Muriel Salmona

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Muriel Salmona
Muriel Salmona en 2013.png
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Muriel Salmona, née le à Chennevières-sur-Marne, est une psychiatre française. Elle est la fondatrice en 2009 et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, organisme d'information et de formation pour les intervenants prenant en charge les victimes de violences, en particulier de violences sexuelles, mais aussi de violences conjugales, de violences faites aux enfants, et de violences liées au terrorisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle fait des études de médecine et soutient, en 1991, à l'université Paris 7 (Bichat) sa thèse de médecine intitulée « Sophie ou les malheurs du désir »[1] sous la direction d'Yves Pélicier, qui consiste en une lecture psychanalytique des Malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur. Elle effectue une spécialisation en psychiatrie à l'université Paris V et réalise un DES de psychiatrie intitulé « Castelli, l'illustrateur-interprète de Sophie ». Après une expérience de plusieurs années de pratique libérale de la psychiatrie[2], elle s'engage dans une pratique professionnelle en lien avec la psychotraumatologie, c'est-à-dire qui prend en compte le traumatisme psychique du patient en lien avec des violences subies et leurs effets[3].

Elle s’attache à mettre en évidence le lien entre les violences subies et la genèse de certains symptômes psychiques ou psychiatriques[4]. Faisant d'abord appel à la notion d'état de stress post-traumatique, elle a développé les notions de colonisation traumatique par l'agresseur[5], de dissociation péri et post-traumatique[6], et de conduites à risque dissociantes[7].

Elle est ainsi amenée à intervenir sur ces questions, auprès de différentes instances, notamment à l'Assemblée nationale[8] pour ce qui concerne l'appareil législatif concernant la prostitution et la prescription des crimes sexuels, au Sénat, au Conseil économique, social et environnemental en ce qui concerne les violences faites aux femmes[9] ou encore devant le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes pour des questions concernant le harcèlement des femmes dans les transports[10]. Elle fait également partie d'un groupe de travail à la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains[11] et elle est membre de la Commission Enfance en France de l’Unicef France, travaillant en partenariat avec d'autres associations qui luttent contre les violences faites aux enfants, aux femmes et contre les violences sexuelles.

Activités associatives[modifier | modifier le code]

Muriel Salmona s'engage également dans des initiatives institutionnelles visant à la reconnaissance de l'impact traumatique des violences et à la prise en compte de ses effets sur les victimes. Dans cette perspective, elle fonde en 2009 une association, Mémoire traumatique et victimologie, dont le but est de donner des informations aux victimes de violences et de proposer des formations aux professionnels de ce champ[2]. Dans le cadre de son association, elle propose des formations et conférences, conçoit des brochures d'information ou donne des interviews sur des sujets touchant au déni des violences sexuelles, notamment aux violences conjugales ou aux viols[12],[13],[14]. A la fin de l'année 2017, à propos de l'affaire Weinstein, un article de l'Obs[15] lui est consacré, dans lequel elle exprime l'opinion que le vent tourne en faveur des victimes de violences sexuelles.

Organisation de colloques[modifier | modifier le code]

  • Violences sexuelles - le corps et la sexualité en otage, novembre 2010.
  • Violences et soins, soins des victimes/victimes des soins, en novembre 2013.
  • Enquête de reconnaissance, mars 2015[16].

Rapports[modifier | modifier le code]

Elle conçoit en 2014, avec Noémie Roland, Emilie Morand, Judith Trinquart, Sokhna Fall et Laure Salmona, une enquête nationale, Impact des violences sexuelles de l'enfance à l'âge adulte[17], dont les résultats sont exposés lors du colloque Enquête de reconnaissance et qui donne lieu à un rapport[18] et à un article[19]. Il en ressort que 81 % des personnes ayant subi des violences sexuelles ont commencé à en subir avant l’âge de 18 ans, que 83 % des victimes de violences n'ont reçu ni protection ni reconnaissance, et que l'accès à des soins spécialisés a été rare et difficile[20],[21], enquête dont Le Monde rend compte[22].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Dans une optique féministe[23], elle cherche à obtenir une amélioration de la protection et des soins pour les victimes de violences sexuelles, adopte une position abolitionniste à l'égard de la prostitution[24], s'engage contre les châtiments corporels envers les enfants[25] et contre les violences sexuelles qu'ils subissent[26] et préconise une évolution des rapports entre hommes et femmes[27].

Le , elle remet à Marlène Schiappa secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes un Manifeste contre l’impunité des crimes sexuels[28], document contenant huit propositions[29] pour une prise en charge globale des victimes[30],[31],[32].

En , alors qu'un rapport sur le viol propose d’insérer dans le Code pénal un âge de non-consentement des mineurs à un acte sexuel[33], tout en différenciant deux seuils, à 13 ans et à 15 ans[34], elle demande, notamment dans une tribune publiée dans L'Humanité[35] « que le Code pénal fixe pour les mineurs un seuil d’âge en dessous duquel toute atteinte sexuelle commise par un adulte est une agression sexuelle ou un viol, avec une présomption irréfragable d’absence de consentement », et que cet âge soit fixé à 15 ans. Après consultation du rapport remis par la Mission pluridisciplinaire sur les infractions sexuelles commises à l’encontre des mineurs, Marlène Schiappa retient l'âge de 15 ans[34], ainsi que le gouvernement[36]. L'examen de cette question et de la position de Muriel Salmona font l'objet d'un article détaillé dans le magazine mensuel culturel américain The Atlantic[37].

En juillet 2018, juste avant le vote au Sénat de la loi Schiappa sur les violences sexistes et sexuelles, elle fait faire par Ipsos un sondage[38] sur l'opinion des Français concernant la fixation d'un âge minimum au dessous duquel toute pénétration sexuelle par un adulte serait considérée comme un viol : 81% des personnes interrogées se déclarent favorables à la fixation d'un tel seuil d'âge[39],[40], 76% à ce que ce seuil d'âge soit fixé à au moins 13 ans. En cas d'inceste ou de handicap du mineur ayant subi l'acte sexuel plus de 90% des personnes interrogées fixent le seuil à 18 ans . Ce sondage corrobore celui réalisé par Harris Interactive à la demande de l'AIVI (Association internationale des victimes d'inceste) et d'autres associations en juin 2018[41]

Campagnes[modifier | modifier le code]

Au sein de son association, elle organise plusieurs campagnes de sensibilisation aux violences sexuelles, notamment Et pourtant c'était un viol[42] , campagnes Stop au déni[43],[44], campagnes contre le harcèlement dans les transports, contre le cyberharcèlement.

En mars 2016 elle publie les résultats d'un sondage qu'elle a fait faire par Ipsos sur les Français et les représentations sur le viol[45],[46] : un des résultats principaux est que 40 % des personnes interrogées pensent qu'une attitude provocante de la victime en public atténue la responsabilité du violeur, ce qui, avec les autres réponses, révèle l'importance des présupposés sur les viols, la prégnance de certains stéréotypes sexistes et de la culture du viol qui met en cause la victime.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Le livre noir des violences sexuelles, Paris, Dunod, [2013] 2018, 384 p. (ISBN 978-2100773374).
  • Violences sexuelles : les 40 questions-réponses incontournables, Paris, Dunod, , 288 p. (ISBN 978-2100738083).
  • Châtiments corporels et violences éducatives. Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses, Paris, Dunod, , 288 p. (ISBN 978-2100755028).

Articles et chapitres d'ouvrage[modifier | modifier le code]

  • « Mécanismes des violences : quelle origine ? », dans Diploweb, 7 novembre 2010 [lire en ligne].
  • « L’impact psychotraumatique des violences sur les enfants : la mémoire traumatique à l’œuvre », La revue de santé scolaire & universitaire, janvier-février 2013, no 19, p. 21-25 [lire en ligne].
  • Dans le dossier « Le traumatisme du viol », Santé mentale, mars 2013, no 176, p. 22-35 :
  • « La prise en charge médicale des enfants victimes », in Dominique Attias et Lucette Khaïat (dir.), Le parcours judiciaire de l’enfant victime, Érès, 2015, (ISBN 9782749248905), p. 45-78
  • « L’emprise ou la dissociation traumatique à l’œuvre » [« Hold or traumatic dissociation at work »], Soins Psychiatr., vol. 39, no 315,‎ mars-avril 2018 (DOI 10.1016/j.spsy.2018.01.004)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thèse de médecine, notice du Sudoc, consultée en ligne le 5 janvier 2016.
  2. a et b Faure 2018.
  3. Emmanuelle Lucas 2016.
  4. (en) Alexander C. McFarlane, « The long-term costs of traumatic stress: intertwined physical and psychological consequences », World Psychiatry, vol. 9,‎ , p. 3-10 (ISSN 1723-8617, PMID 20148146, PMCID 2816923, lire en ligne)
  5. « Ch.23 : le changement dans les psychothérapies de femmes victimes de violences conjugales », dans Roland Coutanceau, Joanna Smith, Psychothérapie et éducation - La question du changement, Paris, Dunod, coll. « Psychothérapies », , 384 p. (ISBN 978-2100727490), p. 237-252
  6. « Ch.29 : la dissociation traumatique et les troubles de la personnalité », dans Roland Coutanceau, Joanna Smith, Troubles de la personnalité, Paris, Dunod, coll. « Psychothérapies », , 552 p. (ISBN 978-2100598694), p. 383-398
  7. « Ch.10 : mémoire traumatique et conduites dissociantes », dans Roland Coutanceau, Joanna Smith, Samuel Lemitre, Trauma et résilience - Victimes et auteurs, Paris, Dunod, coll. « Psychothérapies », , 480 p. (ISBN 978-2100576548), p. 115-120
  8. « Assemblée nationale ~ Compte rendu de réunion de la commission spéciale pour l'examen de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le 31 décembre 2015)
  9. « Combattre toutes les violences faites aux femmes, des plus visibles aux plus insidieuses | Actualités | Actualités et agenda », sur www.lecese.fr (consulté le 31 décembre 2015)
  10. « Harcèlement dans les transports ».
  11. Alexandre Duguet, « Violences sexuelles et autres violences faites aux femmes », Médecine, nos 10-6,‎ , p. 262-8 (ISSN 1952-4196, lire en ligne)
  12. « Muriel Salmona «La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif» », sur L'Humanité (consulté le 3 janvier 2016)
  13. « Muriel Salmona « Des femmes dans un mode de survie extrême » », sur L'Humanité (consulté le 3 janvier 2016)
  14. « Long format | 50 nuances de Grey : la sexualité en danger ? », sur Le Figaro (consulté le 3 janvier 2016)
  15. Elodie Lepage, « Muriel Salmona : Le vent tourne en faveur des victimes de violences sexuelles », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  16. « Colloque Enquête de Reconnaissance », sur YouTube (consulté le 2 janvier 2016)
  17. « Enquête de reconnaissance : revue de presse », sur memoiretraumatique.org,
  18. « Rapport : enquête de reconnaissance 2015 »
  19. Noémie Roland et al., « Impact des violences sexuelles : le rôle des professionnels de santé Dans le cadre de la campagne « Stop au Déni » », Médecine, vol. 12, no 6,‎ , p. 285-288 (ISSN 1777-2044, lire en ligne)
  20. « Publication des résultats de l'enquête auprès des victimes de violences sexuelles | Observatoire National de L'Enfance en Danger | Oned », sur www.oned.gouv.fr
  21. « lettre de l'ONVF n°6 mai 2015 », sur http://stop-violences-femmes.gouv.fr,
  22. Gaelle Dupont, « Les violences sexuelles touchent en majorité les enfants », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  23. Geraldine Brown, « Muriel Salmona : Le livre noir des violences sexuelles », Nouvelles Questions Féministes, vol. Vol. 34,‎ , p. 136–139 (ISSN 0248-4951, lire en ligne)
  24. « prostitution : abolition ! », sur www.abolition2012.fr
  25. « Pourquoi interdire les punitions corporelles au sein de la famille est une priorité humaine et de santé publique | Blog | Le Club de Mediapart », sur Club de Mediapart
  26. Gaëlle Dupont, « Violences sexuelles sur les enfants : le déni des adultes », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  27. Collectif, Penser un monde nouveau, Paris, Editions de l'Humanité, , 222 p. (ISBN 978-2-90-217416-4)
  28. Muriel Salmona, « Manifeste contre l'impunité des crimes sexuels », sur https://manifestecontrelimpunite.blogspot.fr/, (consulté le 13 mars 2018).
  29. Sandra Lorenzo, « Le contenu du manifeste contre l'impunité des crimes sexuels présenté à Marlène Schiappa », sur https://www.huffingtonpost.fr, (consulté le 13 mars 2018).
  30. Emmanuelle Lucas, « Violences sexuelles, des pistes pour reconnaître et protéger les victimes », sur https://www.la-croix.com, (consulté le 13 mars 2018).
  31. Lola Fourmy, « Le manifeste contre les crimes sexuels prône l’information contre la culture du déni », sur https://www.franceinter.fr, (consulté le 13 mars 2018).
  32. Anaïs Moran, « Violences sexuelles : « La justice participe à la loi du silence » », sur http://www.liberation.fr, (consulté le 13 mars 2018).
  33. Sophie Auconie, Marie-Pierre Rixain, « Rapport d'information sur le viol », sur http://www.assemblee-nationale.fr/, (consulté le 12 mars 2018).
  34. a et b Héléna Berkaoui, « L'âge du consentement sexuel fixé à 15 ans », sur https://www.publicsenat.fr, (consulté le 12 mars 2018).
  35. Fatima Benomar, Muriel Salmona, Katia Dubreuil, Michel Martzloff, « Faut-il légiférer sur un âge du consentement sexuel ? », sur https://www.humanite.fr/, (consulté le 12 mars 2018).
  36. Marie-Alix Dagry, « Consentement sexuel: l'âge de 15 ans retenu par le gouvernement », sur http://www.lefigaro.fr, (consulté le 13 mars 2018).
  37. (en) Marie Doezema, « France, Where Age of Consent Is Up for Debate », sur https://www.theatlantic.com/, (consulté le 12 mars 2018).
  38. Anthony Barea, « Violences sexuelles sur mineurs : comment lutter ? », sur www.ipsos.com, (consulté le 17 août 2018).
  39. Agnès Leclair, « Les Français favorables à une loi sur un âge du consentement sexuel des mineurs », sur http://www.lefigaro.fr/, (consulté le 17 août 2018).
  40. Marie Boetti, « Consentement sexuel: plus de 80% des Français pour un âge minimum », sur www.huffingtonpost.fr, (consulté le 17 août 2018).
  41. « Sondage : 95% des Français pour un seuil d'âge à 15 ans ou plus », sur https://aivi.org/, (consulté le 17 août 2018).
  42. « Et pourtant c'était un viol », sur youtube.com,
  43. « Campagne 2014 »
  44. « Campagne 2015 », sur STOP AU DÉNI (consulté le 2 janvier 2016)
  45. « Fausses accusations, «non» veut dire «oui» : les stéréotypes sur le viol ont la vie dure », sur Libération.fr (consulté le 20 mars 2016)
  46. Magazine Marianne, « Viol : ces affligeantes idées qui nous habitent », sur Marianne (consulté le 20 mars 2016)
  47. Décret du 13 juillet 2018, JORF n°0161 du 14 juillet 2018 texte n° 6 [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuelle Lucas, « Muriel Salmona, aux sources de la violence », La Croix,‎ (lire en ligne)
  • Valentine Faure, « Muriel Salmona, la psy qui se bat pour les victimes d'amnésie traumatique », Marie-Claire,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]