Royaume de Wu

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Royaume de Wu
吳 () (zh)

229-280

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoires des Trois Royaumes de Chine en 262.
Le royaume de Wu est représenté en vert.

Informations générales
Statut Monarchie
Capitales Wuchang (222 – 229, 265 – 266)
Jianye (229 – 265, 266 – 280)
Langue Chinois
Religion Bouddhisme, taoïsme, confucianisme, religion traditionnelle chinoise
Démographie
Population 2 300 000 (estimation)
Histoire et événements
229 Création
229 Sun Quan s'auto-proclame empereur
280 Conquête de Wu par la dynastie Jin
Empereurs
229 – 252 Sun Quan
252 – 258 Sun Liang
258 – 264 Sun Xiu
264 – 280 Sun Hao

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Guerres des Trois Royaumes
Informations générales
Date 220–280
Lieu Chine
Issue Victoire de Jin
Belligérants
Wei, remplacé par Jin après 265 Shu Wu

Batailles

Yiling/Xiaoting - Campagne contre le Wu - Campagne du Sud - Expéditions de Zhuge Liang - Shiting - Liaodong - Offensive du Wu - Xingshi - Koguryo - Gaoping - Expéditions de Jiang Wei (Didao) - Dongxing - Shouchun - Cao Mao - chute du Shu - Zhong Hui - Chute du Wu

Le royaume de Wu (chinois simplifié : 东吴 ; chinois traditionnel : 東吳 ; pinyin : Dōng Wú), connu également sous le nom Sun Wu (chinois simplifié : 孙吴 ; chinois traditionnel : 孫吳 ; pinyin : Sūn Wú), est l’un des royaumes de la période des Trois Royaumes en lutte pour le contrôle de la Chine après la chute de la dynastie Han.

Il était situé au sud du Yangzi Jiang dans la région des actuelles villes de Nankin, Shanghai et Suzhou, à l’emplacement de l’ancien État de Wu de l’époque des Printemps et des Automnes. La capitale principale du royaume était Jianye (建業), près de l'actuelle ville de Nankin, mais parfois la capitale fut déplacée à Wuchang (武昌), actuelle Ezhou, Hubei.

Plus puissant que le royaume du Shu mais plus faible que celui du Wei, le royaume de Wu fut celui qui vécut le plus longtemps des Trois Royaumes de Chine. Il exista pendant 51 ans, de sa fondation en 229 à sa conquête en 280 par le premier empereur de la dynastie Jin, Sima Yan.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et fondation du royaume[modifier | modifier le code]

En 190, au début du déclin de la dynastie Han,le seigneur de guerre Yuan Shu décide de rejoindre la coalition qui se monte contre le Ministre Dong Zhuo. Avant de partir au combat, Shu nomme son subordonné Sun Jian Général Intérimaire qui Écrase les Lâches (破虜將軍) et Inspecteur de la Province de Yu (豫州刺史)[1]. Ce grade d'Inspecteur signifie que Sun Jian se voit confier la gestion de la province de Yu, qui se situe à la limite entre le nord et le sud de la Chine des Han. Lors des combats de la campagne, Sun Jian fait montre de bravoure et réussit à vaincre successivement Dong Zhuo lui-même, puis Lü Bu, le plus puissant général de Zhuo, lors de deux batailles sous les murs de Luoyang, la capitale des Han. Après la fin des combats, Jian retrouve le sceau impérial au milieu des ruines et le confie à Shu une fois revenu au camp principal. Suite à ces défaites, Zhuo se replie et s'enfuie à Chang'an, la seconde plus grande ville du pays, dont il fait sa nouvelle capitale. Cette victoire est sans lendemain, car la coalition s'effondre, victime des dissensions existant entre ses membres. Très vite, les anciens alliés se déchirent et les conflits se multiplient. Sun Jian est une des premières victimes de ces conflits, car il meurt en 191, lors de la Bataille de Xiangyang qui opposent les troupes de Yuan Shu à celles de Yuan Shao, le cousin de Shu et ancien chef de la coalition contre Dong Zhuo.

En 194, Sun Ce, le fils aîné de Sun Jian, se présente devant Yuan Shu et demande à hériter du poste et des troupes de son père. Shu commence par refuser, puis décide d'employer Sun dans les guerres qu'il mène. Entre 194 et 197, Sun Ce conquiert la plus grande partie de la région du Jiangdong pour le compte de Yuan Shu; mais les choses changent au début de l'an 197. En effet, à cette date, Shu s'autoproclame empereur et fonde sa propre dynastie, en utilisant le sceau impérial que lui a remis Sun Jian en 190 pour émettre des édits. Pour Sun Ce, c'en est trop et il se retourne contre son ancien maître. En effet, Shu a promis à deux reprises à Ce de le nommer administrateur de Jiujiang et à chaque fois, le poste a été confié à quelqu'un d'autre. De plus, lorsque Sun Ce a appris qu'Yuan Shu comptait s'auto-proclamer empereur, il lui a écrit une lettre lui déconseillant de le faire, mettant en avant les effets dévastateurs d'un tel geste dans une période aussi troublée. Voyant que Shu n'est pas fiable et qu'il est également un mauvais administrateur, Sun Ce décide donc de couper les liens avec lui et commence à diriger personnellement les territoires qu'il a conquis les années précédentes. Cette défection est un coup dur pour Yuan Shu qui perd son meilleur général, ses meilleures troupes et des territoires riches et peuplés. Au final, au cours de l’hiver 199, le régime de Yuan Shu est écrasé par les forces des Han et Yuan lui-même meurt peut de temps après sa défaite.

Après 197, Sun Ce continue de conquérir des territoires dans le Jiangdong pour son compte, jusqu'en l'an 200. Durant l'été de cette année, il conduit son armée vers l’Ouest pour lancer une attaque contre Huang Zu, un seigneur de guerre local, mais meurt durant les combats a cause d'une blessure à la joue qui c'est infectée. Sun Quan, le frère cadet de Sun Ce, hérite du territoire conquis par ce dernier et s'emploie à l'agrandir durant les années suivantes. Il étend sa domination vers le sud et l'ouest, ou il se heurte à Liu Biao, le seigneur de guerre qui règne sur la province de Jing.

La situation change lorsque Biao meurt vers septembre 208, et que Cao Cao attaque la province de Jing. Durant les années précédentes, Cao Cao c'est débarrassé de la quasi-totalité de ses rivaux de Chine du Nord et est devenu le plus puissant des seigneurs de guerre. N'ayant plus rien a craindre sur ses arrières, il profite de la mort de son vieux rival pour lever une puissante armée et se lancer à la conquête de Jing, puis du reste du sud de la Chine, qu'il entend bien réunifier à son profit. C'est alors que Liu Bei, un seigneur de guerre vaincu par Cao qui c'était réfugié dans la province de Jing, prend contact avec Sun Quan et lui propose un alliance contre Cao Cao. Quan hésite et convoque ses généraux qui lui suggèrent presque tous de se rendre. Seuls son stratège Zhou Yu et son général Lu Su prônent la résistance, Yu considérant que malgré leur infériorité numérique, de nombreux facteurs font qu'il est possible de résister à Cao Cao. Zhou Yu réussit à convaincre Sun Quan, qui accepte de s'allier à Liu Bei et donne l'ordre de lever des troupes pour contrer l'invasion.

L'affrontement a lieu pendant l'hiver 208, lors de la bataille de la Falaise rouge, durant laquelle la flotte de Cao est incendiée. Ayant perdu plus de la moitié de ses soldats a cause des épidémies et des combats; Cao Cao se replie et évacue la province de Jing. Sun Quan pousse son avantage, pénètre dans ladite province et s'empare des villes de Yiling et Jiangling au début de l'an 209, pendant que Liu Bei conquiert les commanderies de Wuling, Changsha, Guiyang et Lingling. Par la suite, Suan Quan soumet les différents seigneurs de guerres de l'extréme-sud de la Chine et du nord de l'actuel Viet-Nam, pendant que Liu Bei s'empare de la province de Yi[2] entre 212 et 214. Sun Quan s'en irrite, car son allié lui avait affirmé qu'il ne comptait pas s'emparer de cette province. Quan envoie donc des émissaires à Bei pour lui demander de rendre les commanderies qu'il contrôle dans la Province de Jing, mais ce dernier lui répond : « La province de Jing vous sera rendue dès que la Province de Liang sera sous mon contrôle[3]. ». Cette réponse rend Sun Quan furieux, au point qu'il envoie Lü Meng, Ling Tong et quatre autres généraux chasser Liu Bei de Jing. Liu Bei arrive rapidement sur le lieu des combats et la situation semble dégénérer en guerre ouverte entre les alliés. Mais en fait, Liu Bei accepte très vite de signer un traité par lequel il partage la province de Jing avec Sun Quan; car il apprend que Cao Cao a l’intention d’attaquer Hanzhong, une ville qui est la "porte nord" de la province de Yi.

La situation semble se calmer, jusqu'en septembre 219, date à laquelle Guan Yu, le général que Liu Bei a chargé de défendre sa portion de la province de Jing, part vers le nord pour attaquer la forteresse de Fancheng, qui appartient à Cao Cao. Après qu'Yu ai réussit à détruire une armée envoyé aider les défenseurs de Fancheng, Cao entre en contact avec Sun Quan et lui propose un alliance ː s'il l'aide à vaincre Guan Yu en attaquant ses arrières, Cao Cao garanti à Sun Quan la possession de la totalité de la province de Jing. Dans un premier temps, Quan ne donne pas suite et envois à Guan Yu un proposition de mariage entre deux de leurs enfants. Yu rejette grossièrement la proposition et insulte le messager de Quan avant de le renvoyer. Peu de temps après, comme il commence à manquer de vivres, il donne l'ordre à ses soldats de piller un des entrepôts de vivres de l'armée de Sun Quan. Ces insultes suives d'un attaque balayent les hésitations de Quan, qui accepte l'offre d'alliance de Cao Cao. Il valide un plan d'invasion que lui soumet son général Lü Meng et ce dernier commence à faire avancer ses troupes vers le début du mois de décembre 219. Grâce à un mélange de ruse et d'exploitation de la peur que ressente certain des généraux de Guan Yu, il s'empare très rapidement de tous les territoires contrôlé par Liu Bei dans la province de Jing. Il réussit même à s'emparer de Guan Yu lui-même, lorsque ce dernier se replie vers le sud après avoir été finalement vaincu par les troupes de Cao Cao. Yu est exécuté sur ordre de Sun Quan, qui fait envoyer sa tête à Cao Cao en signe d'allégeance. En retour, Cao fait de Quan le protecteur de la province de Jing (荊州牧), et lui confère le titre de marquis de Nanchang (南昌侯).

En mars 220, Cao Cao meurt et son fils Cao Pi lui succède. Quelques mois plus tard, il force l’empereur Xiandi à abdiquer, mettant fin à la dynastie Han, et se proclame premier empereur du Wei. En mai 221, Liu Bei fonde également sa propre dynastie et se proclame empereur du Shu. Au mois de décembre, Cao Pi décerne à Sun Quan le titre de roi de Wu (吳王) et lui transmet les neuf sacrements[4]. Cao Pi demande que Sun Quan lui envoie son fils Sun Deng comme otage, mais Quan refuse et préfère accepter de payer un tribut démesuré pour garder son fils prés de lui. En février 222 Liu Bei lance une attaque contre Sun Quan pour venger la mort de Guan Yu et s'emparer de la province de Jing.Lü Meng étant mort entre-temps, Quan charge le jeune général Lu Xun de repousser l'attaque du Shu. Xun rassemble ses troupes et reste sur la défensive pendant plusieurs mois, avant de soudain passer à l’offensive au mois de juillet. Il inflige à Liu Bei une défaite écrasante lors la bataille de Yiling, renforçant ainsi le pourvoir et la légitimité de son Roi.

Au mois de septembre de la même année, Cao Pi finit par comprendre que Sun Quan n’enverra ni otage ni tribut à la capitale. Il rompt alors l'alliance et attaque Sun Quan sur trois fronts pour envahir et annexer ses territoires.Sun Quan réagit en levant des troupes pour résister à l'attaque et déclare son indépendance en proclamant une nouvelle ère, avant d'interrompre les relations diplomatiques avec le Wei. Ce geste représente l'acte de naissance du Royaume de Wu.

Règne de Sun Quan (222252)[modifier | modifier le code]

La première chose que fait Sun Quan après cela, est d'envoyer un émissaire auprès de Liu Bei pour entamer des négociations en vue d'une nouvelle alliance. Bei accepte et les négociations commencent, pendant que la guerre entre le Wei et le Wu s'enlise. Au final, en 225, Cao Pi doit renoncer et battre en retraite, son armée étant décimée par les maladies et les défaites contres les troupes de Sun Quan.

Dans un premier temps, Sun Quan se contente du titre de Roi de Wu et ne semble pas vouloir revendiquer le trône de Chine pour lui. Ce n'est qu'en 229, qu'il finit par s'autoproclamer empereur du Wu, ce qui détériore les relations avec le Shu. En effet, bon nombre de fonctionnaires de ce royaume voient cette proclamation comme une trahison envers la dynastie Han, dont le Shu prétend être le successeur légitime. Cependant, Zhuge Liang, qui est le régent du Shu depuis la mort de Liu Bei en 223, refuse de rompre l’alliance entre les deux royaumes. Pour contrer toute forme d'opposition, Liang et Quan signent la même année un traité, dans lequel les deux États s'engagent à se soutenir mutuellement et à se répartir à parts égales les territoires du Wei, s'ils arrivent à le vaincre. À noter que, la même année, Sun Quan déplace sa capitale de Wuchang à Jianye, laissant son prince héritier Sun Deng, assisté de Lu Xun, responsable de la partie occidentale du royaume de Wu.

Que ce soit en temps que Roi on en temps qu'Empereur, Sun Quan gère efficacement son royaume, car il sait prendre en compte les bons conseils et déléguer des pouvoirs aux personnes appropriées. De plus, il réussit à repousser toutes les tentatives d'invasions du Wei.

Cependant, s'il sait contrer les attaques de ses ennemis, celles qu'il lance contre le Wei connaissent des fortunes diverses. Ainsi, après la mort de Cao Pi en 226, Quan tente de s'emparer de la Commanderie de Jiangxia[5], qui appartient au Wei, mais il est obligé de se retirer dès l’arrivée des renforts ennemis. Par contre, deux ans plus tard, en 228, il remporte l'une de ses plus grande victoires contre le Wei lors de la bataille de Shiting. Avec l’approbation de Sun Quan, son général Zhou Fang fait semblant de faire défection au profit du Wei, après avoir reçu plusieurs punitions factices pour parfaire sa couverture. La ruse fonctionne et le général Cao Xiu, guidé par Zhou Fang, part vers le sud à la tête d'une grande armée. Il tombe dans le piège tendu par Fang et Lu Xun et subit des pertes importantes. Il est sauvé de justesse de l’annihilation totale par Jia Kui et réussit à rentrer au Wei. Après cette victoire, Sun Quan cherche toujours d'autres moyens d'affaiblir le Wei. C'est ainsi qu'en 233, il reçoit des messages de Gongsun Yuan, le Grand Administrateur du Liaodong[6]. Si Yuan est théoriquement un vassal du Wei, sa situation est assez compliquée, car il pris le pouvoir en renversant son oncle Gongsun Gong et le Wei craint qu'il ne cherche à devenir totalement indépendant. Dans son message, Gongsun Yuan fait sa soumission à Sun Quan et se reconnaît comme étant un vassal du Wu. Heureux d'avoir un nouvel allié, Quan accepte la soumission de Gongsun Yuan et le nomme Roi de Yan (燕王), tout en lui accordant les neuf sacrements et lui envoie des renforts. Mais, le temps que les cadeaux et les renforts arrivent, Gongsun Yuan à changé d'avis. Il trahit le Wu en tuant les envoyés de Sun Quan et saisit leurs troupes. Lorsqu'il est mis au courant, Sun Quan, fou de rage, veut prendre personnellement le commandement d'une flotte pour partir attaquer le traître, mais son entourage finit par réussir à le calmer et il renonce à son projet. L'année suivante, en coordination avec la dernière expédition nordique de Zhuge Liang contre le Wei, Sun Quan mène personnellement une attaque majeure contre la ville-frontière d'Hefei, qui appartient au Wei. En parallèle, Lu Xun et Zhuge Jin attaquent Xiangyang, espérant attirer sur eux les renforts du Wei et les vaincre, avant d'aller prêter main-forte à Sun Quan. Cependant, les généraux du Wei analysent correctement la situation et déjouent les plan de Quan, qui est obligé de se retirer.En 238, le Wei attaque Gongsun Yuan qui est entré ouvertement en rébellion Yuan envoie une ambassade auprès de Sun Quan pour essayer de recréer une alliance entre eux. Au lieu de rejeter purement et simplement l'offre, Quan préfère voir comment évolue la situation au cas ou le Wei se retrouverait enlisé dans une guerre d'usure contre Yan. Au final, la révolte est rapidement écrasée et Sun Quan en reste là. Enfin, en 241, Quan lance le dernier assaut de grande envergure contre le Wei de son règne. Depuis la mort de Cao Rui en 239, le nouvel empereur du Wei est mineur et le royaume connaît une régence, ce dont Sun Quan veut profiter. Son stratège Yin Zha (殷札), lui suggère de se coordonner avec le Shu pour attaquer le Wei sur quatre fronts différents. Quan rejette ce plan et le Wu part donc seul au combat, pour une campagne qui s’achève par un échec.

Pendant le régne de Sun Quan, le Wu devient petit à petit une puissance commerciale et se retrouve en contact avec des pays étrangers et lointains. Ainsi, selon le Liang Shu (en), une des 24 chroniques relatant l'histoire de la Chine, un marchand de l’Empire romain[7] arrive à Jiaozhi (en), près de l'actuelle ville de Hanoï, en l'an 226[8],[9]. Le préfet de Jiaozhi l'envoie à Nanjing, auprès de Sun Quan[8] qui lui demande un rapport détaillé sur son pays natal et ses habitants[9]. Après quoi, une expédition est préparée pour permettre au marchand de retourner chez lui, accompagné de 10 femmes et 10 hommes « nains de couleur noire » qu'il a demandés comme une curiosité et d'un officier chinois qui, malheureusement, meurt en route[9],[10]. Sun Quan n'hésite pas à lancer également des expéditions d'exploration maritime. En 230, il donne à ses généraux Wen Wei (衛溫) et Zhuge Zhi (諸葛直) le commandement d'une flotte de 10 000 marins et les envoie en mer de Chine orientale pour trouver et conquérir les îles légendaires de Yizhou (夷洲) et Danzhou (亶洲). Ses généraux finissent par localiser l'ile de Yizhou et retournent au Wu en 231, après la capture de plusieurs milliers d'habitants de cette ile et la perte de 80 à 90 % des marins à cause des maladies. Rendu furieux par le nombre élevé de pertes, Sun Quan fait exécuter Wei et Zhi.

La situation du royaume commence à se dégrader en même temps que la santé de son empereur. En 241, le prince héritier Sun Deng meurt, ce qui laisse ouverte la question de la succession. En 242, Sun Quan nomme son fils Sun He, un des fils de sa consort Wang, prince héritier; tout en multipliant les faveurs en direction du Prince de Lu, Sun Ba (孫霸), un autre fils de la consort Wang. Cette décision et ce comportement provoquent une concurrence et des tensions entre Sun Ba et Sun He, et la cour se retrouve déchirée entre les factions soutenant l'un ou l'autre des princes. En 250, lassé de cette guerre larvée entre ses fils, Sun Quan prend une série de décisions extrêmes et difficiles à comprendre. Il contraint Sun Ba à se suicider, tout en destituant Sun He de son rang de prince héritier. Ensuite, il fait de Sun Liang, son fils cadet, le nouveau prince héritier en remplacement de He. De nombreux fonctionnaires qui s’opposent à la décision de Sun Quan, ainsi qu'autres qui avaient soutenu Sun Ba, sont exécutés. En 251, Sun Quan est âgé de 69 ans et se rend compte qu’il lui reste peu de temps à vivre. Sur la recommandation de Sun Jun, il fait de Zhuge Ke, le fils de Zhuge Jin, le futur régent de Sun Liang. Quan à des doutes sur la manière dont Zhuge Ke va assurer la régence, car il est arrogant et a une trop haute opinion de lui-même ; mais à cette époque les victoires militaires accumulées par Ke font que pratiquement tout l’empire est convaincu qu'il est le meilleur choix pour la régence. Sun Quan meurt en 252 à l’âge de 70 ans et est enterré dans un mausolée situé dans la Montagne Pourpre, prés de l'actuelle ville de Nankin. Son fils Sun Liang lui succède sur le trône du Wu, sous la férule du Grand Tuteur (太傅) Zhuge Ke, qui est le maître de fait du royaume.

Règne de Sun Liang (252258)[modifier | modifier le code]

Le règne de Sun Liang débute par une attaque du Wei contre le fort que le Wu à construit à Dongxing. Cette attaque se conclue par un échec du Wei et un victoire éclatante de Zhuge Ke, dont le prestige est décuplé. Il reçoit le titre de Marquis de Yangdu (陽都侯) et est nommé Gouverneur (牧) des provinces de Jing et Yang. La situation de Ke se dégrade toutefois rapidement, car en 253 il lance une attaque contre le Wei en coordination avec Jiang Wei, le général en chef des armées du Shu. Le Shu et le Wu attaquent le Wei sur deux fronts, espérant ainsi que leur ennemis vas diviser ses forces et donc être plus facile à vaincre. Toutefois, Sima Shi, le régent du Wei, sait que la principale menace vient de l'armée du Wu. Il laisse donc le gros de ses troupes sur le front de l'est et n'envoie qu'une petite armée contre les troupes du Shu. Cette attaque coordonnée se conclue par un échec et une cuisante défaite de Zhuge Ke.

Peu après, Sun Jun, un lointain cousin de Sun Liang, réussit à devenir membre de la Cour. Utilisant à son avantage l'échec militaire de Zhuge Ke, il parvient à faire destituer le Grand Tuteur, avant d'organiser son meurtre pour éviter qu'il ne reviennent au pouvoir.

Jun devient alors Conseiller-Général auprès de l'Empereur, et le nouveau maitre du royaume. En 254, il répond à l'appel à l'aide de Guanqiu Jian et Wen Qin, qui se sont révolté contre le Wei après s’être emparé de la ville de Souchun. Jun prend personnellement la tête des troupes qui partent aider ces rebelles, mais lorsqu'il arrive à Dongxing, il apprend que la rébellion est déjà écrasée et bat en retraite. Pendant son replis, il est attaqué par les troupes du Wei et ne s'en sort qu'au prix du sacrifice du général Liu Zan, un des artisans de la victoire contre le Wei lors de la bataille de Donxing.

En 257, c'est au tour de Zhuge Dan, le nouveau chef des troupes en poste à Souchun, de se révolter et de demander de l'aide au Wu. Bien que le nouveau rebelle ait fait partie de ceux qui ont réprimé la révolte précédente[11], Sun Jun répond à son appel en partant vers le Souchun à la tête d'une puissante armée. Vaincu par les troupes du Wei, il se replie après avoir subit de lourdes pertes. Peu de temps après, Sun Jun tombe étrangement malade et finit par mourir. Son parent, Sun Chen, réclame sa place et devient le nouveau Conseiller-Général. Sun Liang se lasse également très vite du comportement de son nouveau Conseiller et organise son meurtre; mais ses plans sont découverts et il est contraint d'abdiquer en 258. Il est remplacé sur le trône par Sun Xiu, le sixième fils de Sun Quan.

Règne de Sun Xiu (258264)[modifier | modifier le code]

Au début du règne de Sun Xiu, Sun Chen, qui occupe toujours le poste de Conseiller-Général, est le maître de fait du Wu. Ayant développé un sentiment d’impunité, Chen abuse de son pouvoir, ce qui lasse l'empereur. Dans le courant de l'an 258, Sun Xiu nomme Sun Chen à un poste officiel de gouverneur. Alors qu'il est en route pour recevoir des informations complémentaires sur sa nouvelle fonction, le Conseiller est assassiné. Très vite, Xiu est soupçonné d'être le commanditaire du meurtre et,pour éviter de connaître le même sort que son prédécesseur, il s'arrange pour rejeter la faute sur une secte religieuse, qui est alors dissoute.

La santé du nouvel empereur est fragile et il traverse régulièrement des périodes ou il est trop faible pour régner et se retrouve obligé de confier les affaires du Wu à son entourage. En 263, il apprend que le Royaume de Shu c'est rendu suite à une attaque du Wei, ce qui met le Wu dans une position de grande faiblesse par rapport à son ennemis. L'état de Sun Xiu empire à nouveau et il traverse une période ou il est incapable de régner pendant quelque temps.

Lorsqu'il remonte sur le trône, Sun Xiu reçoit la nouvelle selon laquelle Sima Yan à renversé l'empereur du Wei et a fondé la dynastie Jin sous le nom d'Empereur Jin Wudi. Devant ce nouveau bouleversement, l'Empereur retombe malade et meurt le 3 septembre 264. Sun Hao, un des petits-fils de Sun Quan, lui succède sur le trône du Wu

Règne de Sun Hao (264280)[modifier | modifier le code]

Carte de la Chine lors de la prise du pouvoir de Sun Hao. Les territoires de la dynastie Jin sont en bleu clair et ceux du Wu en rouge.

Avant de devenir empereur du Wu, Sun Hao a la réputation d’être un jeune homme brillant, ouvert et très compétent. C'est ce qui lui permet d'obtenir le soutient de membres influents de la Cour, comme le ministre Puyang Xing ou "le général de l'armée gauche" Zhang Bu[12], et d’être choisit pour devenir empereur[13], au détriment de Sun Wan, le fils aîné de Sun Xiu qui est alors trops jeune[12], ou encore de Sun Feng, un descendant de Sun Ce qui avait lui aussi des partisans dans la course au trône.

Sa prise de fonction est donc vécue comme une bonne nouvelle par la noblesse et les habitants du royaume de Wu. Cet état de grâce est de courte durée, car malgré un bon début de règne, Hao développe très vite un comportement cruel et tyrannique. Il n'écoute que rarement ses officiels ou généraux, comme Lu Kang, le fils de Lu Xun, qui voyaient la menace d'un invasion se profiler. Au contraire, il n'hésite pas à exiler ou exécuter tout ceux qui osent s'opposer à lui. Très vite, les révoltes et défections se multiplient, les généraux en poste aux frontières préférant rejoindre les rang du Jin plutôt que de continuer à servir un tel empereur. Le moral de l'armée s'effondre et le clan Sun perd son soutien populaire.

Pendant ce temps, Jin Wudi travaille pour atteindre l'objectif qu'il s'est fixé, à savoir achever l'unification de la chine par la conquête du Wu. S'il lance les préparatifs d'un invasion dés son arrivée sur le trône, il doit la reporter de plusieurs années, car les Xianbei et les Qiangs, deux peuples non-Han vivant dans les provinces de Qin (秦) et de Liang (涼), se révoltent peu après son arrivée au pouvoir. De plus, les membres de la Cour sont très inquiet au sujet des Xiongnu, un autre peuple non-Han qui vit dans la zone qui correspond actuellement au Shanxi, depuis la fin de la période des Han orientaux. ce sont des guerriers féroces et d'excellents cavaliers, qui pourraient profiter des troubles pour se révolter à leur tour. Wudi étant concentrés sur ces rébellions, le Wu gagne un marge de manœuvre, dont il profite pour reprendre certains territoires. En 271, la province de Jiao (交州)[14], qui avait fait allégeance au Jin après la chute du Shu, est reconquise par le Wu. En 272, le général Lu Kang tue le général Bu Chan (步闡) qui était sur le point de livrer la ville de Xiling (西陵) au Jin, et repousse les troupes que Wudi a envoyé aider le rebelle.

Après ces échecs, l'empereur du Jin comprend qu'il n'a pas les moyens militaires nécessaires pour se battre sur autant de fronts et décide de tirer profit de l'attitude tyrannique de Sun Hao. En attendant de pouvoir envahir le Wu, il décide de mettre en place une politique de "détente"[15] avec Lu Kang et, pour un temps, ne lance plus aucune expédition militaire en direction du Sud. En même temps, ils se met à traiter généreusement les populations frontalières du Wu, afin d'améliorer l'image qu'elles ont de la dynastie Jin et faciliter ainsi l'annexion à venir.

En 280, toutes les rébellions sont enfin matées et Wudi peut se concentrer sur la conquête du Wu. Il rassemble une armée composée de 200 000 soldats, qu'il divise en six groupe. Le Wu est attaqué sur tous les fronts, aussi bien par terre que par voie fluviale, depuis le nord et l'ancien royaume du Shu. les troupes du Jin sont bien entraînées et aguerries par les années passées à combattre les rebelles non-Han. De son coté, Sun Hao ne peut compter que sur une armée démoralisée et une population qui lui as tourné le dos. L'armée d'invasion avance très rapidement, la seule véritable résistance venant de Zhang Di, le chancelier du Wu, qui tente d’arrêter les troupes du Jin avec une armée de 30 000 hommes. Après avoir vaincu l'armée de Di, les troupes de Sima Yan assiègent Nanjing, la capitale du Wu. Privé de tout soutient, surclassé à 10 contre 1, Sun Hao comprend que tout est perdu et se rend. C'est la fin du Wu et de la période des trois royaumes, Jin Wudi à réussit son pari et réunifié la Chine au profit de la dynastie Jin[16].

Empereurs du royaume de Wu[modifier | modifier le code]

L'arbre généalogique suivant représente la famille des dirigeants du royaume de Wu. Les dates situées au-dessus d'un nom sont les dates de naissance et décès ; les dates en dessous, les dates de début et fin de règne.

 
 
 
 
182 – 252
Sun Quan 孫權
229 – 252
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
223 – 253
Sun He(en) 孫和
 
235 – 264
Sun Xiu 孫休
258 – 264
 
243 – 260
Sun Liang 孫亮
252 – 258
 
 
 
 
242 – 284
Sun Hao 孫皓
264 – 280

Liste des territoires du royaume du Wu[modifier | modifier le code]

Province Capitale Provinciale Commanderie Capitale de la Commanderie Nbr de Xians
Yang
Jianye
建業
Danyang
丹陽
Jianye
建業
16
Wu
Xian de Wu
吳縣
10
Qichun
蘄春
Qichun
蘄春
2
Kuaiji
會稽
Xian de Shanyin
山陰縣
10
Yuzhang
豫章
Nanchang
南昌
16
Lujiang
廬江
Xian de Wan
皖縣
2
Luling
廬陵
Xian de Gaochang
高昌縣
10
Poyang
鄱陽
Xian de Poyang
鄱陽縣
9
Xindu
新都
Xian de Shixin
始新縣
6
Linchuan
臨川
Xian de Nancheng
南城縣
10
Linhai
臨海
Xian de Zhang'an
章安縣
7
Jian'an
建安
Xian de Jian'an
建安縣
9
Wuxing
吳興
Xian de Wucheng
烏程縣
9
Dongyang
東陽
Xian de Changshan
長山縣
9
Piling
毗陵典農校尉
Xian de Piling
毗陵縣
3
Luling Sud
廬陵南部都尉
Xian de Yudu
雩都縣
6
Jing
Jiangling
江陵
Nan
Jiangling
江陵
9
Wuling
武陵
Xian de Linyuan
臨沅縣
11
Lingling
零陵
Xian de Quanling
泉陵縣
10
Guiyang
桂陽
Xian de Chen
郴縣
6
Changsha
長沙
Xian de Linxiang
臨湘縣
10
Wuchang[17]
武昌
Xian de Wuchang
武昌縣
6
Ancheng
安成
Xian d'Ancheng
安成縣
6
Pengze
彭澤
Xian de Pengze
彭澤縣
4
Yidu
宜都
Xian de Yidao
夷道縣
3
Linhe
臨賀
Xian de Linhe
臨賀縣
6
Hengyang
衡陽
Xian de Xiangnan
湘南縣
10
Xiangdong
湘東
Xian de Ling
酃縣
6
Jianping
建平
Xian de Wu
巫縣
6
Tianmen
天門
Xian de Lüzhong
漊中縣
3
Zhaoling
昭陵
Xian de Zhaoling
昭陵縣
5
Shi'an
始安
Xian de Shi'an
始安縣
7
Shixing
始興
Xian de Qujiang
曲江縣
7
Guang
Panyu
番禺
Nanhai
南海
Xian de Panyu
番禺縣
6
Cangwu
蒼梧
Xian de Guangxin
廣信縣
11
Yulin
鬱林
Xian de Bushan
布山縣
9
Gaoliang
高涼
Xian de Siping
思平縣
3
Gaoxing
高興
Xian de Guanghua
廣化縣
5
Guilin
桂林
Xian de Wu'an
武安縣
6
Hepu Nord
合浦北部尉
Xian de Anguang
安廣縣
3
Jiao
Longbian
龍編
Jiaozhi
交阯
Longbian
龍編
14
Rinan
日南
Zhuwu
朱吾
5
Jiuzhen
九真
Xupu
胥浦
6
Hepu
合浦
Xian de Hepu
合浦縣
5
Wuping
武平
Wuning
武寧
7
Jiude
九德
Jiude
九德
6
Xinchang
新昌
Jianing
嘉寧
4
Zhuya
朱崖
Xian de Xuwen
徐聞縣
2

Héritage[modifier | modifier le code]

Poterie du royaume de Wu (musée de Shanghai).

Sous le royaume de Wu, le Sud de la Chine, considéré au début de l'histoire comme une jungle barbare, devint un centre commercial, culturel et politique important en Chine. Pendant cinq siècles, au cours de la période des Six Dynasties, le développement du Sud de la Chine a dépassé celui du Nord. Les réalisations de Wu ont marqué le début de la division culturelle et politique entre le Nord et le Sud de la Chine, qui réapparaîtra à maintes reprises dans l'histoire de la Chine jusqu'à l'époque moderne.

Les Wu entrèrent même en contact avec le royaume de Koguryŏ en envoyant des messagers par mer en 235 et 236, mais ceux-ci refusèrent toute alliance[18].

L'île de Taïwan aurait été découverte pendant la période des Trois Royaumes. Des contacts avec une population locale et l'envoi de fonctionnaires sur une île appelée Yizhou (夷州), à l'est du royaume de Wu, pourrait être le premier contact officiel entre les Chinois et les aborigènes de Taïwan. Cependant la localisation de l'île de Yizhou est sujette à discussion. Certains historiens pensent qu'il s'agissait bien de Taïwan, mais d'autres pensent qu'il s'agissait des îles Ryūkyū.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Personnalités du royaume de Wu.

D'importantes personnalités ont vécu et participé à l'histoire de la Chine durant la période des Trois Royaumes dans le royaume de Wu. On retrouve l'histoire d'un grand nombre de ceux-ci dans le roman Histoire des Trois Royaumes.

Culture[modifier | modifier le code]

L'essor du bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le royaume de Wu fut actif dans l'essor du bouddhisme au IIIe siècle. Les moines et textes arrivaient alors depuis les routes méridionales, maritimes, passant par le sud-est asiatique. Les deux plus grands traducteurs de textes de la période furent s'y trouvaient : Zhi Qian (en), d'origine yuezhi et né dans le Nord, et Kang Senghui (en), d'origine sogdienne mais né dans l'Extrême-Sud de la Chine. Très fins connaisseurs du sanskrit mais aussi de la littérature et la pensée chinoises, ils purent produire des traductions de très haute tenue. Le premier aurait traduit une trentaine de textes, certains très importants comme le Sūtra de Vimalakirti (déjà traduit par Lokaksema) et le Sutra de la Vie-Infinie (Sukhavativyuha Sutra), texte majeur de l'école de la Terre pure. Le second s'illustra surtout par la rédaction de commentaires de textes sacrés, qui sont parmi les plus anciens du bouddhisme chinois et initient donc un (timide) début d'appropriation de cette religion dans ce pays, et la découverte d'une relique du Bouddha, la première de Chine, pour laquelle le roi Sun Quan aurait érigé un monastère qui devait devenir l'un des plus importants centres bouddhistes du Sud chinois à l'époque médiévale[19].

Les céramiques du pays de Wu[modifier | modifier le code]

L'art du pays de Wu fit preuve d'une grande originalité, liée à l'existence d'une tradition artistique propre à la basse vallée du Yangzi. Cette tradition artistique se prolongea durant les siècles suivants avec les différentes entités politiques qui dominèrent la région. Elle s'exprimait, à cette époque, dans les objets en céramique à glaçure (proto-céladons ou proto-porcelaines) produits par les ateliers situés à proximité de la capitale du royaume. Leur qualité venait du fait qu'ils avaient été cuits dans des fours de grande taille, appelés « fours dragons », essentiellement localisés dans l'actuel Zhejiang. Il s'agit de structures allongées bâties sur des collines : le chambre de combustion (la tête du dragon) était localisée en contrebas ; le four où étaient disposées les céramiques (le « corps ») était une vaste chambre allongée fermée au moment de la combustion de façon à atteindre des températures très élevées permettant d'obtenir des céramiques de grande qualité ; l'extrémité la plus élevée de la structure (la « queue ») est une pièce d'où sort la fumée, servant de cheminée. Un de ces fours de la période des Trois Royaumes a été fouillé à Anshan près de Shangyu, et mesurait 13 mètres de long[20].

Les poteries méridionales se distinguent des céramiques produites ailleurs par une certaine exubérance. Certains sont des vases peints sur toute leur surface de scènes impliquant des hommes et des animaux réels ou légendaires. Mais les plus marquants sont des vases de forme animale, ou ornés des petites figurines modelées, animales et humaines. Certains objets, comme les lampes et les porte-chandelles représentent des serviteurs et des animaux, comme les fauves. Ils poursuivent en cela la tradition remontant aux Zhou pour ce qui est des animaux et à la dynastie Han pour ce qui est des hommes. Alors que ces objets étaient traditionnellement en bronze, ils sont à l'époque des Trois Royaumes en grès[21]. Certaines urnes funéraires[N 1], du pays de Wu, considérées comme « résidence pour l'esprit du mort », sont des jarres dont la partie supérieure est ornée de représentations modelées en ronde-bosse. Ici une petite maquette, une construction à quatre entrées, et des figurines assises[N 2] tout autour tandis que des oiseaux sont posés sur les toits. L'ensemble est réalisé dans un grès porcelaineux à couverte verte ou protocéladon. En effet c'est à cette période que les céramistes produisent les premières expériences qui serviront de base à la mise au point de la porcelaine. Ce type d'urne se retrouve jusqu'à la fin des Jin orientaux (début Ve siècle).

Objets en céramique du royaume de Wu.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. A. Falco Howard et al., Chinese Sculpture, Yale University Press (New Haven & London) and Foreign Languages Press (Beijing), 2006, p. 107. L'urne reproduite ci-dessus fait l'objet d'une description précise.
  2. Laure Feugère fait une étude de ce type d'urne funéraire à propos d'une jarre du musée Guimet de l'époque des Jin de l'Ouest dans Montagnes célestes : Trésors des musées de Chine, Réunion de musées nationaux 2004, page 134. Le terme qui désigne ce type de jarre (Gucang guan avec gucang : grenier) pourrait indiquer, pour certains chercheurs, que l'urne représente un grenier et que son contenu, quel qu'il ait pu être, nourrit l'âme du défunt. D'autres chercheurs pensent que les personnages représentent des Immortels taoïstes. Cependant comme d'autres jarres portent l'image de Bouddha on aurait ainsi dans ces jarres comme un assemblage d'indices des croyances qui se mêlaient dans l'esprit des chinois de ces époques : « Anciennes croyances chamaniques locales, taoïsme, piété filiale due à Confucius, bouddhisme se mêlent sans doute dans la décoration de ces jarres » : Wu Hung cité par Laure Feugère.
  3. Le geste du pinceau semble provenir de la vaisselle laquée contemporaine, cf. Chinese ceramics : From the Paleolithic Period through the Qing Dynasty, 2010, Yale University Press, p. 186-187. Analyse de cette céramique : Watt et al. 2004, p. 200.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rafe de Crespigny, A biographical dictionnary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD), Boston, Brill, , p. 769
  2. Ce qui correspond a l'actuelle province du Sichuan
  3. (孫權以先主已得益州, 使使報欲得荊州。 先主言:「須得涼州, 當以荊州相與。 」權忿之) Chen Shou. Les Chroniques des trois royaumes , Volume 32, biographie de Liu Bei.
  4. Jiu xi (九錫) - Récompenses que l’empereur offre à ses mandarins les plus méritants. Selon le Classique des rites, ces neuf sacrements étaient :
    1. don d’un chariot et de chevaux : le mandarin est modeste dans sa démarche et n’a plus besoin de marcher – Sun Quan reçut de Cao Pi un grand chariot et un chariot de guerre, chacun tiré par deux étalons noirs
    2. don de vêtements : le mandarin écrit élégamment et montre ses bonnes actions – Sun Quan reçut les vêtements d’honneur, un bonnet et des chaussons rouges
    3. don d’une partition musicale : le mandarin a l’amour en son cœur et enseigne la musique aux siens – Sun Quan reçut une sélection d’instruments pour décorer son palais
    4. don d’une porte rouge : le mandarin gère bien sa maisonnée, et a le droit d’utiliser une porte rouge pour montrer que sa maison est différente des autres
    5. don d’une rampe : le mandarin fait ce qui est approprié, il peut marcher en usant de la rampe pour maintenir sa force
    6. don de gardes : le mandarin est brave et prêt à dire la vérité, il doit être protégé – Sun Quan reçut cent « guerriers ayant l’énergie du tigre »
    7. don d’armes, d’un arc et de flèches : le mandarin a bonne conscience, il représente le gouvernement et écrase la trahison – Sun Quan reçut un arc écarlate avec cent flèches écarlates et dix arcs noirs avec mille flèches noires
    8. don d’une hache cérémonielle : le mandarin est fort, sage et loyal envers le clan impérial, il doit exécuter les criminels
    9. don de vin : le mandarin fait preuve de piété filiale et doit offrir des libations à ses ancêtres – Sun Quan reçut une coupe de jade pour les libations avec une liqueur de millet noir.
  5. Ce qui correspond à l'actuel xian de Yunmeng, Hubei.
  6. Ce qui correspond actuellement à la moitié sud de la province du Liaoning
  7. Empire connut sous le nom de Da Qin pour les Chinois de l'époque
  8. a et b Gary K. Young, Rome's Eastern Trade: International Commerce and Imperial Policy, 31 BC - AD 305, 2001, (ISBN 0-415-24219-3), p. 29.
  9. a, b et c (en) Paul Halsall, « East Asian History Sourcebook: Chinese Accounts of Rome, Byzantium and the Middle East, c. 91 B.C.E. - 1643 C.E. », sur Fordham.edu, Fordham University, (consulté le 17 septembre 2016).
  10. Hirth (1885), p. 47–48.
  11. C'est lui qui a tué Liu Zan lors des combats
  12. a et b Sanguo Yanyi, ch. 120
  13. Rafe de Crespigny, A biographical dictionnary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD),, Boston, Brill, , p. 775
  14. Cette province correspond actuellement au nord du Viêt Nam
  15. Il s'agit, bien sûr, d'une détente au sens politique du terme, soit une volonté d'apaisement des tensions avec le Wu, en dehors des conflits directs entre les deux dynasties.
  16. Li and Zheng, pg 364.
  17. Cette commanderie est créée après la division de celle dee Jiangxia. Les sources existantes ne permettent pas de savoir si cette division a eu lieu avant ou après que le Wu ait pris le contrôle de cette région. De même, le nom de la capitale de cette commanderie n'est pas connu.
  18. Masumi Shibata, Le Kojiki : chronique des choses anciennes, Maisonneuve & Larose, 1997, (ISBN 9782706812750).
  19. (en) M. Martin Rhie, « Early Bouddhist Art of China & Central Asia », Volume One : Later Han, Three Kingdoms and Western Chin in China and Bactria to Shan-shan in Central Asia, Leyde et Boston, 2007, p. 101-103.
  20. Dien 2007, p. 233-239.
  21. (en) J. C. Y. Wyatt, « Art and History of China from the Third to the Eighth Century », dans Watt et al. 2004, p. 6-7 ; voir aussi p. 200-202.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chén Shòu et Péi Sōngzhī, Chroniques des Trois Royaumes (三國志, Sānguózhì)
  • Luó Guànzhōng, Histoire des Trois Royaumes (三國演義, Sānguó yǎnyì), (zh) Disponible sur Wikisource
  • (en) Bo Li et Yin Zheng, 5000 years of Chinese history, Inner Mongolian People's publishing corp, (ISBN 7-204-04420-7)
  • (en) Albert E. Dien, Six Dynasties Civilization, New Haven, Yale University Press, coll. « Early Chinese civilization series », .
  • (en) Rafe de Crespigny, « The Three Kingdoms and Western Jin: a history of China in the Third Century AD », East Asian History, vol. 1 et 2,‎ , p. 1-36 et 143-165 (lire en ligne : [1] et [2] - consulté le 15 décembre 2014).
  • (en) Rafe de Crespigny, A Biographical Dictionary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD), Leyde et Boston, Brill, coll. « Handbuch der Orientalistik », (ISBN 90-04-15605-4).
  • (en) Mark Edward Lewis, China Between Empires : The Northern and Southern Dynasties, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China », .
  • (en) James C. Y. Watt (dir.), China : Dawn of a Golden Age, 200-750 AD, New York, New Haven et Londres, Metropolitan Museum of Art et Yale University Press, (lire en ligne).


Voir aussi[modifier | modifier le code]