Agressions racistes de 1973 en France

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Les ratonnades de 1973 sont une vague de violences racistes envers les Algériens perpétrées en France, principalement à Grasse et Marseille, pendant l'été et l'automne 1973. Selon l'ambassade d'Algérie en France, ces violences ont fait 50 morts algériens et 300 blessés[1]. Les organisations de travailleurs nord-africains font quant à elles état d'une douzaine de morts en sus des quatre victimes de l'attentat du contre le consulat d'Algérie à Marseille[2]. La sociologue Rachida Brahim a décompté 16 assassinats de Nord-africains en 1973 dans la cité phocéenne mais la plupart des assassins n'ont pas été identifiés[3].

Contexte[modifier | modifier le code]

Ces événements interviennent onze ans après la fin de la guerre d'Algérie et lors du premier choc pétrolier. Face aux difficultés économiques, le gouvernement Pierre Messmer, sous la présidence Pompidou, adopte la circulaire Marcellin-Fontanet, qui limite l'immigration en France. La population française est alors divisée sur la question de l'immigration[1].

En , un mouvement de protestation à la circulaire se met en place pour soutenir les immigrés en situation irrégulière par des grèves, dont des grèves de la faim. La contestation est forte à Valence, et plusieurs églises de la Drôme annulent, en signe de solidarité, la messe de Noël[1]. La question de l'immigration entre dans l'actualité et, en , la circulaire Fontanet est assouplie[1].

Événements à Grasse[modifier | modifier le code]

Attaque de la mairie de Grasse[modifier | modifier le code]

Le , face à des manifestants en situation irrégulière qui tentent de pénétrer de force dans la mairie de Grasse, le maire de la commune, Hervé de Fontmichel, les faits asperger par une lance incendie. Les affrontements font plusieurs blessés, dont un grave, chez les manifestants[1]. Le curé Blanchard, de Grasse, organise une réunion avec les travailleurs immigrés pour calmer les esprits[1].

Événements à Paris et Marseille[modifier | modifier le code]

Réunion d'Ordre nouveau[modifier | modifier le code]

Le , le groupe d'extrême droite Ordre nouveau, dont des affiches avaient été placardées à Grasse, organise un meeting à la Mutualité, à Paris, avec pour slogan « Halte à l'immigration sauvage ». La contre-manifestation de gauche n'est pas autorisée, mais a tout de même lieu, dégénérant en affrontements avec la police qui font plus de 70 blessés chez les forces de l'ordre[1]. Dans la foulée, le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, fait dissoudre Ordre nouveau ainsi que la Ligue communiste et arrêter son dirigeant, Alain Krivine[1].

Assassinat d'un conducteur d'autobus français[modifier | modifier le code]

Dans l'après-midi du , boulevard Françoise Duparc à Marseille, un Algérien, Salah Bougrine, 35 ans, venu de Nice avec 2 500 francs sur lui, donne l'impression de ne pas vouloir acquitter le montant de sa place en bus. Il finit par payer son ticket et va s'asseoir derrière le conducteur. Quelques secondes après, il se jette sur Désiré-Émile Gerlache (49 ans, père de quatre enfants), conducteur de l'autobus, qu'il poignarde et égorge. Le meurtrier (qui sera reconnu pénalement irresponsable pour troubles mentaux) est finalement maîtrisé par un ancien champion de boxe (Gracieux Lamperti), après avoir blessé cinq voyageurs[4].

Le lendemain, en réaction, Gabriel Domenech, rédacteur en chef du Méridional et futur membre du Front national, écrit dans un éditorial intitulé « Assez, assez, assez ! » : « Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. Nous en avons assez de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute une racaille venue d’outre-Méditerranée […]. » En , Gabriel Domenech est condamné, pour cet article, à 1 500 F d'amende et à payer 1 franc symbolique au MRAP ; le directeur de Minute est également condamné, à 2 000 F d'amende, pour avoir reproduit des extraits de cet éditorial[5].

Vague de violences[modifier | modifier le code]

Un « Comité de défense des Marseillais » se constitue pour « assurer la sécurité des Français » ; il s'installe dans les locaux du Front national de Marseille. M. Pujol, député suppléant, déclare alors : « Les immigrés finissent par croire qu'ils sont chez eux […]. Ils sont à la charge du contribuable français.[1] »

Malgré l'appel au calme de l'archevêque de Marseille, Roger Etchegaray, diffusé au journal de 20 heures[6], des violences s'ensuivent. Dans la nuit du 27 au , 50 « paras » du 9e régiment organisent une ratonnade à Toulouse, qui fait plusieurs blessés[7][Combien ?]. Le journal Le Monde du évoque une « expédition punitive » menée à la suite d'une bagarre survenue lors d'un bal le dimanche précédent, au cours de laquelle deux militaires ont été blessés. En dépit du fait que le 9e RCP a été aussitôt consigné, une cinquantaine de paras ont réussi à faire le mur et agressent plusieurs Nord-Africains. L'un d'entre eux sera hospitalisé. Les cinquante soldats qui ont pris part à l'expédition ont été envoyés en manœuvres spéciales à titre disciplinaire[8]. Dans la nuit du 28 au , un Algérien est abattu à la sortie d’un café et un cocktail Molotov est jeté dans une entreprise de la Ciotat, où travaillent majoritairement des Algériens.

Le Mouvement des travailleurs arabes réagit en lançant un appel à la grève générale contre le racisme pour le . Il est suivi par 20 000 personnes à Marseille et dans la région.

Le , le gouvernement expulse le pasteur suisse Berthier-Perregaux, représentant à Marseille de l'association d'aide aux migrants la CIMADE[1]. Le Monde parle de décision « arbitraire », tandis que L'Aurore évoque une « provocation »[1].

Réactions politiques et épilogue[modifier | modifier le code]

En Algérie, le président, Houari Boumédienne, suspend l'émigration algérienne vers la France et critique la passivité des autorités françaises. L'ambassadeur algérien en France dénonce également la complaisance du maire de Marseille, Gaston Defferre, et l'inaction de la police.

Le président français Georges Pompidou déclare le  : « La France est profondément antiraciste. […] En France, de racisme il n'y en a pas, en tout cas il ne doit pas y en avoir[1]. » Toutefois, l'attitude du gouvernement est critiquée. Le Monde parle notamment d'indifférence[1].

Le , un attentat au consulat d’Algérie de Marseille fait quatre morts et vingt blessés. L'attentat est revendiqué par le groupe Charles-Martel composé d'anciens de l'OAS et de nostalgiques de l'Algérie française[1]. Fin décembre, plusieurs autres victimes algériennes sont ciblées, avec un mort à Izeron (Isère) le 25[1].

Dans la culture populaire et dans la fiction[modifier | modifier le code]

Ces événements de 1973 servent de toile de fond détaillée à la romancière et historienne Dominique Manotti pour son roman Marseille 73, publié en 2020 aux éditions Les Arènes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Yvan Gastaut, « La flambée raciste de 1973 en France », Revue européenne des migrations internationales, vol. 9, no 2,‎ , p. 61-75 (lire en ligne)
  2. Francis Cornu, « DANS LA CRAINTE DE NOUVELLES RÉACTIONS RACISTES " La ville avait presque oublié... " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. AFP, « Ces ratonnades sanglantes que Marseille a préféré oublier », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. « Un Algérien tue un conducteur d'autobus et blesse cinq autres personnes », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne, consulté le 30 décembre 2019)
  5. « “Le Méridional-La France” et “Minute” condamnés pour injures raciales », Le Monde, 18 janvier 1975.
  6. L'appel au calme de Mgr Etchegaray, évêque de Marseille, extrait du JT du sur le site de l'INA.
  7. Gastaut, art. cit., note 15 qui recense une série d'incidents.
  8. « Le 9e R.C.P. reste consigné », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]