Livre de Josué

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Josué
Image illustrative de l’article Livre de Josué
Prise de Jéricho (enluminure de Jean Fouquet)

Titre dans le Tanakh Sefer Yehoshua
Auteur traditionnel Josué[1] ou Samuel[2]
Auteur(s) selon l'exégèse Plusieurs auteurs anonymes
Datation traditionnelle XVe-VIIe siècle av. J.-C.
Datation historique VIIe-IIe siècle av. J.-C.
Nombre de chapitres 24
Classification
Tanakh Nevi'im
Canon chrétien Livres historiques

Le livre de Josué (en hébreu ספר יהושע sefer Yehoshua) est le premier livre des Prophètes dans le Tanakh, la Bible hébraïque, et le premier livre historique de l'Ancien Testament chrétien. Il fait suite au Pentateuque, qui se termine par la mort de Moïse aux portes du pays de Canaan. Le livre relate la conquête du pays promis sous la direction de Josué dont il porte le nom. Y figurent notamment l'épisode des « Trompettes de Jéricho » et la bataille où Josué arrête le soleil et la lune. Il fait partie de l'ensemble de textes appelé Hexateuque.

La conquête de Canaan par les Enfants d'Israël commence par le centre du pays et la destruction spectaculaire et miraculeuse de Jéricho[3]. Après la conquête des territoires de Benjamin et d'Ephraïm, elle se poursuit par une campagne en direction du sud puis en direction du nord. Elle se termine par la prise d'Hazor[4].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le livre commence par une brève introduction où Josué confirme son engagement face aux tribus d'Israël (chapitre 1). Les chapitres 1 à 12 racontent l'invasion de Canaan avec l'épisode des « Trompettes de Jéricho » et de la bataille où Josué arrête le soleil et la lune (chap 10, 12-14)[N 1]. Ensuite, Josué conquiert Jéricho, et Sichem, puis fait alliance avec les Gabaonites. Apprenant cette alliance, cinq rois amorites (des villes de Jérusalem, Lakish, Eglon (en), Hébron et Yarmouth) décident d'attaquer ensemble la ville de Gabaon pour la punir. Les troupes de Josué, liées aux Gabaonites par le traité de paix, mettent en déroute les armées amorites sur lesquelles Dieu fait tomber des grêlons. Puis le Soleil s'arrête sur l'ordre de Josué, qui peut ainsi les anéantir totalement. Les conquêtes se poursuivent vers le sud puis vers le nord (chapitres 2-12). Ces conquêtes sont suivies par un partage du pays entre les divers tribus d'Israël (chapitre 13-22). Les chapitres 13 à 24 montrent comment les tribus d'Israël se répartirent le pays et rapportent la recommandation finale de Josué. Le plus souvent la conquête des villes d'Israël (Jéricho, Macéna, Lebna, Lakish, Heglon, Hébron, Debir...) est suivie de l'extermination méticuleuse de ses habitants[5] selon les ordres donnés par Yahweh. Le livre s'achève sur le discours d'adieu de Josué au peuple et sa mort[6].

Composition[modifier | modifier le code]

La formation du livre de Josué peut se résumer de la manière suivante[7] :

  1. Première édition contenant principalement les chapitres 1-12 au VIIe siècle av. J.-C. sous Josias ;
  2. Ajout de rédactions deutéronomistes aux VIe siècle av. J.-C. et Ve siècle av. J.-C. ;
  3. Rédactions principalement sacerdotales aux Ve siècle av. J.-C. et IVe siècle av. J.-C. (chapitres 3-5, 20-22 et 24 ; éventuellement aussi le chapitre 2) ;
  4. Ajouts divers encore jusqu'au IIe siècle av. J.-C..

Historicité[modifier | modifier le code]

Considérant les 40 années dans le désert[8] rapportées par le récit biblique, la datation d'une hypothétique conquête serait étroitement liée à celle supposée de l'exode. À partir des données chiffrées de la Bible, deux chronologies sont traditionnellement retenues. L'une se fonde sur l'hypothèse d'un exode à l'époque ramesside, l'autre déduit du temps écoulé de l'exode jusqu'à la construction du premier temple par Salomon[9] une date au milieu du XVe siècle av. J.-C.[10]. La plupart des historiens s'accordent aujourd'hui pour dire que la majorité des récits de la conquête telle qu'elle est décrite dans le livre de Josué n'aurait pas de valeur historique[11],[12],[13],[14],[15]. La théorie de la conquête militaire à l'époque ramesside a été défendue par les archéologues William Foxwell Albright et Yigaël Yadin, notamment à la suite des fouilles d'Hazor. Peu d'historiens défendent encore cette thèse car elle ne rend pas compte la situation de Canaan au début de l'âge du fer[16]. L'archéologie permet en effet de tracer l'apparition des Israélites dans les hautes terres de Canaan au début de l'âge du fer. Entre l'âge du bronze et l'âge du fer, la culture matérielle des hautes terres présente une évolution complexe caractérisée par des ruptures et des continuités. Au XIIe – XIe siècle av. J.-C., les hauts plateaux et les régions marginales du Néguev se distinguent des régions de la plaine côtière. Elles se distinguent aussi de la culture matérielle de l'âge du bronze récent. Les communautés qui s'y développent alors sont identifiées comme les communautés "proto-israélites" à l'origine des royaumes qui se structureront ensuite pendant l'âge du fer[17]. L'archéologie montre aussi une continuité de la culture matérielle aux alentours des XIIIe siècle av. J.-C.-XIIe siècle av. J.-C., prouvant ainsi que les mêmes peuples vivaient en terre de Canaan avant et après l'époque ramesside, à la date supposée de l'Exode. Le futur Israël serait donc issu en partie de la population cananéenne autochtone, et non d'un peuple conquérant venu d’Égypte[18]. À l'exception peut-être d'Hazor qui subit une destruction à la fin du bronze récent, l'archéologie ne confirme pas l'idée d'une campagne militaire massive et destructrice à cette époque contre les villes décrites dans le récit du livre de Josué[16]. Par exemple, les fouilles de Jéricho dans les années 1950 ont montré que la datation de la conquête à l'époque ramesside est invalide. La ville n'est pas fortifiée au moment où Josué est censé la conquérir en faisant s'abattre ses murailles. Cela vaut aussi pour la conquête de la ville d'Aï, dont le nom signifie d'ailleurs « monceau de pierres » en hébreu[19].

L'opinion la plus courante désormais chez les historiens et archéologues est que, comme le résume L. Grabbe dans sa synthèse sur l'état de la recherche sur le sujet en 2016, « malgré les efforts de certains fondamentalistes, il n'y a aucun moyen de sauver le texte biblique en tant que description d'un événement historique. Une grande population d'Israélites, vivant dans leur propre partie du pays, n'a pas quitté une Égypte dévastée par divers fléaux et dépouillé de ses richesses et passé quarante ans dans le désert avant de conquérir les Cananéens[20]. »

L'expulsion des Hyksôs d'Égypte en direction de la Palestine a aussi été proposée comme la base des traditions relatives à l'Exode. Thomas Römer souligne que l'écart chronologique entre la fin du bronze moyen et l'émergence des Israélites au début de l'âge du fer est trop grand pour que cette hypothèse soit vraissemblable, même si le souvenir des Hyksôs a pu exercer une influence sur la construction du récit de l'Exode[21].

L'hypothèse d'une datation « haute » propose de replacer la période de l'Exode et de la conquête dans le contexte de la fin de l'âge du bronze moyen (XVIIe – XVIe siècle av. J.-C.) qui voit l'éruption minoenne ainsi que l'expulsion des Hyksôs. J. Bimson en 1978 soulignait que la plupart des sites concernés comportent des preuves de destruction à la fin du bronze moyen et supporteraient donc une datation « haute » de l'Exode qui devrait précéder ces destructions[22]. Cependant, sa tentative de postdater ces destructions au XVe siècle av. J.-C. pour coller à son interprétation des dates proposées dans la bible rendra son hypothèse marginale[23] et n'a pas été suivie[24]. Considérant le lien entre l'exode et l'éruption minoenne comme une option sérieuse, Bruins et Vander Plicht ont suggéré dans un article de 1996 que les écarts en datations absolues au carbone 14 entre l'éruption et la destruction de Jéricho à la fin du bronze moyen pourraient supporter la période de 40 années dans le désert tel que rapporté par le récit biblique[25].

Exégèse historico-critique[modifier | modifier le code]

Le livre de Josué reflète plutôt la période où les récits ont été mis par écrit que la période qu'il prétend décrire. Le corps des récits a été composé au plus tôt à partir du VIIe siècle av. J.-C.[26]. Les rédacteurs y décrivent le passé à la lumière de leur époque. Plusieurs siècles séparent les évènements de leur mise par écrit[11]. Pour Axel Knauf, le Livre de Josué contient au mieux un vague et très lointain souvenir de l'époque finale du Bronze récent (v. 1350-1200 av. J.-C.) comme un temps de coexistence de cité-États, mais il reflète plus son contexte de rédaction (et aussi celui des sources sur lesquelles ses auteurs se sont appuyés)[27] : « Dans le cas de Josué, essentiellement un produit de la première période perse (500–400 avant notre ère), environ 50 % de la « mémoire historique » contenue dans le livre provient de cette période qui pourrait être définie comme le « présent » du livre. Un autre 25 pour cent provient du VIIIe au VIe siècle, beaucoup moins des Xe au IXe siècles, et presque rien de la transition Bronze récent-Fer (v. XIIe siècle av. J.-C.) »[28].

Les récits des campagnes militaires se basent peut-être sur des sources écrites plus anciennes ou sur de vagues traditions orales[29]. Dans quelques cas, les récits peuvent conserver la mémoire d'évènements datant du début de l'âge du fer[13]. Certains préservent peut-être des anecdotes sur des guerres anciennes, d'autres récits sont complètement inventés, telle la prise de Jéricho et d'Aï. Pour décrire la conquête des territoires du sud, les rédacteurs prennent peut-être modèle sur la campagne militaire de Sennacherib contre le royaume de Juda au VIIe siècle av. J.-C.[26]. Les rédacteurs s'inspirent peut-être aussi de traditions locales, telle que l'installation des Calébites à Hébron[30]. Les rédacteurs ont connaissance d'éléments tribaux au sud de Juda. Ils indiquent la présence des « clans » plus ou moins associés à la tribu de Juda comme les Calébites, les Qénites ou les Qénizzites. Dans les récits, ces groupes subissent une sorte de « déclassement » et leur statut est ramené à celui de simple clan et non de tribu. Cette diversité ethnique n'a pas de parallèle dans la description des tribus du nord. Cela semble indiquer que les rédacteurs avaient une faible connaissance de la structure tribale à l'origine du royaume d'Israël[26].

La critique biblique remarque que le récit de la conquête selon le livre de Josué est différent de celui du livre des Juges. Dans le livre de Josué, la conquête est destructrice et totale. Les peuples autochtones sont exterminés. Le récit insiste sur l’origine étrangère des Israélites par rapport aux populations cananéennes qui habitaient le pays. Dans le livre des Juges, la conquête n'est pas totale. Les Cananéens continuent à habiter dans le pays[29]. La théologie développée dans le livre de Josué est que la terre d'Israël a été conquise dans une opération inspirée et guidée par Dieu. Elle a été menée conjointement par les douze tribus d'Israël sous la conduite d'un chef charismatique, Josué. Le récit souligne l'unité d'action des douze tribus dans la conquête[31]. Il est à replacer dans le contexte post-exilique du Ve siècle av. J.-C. lorsque des exilés juifs de Babylonie se réinstallent en Judée. Ils sont alors confrontés aux populations israélites restées sur place et aux populations étrangères déportées par les Babyloniens. Le livre de Josué fait le choix d'une politique radicale face aux problèmes posés lors de la réinstallation des exilés babyloniens. Le projet utopique retenu est celui du remplacement d'une population locale idolâtre par une population importée, fidèle à Yahweh[32].

Opposition à l'héliocentrisme[modifier | modifier le code]

Pour contredire les astronomes Nicolas Copernic puis Galilée qui sont deux partisans de la théorie physique de l'héliocentrisme selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil, leurs opposants se sont beaucoup appuyé[33] sur le passage du Livre de Josué où Dieu arrête la course du Soleil à la demande de Josué[34].

De Copernic, le réformateur Luther laisse entendre qu'il est un sot[35], avant que la Sainte Inquisition ne déclare sa thèse incompatible avec les Saintes Écritures. En conséquence, son ouvrage De revolutionibus Orbium Coelestium paru en 1543, est mis à l'Index à partir de 1616.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Les opposants à Galilée utilisent ce passage biblique comme argument théologique contre lui.
Références
  1. Selon le Talmud babylonien
  2. La Bible dévoilée, p. 29
  3. Josué 6
  4. Josué 11
  5. Livre de Josué chapitre 10
  6. Römer, Macchi et Nihan 2009, p. 332-334
  7. Römer, Macchi et Nihan 2009, p. 338-339
  8. Nombres 14,34
  9. 1 Rois 6,1
  10. (en) James K. Hoffmeier, « What is the biblical date for the Exodus ? A response to Bryant Wood », Journal of the evangelical theological society, nos 50/2,‎ , p. 225247 (lire en ligne)
  11. a et b Killebrew 2009, p. 152
  12. Grabbe 2007, p. 98
  13. a et b Na'aman 2005, p. 347.
  14. Liverani 2010, p. 64
  15. « La théorie de la conquête miltaire, d'inspiration biblique directe, est encore soutenue par certains milieux traditionalistes (notamment américains et israéliens) mais se trouve désormais reléguée en marge du débat » Liverani 2010, p. 63
  16. a et b Killebrew 2009, p. 182
  17. Killebrew 2009, p. 185
  18. Römer, Macchi et Nihan 2009, p. 340-341
  19. Römer, Macchi et Nihan 2009, p. 339
  20. (en) Lester L. Grabbe, « Late Bronze Age Palestine: If we had only the Bible … », dans Lester L. Grabbe, The Land of Canaan in the Late Bronze Age, Londres et New York, Bloomsbury T&T Clark, , p. 38 : « Despite the efforts of some fundamentalist arguments, there is no way to salvage the biblical text as a description of a historical event. A large population of Israelites, living in their own section of the country, did not march out of an Egypt devastated by various plagues and despoiled of its wealth and spend forty years in the wilderness before conquering the Canaanites. ».
  21. Thomas Römer, Moïse en version originale : enquête sur le récit de la sortie d'Egypte, Bayard, p. 30
  22. John J. Bimson, Redating the Exodus and Conquest, Journal for the Study of the Old Testament Supplement Series No. 5, Sheffield Academic Press; 2nd edition, 1981
  23. (en) Patricia M. Bikai, « Recensiones », Orientalia, vol. 49,‎ , p. 213–215 (lire en ligne)
  24. (en) Lester L. Grabbe, Ancient Israel : What Do We Know and How Do We Know It?, Londres et New York, T&T Clark, , 306 p. (ISBN 978-0-567-03254-6, lire en ligne) p. 101
  25. (en) Hendrik J. Bruins et Johannes van der Plicht, « The Exodus enigma », Nature, vol. 382, no 6588,‎ , p. 213–214 (ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/382213a0, lire en ligne)
  26. a b et c Na'aman 2005, p. 378.
  27. (en) Axel Knauf, « History in Joshua », dans Lester L. Grabbe, Israel in Transition: From Late Bronze II to Iron IIa (c. 1250–850 B.C.E.). Volume 2. The Texts, Londres et New York, T&T Clark, , p. 130-139.
  28. (en) Axel Knauf, « History in Judges », dans Lester L. Grabbe, Israel in Transition: From Late Bronze II to Iron IIa (c. 1250–850 B.C.E.). Volume 2. The Texts, Londres et New York, T&T Clark, , p. 140 : « In the case of Joshua, basically a product of the early Persian period (500–400 B.C.E.), ca. 50 percent of the “historical memory” contained in the book comes from this period which might be defined as the book’s “present.” Another 25 percent derive from the 8th through 6th centuries, considerably less from the 10th and 9th centuries, and nearly nothing from the Late Bronze–Iron transition. ».
  29. a et b Killebrew 2009, p. 153.
  30. Liverani 2010, p. 388
  31. Na'aman 2005, p. 356
  32. Liverani 2010, p. 288
  33. Voir ce site par exemple
  34. Js 10,12-13
  35. Mémoires de Luther, traduits par M. Michelet., Hachette, 1837, p. 119

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ann E. Killebrew, Biblical Peoples and Ethnicity : An Archaeological Study of Egyptians, Canaanites, Philistines, and Early Israel (ca. 1300-1100 B.C.E.), Society of Biblical Literature,
  • (en) Nadav Na'aman, « The "Conquest of Canaan" in the Book of Joshua and in History », dans Canaan in the Second Millennium B.C.E., Eisenbrauns,
  • Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, Gallimard,
  • Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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