Dogme de l'inimitabilité du Coran

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Inimitabilité du Coran)
Aller à : navigation, rechercher

Le dogme de l'inimitabilité du Coran (arabe : iʿjâz) est une spécificité religieuse dans l'islam selon laquelle le Coran, en tant que révélation divine, ne peut être imité par aucune autre œuvre littéraire. Cette qualité du Coran est généralement revendiquée à la fois pour l'esthétique du style d'écriture et pour la valeur du message qu'il porte à l'humanité[1].

Mention dans les versets coraniques[modifier | modifier le code]

Plusieurs versets font référence à cette inimitabilité, appelant les non-musulmans à produire des versets semblables à ceux du Coran :

« Et si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, eh bien produisez une sourate semblable et invoquez ceux qui vous assistent en dehors de Dieu si vous êtes sincères ! »

— Le Coran, « La Vache », II, 23, (ar) البقرة.

« Ou bien ils disent: (Il l'a forgé [le Coran]) - Dis : « Apportez donc dix Sourates semblables à ceci, forgées (par vous). Et appelez qui vous pourrez (pour vous aider), hormis Allah, si vous êtes véridiques »

— Le Coran, « Houd », XI, 13, (ar) هود.

« Ou bien prétendent-ils qu'il [le Prophète] l'a inventé ? Dis-leur : « Produisez une seule sourate semblable et, hormis Dieu, appelez qui vous pourrez à votre aide si vous êtes sincères ! »

— Le Coran, « Jonas », X, 38, (ar) يونس.

Le concept de l'inimitabilité du Coran[modifier | modifier le code]

L'orientaliste du XIXe siècle Forster Fitzgerald Arbuthnot décrit que « du point de vue littéraire, le Coran est considéré comme un spécimen de la langue arabe pure, composé à moitié tel un poème et à moitié telle de la prose. On dit que dans certains cas, les grammairiens ont adapté leurs règles afin de concorder avec certaines phrases et expressions usitées dans le Coran, et que bien que plusieurs tentatives aient été faites pour produire un travail d'un style aussi élégant que celui-là, aucune n'a abouti[2]. »

Ce caractère d'inimitabilité (iʿjâz) du Coran a été sujet de beaucoup de divergences d'opinions au sein même de la doctrine musulmane[1]. Est-ce que le Coran en tant que parole de Dieu doit être mis à l'épreuve face aux autres genres littéraires ? Le philosophe Ibn Hazm y voit un danger spirituel[3].

Le théologien Fakhr al-Dîn al-Râzî, pour sa part, affirmait que ce miracle linguistique se situe, non pas au niveau de la qualité stylistique du texte, mais au niveau des significations[4].

Ce dogme a aussi été avancé par certains arabophones pour interdire la traduction du Coran. Ils s'appuient sur le lien entre religion, langue et écriture sacrée[5].

Critique de l'inimitabilité du Coran[modifier | modifier le code]

Plusieurs éléments sont régulièrement apportés afin de critiquer le dogme de l'inimitabilité du Coran.

Éléments philologiques et d'histoire de la rédaction du Coran[modifier | modifier le code]

  • Plusieurs chercheurs supposent une écriture du Coran par plusieurs auteurs. Ainsi, une étude récente prouverait que le texte coranique a été écrit par trente à cent auteurs différents sur plus de deux siècles, de 620 à 847 ap. J.-C.[6].

Sans aller jusqu'à affirmer que le Coran a un seul auteur, Anne-Sylvie Boisliveau dans son étude souligne que l'aspect unifié du style du texte et de l’argumentation nous démontrerait qu'il y a un « auteur » plutôt qu'un ensemble d’ « auteurs » en ce qui concerne la part quantitativement la plus importante du Coran qu'elle appelle "le discours sur le statut du texte coranique", et que le Coran aurait été composé à l'époque du Prophète[7].
Concernant la période de rédaction du Coran, Michael Marx qui codirige avec François Déroche et Christian Robin le projet Coranica révèle qu'il existe à ce jour entre 1500 et 2000 feuillets coraniques datant du Ier siècle de l'hégire. Fidèles au Coran d'Othman, ils reprennent la totalité du Coran[8].

  • Günter Lüling s'est attaché a démontrer qu'une partie du Coran provient d'hymnes chrétiennes qui circulaient dans un milieu arien avant Mahomet et qui ont été remaniés par l'intégration de motifs arabes anciens[9].
  • D'autres études récentes mettent en évidence le caractère judéo-chrétien des origines du Coran[10]
  • Selon Theodor_Nöldeke, Friedrich Schwally (en) et John Wansbrough[réf. nécessaire], le texte coranique contiendrait de nombreux défauts linguistiques. Nöldeke évoque un texte syntaxiquement "maladroit" et "laid"[11]. Mais, pour Jacques Berque, tout ce que Theodor Nöldeke imputait à un vice rhétorique n'est, à la lumière d'une analyse critique bien menée, que singularités grammaticales ou spécificités stylistiques propres au discours coranique[12].

Éléments historiques[modifier | modifier le code]

  • Au VIIe siècle, en Arabie, plusieurs personnes, dont Musaylima, se sont proclamées prophètes et ont écrit des « révélations ». Plusieurs poètes, dont Bashâr Ibn Burd (†784), Abū al-ʿAtāhiyya (†828), Al-Mutanabbi (†965) et Abu-l-Ala al-Maari (†1058), ont proclamé que leur écrits dépassaient le Coran en éloquence[13]. Ce dernier point met en lumière la difficulté de comparer des écrits sans critère objectif.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fatma Khelef, « Le concept de l’Inimitabilité du Coran (1ère Partie) »
  2. F. F. Arbuthnot, The Construction of the Bible and the Koran (Londres: 1985), p. 5
  3. Dominique et Marie-Thérèse Urvoy, Les Mots de l'islam, Presses Universitaires du Mirail, coll. « Les mots de », 2004, 127 p., (ISBN 2858167281) ou (ISBN 9782858167289). Voir en page 57 de l'ouvrage.
  4. Roger Arnaldez, Fakhr al-Dîn al-Râzî: commentateur du Coran et philosophe, Vrin, 2002, 158p., (ISBN 2711615715) ou (ISBN 9782711615711). Voir en page 67 de l'ouvrage.
  5. Multiples du social: Regards socio-anthropologiques, Caroline Moricot, Éditions L'Harmattan, 2010,ISBN 2-296-11587-X,ISBN 978-2-296-11587-3, page 210
  6. Jean-Jacques Walter, Marie-Thérèse Urvoy (dir.), Le Coran révélé par la Théorie des Codes, p. 39
  7. Anne-Sylvie Boisliveau, "De la canonisation du Coran par le Coran", article du 27/02/2014, p. 10, paragraphe 47 et p. 9, paragraphe 44 consultable sur le site iqbal.hypothèse.org en ligne
  8. À écouter sur le site de France culture, à partir de 28 min 50 s [1]
  9. Claude Gilliot, « L'origine syro-araméenne du Coran », le Nouvel Observateur Hors-série, avril/mai 2004, p. 64-65.
  10. (Edouard M. Gallez, Le messie et son prophète : Aux origines de l'Islam; Éditeur : Éditions de Paris; (ISBN 2851620649 et 978-2851620644).
  11. (en) Leaman, Oliver, ed. (2006). The Qur'an: an encyclopedia. Routledge, p. 357.
  12. Jacques Berque, Le Coran: Essai de Traduction, Albin Michel, 1995, p. 739-741
  13. (en) Kermani, Naved (2006). The Blackwell companion to the Qur'an. Blackwell.