le gouvernement expulse le pasteur suisse Berthier-Perregaux, représentant à Marseille de l'association d'aide aux migrants la CIMADE[1]. Le Monde parle de décision « arbitraire », tandis que L'Aurore évoque une « provocation »[1].

Réactions politiques et épilogue[modifier | modifier le code]

En Algérie, le président, Houari Boumédienne, suspend l'émigration algérienne vers la France et critique la passivité des autorités françaises. L'ambassadeur algérien en France dénonce également la complaisance du maire de Marseille, Gaston Defferre, et l'inaction de la police.

Le président français Georges Pompidou déclare le  : « La France est profondément antiraciste. […] En France, de racisme il n'y en a pas, en tout cas il ne doit pas y en avoir[1]. » Toutefois, l'attitude du gouvernement est critiquée. Le Monde parle notamment d'indifférence[1].

Le un attentat au consulat d’Algérie de Marseille fait quatre morts et vingt blessés. L'attentat est revendiqué par le groupe Charles-Martel composé d'anciens de l'OAS et de nostalgiques de l'Algérie française[1]. Fin décembre, plusieurs autres victimes algériennes sont ciblées, avec un mort à Izeron (Isère) le 25[1].

Les événements sont suivis par un scandale médiatique en Avril 1975, l’état français est accusé de gérer une prison clandestine sur le port d'Arenc pour gérer des migrants magrébins. Des journalistes français démontrent qu'il s'agit d'un centre utilisé depuis 1964, ou sont pratiquer des séquestrations arbitraire issus d’arrestations illégales.[6] Jean Lecanuet répond au scandale après une question de Gaston Deferre il affirme "Il n'y a pas de Goulag en France " Pourtant mr Loquet doyen des juges d'instructions lance une perquisition des locaux, et l'on découvre qu'une mort y a été camouflée en 1969[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Yvan Gastaut, « La flambée raciste de 1973 en France », Revue européenne des migrations internationales, vol. 9, no 2,‎ , p. 61-75 (lire en ligne)
  2. Francis Cornu, « DANS LA CRAINTE DE NOUVELLES RÉACTIONS RACISTES " La ville avait presque oublié... " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. « “Le Méridional-La France” et “Minute” condamnés pour injures raciales », Le Monde, 18 janvier 1975.
  4. L'appel au calme de Mgr Etchegaray, évêque de Marseille, extrait du JT du sur le site de l'INA.
  5. Gastaut, art. cit., note 15 qui recense une série d'incidents.
  6. Ed Naylor, « Arenc : le premier centre de rétention était clandestin », La revue du GISTI,‎ 2015/1 (n° 104), p. 48 (DOI 10.3917/pld.104.0032, lire en ligne)
  7. F.N. BERNARDI Alex PANZIANI, Les dossiers noirs du racisme, dans le midi de la france

Voir aussi[modifier | modifier le code]