Sigle

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Un sigle est un ensemble de lettres initiales majuscules qui, épelées, forment un mot servant d'abréviation.

Certains sigles courants entraînent la formation de dérivés, par exemple : cégétiste (membre de la CGT), cégépien (personne poursuivant des études dans un cégep), Rmiste (bénéficiaire du RMI) ou énarque (diplômé de l'ENA).

Certains sigles s'écrivent comme on les prononce, et forment alors des noms communs (accordés en genre et en nombre), par exemple : une bédé, des bédés ; un cédérom, des cédéroms ; un pédégé (et familièrement, une pédégère[b]).

Certaines abréviations peuvent indifféremment être des sigles ou des acronymes, selon des groupes socio-linguistiques distincts, voire selon le locuteur ou selon les circonstances pour un même locuteur. Par exemple, PIB, ONU peuvent indifféremment être prononcés de manière épelée ou syllabique selon le locuteur voire par le même locuteur selon le cas.

En français, les sigles sont invariables et ne prennent pas la marque du pluriel[1] (contrairement à l'usage anglophone), par exemple : des BD, des HLM, des CD (dont le pluriel en anglais donne CDs).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Selon le Dictionnaire français illustré de Larive et Fleury (1889), sigle vient du bas latin sigla qui serait une syncope de singula signa, signes isolés, et désigne une « lettre initiale d'un mot employée comme signe abréviatif dans les inscriptions, les anciens manuscrits, les médailles »[2]. D'autres auteurs proposent d'autres étymologies, mais tous concordent sur le fait qu'il s'agit toujours d'une abréviation[3],[4]. Émile Littré distingue le sigle du symbole : « Le système de tachygraphie ou sténographie antique consistait soit en abréviations, soit en signes tout à fait spéciaux : dans la première espèce, on consacrait le C pour signifier Caïus ; le P pour Publius ; le D pour dedicat ; S.P.Q.R. pour senatus populusque romanus, etc. ; c'est ce que les Romains appelaient litteræ singulæ, dont ils ont fait siglæ »[5]. Selon le Dictionnaire historique de la langue française, sigle « a désigné une lettre initiale », mais cette acception n'est plus « vivante », la seule résiduelle étant de désigner « une suite d'initiales servant de signe abréviatif et pouvant former un mot »[6].

Typographie[modifier | modifier le code]

L'usage recommandé au Canada (Guide du rédacteur) et en France (Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale) est de composer les sigles en lettres majuscules, sans point d'abréviation :

« Sigles :
(…)
En ce qui concerne leur écriture, la seule unification possible et applicable à tous les cas est l’emploi de lettres capitales sans points; outre le cas de nombreux sigles de formation syllabique excluant la présence de points, ceux qui pourraient en composer n’en sont qu’inutilement et inesthétiquement allongés.
On est donc censé écrire :
AFNOR (Association Française de NORmalisation) ,
CEDEX (Courrier d’Entreprise à Distribution EXceptionnelle),
CODER (COmmission de Développement Économique Régional),
RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens),
CNES (Centre National d’Études Spatiales).
On notera que certains sigles très répandus et de prononciation aisée (acronyme) peuvent se composer en bas de casse avec capitale initiale : Benelux (sans accents), Euratom, Unesco.
NOTA: Si l’on peut appliquer à certaines abréviations les principes exposés ci-dessus, ce serait une erreur que de vouloir supprimer systématiquement les points chaque fois qu’on rencontre une abréviation sous la forme de lettres capitales »[7],[8].

À noter que le lexique fait un cas particulier des noms de sociétés :

« Noms de Sociétés:
(...)
REMARQUE - Les sigles des sociétés, associations, compagnies, etc. seront composés en grandes capitales collées sans points : SPA, SNCF, UMP, CMB, VMF, LPO. Les sigles longs mais « prononçables » s’écriront de préférence en bas de casse avec capitale initiale : Saviem, Snecma, Sofirad, Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM ou Sacem)
SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES : Les noms de sociétés et organismes étrangers sont composés en romain (dans le romain) avec capitale initiale aux substantifs et aux adjectifs. Leurs sigles suivent les mêmes règles qu’en français (voir la remarque précédente) : les sociétés Svenska KullagerFabriken (SKF), Trans World Airlines (TWA), Badishe Anilin & Soda-Fabrik (BASF), Sociedad Española de Automóviles de Turismo (Seat), Anonima Lombarda Fabbrica Automobili (Alfa-Romeo), Van Doorne's Automobiel Fabriek (Daf), Door Eendrachtig Samenwerken Profiteren Allen Regelmatig (Spar), Minnesota Mining & Manufacturing (la 3M) »[7],[9].

Sigles des autres langues[modifier | modifier le code]

Il arrive que certains sigles de langues autres que le français soient repris tels quels en français sans pour autant que les francophones en connaissent la signification. Le plus souvent, il s'agit de sigles en anglais comme MSN, SMS, IP, PC et parfois la prononciation originale est également conservée comme FBI, MTV, BBC, VIP, MIT, ces deux derniers étant parfois épelés en français. Parmi les autres langues, on trouve parfois l'allemand (ABS, BASF, BMW, DB) ou l'italien comme dans GTI (Gran Turismo Iniezione (en)).

Genre[modifier | modifier le code]

Les sigles ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation[10]. On dit la SNCF (Société Nationale des Chemins de fer Français) parce que le noyau du groupe : société, est féminin ; a contrario, on parle du CIO (Comité International Olympique), car le noyau, comité, est un nom masculin.

Quand le syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, pour Federal Bureau of Investigation ( bureau fédéral d’enquête), de la CIA, Central Intelligence Agency ( agence centrale de renseignement), puisque dans un cas le mot noyau se traduit par un nom masculin : bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence[c].

Sigles et acronymes redondants[modifier | modifier le code]

Il arrive fréquemment qu’un des mots abrégés du sigle ou de l’acronyme soit repris pour désigner la nature du sigle et que ce dernier soit employé comme étant le nom de l’objet ou de la notion désignée. Cela arrive très souvent dans les pays anglophones, où on a nommé ce comportement RAS syndrome (RAS signifiant redundant acronym syndrome), en français syndrome SAR, SAR signifiant « syndrome de l’acronyme redondant ».

En français, ce phénomène est un peu plus rare.

Exemples avec des sigles en anglais :

  • « le protocole IP », alors que le sigle IP signifie Internet Protocol (« protocole internet ») ;
  • « le format PDF », alors que le sigle PDF signifie Portable Document Format (« format de document portable ») ;

Exemples avec des sigles en français :

Sigles et humour[modifier | modifier le code]

  • Utilisant la convention de prononciation, Marcel Duchamp a intitulé son tableau copié de la Joconde : L.H.O.O.Q. (Elle a chaud au cul).
  • On peut aussi dériver un sigle vers une autre interprétation (rétroacronymie) : par exemple, pour Anne Roumanoff, RTT signifie Repose-toi tout le temps.
  • ou pour édulcorer une expression pimentée : cf. le groupe de rap Suprême NTM, pour nique ta mère
  • Certains sigles sont auto-référentiels (par exemple, GNU signifie GNU is Not UNIX).

Sigle et politique[modifier | modifier le code]

Il est d'usage de nommer les partis politiques par leurs initiales. La politique internationale est donc riche en sigles. En France, les sigles politiques les plus anciens encore en usage sont ceux du PRRRS (Parti républicain, radical et radical-socialiste, fondé en 1901) et du PCF (Parti communiste français, créé en 1920).

Au XX° siècle, certains pays ont choisi de mettre en avant un nom-sigle pour marquer la division politique d'une entité nationale ou se distinguer d'un autre état du même nom (RDA, RFA, RPC, RDC...) ou exprimer une supranationalité (URSS, SDN, OTAN, ONU, CEE, OPEP, OUA, CEI..)

Pour les personnalités : initiales[modifier | modifier le code]

Lorsque le nom d'une personne est abrégé par la première lettre de son nom et de son prénom, on parle d'initiales plutôt que de sigles.

Des auteurs ont formé leur pseudonyme d'après leurs initiales : par exemple Pef (Pierre Élie Ferrier) ou Hergé (dérivé de R.G., soit G.R. à l'envers, pour Georges Remi). Cette pratique s'appelle l'initialisme[d].

Par ailleurs, les initiales de certaines personnalités ont été si largement utilisées qu'elles permettent de les identifier clairement et sans ambiguïté. C'est par exemple le cas de Jésus-Christ, couramment abrégé en J.-C. (par exemple : « 200 av. J.-C. »).

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Personnalités[modifier | modifier le code]

Prénoms composés[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Cas d'Adolf Hitler[modifier | modifier le code]

Dans la symbolique nazie, Adolf Hitler est représenté par le nombre 18. En effet, celui-ci correspond à ses initiales AH, lorsqu'on remplace chacune des deux lettres par sa position dans l'alphabet. Depuis la chute du nazisme, pour les néonazis, c'est un signe de reconnaissance discret. Ainsi un groupe réputé très violent au Royaume-Uni s'appelle « Combat 18 ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Contrairement aux sigles, les acronymes peuvent être constitués de plusieurs lettres voire de syllabes initiales de plusieurs mots, pas uniquement des premières lettres.
  2. « pédégère » est admis dans le Wiktionnaire en tant que terme du registre familier.
  3. Le même principe s'applique pour les acronymes.
  4. On rencontre parfois le mot initialisme avec le sens général de sigle, par anglicisme.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Sigles et acronymes (différence, genre, pluriel) », sur academie-francaise.fr (consulté le 18 avril 2019).
  2. Wikisource
  3. (it) Bonfanti, Appendice al dizionario delle origini invenzioni e scoperte nelle arti, nelle scienze, nella geografia, nel commercio, nell' agricolotura ecc., (lire en ligne), p. 249
  4. Encyclopédie méthodique des arts et métiers, t. VIII, (lire en ligne), p. 44
  5. Émile Littré, Feuillet de Conches, Causeries d'un curieux, t. II, ch. 7
  6. Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d'Alain Rey, tome 3, p. 3504
  7. a et b Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, édition 2002, section « sigles » pages 159, 160.
  8. Lexique en ligne pages 159, 160 - édition 2002 - consulté le 22 mars.
  9. Lexique en ligne pages 152, 153 - édition 2002 - consulté le 22 mars.
  10. « Les sigles et acronymes ont-ils un genre? - Le dictionnaire Usito - Université de Sherbrooke », sur www.usherbrooke.ca (consulté le 11 septembre 2020)
  11. http://www.ide-conseil-webmarketing.fr/glossaire/l/lcen-loi-pour-la-confiance-dans-l’economie-numerique/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Himelfarb, Sigles et acronymes, éditions Belin, Le français retrouvé, 2002. (ISBN 2-7011-3049-2)
  • Patrice Cartier, Le langage des Sigles, éditions de La Martinière, 2009. (ISBN 978-2-7324-3934-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]