Christianisme en Chine

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Cet article traite du christianisme en Chine.

« Catholicisme » a été traduit par « Enseignement du Seigneur du Ciel » (chinois : 天主教 ; pinyin : tiānzhǔjiào) et « protestantisme » (présent essentiellement sous ses versions anglo-saxonnes) par « Nouvel enseignnement » (新教, xīnjiàojiào) ou (基督新教, jīdū xīnjiào). Le christianisme en général est traduit par « Enseignement du Christ » (基督教, jīdūjiào). Il est fréquent que les Chinois, en majorité peu familiers du christianisme, considèrent que ces deux confessions adorent des dieux différents.[réf. nécessaire]

Sources de recensement[modifier | modifier le code]

Les statistiques officielles chinoises annoncent pour 2014, 2,53 % de chrétiens[1]. Une analyse des religions des provinces à majorité chinoise Han réalisée par ce même institut pour l'an 2012 a trouvé 1,8 % de protestants et 0,4 % de catholiques dans cette population[2].

Les statistiques du « Chinese Spiritual Life Survey », lié à la Fondation John Templeton, de l'investisseur et fondamentalisme protestant américain John Templeton[3], pour l'an 2010 donnent 33 millions de chrétiens sur 1,3 milliard d'habitants (2,4 %), 30 millions protestants et 3 millions catholiques[4]. Ces chrétiens se divisent entre les églises officiellement reconnues par l'État et des églises non enregistrées.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire du christianisme.

Dynastie Tang[modifier | modifier le code]

Le nestorianisme fut introduit en 635, par le biais du prêtre Alopen, qui fait construire une église à Chang'an, capitale de la dynastie Tang (618 – 690 puis 705 – 907) en 638, événement transmis par la Stèle nestorienne de 781[5].

Tang Wuzong (règne 840 — 846) écrit, en 845, un édit contre les chrétiens nestoriens, ainsi que manichéens, les bouddhistes, il considéraient ces religions comme des religions étrangères. C'est le début de la Grande persécution. Il meurt le , empoisonné par un élixir de longévité que lui donne un moine taoïste[6]. Peu après, son successeur, Tang Xuanzong proclame une amnistie générale, ce qui provoque la fin de la persécution[7].


À l'époque de la dynastie Tang, les Chinois avaient pleine souveraineté sur Kachgar, situé dans le Protectorat des Régions de l'Ouest, et y installèrent une garnison. On y trouve encore un évêché nestorien au XIVe siècle[8].

Dynastie Song[modifier | modifier le code]

Dynastie Yuan[modifier | modifier le code]

Nestorianisme[modifier | modifier le code]

Toghril (ou Ong Khan), de la tribu chrétienne nestorienne des Kéraït est le frère de sang de Yesügei ba'atour, père de Gengis Khan, il joue un rôle important dans l’ascension de ce dernier. Au XIIIe siècle, parmi les descendants de Gengis Khan, fondateur de l'Empire mongol, Tuluy, son fils préféré, épouse la princesse Soyughaqtani et conserve auprès d'elle une église nestorienne. Leurs fils Möngke et Kubilai succèdent tous deux au titre de Khagan et sont élevés avec leur frères Houlagou et Ariq Boqa dans l'esprit de la foi chrétienne, mais la yassa mongole leur interdit d'être baptisés[9]. Sous les règnes de Ögödei, Güyük et Möngke, le christianisme continue à se développer suivant les rites de l'église nestorienne[10],[11]. Les nestoriens étaient toujours actifs durant la dynastie Yuan (dynastie mongole, gouvernant la Chine à partir de Kubilai Khan), en Mongolie-Intérieure, notamment à Wulan-Chabu[12].

Sorgaqtani, khatoun (impératrice) et épouse de Tolui, mère de Möngke, Kubilaï, et Houlagou était issue de la tribu kéraït, principalement de confession nestorienne[13]. Doqouz Khatoun, épouse d'Houlagou l'était également[14].

Missionnaires catholiques[modifier | modifier le code]

Sous la dynastie Yuan, mongole, Benoît IV, envoie le missionnaire Jean de Montecorvino en Tartarie, en commençant par la Perse, dirigée alors par le khan Argoun, puis en Inde et enfin dans le kathai (Nom mongol de la Chine) pour visiter le grand khan, (alors Kubilai Khan, règne sur toute la Chine en 12791294), pour lui remettre une lettre du pape, lui demandant d'embrasser le culte chrétien. Il était déjà trop attaché à l'idolâtrie (Il avait favorisé la religion Sakya du bouddhisme tibétain et avait choisit Drogön Chögyal Phagpa comme Dishi et comme représentant à Khanbalik[non neutre], aujourd'hui Pékin, à qui il fit construire le Temple Zhenjue et dans tout l'Empire chinois[15])[16].

Odoric de Pordenone, se rend également en Perse puis en Chine entre 1323 et la fin de 1328, visitant Khotan, Hangzhou et le Tibet, probablement Mongolie et enfin également Khanbalik à la cour du khagan (probablement Yesün Temür Khan)[réf. nécessaire].

Au XIIIe siècle, sous la dynastie Yuan, les franciscains, à la suite de entamèrent parallèlement aux nestoriens une activité missionnaire à laquelle le gouvernement Ming mit fin au début du XIVe siècle.[réf. nécessaire]

Dynastie Ming[modifier | modifier le code]

haut : Matteo Ricci, Adam Schaal, Ferdinand Verbiest ; bas : les deux premiers convertis (au catholicisme) : un ministre et sa petite-fille, d'après « Description de la Chine », édition de 1735

Saint François Xavier fut à l'origine de la première mission jésuite vers la Chine en 1552. Il mourut cependant cette année-là sur l'île de Sancian, sans avoir atteint le continent.

En 1555, le Dominicain Gaspar de la Croix, originaire d’Évora et religieux du couvent d'Azeitao[17], et l’un des douze dominicains qui passèrent les premiers du Portugal aux Indes, réussit à pénétrer dans l’empire chinois[18],[19].

En 1582, la Compagnie de Jésus tenta de nouveau de gagner la Chine, avec succès cette fois. Elle introduisit la science occidentale, les mathématiques et l'astronomie. En 1601, l'un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré « secte dangereuse ».

Le missionnaire jésuite allemand Johann Adam Schall von Bell, atteint Macao en 1619.

Premiers missionnaires protestants[modifier | modifier le code]

Des missionnaires protestants néerlandais furent également envoyés en mission, d'abord à Xiamen, dans la province du Fujian, et la ville voisine de Quanzhou, puis sur l'île de Taïwan, de l'autre côté du détroit, entre 1626 et 1662. Dans « The Cross and the Dragon » (La croix et le Dragon) de Kesson, publié en 1854[20] note qu'en 1626, le missionnaire protestant, George Candidus, est assigné à Formose et que quelques milliers sont convertis. Les chinois font cependant attention à ne pas froisser leurs partenaires commerciaux japonais qui persécutent les chrétiens[21].

Dynastie Qing[modifier | modifier le code]

Johannes-Adam Schall von Hall devient le dishi (précepteur impérial) de l'empereur Shunzhi de la dynastie Qing.

Le missionnaire français du Comté de Flandre, Ferdinand Verbiest, atteint Macao en 1658 et rejoint Pékin, capitale de la nouvelle, depuis 1644, Dynastie Qing, à la demande de Johannes-Adam Schall. Ils deviennent tous deux précepteur impériaux de l'empereur Kangxi.

La Querelle des Rites et l'interdiction en 1744 des rites non-chrétiens par la bulle Omnium sollicitudinum de Benoît XIV[22]. leur porta le coup de grâce ; sous la dynastie Qing, en 1773, le Pape ordonna la clôture de leurs missions.

Dès les années 1830, les missionnaires lazaristes, à partir de leur base de Macao, implantèrent des communautés chrétiennes dans une semi-clandestinité. En 1844, dans un acte additionnel au traité de Whampoa, la France obtint du gouvernement impérial un semblant de légalisation[23].

Au milieu du XIXe siècle, après la Première guerre de l'opium (1842), les missions catholiques reprirent et les protestants se joignirent en force, particulièrement les méthodistes, dans les zones côtières. Le chef de la révolte des Taiping s’inspira partiellement des enseignements des missionnaires pour construire l'idéologie de son mouvement. Jusqu'à l'avènement de la République populaire de Chine, de nombreux échanges culturels sino-occidentaux se firent par l'intermédiaire des missions chrétiennes, qui fondèrent des institutions éducatives.

République populaire de Chine[modifier | modifier le code]

Le christianisme est de nouveau légal depuis 1978, mais uniquement dans le cadre d’« associations patriotiques » sous contrôle de l’État. Le Vatican reconnaissant la République de Chine (Taïwan), l’Association patriotique catholique chinoise a dû désavouer officiellement le Pape. Les éléments les plus actifs du christianisme seraient les « églises à domicile » (très majoritairement protestantes évangéliques) qui, bien qu'elles ne fonctionnent plus dans la clandestinité et l'illégalité, sont objet de méfiance. Dans ces conditions, l’estimation du nombre de pratiquants est une entreprise hasardeuse.[réf. nécessaire]

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme au Tibet.
L'église catholique de Cizhong près de la rivière de Lancang (Mekong) à Cizhong, dans la Province du Yunnan, Chine. Elle a été construite par un missionnaire français au milieu du XIXe siècle, mais a été brûlé pendant le mouvement anti-étranger en 1905, et reconstruite dans les années 1920.[réf. nécessaire] Les membres de l'église sont principalement des Tibétains. La région étant ethniquement diverse, il y a aussi six autres groupes ethniques, les Han, Naxi, Lisu, Yi, Bai et Hui.

En 2011, 11 chrétiens ont été arrêtés par la police chinoise à Lhassa, constituant peut-être la première persécution de chrétiens dans la région autonome du Tibet selon ChinaAid. Selon Song Xinkuan, un chrétien de la province de Henan arrêté le 7 octobre à Lhassa, la police a répété que « la religion chrétienne était non seulement illégale au Tibet mais constituait un prétendu culte qui sapait l'unité ethnique et la stabilité sociale »[24].

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catholicisme en Chine.

Actuellement, deux Églises catholiques coexistent en Chine, qui tendent à se rapprocher de plus en plus : l'Église patriotique, officielle, dont le clergé est directement nommé par le Parti Communiste ; et l'autre, Église souterraine dont les évêques sont secrètement nommés par le Vatican.

La Chine populaire et le Saint Siège n'ont, jusqu'à maintenant, pas établi de relations diplomatiques, malgré les tentatives réitérées des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI. La nonciature est à Taipei en .République de Chine (Taiwan).

Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Les Eluosi, transcription phonétique de « Russe », sont une minorité ethnique russe de religion orthodoxe. Au nombre de 13 000[réf. nécessaire], ils habitent dans le Heilongjiang, le Xinjiang et la Mongolie-Intérieure.

Autres confessions[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Handbook of Christianity in China. Volume One: 635-1800, (Handbook of Oriental Studies: Section 4 China), Edited by Nicolas Standaert, Brill: Leiden - Boston 2000, 964 pp., (ISBN 978-9004114319)
  • Handbook of Christianity in China. Volume Two: 1800 - present. (Handbook of Oriental Studies: Section 4 China), Edited by R. G. Tiedemann, Brill: Leiden - Boston 2010, 1050 pp., (ISBN 978-90-04-11430-2)
  • Guillaume Arotçarena, Paul Jobin, Jean-François Sabouret, Démocratie, modernité et christianisme en Asie, Les Indes savantes, 2009, 208p.
  • René Grousset, L'empire des steppes, Payot, , 620 p. (lire en ligne)
  • (en) Piotr Ł Grotowski et Sławomir Skrzyniarz, Towards Rewriting? : new approaches to Byzantine Archaeology and Art : proceedings of the Symposium on Byzantine Art and Archeology : Cracow, Septembre 8-10, 2008, Warsaw, The Polish Society of Orient Art, (ISBN 9788392839927, OCLC 934757834, lire en ligne), p. 180
  • (en) Edwin O. Reischauer, Ennin's Travels in Tang China, New York, Ronald Press, (OCLC 802668849)
  • Lao T'EOU, « Les Croix Nestoriennes des Ordos », Astrosophie. Revue d'astrologie ésotérique et exotérique ["puis" mensuelle d'astrologie] et des sciences psychiques et occultes, Carthage puis Nice, vol. 15, no 4,‎ , p. 158-163 (notice BnF no FRBNF32706073, lire en ligne)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après le sondage de 2014 du Panel d'études de la famille chinoise (en) (中国家庭追踪调查), qui a interrogé un échantillon de 19 260 personnes), pour le résultat voir publication n°1 (archive) et publication n°2. Les tables contiennent également les résultats de 2012 (échantillon de 20 035 personnes) et les résultats du Sondage social général chinois de 2006, 2008 et 2010 (échantillons ~10 000/11 000). Voir également, pour la comparaison, 卢云峰:当代中国宗教状况报告——基于 (CFPS, 2012)调查数据 (rapport CFPS 2012), The World Religious Cultures, publication de 2014. « https://web.archive.org/web/20140809051625/http://iwr.cass.cn/zjwh/201403/W020140303370398758556.pdf »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 9 apût 2014 p. 13, rapportant les résultats des CGSS 2006, 2008, 2010 et 2011, et leur moyenne (cinquième colonne de la première table)
  2. The World Religious Cultures 2014: « 卢云峰:当代中国宗教状况报告——基于CFPS(2012)调查数据 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 24 juin 2017).
  3. Guillaume LECOINTRE, « La Fondation Templeton, les formes présentables du créationnisme philosophique : des initiatives « SCIENCES ET RELIGIONS » pour dissoudre les limites entre le collectif et l'individuel, entre le public et le privé », sur http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html (consulté le 29 juillet 2012) : « Cette fondation nord-américaine, créée en 1987 par un riche investisseur américain très lié au fondamentalisme protestant (...) »
  4. 2010 Chinese Spiritual Life Survey conducted by the Purdue University’s Center on Religion and Chinese Society. Statistics published in: Katharina Wenzel-Teuber, David Strait. People’s Republic of China: Religions and Churches Statistical Overview 2011. Religions & Christianity in Today's China, Vol. II, 2012, No. 3, p. 29-54, (ISSN 2192-9289).
  5. René Grousset, Histoire de la Chine, Club des Libraires de France, , (.pdf) 344 p. (présentation en ligne, lire en ligne)
  6. He Guangyuan (zh)《鉴诫录》卷一《九转验》条载:“武宗皇帝酷求长生之道,访九转之丹。茅山道士杜元阳制药既成,白日轻举。弟子马全真得残药,诣京。表进,上因饵之,遍体生疮,髭发俱脱,十日而崩。此唐《实录》隐而不书。”
  7. (Reischauer 1955, p. 270)
  8. * De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine par Joseph Yacoub, Professeur de sciences politiques à l’université catholique de Lyon.
  9. L. N. Gumilev, « Les Mongols du XIIIe siècle et le Slovo o polku Igoreve », Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 7,‎ , p. 48 (lire en ligne)
  10. Joseph Yacoub, « De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine », clio.fr
  11. Roux 1984.
  12. Catherine Delacour, « Un ensemble funéraire Öngüt du début de l'époque Yuan provenant de Mongolie intérieure », Arts asiatiques, vol. 60, no 60,‎ , p. 85 (lire en ligne)
  13. Grousset 1965, p. 348.
  14. (Grotwski et Skrzyniarz 2010, p. 180)
  15. Gilles Béguin, L'art bouddhique, 2009, p. 264 : « En 1260, en outre, Kubilaï-Khân accorde à 'Phags-pa, le neveu et successeur de Sa-skya Pandita, le titre de précepteur impérial. Le bouddhisme tibétain obtient sur tout le territoire de l'Empire le statut de religion officielle »
  16. Abel Rémusat, Nouveaux mélanges asiatiques, t. 2, (lire en ligne), « Jean de Montecorvino »
  17. Apologie des Dominicains missionnaires de la Chine ou response au livre du Pere Le Tellier Jesuite, 1700
  18. L'Evangélisation de l'Indochine
  19. Le christianisme en Chine, en Tartarie et au Thibet, tome 2, Père Huc
  20. (en) John Kesson, The Cross and the Dragon, London ; Bombay, Smith, Elder ; Smith, Taylor, , 195-197 p. (OCLC 669715604)
  21. (en) « China's First Protestant Mission (Taiwan 1626-1662) »
  22. Yves Krumenacker, « Le XVIIIe siècle : éveil protestant et déclin catholique ? », Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, no 1,‎ (DOI 10.4000/cerri.242, lire en ligne)
  23. Evariste Huc, L'empire chinois, chapitre 2, 1854, réédition Omnibus 2001
  24. Arrestations de chrétiens au Tibet par les autorités chinoises, Le Monde et Reuters, 13 décembre 2011

Articles connexes[modifier | modifier le code]