Royaume de Wu

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Royaume de Wu
吳 () (zh)

229280

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoires des Trois Royaumes de Chine en 262.
Le royaume de Wu est représenté en vert.

Informations générales
Statut Monarchie
Capitales Wuchang (222-229, 265-266)
Jianye (229-265, 266-280)
Langue Chinois
Religion Bouddhisme, Taoïsme, Confucianisme, Religion traditionnelle chinoise
Démographie
Population 2 300 000 (Estimation)
Histoire et événements
229 Création
229 Sun Quan s'auto-proclame empereur
280 Conquête de Wu par la dynastie Jin
Empereurs
229 - 252 Sun Quan
252 - 258 Sun Liang
258 - 264 Sun Xiu
264 - 280 Sun Hao

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Guerres des Trois Royaumes
Informations générales
Date 220-280
Lieu Chine
Issue Victoire de Jin
Belligérants
Wei, remplacé par Jin après 265 Shu Wu

Batailles

Yiling/Xiaoting - Campagne contre le Wu - Campagne du Sud - Expéditions de Zhuge Liang - Shiting - Liaodong - Offensive du Wu - Xingshi - Koguryo - Gaoping - Expéditions de Jiang Wei (Didao) - Dongxing - Shouchun - Cao Mao - chute du Shu - Zhong Hui - Chute du Wu

Le royaume de Wu (chinois simplifié : 东吴 ; chinois traditionnel : 東吳 ; pinyin : Dōng Wú), connu également sous le nom Sun Wu (chinois simplifié : 孙吴 ; chinois traditionnel : 孫吳 ; pinyin : Sūn Wú), est l’un des royaumes de la période des Trois royaumes en lutte pour le contrôle de la Chine après la chute de la dynastie Han.

Il était situé au Sud du Yangzi Jiang dans la région des actuelles Nankin, Shanghai et Suzhou, à l’emplacement de l’État de Wu de l’époque des Printemps et des automnes. La capitale principale du royaume était Jianye(建業), près de l'actuelle ville de Nankin, mais parfois la capitale fut déplacée à Wuchang (武昌), actuelle Ezhou, Hubei.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant le déclin de la dynastie Han, la région de Wu (située au sud du fleuve Yangtze, dans les environs de Nankin) était sous le contrôle du seigneur de guerre Sun Quan, successeur de son frère Sun Ce et qui payait allégeance à l'empereur Han Xiandi. Mais l'empereur était à cette époque soumis à l'influence de Cao Cao. Contrairement à ses concurrents, Sun Quan n'a jamais eu l'ambition de devenir empereur de Chine. Cependant, afin de contrer Cao Pi du royaume de Wei et Liu Bei du Royaume de Shu, Sun Quan se déclara empereur en 229 et fonda la Dynastie Wu.

Le long règne de Sun Quan résulte de la stabilité dans le sud de la Chine. Les royaumes de Shu et Wu avait en effet lié une alliance militaire afin de défaire le royaume de Wei dans le nord. Ainsi, le Wu réussit à conquérir des territoires au nord du Yangtze mais le Wei aucun au sud du fleuve.

Bien que plus faible que le royaume du Shu et celui du Wei, le royaume de Wu fut celui qui vécut le plus longtemps des Trois Royaumes de Chine. Il existat pendant 51 ans, de sa fondation en 229 à sa conquéte en 280 par le premier empereur de la dynastie Jin, Sima Yan.

Empereurs du royaume de Wu[modifier | modifier le code]

Le royaume de Wu compta 4 empereurs :

  1. Sun Quan (229-252) : Héritier de la région de Jiandong, héros de la Bataille de la Falaise rouge il fonda le royaume de Wu en 222 et s'auto-proclame empereur en 229 pour affirmer son indépendance vis-à-vis du Royaume de Wei. La longévité de son règne s'explique par l'alliance militaire avec le royaume de Shu qui empêcha le royaume du Wei de conquérir le sud de la Chine.
  2. Sun Liang (252-258) : Troisième fils de Sun Quan, il devient empereur à l'âge de neuf ans. envoyé en exil en 258, son frère Sun Xiu lui succède. Sun Liang meurt mystérieusement (suicide ou empoisonnement) en 260.
  3. Sun Xiu (258-264) : Sous l'influence de son conseiller général Sun Chen, il n'a pas réellement régné jusqu'à l'assassinat de celui-ci. Victime de maladies, il quitte régulièrement ses fonctions. Il meurt finalement en 264, alors que Sima Yan vient juste de créer la dynastie Jin dans le royaume de Wei.
  4. Sun Hao (264-280) : Petit-fils de Sun Quan, Sun Hao se révèle être un tyran sans foi ni loi. Perdant le soutien de son peuple puis d'une partie de son armée, le despote est renversé en 280 par Sima Yan qui achève ainsi la réunification de la Chine et met fin à la période des Trois Royaumes.

L'arbre généalogique suivant représente la famille des dirigeants du royaume de Wu. Les dates situées au-dessus d'un nom sont les dates de naissance et décès; les dates en dessous, les dates de début et fin de règne.

 
 
 
 
182-252
Sun Quan 孫權
229-252
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
223-253
Sun He 孫和
 
235-264
Sun Xiu 孫休
258-264
 
243-260
Sun Liang 孫亮
252-258
 
 
 
 
242-284
Sun Hao 孫皓
264-280

Héritage[modifier | modifier le code]

Poterie du royaume de Wu (Musée de Shanghai)

Sous le royaume de Wu, le sud de la Chine, considéré au début de l'histoire comme une jungle barbare, devint un centre commercial, culturel et politique important en Chine. Pendant cinq siècles, au cours de la période des Six Dynasties, le développement du sud de la Chine a dépassé celui du nord. Les réalisations de Wu ont marqué le début de la division culturelle et politique entre le nord et le sud de la Chine, qui réapparaîtra à maintes reprises dans l'histoire de la Chine jusqu'à l'époque moderne.

Les Wu entrèrent même en contact avec le royaume de Koguryŏ en envoyant des messagers par mer en 235 et 236, mais ceux-ci refusèrent toute alliance[1].

L'île de Taïwan aurait été découverte pendant la période des Trois Royaumes. Des contacts avec une population locale et l'envoi de fonctionnaires sur une île appelée Yizhou (夷州), à l'est du royaume de Wu, pourrait être le premier contact officiel entre les Chinois et les aborigènes de Taiwan. Cependant la localisation de l'île de Yizhou est sujette à discussion. Certains historiens pensent qu'il s'agissait bien de Taïwan, mais d'autres pensent qu'il s'agissait des îles Ryūkyū.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Personnalités du royaume de Wu.

D'importantes personnalités ont vécu et participé à l'histoire de la Chine durant la période des Trois Royaumes dans le Royaume de Wu. On retrouve l'histoire d'un grand nombre de ceux-ci dans le roman Histoire des Trois Royaumes.

Culture[modifier | modifier le code]

L'essor du bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le royaume de Wu fut actif dans l'essor du bouddhisme au IIIe siècle. Les moines et textes arrivaient alors depuis les routes méridionales, maritimes, passant par le sud-est asiatique. Les deux plus grands traducteurs de textes de la période furent s'y trouvaient : Zhi Qian, d'origine Yuezhi et né dans le Nord, et Kang Senghui, d'origine sogdienne mais né dans l'extrême sud de la Chine. Très fins connaisseurs du sanskrit mais aussi de la littérature et la pensée chinoises, ils purent produire des traductions de très haute tenue. Le premier aurait traduit une trentaine de textes, certains très importants comme le Sūtra de Vimalakirti (déjà traduit par Lokaksema) et le Sutra de la Vie-Infinie (Sukhavativyuha Sutra), texte majeur de l'école de la Terre pure. Le second s'illustra surtout par la rédaction de commentaires de textes sacrés, qui sont parmi les plus anciens du bouddhisme chinois et initient donc un (timide) début d'appropriation de cette religion dans ce pays, et la découverte d'une relique du Bouddha, la première de Chine, pour laquelle le roi Sun Quan aurait érigé un monastère qui devait devenir l'un des plus importants centres bouddhistes du sud chinois à l'époque médiévale[2].

Les céramiques du pays de Wu[modifier | modifier le code]

L'art du pays de Wu fit preuve d'une grande originalité, liée à l'existence d'une tradition artistique propre à la basse vallée du Yangzi. Cette tradition artistique se prolongea durant les siècles suivants avec les différentes entités politiques qui dominèrent la région. Elle s'exprimait, à cette époque, dans les objets en céramique à glaçure (proto-céladons ou proto-porcelaines) produits par les ateliers situés à proximité de la capitale du royaume. Leur qualité venait du fait qu'ils avaient été cuits dans des fours de grande taille, appelés « fours-dragons », essentiellement localisés dans l'actuel Zhejiang. Il s'agit de structures allongées bâties sur des collines : le chambre de combustion (la tête du dragon) était localisée en contrebas ; le four où étaient disposées les céramiques (le « corps ») était une vaste chambre allongée fermée au moment de la combustion de façon à atteindre des températures très élevées permettant d'obtenir des céramiques de grande qualité ; l'extrémité la plus élevée de la structure (la « queue ») est une pièce d'où sort la fumée, servant de cheminée. Un de ces fours de la période des Trois Royaumes a été fouillé à Anshan près de Shangyu, et mesurait 13 mètres de long[3].

Les poteries méridionales se distinguent des céramiques produites ailleurs par une certaine exubérance. Certains sont des vases peints sur toute leur surface de scènes impliquant des hommes et des animaux réels ou légendaires. Mais les plus marquants sont des vases de forme animale, ou ornés des petites figurines modelées, animales et humaines. Certains objets, comme les lampes et les porte-chandelles représentent des serviteurs et des animaux, comme les fauves. Ils poursuivent en cela la tradition remontant aux Zhou pour ce qui est des animaux et à la dynastie Han pour ce qui est des hommes. Alors que ces objets étaient traditionnellement en bronze, ils sont à l'époque des Trois Royaumes en grès[4]. Certaines urnes funéraires[N 1], du pays de Wu, considérées comme « résidence pour l'esprit du mort », sont des jarres dont la partie supérieure est ornée de représentations modelées en ronde-bosse. Ici une petite maquette, une construction à quatre entrées, et des figurines assises[N 2] tout autour tandis que des oiseaux sont posés sur les toits. L'ensemble est réalisé dans un grès porcelaineux à couverte verte ou protocéladon. En effet c'est à cette période que les céramistes produisent les premières expériences qui serviront de base à la mise au point de la porcelaine. Ce type d'urne se retrouve jusqu'à la fin des Jin orientaux (début Ve siècle).

Objets en céramique du royaume de Wu.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. A. Falco Howard et al., Chinese Sculpture, Yale University Press (New Haven & London) and Foreign Languages Press (Beijing), 2006, p. 107. L'urne reproduite ci-dessus fait l'objet d'une description précise.
  2. Laure Feugère fait une étude de ce type d'urne funéraire à propos d'une jarre du Musée Guimet de l'époque des Jin de l'Ouest dans Montagnes célestes : Trésors des musées de Chine, Réunion de musées nationaux 2004, page 134. Le terme qui désigne ce type de jarre (Gucang guan avec gucang : grenier) pourrait indiquer, pour certains chercheurs, que l'urne représente un grenier et que son contenu, quel qu'il ait pu être, nourrit l'âme du défunt. D'autres chercheurs pensent que les personnages représentent des Immortels taoïstes. Cependant comme d'autres jarres portent l'image de Bouddha on aurait ainsi dans ces jarres comme un assemblage d'indices des croyances qui se mêlaient dans l'esprit des chinois de ces époques: « Anciennes croyances chamaniques locales, taoïsme, piété filiale due à Confucius, bouddhisme se mêlent sans doute dans la décoration de ces jarres » : Wu Hung cité par Laure Feugère.
  3. Le geste du pinceau semble provenir de la vaisselle laquée contemporaine, cf. Chinese ceramics : From the Paleolithic Period through the Qing Dynasty, 2010 Yale University Press, p. 186-187. Analyse de cette céramique : Watt et al. 2004, p. 200.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Masumi Shibata, Le Kojiki : chronique des choses anciennes, Maisonneuve & Larose 1997 (ISBN 9782706812750)
  2. (en) M. Martin Rhie, Early Bouddhist Art of China & Central Asia, Volume One : Later Han, Three Kingdoms and Western Chin in China and Bactria to Shan-shan in Central Asia, Leyde et Boston, 2007, p. 101-103
  3. Dien 2007, p. 233-239
  4. (en) J. C. Y. Wyatt, « Art and History of China from the Third to the Eighth Century », dans Watt et al. 2004, p. 6-7 ; voir aussi p. 200-202.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Albert E. Dien, Six Dynasties Civilization, New Haven, Yale University Press, coll. « Early Chinese civilization series »,
  • (en) Rafe de Crespigny, « The Three Kingdoms and Western Jin: a history of China in the Third Century AD », East Asian History, vol. 1 et 2,‎ , p. 1-36 et 143-165 (lire en ligne : [1] et [2] - consulté le 15 décembre 2014)
  • (en) Rafe de Crespigny, A Biographical Dictionary of Later Han to the Three Kingdoms (23-220 AD), Leyde et Boston, Brill, coll. « Handbuch der Orientalistik », (ISBN 90-04-15605-4)
  • (en) Mark Edward Lewis, China Between Empires : The Northern and Southern Dynasties, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China »,
  • (en) James C. Y. Watt (dir.), China : Dawn of a Golden Age, 200-750 AD, New York, New Haven et Londres, Metropolitan Museum of Art et Yale University Press, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]