Güshi Khan

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Güshi Khan
Jokhang,Gushi Khan Fresco.Color.jpg

Güshi Khan, fondateur du Khanat qoshot du Qinghai (ou Khokhonor)

Fonctions
Khan
Khanat qoshot
-
Roi
Tibet
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
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Activité
Père
Fratrie
Enfants
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Religion

Güshi Khan (mongol bitchig : ᠭᠦᠱᠢ
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 ; mongol cyrillique : Гүүш хан (Güüsh khan) ou Гүш хаан (Güsh khaan), également appelé Güüsh khan Törbaikh (Гүүш хан Төрбайх) ; 1582-1655), surnoms de Turughu Bayikhu (Bitchig : ᠲᠦᠷᠦ
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 ; cyrillique : Төрбайх, Töibaikh), est un Khan mongol oïrat, chef de la tribu des Qoshot et l'un des fils de Khanai Noyan Khonggor et Akhai Khatun. En 1640, il entre au Tibet central à la tête d'une armée et défait le roi du Tsang, Karma Tenkyong Wangpo, à Shigatsé[1],[2], tandis que les monastères karma-kagyu, dont Tsourphou, sont saccagés. Fidèle de l'école guélougpa du bouddhisme tibétain, il installe, en 1642, le 5e dalaï-lama, Lobsang Gyatso, jusque-là abbé du monastère guélougpa de Drépoung, comme chef temporel du Tibet, moyennant la reconnaissance par ce dernier du Khan comme « protecteur et vicaire temporel de l’Église Jaune », selon les termes de René Grousset[3]. Après sa victoire, Güshi Khan s'arroge le titre de roi du Tibet (« Khan des Tibétains ») et s'installe à Lhassa. Gardant le pouvoir militaire entre ses mains, il laisse le dalaï-lama et le régent administrer le pays jusqu'à sa mort en 1655[1].

Güshi Khan est le frère de Baibagas Khan[4].

Conquête du Tibet[modifier | modifier le code]

Représentation de Güshi Khan et du 5e dalaï-lama sur une fresque au temple de Jokhang.

Le déba Karma Tenkyong Wangpo, roi Tsangpa, s'allie à Ligdan Khan, khan des Mongols orientaux, les Chogtus, auxquels s'oppose le Qoshot Güshi Khan à la tête d'une coalition mongole[5].

Güshi Khan, le chef de la tribu des Qoshots, une branche des Mongols occidentaux basés en Dzoungarie (la partie nord-est du Xinjiang actuel), s'installe entre 1636 et 1640 autour du Lac Qinghai (également appelé Kokonor, du mongol Khökhnuur)[2].

Güshi Khan, après la conversion de son frère Baibagas en 1620, était devenu un fidèle très dévot de l'école gelugpa du bouddhisme tibétain et de son chef, Lobsang Gyatso, le Ve dalaï-lama. Ce dernier lui demande donc de l'aide lorsque le desi du Tsang, qui est opposé aux guélougpa, prend Lhassa entre 1630 et 1636. Güshi Khan forme une « sainte ligue » pour attaquer les forces anti-guélougpa, les bonnets rouges (kagyupa) et les böns[2], dans l'Amdo et le Kham[1].

En 1638, il se rend au Tibet en pèlerinage et rencontre le Ve dalaï-lama[6],[7],[8] et l'assure de son soutien, recevant en retour le titre symbolique héréditaire de « roi de religion, détenteur de l'enseignement ». Il souhaite devenir le roi du Tibet, mais le Xe karmapa (kagyupa), allié de Karma Tenkyong Wangpo, presse ce dernier de maintenir la paix. Le dalaï-lama tente à son tour de calmer les tensions auprès des Mongols, mais ils sont sollicités par son intendant Sonam Chöpel. Karma Tenkyong Wangpo détourne les hostilités dans le Kham, où les tenants du bön sont majoritaires, et où il soutient le prince de Béri qu'il encourage à attaquer les monastères guélougpa locaux dont celui de Litang. Güshi Khan chasse alors les Mongols Chogtus du Kokonor et attaque la principauté de Béri qu'il vainc rapidement. Il envahit le Kham, y attaquant les monastères karma-kagyu[9].

À la demande de Sonam Chöpel, l'administrateur du Ve dalaï-lama, Güshi Khan entre au Tibet à la tête d'une expédition (vers 1642) et attaque le roi du Tsang, Karma Tenkyong Wangpo, dans sa ville de Shigatsé. Défait, celui-ci est capturé et exécuté[1],[2]. Les monastères karma-kagyu, dont Tsourphou, sont saccagés. Certains proches du dalaï-lama font envoyer des troupes dans le campement du karmapa, entraînant de nombreux morts. Le karmapa aide les survivants à s’échapper et se réfugie, avec son serviteur Zuntou Zangpo, au Bhoutan[6].

Güshi Khan installe au pouvoir au Tibet les guélougpas et Lobsang Gyatso, lequel, en contrepartie, place le Tibet sous la protection de la tribu Qoshot[2]. Güshi Khan met fin à la période Phagmodrupa (1351-1642) et inaugure la période dite du Ganden Phodrang (1642-1959).

Selon Lama Kunsang et Marie Aubèle, alors que Güshi Khan s’apprêtait à envahir le Tibet à la demande de Sonam Chöpel, le Xe karmapa, Chöying Dorje, écrivit au dalaï-lama, lui demandant d'intervenir au nom de la non-violence du dharma. Le dalaï-lama répondit avoir l'assurance que l'intervention ne serait pas militaire, mais ne put empêcher les visées politiques de son serviteur et les troupes mongoles déferlèrent au Tibet en 1639. Le dalaï-lama exigea alors de rencontrer le khan pour le dissuader de poursuivre ses destructions sans y parvenir. Le khan imposa ses forces dans l'ensemble du Kham et, en 1641, il atteignit Lhassa[6].

Installation du Ve dalaï-lama comme chef temporel[modifier | modifier le code]

En 1642, Güshi Khan confère le pouvoir temporel sur le Tibet central (Dbus et Tsang) à Lobsang Gyatso, Ve dalaï-lama, jusque là abbé du monastère de Drépoung[10]. Selon Lama Kunsang et Marie Aubèle, le dalaï-lama accepte l'intronisation, notamment pour s'efforcer d'unifier le Tibet et obtenir la fin des conflits[6]. Comme signe de la souveraineté temporelle qui lui est conférée, le Ve dalaï-lama se fait bâtir une résidence sur l’emplacement du palais des anciens rois du Tibet, au Potala de Lhassa (1643-1645)[11].

Nomination du régent[modifier | modifier le code]

En contrepartie, Güshi Khan nomme comme régent (desi) Sonam Chöpel, qu'il charge de la gestion des affaires courantes de l'État[1]. Lui-même conserve le pouvoir militaire[12]. Du fait du mode de succession par réincarnation du dalaï-lama, la question se pose de l'exercice du pouvoir pendant sa minorité. Le problème est résolu en faisant assurer l'intérim par le régent[12].

L'école des Bonnets rouges, les karma-kagyu, rivale de l'école des Bonnets jaunes, se voit dépouillée d'une bonne partie de ses richesses et propriétés. Nombre de ses monastères sont transformés de force en monastères guélougpas[1]. Pour Jean Dif, la prise du pouvoir par le Ve dalaï-lama peut s'interpréter comme une guerre civile entre guélougpas et kagyupas, les premiers triomphant en s'appuyant sur une intervention militaire étrangère[1].

Retour du Xe karmapa à Lhassa[modifier | modifier le code]

Le Xe karmapa, qui s'est réfugié pendant plus de 25 ans dans le cheftaine du Yunnan (zh) (chinois : 云南土司 ; pinyin : Yúnnán tǔsī, à Lijiang (appelé Jang en tibétain), fait son retour à Lhassa en 1673 après amélioration de la situation politique. Il rencontre le dalaï-lama, qui en reconnaissance d'avoir œuvré à apaiser les conflits, lui confirme qu'il peut revenir à Tsourphou, tandis que le VIIe Sharmar s’installera à Yangpachen, et le Ve Nénang Pawo Rinpoché Tsouglag Trinlé Gyatso au monastère de Nénang (zh), lequel devient son siège officiel. Pour sceller le retour de l'harmonie entre les lignées guéloug et karma-kagyu, le Ve dalaï-lama donna les vœux de moines au Ve Nénang Pawo et au VIe Gyaltsab Rinpoché Norbu Zangpo[13].

Güshi Khan, roi du Tibet[modifier | modifier le code]

Représentation du 5e dalaï-lama et d'une statue de Güshi Khan dans l'entrée du Potala d'après un dessin de Johann Grueber publié en 1667 par Athanasius Kircher dans China illustrata.

Après sa victoire, Güshi Khan ne retourne pas pour autant avec son armée en Amdo. Il s'arroge le titre de roi du Tibet pour lui-même et ses descendants et s'installe dans le Tibet central, passant l'été dans des pâturages au nord de Lhassa et l'hiver à Lhassa. Gardant le pouvoir militaire entre ses mains, il laisse le dalaï-lama et le régent administrer le pays[1].

En janvier 1655, Güshi Khan meurt. Son fils, Dayan Otschir Khan, lui succède, régnant de 1655 à 1668. Des dix fils de Güshi Khan, huit se sont installés avec leurs tribus respectives dans la région du lac Qinghai, dans l'actuelle province du Qinghai, où ils ne cessent de faire la guerre contre les Dzoungars pour des questions de territoire. L'empereur de Chine Qing Kangxi intervient pour remettre de l'ordre et place le dalaï-lama comme chef temporel du Tibet à Lhassa le et chef religieux de l'Empire sino-mandchou[14],[15].

Les Mongols finissent par se tibétaniser[évasif] et jouent un rôle important dans l'essor de l'ordre guélougpa en Amdo[16].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h (en) The Snow lion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama, University of California Press, 1997, (ISBN 0520212541 et 9780520212541), 152 p., chap. « The Imperial Era », sous-chap. « The Rise of the Geluk Sect in Tibet », p. 9-10.
  2. a, b, c, d et e René Grousset, « L’Empire des steppes — Attila, Gengis-khan, Tamerlan », Classiques de l'université du Québec à Chicoutimi, 1938. Voir le chapitre « Le khanat khochot du Tsaïdam et du Koukou-nor, protecteur de l’Église tibétaine (pages 644 à 647) ».
  3. René Grousset, « L’Empire des steppes — Attila, Gengis-khan, Tamerlan », Classiques de l'Université du Québec à Chicoutimi, 1938, p. 645 : « Dans une première expédition (vers 1639 ?), il entra au Tibet, et défit tous les ennemis du dalaï-lama, tant partisans du clergé rouge que sectateurs de la vieille sorcellerie bon-po. Au cours d’une deuxième campagne, il fit prisonnier le de-srid de gTsang (vers 1642 ?), occupa Lhassa et proclama le dalaï lama Nag-dbang bLo-bzang souverain du Tibet central (Dbus et Tsang). Comme signe de la souveraineté temporelle à lui conférée par le prince khochot, bLo-bzang se fit construire une résidence sur l’emplacement du palais des anciens rois du Tibet, au Potala de Lhassa (1643-1645). En revanche, Gouchi-khan, déjà maître du Koukou-nor, du Tsaïdam et du Tibet septentrional, fut reconnu par le pontife, à Lhassa même, comme protecteur et vicaire temporel de l’Église Jaune. Jusqu’à sa mort en 1656, il fut vraiment, comme l’appelait la cour de Pékin, le « khan des Tibétains » »
  4. René Grousset, « L'Empire des steppes, section « Le khanat khochot du Tsaïdam et du Koukou-nor, protecteur de l’Église tibétaine », p. 645 », .
  5. Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, p. 143.
  6. a, b, c et d Lama Kunsang & Marie Aubèle, L'Odyssée des Karmapas, La grande histoire des lamas à la coiffe noire, Ed. Albin Michel (2011), (ISBN 978-2-226-22150-6), p. 200-2001.
  7. Glenn H. Mullin, Les Quatorze Dalaï-lamas, préface du 14e dalaï-lama, traduction Philippe Beaudoin, éditions du Rocher, 2004, (ISBN 2268050300), p. 239.
  8. Laurent Deshayes, op. cit., p. 144.
  9. Laurent Deshayes, op. cit., p. 144-145.
  10. (en) Samten G. Karmay, Religion and Politics: commentary, septembre 2008 : « in 1642 the Tsang Desi’s government was toppled by the combined forces of Tibetans and Mongols at the instigation of the Gelug sect which effectively empowered the Fifth Dalai Lama (1617-1685), as the head of state. He had been, until 1642, merely the abbot of Drepung Monastery. »
  11. René Grousset, L’empire des steppes, op. cit., p. 645-646.
  12. a et b Jean Dif, « Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde (Suite 1) ».
  13. Lama Kunsang & Marie Aubèle, op. cit., p. 202-203.
  14. Ram Rahul, Central Asia : an outline, New Delhi, Concept Publishing Company, (ISBN 9788170226796, OCLC 44211475, présentation en ligne)
  15. (en) William Woodville Rockhill, « The Dalai Lama of Lhasa », p. 41
  16. (en) Samten G. Karmay, The Great Fifth, in The Newsletter, 39, Winter 2005, International Institute for Asian Studies, p. 2 : « Eight of Gushri Khan’s ten sons and their respective tribes had settled there in 1638, after their arrival from western Mongolia, and constantly quarrelled over territory. [...]. Over time the region’s Mongols were completely Tibetanized but continued to enjoy prestige among the Tibetans as Gushri Khan’s descendants and played a significant role in the Gelug Order’s expansion in Amdo ».

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