Ruhnama

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Ruhnama
Auteur Saparmyrat Nyýazow
Pays Drapeau du Turkménistan Turkménistan
Genre Livre spirituel
Version originale
Langue Turkmène
Titre Ruhnama
Lieu de parution Achgabat
Date de parution 2001
2004
ISBN 9781507782231
Version française
Nombre de pages 158

Ruhnama (« Le livre de l'âme », de l'arabe روح rūḥ, âme, et du perse نامه nāmeh, « livre ») est un livre écrit par Saparmyrat Nyýazow, le premier président du Turkménistan, paru pour la première fois en 2001. Le livre contient des préceptes moraux, des réflexions philosophiques, des légendes et des références historiques[1].

Contenu[modifier | modifier le code]

Le Ruhnama est décrit par son auteur comme un « livre spirituel »[2]. Le contenu de l'ouvrage est quand a lui décrit comme « un tract incohérent remplit d'analyses historiques de surface, de clichés, de paraboles et d'une part autobiographique »[2]. Slavomir Horak, quant à lui, décrit le livre comme un « amalgame inégal du Coran, de brochures communistes, d'histoire (pseudo-)folkloriques turkmènes et de pure invention, mélangeant guidance spirituel, moralité et autobiographie »[3]. La prose du livre est quant à elle considéré comme incohérente dû à l'usage d'une prose poétique. Une biographie de Oguz Khan est incluse dans le livre, celle-ci a pour but de créer un fondateur légendaire à la nation et culture turkmène[4] il y a 5000 ans[3]. Le reste du livre propose une version de l'histoire des Turkmènes et de leur territoire[5]. L'ouvrage inclut également un réinterprétation des lignées turkmènes ainsi que l'attribution de symboles et caractéristiques aux époques décrites[3].

Selon cet ouvrage, les Turkmènes ont inventé la roue, le grain de blé blanchit et la mécanique robotique[4]. Il y est également stipulé que « la barbe pousse depuis le cerveau. Plus la barbe est longue, moins il y a de cerveau. Moins il y a de cerveau, moins la personne est sage »[6],[7]. Le livre clame également développer les compétences scientifiques du lecteur[4]. D'autres passages décrit comment la population doit se vêtir et se nourrir[2]. Le message principale de l'ouvrage reste cependant la dévotion aveugle à la nation et la soumission volontaire à son dirigeant[4].

Parution[modifier | modifier le code]

Le Ruhnama s'inscrit dans la tradition du culte de la personnalité de Saparmyrat Nyýazow établi de l'indépendance du Turkménistan en 1991 jusqu'à sa mort en 2006. Ce culte est comparé à celui instauré par Joseph Staline durant son règne[2]. Cependant, le livre est généralement considéré comme la représentation de ce culte[4]. À sa parution, le manuscrit est intensément promu dans les lieux publics[2] qui sont requis, comme les lieux de travail ainsi que les lieux de culte, d'avoir une copie[3].

La version finale du manuscrit paraît pour la première fois le [4]. La couverture du livre est « rose bonbon sur fond vert herbe, avec le profil de Nyýazow coloré doré »[2]. Le livre est traduit en au moins quarante langues[4]. Le 12 septembre est une fête nationale au Turkménistan pour célébrer la publication du premier tome du texte[3]. Le second tome est publié en 2004[3].

Usage[modifier | modifier le code]

Le système éducatif endoctrine les jeunes Turkmènes et fait l'apologie de Nyýazow. Les ouvrages scolaires font presque tous référence aux travaux ou aux discours de ce dernier. Le Ruhnama est considéré comme une épopée nationale et plus encore, comme un texte fondamental de la nation turkmène. Ce livre, un mélange de révisionnisme historique et de lignes de conduites morales, a pour vocation d'être le « guide spirituel de la nation », et le socle des arts et de la littérature nationaux. En , Nyýazow lui-même déclara d'ailleurs : « Celui qui par trois fois lira le Ruhnama trouvera une richesse spirituelle, deviendra plus intelligent, reconnaîtra l'existence divine et ira directement au paradis ». Il prétendait que son livre a la même valeur que le Coran et la Bible[1]. Cette déclaration implique trois lectures par jour et non pas au total[8]. À la mort du dirigeant, on estime que l'étude du Ruhnama consistue environ un tiers du parcours académique d'un étudiant moyen[2]. Ceci est rendu possible par le remplacement des cours d'éducation physique, d'algèbre et de physique par des sessions d'étude du livre[3].

Pour avoir accès à un emploi dans le secteur public, les postulants devaient passer un examen sur le contenu du livre. Les bâtiments publics ont régulièrement un passage du livre inscrit sur leur devanture[2]. De plus, les parcs publics ont souvent une statue érigée en l'honneur du Ruhnama[5]. Parmi les monuments, l'un d'eux a la particularité de lire des passages du livre à vingt heures tous les jours[3]. Il est nécessaire de passer un examen sur le contenu du livre afin d'obtenir le permis de conduire[4]. La critique du livre est interdite par la loi[3]. En 2005, le livre est envoyé dans l'espace à l'aide d'un satellite de modèle Dnepr depuis la station spatiale de Baïkonour[9].

L'usage mandataire du livre est en recul depuis 2013, année où il est retiré du curriculum scolaire[4]. Cependant il continue d'avoir une large influence sur l'éducation littéraire du pays[5]. L'année suivante, une décision similaire est prise pour les curriculums universitaires[3]. Il est argumenté que les conséquences de l'usage du Ruhnama dans les milieux scolaires est la fusion des concepts de nation et de citoyenneté, mais également du développement culturel et maintien du savoir comme décrit dans le Ruhnama comme étant la base du devoir citoyen[10].

De la même façon, les devoirs de l’État envers sa population sont décris comme culturels, mais également socio-économiques[11].

À son apogée, le livre est considéré par le gouvernement turkmène comme égal au Coran et comme le « centre de cet univers »[4].

Ceci lui valut d'être décrit comme une « "révision" de l'Islam »[12]. Cependant, sous la présidence de Gurbanguly Berdimuhamedow, un nouveau livre, le Turkmennama, est publié pour remplacer le Ruhnama[13]. L'annonce d'un sertie prochaine du livre est faite en 2011[12].

Controverse à l'étranger[modifier | modifier le code]

Lorsque le second tome du Ruhnama paraît en 2004, la société Bouygues s'empresse de le traduire en français afin d'obtenir d'importants contrats au Turkménistan[1],[6]. Plusieurs autres compagnies ont reçu des pressions pour traduire le livre. On compte parmi cette liste Caterpillar, Daimler Chrysler, John Deere, Nokia et Siemens[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Business en Absurdistan (titre original : Shadow of the Holy Book), documentaire télévisuel réalisé par Arto Halonen et Kevin Frazie en 2008 et diffusé sur Arte le 18/04/2009 puis le 31/05/2012 (ZDF, Finlande, 2008, 52 min)
  2. a b c d e f g et h (en) « Niyazov's Cult of Personality Grips Turkmenistan », sur NPR, (consulté le 14 avril 2020).
  3. a b c d e f g h i j et k (en) « Turkmenistan Is Finally Putting the 'Ruhnama' Behind Them », sur Vice (consulté le 14 avril 2020).
  4. a b c d e f g h i et j (en) « Closing The Book On Turkmenbashi's 'Rukhnama' », sur Radio Free Europe, (consulté le 14 avril 2020).
  5. a b et c Abdullah Cevdet Kırıkçı, Zafer İbrahimoğlu et Selda Şan, « The Ruhnama in Citizenship Education in Turkmenistan », Journal of Education and Practice, vol. 8, no 21,‎ , p. 152.
  6. a et b David Garcia, « Bouygues, le bâtisseur du dictateur », Le Monde diplomatique,‎ , p. 1, 12-13.
  7. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Turkménistan, Paris, CNRS Édition,
  8. (en) « Read My Words, Go to Heaven, Leader Says », sur LATimes, (consulté le 14 avril 2020).
  9. (en) « Turkmen book 'blasted into space' », sur BBC, (consulté le 14 avril 2020).
  10. Abdullah Cevdet Kırıkçı, Zafer İbrahimoğlu et Selda Şan, « The Ruhnama in Citizenship Education in Turkmenistan », Journal of Education and Practice, vol. 8, no 21,‎ , p. 153-154.
  11. Abdullah Cevdet Kırıkçı, Zafer İbrahimoğlu et Selda Şan, « The Ruhnama in Citizenship Education in Turkmenistan », Journal of Education and Practice, vol. 8, no 21,‎ , p. 154-155.
  12. a et b (en) « President prepares new “holy book” to replace the Ruhnama », sur Asia News, .
  13. (en) « Turkmenistan », sur Encyclopaedia Britannica (consulté le 14 avril 2020).

Liens externes[modifier | modifier le code]