Préfecture de Ngari

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Ālǐ Dìqū
(zh) 阿里地区
(bo) མངའ་རིས་ས་ཁུལ་
Image illustrative de l'article Préfecture de Ngari
Administration
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Province ou région autonome Tibet
Chef-lieu Xian de Gar
Statut administratif Préfecture
Indicatif +86 (0)897[1]
Immatriculation 藏F
Démographie
Population 80 000 hab. (2004)
Densité 0,23 hab./km2
Géographie
Coordonnées 32° 30′ 00″ nord, 80° 06′ 05″ est
Superficie 34 500 000 ha = 345 000 km2
Localisation

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Liens
Site web www.xzali.gov.cn/

La préfecture de Ngari (chinois simplifié : 阿里地区 ; pinyin : Ālǐ Dìqū ; tibétain : མངའ་རིས་ས་གནས་, Wylie : mnga' ris sa gnas, pinyin tibétain : Ngari Sanai, THL : ngari sané) correspondant au Tibet occidental[2], est une subdivision administrative de la région autonome du Tibet en Chine. Son centre administratif est situé dans le xian de Gar.

On y trouve notamment les sites exceptionnels du lac Manasarovar et du mont Kailash, d'importants lieux de pèlerinage, les ruines imposantes du royaume de Gugé, ainsi que de nombreux sites liés à la culture de Zhang Zhung, en voie d'exploration.

Géographie[modifier | modifier le code]

La préfecture de Ngari est située dans l'extrême ouest de la région autonome du Tibet, sur la partie nord-ouest du plateau tibétain, et s'étend jusqu'à l'Himalaya occidental sur ses frontières ouest et sud-ouest avec l'Inde et le Népal. Sa superficie est de 345 000 km2.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

La région du Ngari fut le berceau de deux grandes civilisations: Zhang Zhung et Gugé[3].

La civilisation pré-bouddhiste de Zhang Zhung s'étend sur une période d'environ quinze siècles, de 1 000 av. J.-C jusqu'au milieu du VIIe siècle[4],[5].

Empire du Tibet et royaume de Gugé[modifier | modifier le code]

Au VIIe siècle, le Ngari est absorbé dans l'Empire du Tibet (629 – 877). Durant l'Ère de la fragmentation (IXe siècleXIe siècle) qui suit la mort du dernier empereur Langdarma, le Ngari passe sous le contrôle des successeurs du roi Ösung tandis que ceux de Yumtän contrôlent l'Ü[6]. [6]

Nyimagön (ཉི་མ་མགོན།), petit-fils d'Ösung, vécut vers la fin du Xe siècle et conquiert tout le Tibet occidental. Il partage son territoire entre ses trois fils : Gugé (གུ་གེ) fondé par Tashigön (ou Trashigön བཀྲ་ཤིས་མགོན།), le Zanskar (ཟངས་དཀར།) à Detsugön (བདེ་བཙུགས་མགོན།) et le Maryül (Ladakh) à Palgyigön (ou Pelgigön)[7].

Aux alentours de l'an 1 000, le Ngari devient l'un des centres de l'essor du bouddhisme au sein du royaume de Gugé (Xe siècle – milieu du XVIIe siècle).

Dynastie Yuan[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, lors de la conquête du Tibet par les Mongols, la région est intégrée à l'Empire mongol, puis à la dynastie Yuan dans le dernier quart du XIIIe siècle et au XIVe siècle[citation nécessaire]. Sous l'impulsion de Kubilai Khan, l'école sakya du bouddhisme tibétain devient la principale religion de l'empire[8]. La suzeraineté du Tibet occidental pendant un siècle correspond à la montée en puissance du contrôle de la l'école sakya[9]. Certains universitaires hésitent à suggérer que le Tibet occidental ait pu être sous contrôle de la dynastie Yuan, c'est régions sont loins du contrôl du Tibet central, Pendant 100 ans, il n'est en effet plus question de suzeraineté mais l'école Sakya prend le contrôle direct de la région. Pour Giuseppe Tucci, le Tibet occidental était sous le contrôle de l'empire Yuan[9]. Pour Roberto Vitali, l'école sakya prend le contrôle du royaume de Gugé via les feudataires Khab Gung.thang et Zhwa.lu après la fin du règne de Grags pa lde entre 1277 et 1280, tandis que pour Luciano Petech la dynastie Yuan en partenariat avec les Sakyapa contrôle le Tibet central y compris le Ngari inférieur entre 1288 et 1368[10].

Ladakh et Ganden Phodrang[modifier | modifier le code]

Empire du roi Tsewang Namgyal aux environs de 1560 à 1600)
Articles détaillés : Ladakh et Ganden Phodrang.

Le royaume de Gugé est annexé par le Ladakh en 1630 et Lac Manasarovar passe sous son contrôle[11].

En 1642, le mongol Qoshot Güshi Khan jusque là installé au Kokonor (actuel Qinghai) devient le « khan des Tibétains », prenant le pouvoir temporel sur le Tibet central et donnant le pouvoir spirituel au dalaï-lama[12], initiant ainsi la période du Ganden Phodrang (1642 – 1959). Après la mort de Güshi Khan en 1655, Lobsang Gyatso, le 5e dalaï-lama, devient très puissant et décide d'envahir le Ladakh. Le lama Ganden Tshewangpel Sangpo ( Wylie : Gah-den Tshe-wang-pal Sang-po ou Lama Sang) commande une armée tibéto-mongole depuis Ganden et avance vers le Ladakh[13]. D'après le missionnaire morave, August Hermann Francke cette invasion est probablement en partie pour ses mines d'or, notamment de Thog Jalung (certains lui donnent une date ultérieure). Une guerre eu alors lieu entre le Tibet, l'Empire moghol et le Ladakh[11].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

À la suite de l'expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904) et de la signature de la Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet, Gartok (ainsi que Yatung et Gyantsé au Tibet central) est ouvert au commerce britannique[14]. Cet accord est un des traités inégaux[15] entre les puissances européennes et asiatiques, il est signé en l'absence de Thubten Gyatso, 13e dalaï-lama qui avait fui au monastère Lamyn Gegeenii Dedlen Khiid, en Mongolie extérieure, proche d'Ourga en raison de l'invasion britannique[16]. Il est amendé et ratifié par la Chine impériale lors du traité de Pékin de 1906.

Après l'intervention militaire chinoise de 1950 - 1951, le Tibet est incorporé à la République populaire de Chine, qui repousse sa frontière sud-ouest au détriment de l'Inde. L'armée populaire de libération pénètre au Ladakh le et construit une route reliant le Xinjiang au Tibet à travers l'Aksai Chin revendiqué par l'Inde[17]. La Guerre sino-indienne éclate en 1962 et l'armée chinoise occupe le territoire de l'Aksai Chin qui sera incorporé aux provinces du Xinjiang et de la Région autonome du Tibet, mais demeure aujourd'hui toujours revendiqué par l'Inde. Ce conflit a renforcé les tensions à la frontière sino-indienne et a causé la perte d'environ 3 000 Indiens et de 900 Chinois, essentiellement militaires[18].

Lors de la Révolution culturelle (1966-1976), de nombreux biens culturels et religieux du Ngari sont mis à sac ou détruits, causant des pertes inestimables[19].

La préfecture de Ngari est établie en 1970 dans le cadre de la région autonome du Tibet créée en 1965.

Démographie[modifier | modifier le code]

La population de la préfecture était estimée à 80 000 habitants en 2004[20]. C'est la préfecture de Chine dont la densité de population est la plus faible, avec 0,23 habitant au km2.

Subdivisions administratives[modifier | modifier le code]

Les districts de la préfecture de Ngari

La préfecture de Ngari exerce sa juridiction sur sept xian :

Nom Tibétain Wylie Chinois Pinyin
xian de Gar སྒར་རྫོང་ sgar rdzong 噶尔县 Gá'ěr Xiàn
xian de Burang སྤུ་ཧྲེང་རྫོང་ spu hreng rdzong 普兰县 Pǔlán Xiàn
xian de Zanda རྩ་མདའ་རྫོང་ rtsa mda' rdzong 札达县 Zhádá Xiàn
xian de Rutog རུ་ཐོག་རྫོང་ ru thog rdzong 日土县 Rìtǔ Xiàn
xian de Gê'gyai དགེ་རྒྱས་རྫོང་ dge rgyas rdzong 革吉县 Géjí Xiàn
xian de Gêrzê སྒེར་རྩེ་རྫོང་ sger rtse rdzong 改则县 Gǎizé Xiàn
xian de Coqên མཚོ་ཆེན་རྫོང་ mtsho chen rdzong 措勤县 Cuòqín Xiàn

Monuments[modifier | modifier le code]

Sur une falaise au-dessus du centre urbain du xian de Burang (appelée aussi Taklakot) se trouvaient l'ancienne forteresse (dzong) de Tegla Kar (le fort du tigre couché) et le monastère de Simbiling (tous deux totalement détruits en 1967 par l'artillerie chinoise pendant la révolution culturelle, le monastère a été partiellement restauré depuis). En dessous se trouve le Tsegu Gompa ou « monastère à neuf étages » qui était probablement un établissement Bön à l'origine[21]. Tsegu couvre de nombreuses terrasses, on peut y accéder par des échelles, et il contient de nombreuses fresques uniques et anciennes, assombries par des siècles de fumée[22].

Il semble que le Tegla Kar ait été construit à l'époque de la dynastie Zhang Zhung qui a été conquise par le roi tibétain Songsten Gampo au cours du début du VIIe siècle. Il est devenu le fort principal du royaume de Purang au Xe siècle sous le règne du roi Kori, un des deux fils de Tashi Gon, le roi du royaume de Gugé. Le royaume de Purang aurait disparu au XVe siècle.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Codes postaux et téléphoniques de la région autonome du Tibet, (en) China Zip Code/ Telephone Code, ChinaTravel
  2. Nicola Schneider, Le renoncement au féminin: Couvents et nonnes dans le bouddhisme tibétain, p. 10
  3. John Vincent Bellezza, 2009, http://www.tibetarchaeology.com/october-2009/
  4. (en) John Vincent Bellezza, Zhang Zhung, Foundations of Civilization in Tibet. A Historical and Ethnoarchaeological Study of the Monuments, Rock Art, Texts, and Oral Tradition of the Ancient Tibetan Upland, Denkschriften der phil.-hist. Klasse 368. Beitraege zur Kultur- und Geistesgeschichte Asiens 61, Verlag der Oesterreichischen Akademie der Wissenschaften, Wien 2008.
  5. John Vincent Bellezza, http://www.tibetarchaeology.com/october-2009/ , 2009.
  6. a et b Shakabpa 2010, p. 177.
  7. (en) Matthew T. Kapstein, The Tibetans, Malden, MA ; Oxford, Blackwell Pub., (lire en ligne), p. 77
  8. (en) F. W. Mote, Imperial China 900-1800, Harvard University Press, (lire en ligne), p. 501
  9. a et b (en) Melissa R. Kerin, Art and Devotion at a Buddhist Temple in the Indian Himalaya (lire en ligne), p. 19 « This relatively undocumented period corresponds to the period of foreign rule by the Mongols of the Yuan dynasty, which lasted for nearly a century (1271-1368). Yuan dynasty, which lasted for nearly a century (1271-1368). It should be noted that some scholars are hesitant to suggest that the Yuan dynasty had a direct effect in the western region — which was physically far removed from central Tibetan politicals orbits—because of a dearth of substansive evidence suggesting direct Yuan control. As Roberto Vitali's critical reading of the Mnga'ris rgyal rabs reveals, the hundread-year interruption in West Tibet's suzereainty coincides with an escalation in Sakya, and therefore Yuan, control of Ngari. Moreover, based on a translation of documents from Zha lu (Shaly), a Sakya pa monastery in Central Tibet, Giuseppe Tucci also suggested that West Tibet was indeed under the control of the Greater Yuan Empire during the fourteenth century. »
  10. (en) Melissa R. Kerin, Art and Devotion at a Buddhist Temple in the Indian Himalaya (lire en ligne), p. 211-212 « Immediatly after the end of Grags.pa.lde's reign, in the years 1277-1280, Gu.ge passed under the Sa.skya.pa-s, who ruled locally by means of their Khab Gung.thang and Zhwa.lu feudatories. This is the most obscure period in the history of Ngari skor gsum and other territories of Stod. » « During the years 1288-1368 central Tibet including Lower (sMad) mNga'-ris, was governed by the Yuan (Mongol) dynasty of China in partenership with the Sa-skya-pa sect. »
  11. a et b (en) The Mongolia-Tibet Interface: Opening New Research Terrains in Inner Asia, International Association for Tibetan Studies (lire en ligne), p. 88
  12. René Grousset, « L’Empire des steppes — Attila, Gengis-khan, Tamerlan », Classiques de l'Université du Québec à Chicoutimi, 1938, p. 645 : « Dans une première expédition (vers 1639 ?), il entra au Tibet, et défit tous les ennemis du dalaï-lama, tant partisans du clergé rouge que sectateurs de la vieille sorcellerie bon-po. Au cours d’une deuxième campagne, il fit prisonnier le de-srid de gTsang (vers 1642 ?), occupa Lhassa et proclama le dalaï lama Nag-dbang bLo-bzang souverain du Tibet central (Dbus et Tsang). Comme signe de la souveraineté temporelle à lui conférée par le prince khochot, bLo-bzang se fit construire une résidence sur l’emplacement du palais des anciens rois du Tibet, au Potala de Lhassa (1643-1645). En revanche, Gouchi-khan, déjà maître du Koukou-nor, du Tsaïdam et du Tibet septentrional, fut reconnu par le pontife, à Lhassa même, comme protecteur et vicaire temporel de l’Église Jaune. Jusqu’à sa mort en 1656, il fut vraiment, comme l’appelait la cour de Pékin, le « khan des Tibétains » »
  13. (en) Omacanda Handa, Buddhist Western Himalaya : Part1 A politico-religious history, New Delhi, Indus Pub. Co., (ISBN 9788173871245, OCLC 50110316, lire en ligne), p. 150-151
  14. Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet (1904) (traduction en français).
  15. Wang Jiawei et Nyima Gyaincain, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, China intercontinental press, 2003, 367 p., p. 104 : « En vertu de ce traité inégal, le Tibet ne pouvait céder aucune terre ni aucune ressource naturelle à quelque pays étranger que ce soit ».
  16. (en) Sampildondov Chuluun et Uradyn E. Bulag, The Thirteenth Dalai Lama on the Run (1904-1906) (lire en ligne), p. 2
  17. (fr) Serge-André Lemaire, « L'Himalaya indien », sur http://www.zonehimalaya.net/, Zone Himalaya, (consulté le 14 mars 2010) .
  18. (en) This tallies.
  19. John Vincent Bellezza, 2009, http://www.tibetarchaeology.com/october-2009/ "many religious and cultural assets of Ngari were looted or razed, causing losses on an almost unimaginable scale"
  20. (en) Tibet AR population - Source: China Admin Divisions, 2004
  21. (en) Charles Allen, The Search for Shangri-La: A Journey into Tibetan History, Little, Brown and Company, 1999, réimpression 2000 Abacus Books, Londres, (ISBN 0-349-11142-1), p. 55.
  22. (en) Tibet Handbook, Edited by Sarah Thorowgood, Passport Books, Chicago, 1999, (ISBN 0-8442-2190-2), p. 351.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) W.D. Shakabpa, One Hundred Thousand Moons: An Advanced Political History of Tibet, vol. 1, Brill Publishers, (ISBN 9789004177888, lire en ligne)
  • John Vincent Bellezza, Zhang Zhung. Foundations of Civilization in Tibet. A Historical and Ethnoarchaeological Study of the Monuments, Rock Art, Texts, and Oral Tradition of the Ancient Tibetan Upland. Denkschriften der phil.-hist. Klasse 368. Beitraege zur Kultur- und Geistesgeschichte Asiens 61, Verlag der Oesterreichischen Akademie der Wissenschaften, Wien 2008.
  • (en) Roberto Vitali, The kingdoms of Gu.ge Pu.hrang : according to mNga'.ris rgyal.rabs by Gu.ge mkhan.chen Ngag.dbang grags.pa = [Gu.ge mkhan.chen Ngag.dbang grags.pas mdzad.pa'i mNga'.ris rgyal.rabs bźugf.lagf so], Dharamsala, Tho.ling dpal.dpe med.lhun.gyis grub.pa'i gtsug.lag.khang lo 1000 'khor.ba'i.rjes dran mdzad.sgo'i go.sgrig Tshogs.chung.gis dpar.bskrun zhus.pa'o, (OCLC 611204570)
  • (en) Roberto Vitali, Dge-lugs-pa in Gu-ge and the Western Himalaya (early 15th-late 17th century), Dharamsala, H.P.: Amnye Machen Institute, (ISBN 9788186227565, OCLC 841518888)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]