Ladakh

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Localisation du Ladakh traditionnel.

Le Ladakh, ou autrefois Ladak[1] ou pays de Ladak[2] (« pays des hautes passes ») (ladakhi : ལ་དྭགས (la'dwags) ; tibétain : ལ་དྭགས།, Wylie : la-dwags ; hindi : लद्दाख़ (laddākh); ourdou : لَدّاخ‎), est une région située dans la partie orientale de l'État indien du Jammu-et-Cachemire, dont elle occupe plus de la moitié de la superficie et dont elle est la zone la moins peuplée.

Également appelé le Petit Tibet[3],[4] (anciennement Petit Thibet)[2],[1],[5],[6],[7], Tibet indien ou Tibet occidental[8], le Ladakh a pour religions principales le bouddhisme tibétain pour 50 % de la population et l'islam pour 46 % de la population à la date de 2009[9]. Sa ville la plus importante est Leh (གླེ་).

Route empierrée à travers la haute montagne avec des drapeaux colorés sur ses cotés.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Ladakh, est la translittération en persan du tibetain "La-dvags", qui est garanti par la prononciation du mot dans plusieurs districts tibétains[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du Ladakh.
Le monastère de Tikse
L'étendue territoriale du Ladakh pendant le règne du roi Nyimagon vers 975 A. D.-1000 A.D. comme décrit dans A History of Western Tibet by A.H. Francke, 1907

Des gravures rupestres, trouvées dans de nombreux endroits du Ladakh, indiquent que la région a été habitée dès le Néolithique.

Tibétanisé[11] au Xe siècle, le Ladakh était auparavant peuplé de tribus Dardes et Mons. Au Xe siècle, lors de l'ère de la fragmentation, Nyimagön, un descendant des empereurs de l'Empire du Tibet, s'installe à Shey et forme ainsi la première dynastie tibétaine du Ladakh, les Lhachens. À la charnière des XVe et XVIe siècles, une branche cousine prend le pouvoir sous le nom de dynastie Namgyal. À la fin du XVIIe siècle, à la suite d'une rupture des relations avec le Tibet, sous le règne de Gushi Khan, roi mongol qoshot du Tibet et de Lobsang Gyatso, 5e dalaï-lama, chef spirituel, le nouveau gouvernement tente d'envahir le royaume de Gugé qui était sous contrôle du Ladakh. Le Cachemire aide alors le Ladakh dans la restauration de sa souveraineté, cette aide a un prix arbitré par le traité de Temisgam en 1684. Au début du XIXe siècle, les Dogras du Jammu voisin et du Penjab s'intéressent au Ladakh. Après plusieurs invasions, le général Zorawar Singh parvient à soumettre les Ladakhis et continue sa conquête vers le Tibet, où il se fera tuer. Le traité de paix tibéto-ladakhi de 1842 est signé à la résidence de Gulâb Singh. Le Tibet et le Ladakh confirment leurs frontières respectives et renouvellent leur engagement d'amitié. Tout comme pour le conflit de 1681-1683, cette guerre a un caractère plus économique que religieux ou territorial ; en effet, le but étant de contrôler le commerce de la laine. Le traité de paix tibéto-ladakhi de 1842 est confirmé en 1852 par un nouvel accord commercial[12].

Carte de l'Empire chinois en 1836 par Adrien-Hubert Brué au sein du quel se trouve le « Petit Thibet » comprenant « Ladak »

La Principauté du Jammu-et-Cachemire finira d'ailleurs par envahir le royaume, mettant fin à son indépendance[Quand ?] et entraînant, à terme[Quand ?], son intégration dans l'Inde britannique.

Le territoire originel du royaume est maintenant divisé entre l'Inde, le Pakistan et l'Aksai Chin, un district conquis par la Chine à la suite du conflit sino-indien de 1962.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le désert de Moon.
Photo ancienne du monastère d'Hemis.

Le Ladakh est la région de l'Inde à l'altitude moyenne la plus élevée, une grande partie de son territoire dépassant les 3 000 m. Il est dominé au nord par les montagnes du Karakoram, au sud par l'Himalaya et à l'ouest par le Pir Panjal.

Le Ladakh historique se composait de plusieurs régions distinctes, la plupart aujourd'hui sous administration indienne :

  • la vallée supérieure de l'Indus, une région plutôt peuplée,
  • les vallées éloignées du Zanskar, au sud, et de la Nubra, au nord, auxquelles on accède par une des routes carrossables les plus hautes du monde (col de Kardung, 5 359 m),
  • l'Aksai Chin, sous administration chinoise, inhabitée,
  • le Purig, la vallée de Kargil et de Suru à l'ouest, à population majoritairement chiite, où se trouve Kargil, la seconde ville du Ladakh par sa population.

La région de Skardu, de population entièrement musulmane, sous administration pakistanaise, est parfois rattachée à la géographie ladakhie. Cependant, la région de Skardu est une région distincte du Ladakh et est appelée « Baltistan ».

Aujourd'hui, le Ladakh appartient à l'État du Jammu-et-Cachemire, il est divisé en deux tehsil : le tehsil de Leh et le tehsil de Kargil qui englobe le Zanskar. Le statut administratif du Ladakh préoccupe de plus en plus les partis politiques locaux qui dénoncent l'islamisation de la région et la perte de l'identité culturelle et religieuse du Ladakh à cause du statut de cette immense région plus étendue que l'État dans lequel elle est située.

Le gouvernement indien est en train d'étudier la création d'un État à majorité bouddhiste séparé du Jammu-et-Cachemire.

Population[modifier | modifier le code]

Il conviendrait de nommer les habitants du Ladakh les Ladakhpa (ལ་དྭགས་པ།), mais l'usage occidental s'est arrêté sur le terme Ladakhi. À la différence du Jammu hindou et du Cachemire principalement musulman, le Ladakh est une région majoritairement bouddhiste, la plupart des Ladakhis suivant la forme tibétaine du bouddhisme avec 50 % de la population et l'islam cachemiri avec 46 % de la population[9]. On y trouve, en effet, un nombre élevé de monastères bouddhistes comme Spituk, Tikse, Hemis, Alchi, Stongdey et Lamayuru, gompa ayant la signification de monastère.

La plupart des habitants de la région parlent le ladakhi, un dialecte proche du tibétain. On note cependant des différences nettes concernant la grammaire et la prononciation. De ce point de vue, le ladakhi est parfois considéré comme une langue tibétique proche du tibétain ancien. Il est assez facile, pour une personne parlant le tibétain, d'apprendre le ladakhi. L'inverse est moins évident.

Économie[modifier | modifier le code]

La crise du Cachemire ayant rendu cette région, autrefois très prisée des touristes, extrêmement peu sûre, hormis la ville de Srinagar, le gouvernement indien favorise un transfert d'activités touristiques vers le Ladakh oriental, bouddhiste, et ses possibilités de trekking, la région n'étant quasiment pas affectée par les évènements de la partie occidentale de l'État. Le tourisme est ainsi en train de devenir la première source de revenus de cette région dont l'économie était, autrefois, essentiellement basée sur une agriculture de subsistance.

Depuis le début des années 1980, une association française, le Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités, promeut l’utilisation des énergies renouvelables, notamment par la construction de maisons bioclimatiques à l’énergie solaire ainsi que des serres solaires (en) pour la culture de légumes. Un Ladakhi, ingénieur en retraite, a inventé la construction de glaciers artificiels en utilisant des murs de pierre, favorisant l'apport d'eau pour les agriculteurs, l'eau de ces glaciers fondant plus tôt au printemps, elle permet de semer plus tôt, améliorant les récoltes[13].

Aujourd'hui, l'agriculture qui était auparavant de subsistance commence de plus en plus à se transformer en agriculture intensive, surtout dans la vallée de l'Indus et dans les vallées entourant Leh.

Transports[modifier | modifier le code]

Le couloir principal pour les échanges et le commerce du secteur est passé de l'itinéraire Col de Zoji-La - Kargil vers Srinagar à celui de la route de montagne de Manali-Leh depuis l'Himachal Pradesh. Leh comporte un aéroport d'où partent des vols quotidiens pour Delhi et Srinagar. Des vols desservent également les villes de Chandigarh et Jammu[14].

Culture[modifier | modifier le code]

Selon l'anthropologue Ravina Aggarwal, spécialiste du Ladakh, alors que les auteurs étrangers mettent le Ladakh dans le même panier que le Tibet et se représentent sa culture comme essentiellement tibétaine, les Ladakhis eux-mêmes ne se revendiquent pas comme tibétains sur le plan politique ou idéologique[8].

Galerie[modifier | modifier le code]

Personnalités[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notes sur le Thibet », Bulletin de la Société de géographie, Société de géographie, t. 11,‎ , p. 256 (lire en ligne) « Voici d'abord la grande route anglaise qui de Simla, remontant le Sulteje, conduit à la frontière occidentale du Thibet, province de Ngari, riche en pâturage et en mines d'or, et au Ladak ou Petit Thibet ; »
  2. a et b M.L. Aimé-Martin, Lettres édifiantes et curieuses concernant l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, t. 4, Paris, Société du Panthéon littéraire, (lire en ligne), p. 22 « La province de Ngari comprend le Thibet occidental, petit Thibet ou pays de Ladak. »
  3. https://books.google.com/books?id=UcaFAgAAQBAJ&pg=PA586&dq=ladakh+petit+tibet&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwiK0KHaxfHRAhVCIJoKHYDPDwgQ6AEIPTAF#v=onepage&q=ladakh%20petit%20tibet&f=false
  4. http://www.nytimes.com/2006/08/27/travel/27surf.html
  5. (Malte-Brun et Malte-Brun 1856, p. 248) « La plus courte route pour aller à Cashgar serait de passer par le Grand-Thibet Mais cela n'étant pas permis, on passe par le Petit-Thibet, dont la capitale, Eskerdon (Askardon), est à huit journées des limites nord de Cachemire. »
  6. Anton Friedrich Büsching, Géographie de Busching. Tartarie, Chine, Japon, Inde, Isles, Lausanne, Société typographique, 1776-1782 (notice BnF no FRBNF30179696, lire en ligne) « Les jésuites lui on donné le nom de Grand-Thibet : M.Bogle dit que les habitans lui donnent le nom de Docpg ; il a au couchant le petit Thibet & l'Indoustan, au nord le royaume de Lassa ou le grand Thibet, au midi le royaume de Bengale »
  7. « Petit Thibet » a été utilisé également pour dénommer le Baltistan, cf. Pierre Larousse, Larousse universel en 2 volumes, t. 1, Paris, Larousse, (notice BnF no FRBNF30743417, lire en ligne), p. 194 « Baltistan ou Petit Thibet, région montagneuse de l'Asie anglaise, au N.-O. de l'Hindoustan ».
  8. a et b (en) Ravina Aggarwal, From Utopia to Heterotopia. Toward an Anthropology of Ladakh, pp. 21-28, in Henry Osmaston, Nawang Tsering (Eds), Recent Research on Ladakh 6: Proceedings of the Sixth International Colloquium on Ladakh, Leh 1993, International Association for Ladakh, Motilal Banarsidass Publ., 1997, (ISBN 8120814320 et 9788120814325), p. 23 « In academic literature, Ladakh has often been encapsulated under the domain of Tibet ("Indian Tibet", "Western Tibet", "Littel Tibet") even though no Ladakhi that I have ever met classifies himself or herself as Tibetan, politically nor ideologically. The rationalization forwarded is that Ladakh may be formally situated in India but that its culture is basically Tibetan. »
  9. a et b (en) « The Future of Kashmir », sur BBC
  10. A. H. Francke, (1926), Vol. I, p. 93, notes.
  11. Voir Histoire du Ladakh#2. La première dynastie tibétaine, les Lhachen
  12. Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, pages 194 et suivantes, (ISBN 978-2213595023).
  13. Arnaud Jouve, Anne-Cécile Bras, Un regard environnemental sur l'environnement, RFI.
  14. Network map - Indian Airlines.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Delaballe, Les nourritures du partage et de la discorde : étude des relations sociales entre bouddhistes et musulmans du Ladakh au travers de l'analyse des échanges alimentaires, École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2006, 374 p. (thèse de doctorat d'Ethnologie et anthropologie sociale)
  • Pascale Dollfus, Lieu de neige et de genévriers : organisation sociale et religieuse des communautés bouddhistes du Ladakh, Ed. du CNRS, Paris, 2005, 282 p., (ISBN 2-271-06369-8)
  • Pascale Dollfus, La maison des villageois bouddhistes du Ladakh central, in D. Blamont, G. Toffin, Architecture, milieu et société en Himalaya (Etudes himalayennes n° 1), CNRS Editions, , 1987, pp. 207-228
  • Patrick Kaplanian, Le Ladakh et l'Himalaya de l'Ouest, Éd. de l'Adret, Paris, 2003, 400 p., (ISBN 2-907629-66-2)
  • Valérie Labbal, Travail de la terre, travail de la pierre. Des modes de mise en valeur des milieux arides par les sociétés himalayennes : L'exemple du Ladakh, Université de Provence, 2001, 440 p. (thèse de doctorat d'Anthropologie)
  • Helena Norberg-Hodge, Quand le développement crée la pauvreté : l'exemple du Ladakh, Fayard, Paris, 2002, 280 p., (ISBN 2-213-61141-6)
  • Laurent Pordié, Médecine traditionnelle et conflits interreligieux au Ladakh, in La Revue de l'Inde, 2007, 7, pp. 157-160
  • Laurent Pordié, La médecine des frontières : influences, humeurs et identités chez les Amchi du Ladakh, Himalaya indien, Université Paul Cézanne (Aix-Marseille), 2008, 407 p. (thèse de doctorat d'Anthropologie)
  • Christiane Roussin, Huit jours suffiront-ils ? : à la découverte du Ladakh, Himalayan dialect, 2009, 183 p., (ISBN 2-9519486-4-6)
  • Claude Gouron, 20 jours au ladakh : voyage photographique au cœur de l'Himalaya indien, Montagne sans frontières, 2009, 152 p., (ISBN 978-2-9536416-1-5)
  • Salomé Deboos, Être musulman au Zanskar, Himalaya indien, Éditions Universitaires Européennes, 2010, 244 p., (ISBN 978-613-1-52976-4)
  • Conrad Malte-Brun et Victor-Adolphe Malte-Brun, Précis de la géographie universelle, Paris, Morizot, (lire en ligne), p. 248

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]