Irène Théry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Théry.
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (novembre 2015).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

Irène Théry
Portrait de Irène Théry

Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie
Naissance (64 ans)
à Aix-en-Provence
Nationalité(s) Drapeau de la France France
Thématique
Formation Lycée ThiersVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession(s) SociologueVoir et modifier les données sur Wikidata
Employeur(s) École des hautes études en sciences socialesVoir et modifier les données sur Wikidata

Irène Théry, née le à Aix-en-Provence, est une sociologue française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études au lycée Thiers de Marseille, elle entre à l'École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (lettres). Agrégée de lettres en 1975, elle est docteur en sociologie en 1983 (Université Paris V, sous la direction de Louis Roussel) : La référence à l'intérêt de l'enfant dans la justice du divorce.

Enseignante, puis chercheur au CNRS, Irène Théry est élue en 1997 directrice d’études à l’EHESS. Elle y est tout d'abord membre associé du Centre de recherches politiques Raymond Aron. En 2001, elle a rejoint le centre Sociologie, histoire et anthropologie des dynamiques culturelles (SHADYC Marseille), devenu au 1er janvier 2010 Centre Norbert Elias. Elle a également été jusqu'en 2009 responsable de la formation doctorale en sciences sociales du pôle régional de Marseille de l’EHESS (Centre de la Vieille Charité).

Spécialisée dans la sociologie du droit, de la famille et de la vie privée, elle travaille sur les transformations contemporaines des liens entre les sexes et les générations. Elle a publié plusieurs ouvrages sur les mutations du droit et de la justice de la famille, sur les familles recomposées et sur le masculin et le féminin.

Ayant introduit le terme de « famille recomposée » en français, elle a dirigé de 1991 à 1997, un réseau international de recherche pluridisciplinaire sur les recompositions familiales (fondé en collaboration avec Marie-Thérèse Meulders-Klein, directrice du Centre de droit de la famille de l'Université catholique de Louvain).

Irène Théry a occupé au cours de sa carrière de nombreuses fonctions :

  • Membre du comité scientifique de l'Institut national des études démographiques (INED)
  • Membre du conseil scientifique de l'EHESS (1999-2004)
  • Membre du Haut Conseil de la population et de la famille (fin de mandat en 2003)
  • Responsable du plan pluriformations de l'EHESS « Genre et sciences sociales » (2005-2009)
  • Membre du Jury du prix Jean-Carbonnier.
  • Membre du Haut Conseil de la famille (HCF) (depuis février 2013)

Elle est membre du comité de rédaction de la revue Esprit.

Elle est nommée chevalier de la Légion d'honneur en 2013.

Participation au débat public[modifier | modifier le code]

Irène Théry est une sociologue engagée dans le débat public. En 1998, elle a rédigé à la demande de Martine Aubry et Élisabeth Guigou, ministres du gouvernement Jospin, le rapport « Couple, filiation et parenté aujourd’hui » préconisant de nombreuses réformes du droit de la famille. Elle y présente une analyse des changements rompant avec les thèses classiques de la « désinstitutionnalisation » de la famille. Pour elle, c'est la dynamique d’égalité des sexes, et non le passage de la valeur « groupe » à la valeur « individu », qui est le principal moteur des transformations contemporaines. Elle y critique l’idéologie qui déprécie radicalement l’institution au nom de la subjectivité et de l’authenticité du « moi », à un moment historique où l’enjeu est de métamorphoser les institutions de la famille et de la parenté pour mettre fin à une conception hiérarchique des sexes dans le couple et la filiation.

Son approche relationnelle du genre (« le genre est une modalité des actions et relations sociales et non un attribut intrinsèque ou une propriété — même acquise — des personnes ») et son attachement aux enjeux de droit sous-jacents aux revendications sociales, sont relativement inhabituels en France et l’exposent parfois à des incompréhensions[réf. nécessaire].

Ainsi, elle a critiqué les premiers projets de contrat ou de partenariat homosexuel (CUC, CUCS) car ils contournaient la question centrale à ses yeux : instituer la notion de « couple de même sexe » en droit français[1]. Cette innovation majeure, proposée par Irène Théry dans son rapport au gouvernement, n’était pas non plus présente initialement dans le projet de loi sur le Pacs débattu en 1998. La notion juridique de « couple de même sexe » a finalement été intégrée à la loi sur Pacs en 1999 à travers un amendement sur le concubinage. Cela n’a pas empêché Irène Théry de critiquer le Pacs pour avoir créé trois classes de couples inégales au plan des droits sociaux et fiscaux : mariés, pacsés, concubins[2].

Sur le mariage homosexuel, elle a exprimé en 1997-1999 ses réticences : bien que favorable à une union solennelle en mairie, elle était opposée au mariage de même sexe car elle ne voyait pas d’issue à la question de la présomption de paternité, « cœur du mariage » selon le doyen Jean Carbonnier. Pour Irène Théry, une présomption de paternité entre personnes de même sexe n’a pas de sens car c’est une présomption de procréation. Mais lorsque le Parti socialiste a déposé en juin 2006 une proposition de loi sur le mariage homosexuel qui répondait à cette question de façon satisfaisante, elle a d’emblée soutenu cette proposition.

Sur l’homoparentalité, elle a dès 1998 proposé dans son rapport les mêmes droits pour tous les beaux-parents, y compris l’adoption simple, quel que soit le couple, homosexuel ou hétérosexuel. Mais elle s’est toujours opposée aux approches prônant l’égalité par l’indifférenciation des sexes. Combattant la formule selon laquelle « les homosexuels n’atteignent pas à la différence des sexes », elle développe l’idée que les relations de même sexe relèvent, comme les relations de sexe opposé, de ce qu’elle nomme la « distinction de sexe »[3]. En 1997-99, elle critique l’adoption plénière ou l’accès à l’AMP pour les couples de même sexe s'ils interviennent sans modification du droit commun de l’adoption ou de l’AMP pour tous, elle écrit alors « c’est du côté des pluriparentalités que se trouve l’espoir ». Ses positions ont suscité des controverses parfois très vives[réf. nécessaire].

Dans ses derniers écrits, son approche « relationnelle » du genre est développée et précisée. Dans Des humains comme les autres, bioéthique, anonymat et genre du don (éd. de l'EHESS, 2010), Irène Théry se rallie à la revendication d’accès des couples de même sexe à l’adoption plénière et à l’AMP, dans la perspective où serait abandonné le modèle traditionnel de filiation mimétique de la procréation. Le droit de l’enfant à son origine et à son histoire permettrait, selon elle, d’instituer un nouveau droit de la filiation à la fois commun à tous et pluraliste…

Irène Théry propose enfin le concept de « présomption de véracité » en complément de celui de la « présomption d'innocence » dans le cadre de l'affaire Dominique Strauss-Kahn (article du Monde daté du 23 mai 2011 « La femme de chambre et le financier »). Ce concept, qui prend parti pour les victimes présumées en matière de violences sexuelles ou conjugales, est une première ébauche en vue de prendre en compte la parole sociale des victimes. Il s'agit d'imposer leur parole comme vraie par défaut sur le plan judiciaire. En revanche, ce concept ne prend pas en compte le phénomène de la dénonciation calomnieuse ou la nécessaire protection de tout individu — homme ou femme — contre l'arbitraire.

En octobre 2013, Dominique Bertinotti, alors ministre déléguée à la famille, lui confie la présidence d'un groupe de réflexion visant à examiner les questions posées par la diversité des modes actuels d'établissement de la filiation. Le rapport publié en avril 2014 comporte deux volumes. Le Volume I «Réflexion prospective sur la filiation» reprend sa proposition d'instaurer une filiation commune et pluraliste ; le Volume II : « Accès aux origines et parentalité, propositions pour une loi famille » veut accorder davantage de garanties aux droits des tiers et de l'enfant, aujourd'hui restreintes selon elle par la confusion entretenue entre existence sociale et filiation dans le débat public[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • 1997
    • Irène Théry et Marianne Schulz, « Le contrat d'union sociale en question », Esprit, no 236,‎ , p. 159-211 (lire en ligne)
    • Jacqueline Remy et Irène Théry, « Non au mariage bis des concubins ! », L'Express,‎ (lire en ligne)
  • 1998
  • 1999
    • Irène Théry, « Pacs, sexualité et différence des sexes », Esprit, no 257,‎ , p. 139-181 (lire en ligne)
  • 2001
    • (en) Claude Martin et Irène Théry, « The PACS and marriage and cohabitation in France », International Journal of Law, Policy and the Family, vol. 15, no 1,‎ , p. 135-158 (lire en ligne)
    • Irène Théry, « Peut-on parler d’une crise de la famille ? : Un point de vue sociologique », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, vol. 49, no 8,‎ , p. 492-501 (DOI 10.1016/S0222-9617(01)80062-3)
  • 2002
    • Irène Théry, « Le nom, entre préséance et préférence », Travail, genre et sociétés, no 7,‎ , p. 189-197 (lire en ligne) (article paru simultanément in Esprit, février)
  • 2003
    • Irène Théry, « Des manières de distinguer les sexes : une lecture de l’ouvrage “Sexe relatif, sexe absolu ?” », Esprit, no 294,‎ , p. 90-106 (lire en ligne)
    • Irène Théry, « Les Françaises entre sphère privée et sphère publique », Nichifutsu Bunka, Tokyo, la Maison franco-japonaise, no 69,‎ (lire en ligne)
    • Irène Théry, « La notion de division par sexes chez Marcel Mauss », L’Année sociologique, vol. 53, no 1,‎ , p. 33-54 (lire en ligne)
  • 2004
    • Irène Théry, « Incompatibilité d’humeur : Du droit du divorce à la théologie du mariage chez John Milton », Esprit,‎ (lire en ligne)
  • 2011
  • 2012
  • 2013
  • 2014
    • Irène Théry, « GPA : pour un débat argumenté et respectueux des personnes », Libération,‎ (lire en ligne)
  • 2015
    • Irène Théry, « GPA : la France doit prendre la maternité au sérieux », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  • 2016
    • Florence Rosier et Irène Théry, « Filiation : « Une immense révolution invisible a eu lieu » », Le Monde,‎ (lire en ligne)
    • Catherine Mallaval et Irène Théry, « Irène Théry : «L’égalité des sexes est le moteur des changements de la famille» », Libération,‎ (lire en ligne)

Chapitres d'ouvrage[modifier | modifier le code]

  • Irène Théry, « De la question de la maternité à celle de la mixité », dans Yvonne Knibiehler (dir.), Maternité, affaire privée, affaire publique, Bayard, (ISBN 978-2-227-13934-3)
  • Irène Théry, « L’énigme de l’égalité. Mariage et différence des sexes dans À la recherche du Bonheur », dans Sandra Laugier et Marc Cerisuelo (dir.), Stanley cavell, cinéma et philosophie, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, (ISBN 978-2-87854-216-5), p. 67-93
  • Irène Théry, « Au-delà de la transgression. Pour une approche socio-anthropologique des mutations de la famille et de la sexualité », dans Gilbert Diatkine, Jean-Claude Arfouillaux, Annette Fréjaville et Auguste N'Guyen (dir.), Éducation et maltraitance, PUF, coll. « Monographies de la psychiatrie de l’enfant », (ISBN 978-2-13-052148-8)
  • Irène Théry, « La vie familiale : la question des définitions », dans Frédéric Sudre (dir.), Le droit au respect de la vie familiale au sens de la Convention européenne des droits de l’homme, Paris/Bruxelles, Bruylant, (ISBN 978-2-8027-1640-2)
  • Irène Théry, « Les trois révolutions du consentement ; pour une approche socio-anthropologique de la sexualité », dans (coll.), Les soins obligés ou l’utopie de la triple entente, Actes du XXXIIIe congrès de la société française de criminologie, Dalloz, (ISBN 978-2-247-05015-4)
  • Irène Théry, « Division des sexes/division par sexes : sur une leçon de Marcel Mauss », dans Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Christine Planté, Michèle Riot-Sarcey, Claude Zaidman (dir.), Le genre comme catégorie d’analyse, Paris, L’Harmattan, coll. « Bibliothèque du féminisme », (ISBN 978-2-7475-4639-3)
  • Irène Théry, « L’individu comme valeur et l’institution des liens de parenté ; éléments pour une sociologie des débat éthiques sur la famille », dans Monique Canto-Sperber (dir.), Éthique d’aujourd’hui, PUF, (ISBN 978-2-13-054304-6)
  • Irène Théry, « Différence des sexes, homosexualité et filiation », dans Martine Gross (dir.), Homoparentalités : État des lieux, Paris, Érès, coll. « La vie de l’enfant », (ISBN 978-2-7492-0388-1), p. 151-178

Film documentaire[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Le contrat d'union civile en question », Esprit, octobre 1997.
  2. « Pacs, sexualité et différence des sexes », Esprit, octobre 1999.
  3. La Distinction de sexe, une nouvelle approche de l’égalité, Odile Jacob, 2007
  4. Rapport "Filiation, origines, parentalité : Le droit face aux nouvelles valeurs de responsabilité générationnelle" présenté par le groupe de travail Filiation, origines, parentalité (Irène THERY présidente et Anne-Marie LEROYER rapporteure), site de l'EHESS, avril 2014.

Liens externes et source[modifier | modifier le code]