André Dewavrin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
André Dewavrin
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Fonctions
Directeur
Service de documentation extérieure et de contre-espionnage
-
Directeur
Direction générale des études et recherches
-
Directeur
Bureau central de renseignements et d'action
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 87 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Surnom
ArquebuseVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
PassyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Ingénieur, militaire, résistantVoir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Arme
Grade militaire
Conflit
Distinctions

André Dewavrin, dit le colonel Passy, né le à Paris XVIe et mort le dans la même ville, est un officier français qui fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, chef du BCRA (Bureau central de renseignements et d’action) — les services secrets de la France libre — auprès du général de Gaulle.

Il est compagnon de la Libération.

Il a épousé en premières noces Jeanne Gascheau, dont il divorce en . Il se remarie en mars la même année avec Paquerette Guinoiseau, veuve de Jean Féline.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

André Dewavrin naît dans une famille d'industriels originaires du Nord, dont il est le dernier des six enfants. Son grand-père maternel avait été deux fois élu maire de Calais. Il étudie à Paris, à l'école des Frères de la doctrine chrétienne, puis à l'école Bossuet, rue Guynemer, en classe de mathématiques supérieures au collège Stanislas et en classe de mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand.

Reçu en 1932 à l'École normale supérieure et à l'École polytechnique[1],[2], il choisit Polytechnique, où il est classé 49e au concours d’entrée[2]. Puis, à sa sortie en 1934, il choisit de rester au service de l'État en intégrant le corps des officiers du génie[2],[1] : il passe alors deux ans dans l'École d'application du génie de Versailles.

Sorti 2e de l'École du génie en 1936 avec le grade de lieutenant, il est affecté au 4e régiment du génie à Grenoble comme officier en second de la compagnie d'électromécaniciens.

Capitaine en , il est nommé professeur adjoint de fortifications à Saint-Cyr.

La guerre et la campagne de France[modifier | modifier le code]

Après la déclaration de guerre, en , il commande la 12e compagnie d'électromécaniciens à l'état-major général, à Meaux, puis entre à l'état-major du génie de la 9e armée, à Verviers.

En , il participe à la campagne de Norvège. Sous les ordres du général Béthouart, il commande le génie du corps expéditionnaire français. Puis, avec le déclenchement de la bataille de France, il débarque à Brest le , avant de rembarquer aussitôt avec l'ensemble de la division pour l'Angleterre.

Chef des services secrets de la France libre[modifier | modifier le code]

Création du BCRA[modifier | modifier le code]

Le , il rejoint le général de Gaulle à Saint Stephen's House, à Londres. Celui-ci le charge de la direction des 2e et 3e bureaux. Il sera, pendant trois ans, l'organisateur et le chef des services secrets de la France libre, rattaché à l'état-major des Forces françaises libres (FFL). Au cours du temps, la désignation et les compétences de son service connaissent diverses évolutions. Une accusation par André Labarthe d'avoir fait partie de la Cagoule tourne rapidement court, mais le poursuit jusqu'à la fin de la guerre[3].

Son service change plusieurs fois de désignation : 2e bureau, lors de la création le , Service de renseignements (SR) à partir du , Bureau central de renseignements et d’action militaire (BCRAM) à partir du , enfin, Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) à partir de l'été 1942.

Ses compétences, limitées initialement au renseignement, s'étendent progressivement à l’action militaire, au contre-espionnage, à l’évasion et aux affaires politiques.

En 1941, il commence à tisser des liens avec la Résistance intérieure française, grâce notamment à Pierre Brossolette et Jean Moulin.

Le , un tribunal militaire de la France vichyste le condamne par contumace à la dégradation et à la confiscation de ses biens pour avoir, entre autres, conservé du service dans une armée étrangère. Le décret no 199 du le déchoira de sa nationalité française[4].

Mission Arquebuse-Brumaire[modifier | modifier le code]

En 1943, il est envoyé en France dans le cadre de la mission Arquebuse-Brumaire. Parachuté en France avec Forest Yeo-Thomas « Shelley » (opération « Seahorse » du Special Operations Executive section RF) le , Passy (mission « Arquebuse ») retrouve son adjoint, Pierre Brossolette (mission « Brumaire »), qui est déjà en France depuis un mois. La réunion eut lieu chez Claire Davinroy. Sa mission est d’enquêter sur la Résistance, ses capacités paramilitaires, ses projets politiques et sa position vis-à-vis du général de Gaulle, ainsi que sur l’état d’esprit des Français. Pour ce faire, il doit prendre contact avec les principaux responsables des réseaux et mouvements de la zone nord et avec des responsables politiques.

Sa mission accomplie, il s'envole pour l'Angleterre dans la nuit du au à bord d'un Lysander avec Brossolette et Yeo-Thomas. Son rapport, très long, est déposé sur le bureau du général de Gaulle le jour-même. En sept semaines, la mission « Arquebuse-Brumaire » a mis en place les éléments essentiels de l'unification de la Résistance en France, en obtenant un accord sur la mise en place d'une organisation militaire qui réunisse tous les mouvements (préparant ainsi la future Armée secrète), en obtenant également la création du Comité de coordination des mouvements de Résistance de la zone nord, ainsi qu'un accord sur la création et la composition du Conseil national de la Résistance (CNR). Côté britannique, les rapports de Yeo-Thomas sur les forces résistantes et sur les sentiments gaullistes nourris par nombre de résistants et de Français confortent ceux qui s’opposent à ce que Churchill cède aux Américains en ne soutenant plus de Gaulle.

Les résultats obtenus par la collaboration avec les services anglais (Special Operations Executive - SOE section RF et le Secret Intelligence Service section R) confèrent au BCRA un rôle important lors du débarquement et sont un des plus grands atouts pour le général de Gaulle dans ses relations avec les Alliés[5].

La direction générale des services spéciaux[modifier | modifier le code]

Le , il se rend à Alger pour prendre la direction technique de la Direction générale des services spéciaux (DGSS), résultat de la fusion du BCRA avec les services spéciaux du général Giraud, sous la direction de Jacques Soustelle.

En , il devient chef d'état-major du général Kœnig, commandant des Forces françaises en Angleterre et des Forces françaises de l'intérieur. Le , il est parachuté dans la région de GuingampKerien, entre Bourbriac et Saint-Nicolas-du-Pélem) pour apporter son aide à la résistance bretonne, à la tête de 2 500 membres des FFI et de soldats américains. Cette troupe participe à la libération de Paimpol, où elle fait 2 000 prisonniers.

En , il retourne aux services secrets. Le général de Gaulle le charge de plusieurs missions en Amérique, en Inde, en Chine et en Indochine.

L'après-guerre : la direction générale des études et recherches[modifier | modifier le code]

En , il rentre en France et succède quelques mois plus tard à Jacques Soustelle à la tête des services secrets : la direction générale des études et recherches (DGER ex-DGSS), qui devient ensuite le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE).

Il réorganise le service et démobilise 8 323 des 10 123 agents, dont un certain nombre de communistes.

« L'affaire Passy »[modifier | modifier le code]

En réaction, les communistes mènent une violente campagne de presse contre lui, l'accusant d'avoir détourné des fonds durant la guerre pour financer le mouvement gaulliste[6]. Il est arrêté dans la nuit du 6 au et fait quatre mois de prison préventive. Sa demande pour que l'affaire soit portée devant la justice lui est refusée[6].

Les poursuites judiciaires seront finalement abandonnées. Le général de Gaulle dira qu'il « a été traité de façon infâme ».

Retour à la vie civile[modifier | modifier le code]

Après le départ du pouvoir du général de Gaulle, en 1946, il donne sa démission.

Ingénieur conseil à la Banque Worms en 1953, il est le dirigeant du groupe textile américain DHJ en Europe de 1963 à 1973, puis président-directeur général des Établissements Japy de 1967 à 1976.

En 1969, il joue son propre rôle dans le film L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville, donnant la réplique aux acteurs Lino Ventura et Paul Meurisse[7].

Lors des élections présidentielles de 1981, il appelle à voter pour François Mitterrand et défend les titres de Résistance du candidat du Parti socialiste pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il est le père de Daniel Dewavrin, ancien président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM).

Il est inhumé en 1998 dans l'ancien cimetière (division 3) de Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine. Sa seconde épouse, née Guinoiseau, est morte en 1995.

Décorations[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Colonel Passy, Souvenirs
    • Tome 1 : 2e bureau, Londres (1940-1941), Raoul Solar, 1947. Ce tome couvre la période de à fin 1941.
    • Tome 2 : 10, Duke Street, Londres (le B.C.R.A), Raoul Solar, 1951. Ce tome couvre l'année 1942.
    • Tome 3 : Missions secrètes en France (-), Plon, 1951, Prix André-Jullien du Breuil de l'Académie française en 1952.
Réédition : Mémoires du chef des services secrets de la France libre, Odile Jacob, 2000

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b De la promotion X1932, cf. le site de l'association des anciens élèves de l'École polytechnique (l'AX) ; la consultation de sa fiche sur ce site de l'AX mentionne aussi le corps d’appartenance de André Dewavrin : « Génie » dans l’Armée française.
  2. a b et c Dewavrin, André Lucien Charles Daniel (X 1932 ; 1911-1998) sur le Site de la bibliothèque de l'École polytechnique.
  3. Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, , 624 p., 1 vol. ; 25 cm (ISBN 978-2-22621-348-8, OCLC 470590361, lire en ligne), p. 452.
  4. Colonel Passy, Souvenirs, t. 2, Paris ; Monte-Carlo, Plon ; Raoul Solar, 1947-1951, 3 vol. ; in-8° (OCLC 369652102, lire en ligne), p. 197 et suiv.
  5. Sébastien Albertelli, « Le BCRA, service de renseignement de la France libre », Revue historique des Armées,‎ , p. 52-59 (lire en ligne).
  6. a et b Sébastien Laurent, « Les Services secrets gaullistes à l’épreuve de la politique (1940-1947)] », Politix, vol. 14, no 54,‎ , p. 139-153 (lire en ligne).
  7. Sylvie Lindeperg, Les écrans de l'ombre : la Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français (1944-1969), Paris, CNRS Éditions, coll. « CNRS Histoire », , 443 p. (ISBN 978-2-75783-746-7, présentation en ligne), p. 343.
  8. Décret du 31 décembre 1994 portant élévation à la dignité de grand'croix et de grand officier

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]