Youenn Gwernig

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Youenn Gwernig

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Youenn Gwernig à Plouvorn (Finistère) en 1982.

Informations générales
Surnom le grand Youenn
Nom de naissance Yves Guernic
Naissance 5 octobre 1925
Scaër, Drapeau de la France France
Décès 29 août 2006 (à 80 ans)
Douarnenez, Drapeau de la France France
Activité principale écrivain, sculpteur, chanteur, musicien
Genre musical folk, chanson bretonne

Youenn Gwernig, né le 5 octobre 1925 à Scaër et mort le 29 août 2006 à Douarnenez, est un écrivain et poète franco-américain d'origine bretonne. Il est également sculpteur, musicien et chanteur, bien qu'il se soit révélé tardivement dans la chanson. Il fut aussi sonneur, peintre et producteur de télévision pour France 3 Bretagne.

Il émigre aux États-Unis, pays dont il prend la nationalité, à la fin des années 1950 et ne revient en Bretagne qu'à la fin des années 60. Avec des valeurs humanistes et universelles, il rédige ses écrits indifféremment en breton, français ou anglais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Youenn Gwernig naît en 1925 à Scaër, dans le sud Finistère. Il s'initie à la sculpture auprès du père Le Coz, artisan ébéniste à Scaër[1]. Dans les années 50, Youenn, qui exerce alors la profession de sculpteur sur bois au Huelgoat, rencontre un certain Milig Le Scanff, connu plus tard sous le nom de Glenmor. Ce dernier l’entraîne alors dans sa petite troupe « Breizh a Gan », premier groupe de spectacle en breton depuis l'après guerre[2], avec qui il monte une opérette en breton, Genovefa.

Mais l’époque est difficile pour l’identité bretonne, le souvenir de la guerre est encore chaud et l'héritage de certains « Breiz Atao » dur à porter. En 1957, Youenn se dit : Tap da sac'h ta, breur koz… (« Choppe donc ton sac, vieux frère », qui sera le titre d'une de ses premières chansons) et fait son baluchon vers les États-Unis. Durant près de quatre ans, il collectionne les métiers, notamment dans la restauration et l'ébénisterie. En 1961, il fréquentait assidûment le quartier intellectuel West-Side et la « Beat Generation ». En découvrant le livre Satori in Paris il voit que Jack Kerouac cherche ses origines bretonnes. Quand il rencontra le poète beatnik, tous deux se lièrent d'amitié jusqu'à la mort de « Ti Jean » en 1969. Restant une douzaine d'années dans le Bronx, Youenn se fit naturaliser Américain et rapporta l'influence de New York dans quelques poèmes. Il a écrit certains de ses poèmes simultanément dans les trois langues français, breton, anglais. Il envoyait des poèmes et des nouvelles en breton à la revue littéraire Al Liamm de Brest.

Nostalgique de son pays natal, il décide de le retrouver après la mort de son ami, avec sa femme (Suzig) et ses filles (Annaïg, Gwenola et Mari-Loeiza)[3]. En 1969 il s'installe à Locmaria-Berrien. En ce début des années 1970, le « Grand Youenn » arrive dans le renouveau culturel, où les mouvements sociaux et les mutations économiques laissaient présager de plus larges changements. Avec ses folk songs, son sens des mélodies rythmées et son physique de bûcheron, il écrit des chansons et se fait connaître. Son premier vinyl sort en 1971. En 1974, il réussit à enregistrer un premier album, Distro Ar Gelted (Le retour des Celtes), complétant de sa forte personnalité la grande vague bretonne, auparavant initiée par ses compatriotes Glenmor et Alan Stivell. Mais il est dans la recherche d'une nouvelle identité bretonne complètement ouverte au monde[2]. Dans son deuxième album E-kreizh an noz (litt. Au milieu/cœur de la nuit), il met notamment en musique son poème Identity, qui sera repris par son ami Graeme Allwright sur l'album Les Questions. Cette chanson lui donne un peu plus de notoriété hors de Bretagne, bien qu'il ne la recherchait pas[4].

À son retour en Bretagne, il crée l’association Radio télé Brezhoneg pour défendre la place du breton dans les médias. Dans ces années 1970, il refuse de s’acquitter de la redevance audiovisuelle afin de protester contre le traitement que subit la langue bretonne à la télé « régionale d'État ». Cette protestation non-violente l'amène devant la justice et il est même menacé de saisie[1]. Cependant, une fois des émissions enfin créées, il est responsable de 1983 à 1989 des programmes en langue bretonne sur FR3 Bretagne à Rennes.

Il a également écrit un roman autobiographique, La grande tribu, parru en 1982 chez Grasset, dans lequel il raconte son expérience américaine. Il a aussi publié plusieurs recueils de poésie : An Toull en nor (Le trou dans la porte) en 1972, An Diri dir (Les escaliers d'acier) en 1976. Ses écrits en langue bretonne ont été principalement édités chez Al Liamm. Il a reçu le Prix Xavier de Langlais en 1996 pour l'ensemble de sa production poétique.

En 1990 il sort l'album Emañ ar bed va iliz. L'arrangement musical diffère des autres productions par la présence marquée d'instruments électriques (guitares, claviers, programmations de boîtes à rythme), étant accompagné entre autres de deux membres de Penfleps, Jean-Pierre Riou, à la guitare, et son gendre Jean-Jaques Baillard, à la batterie, avec qui il donne quelques concerts[5]. Depuis, Jean-Pierre Riou chante régulièrement E-kreiz an noz sur scène avec son groupe Red Cardell, comme lors du concert à Kemper le 31 mars 2012, en soutiens à Deomp de'i lors de la manifestation, suivie par 10 000 personnes, en faveur la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Au milieu des années 1990, l'homme revient à ses premières amours, la sculpture. Il sort néanmoins un dernier album, Foeter bro, au parfum très folk, entouré de ses amis musiciens : Olga Bystram, Kévin Wright, Georges Jouin, Jean-Luc Roudaut, les frères Pol et Hervé Quefféléant, Arnaud Maisonneuve, Jacky Thomas, Yvon Étienne, Annie Ebrel, Patrik Ewen, Bernard Quilien ou Gilles Servat. En 2002, il donne une suite à La grande tribu appelée Appelez-moi Ange (éditions Blanc Silex).

Youenn Gwernig s'est éteint le 30 août 2006 à l'âge de 81 ans[2].

Reprises et hommages[modifier | modifier le code]

Certaines de ces chansons ont été reprises ou adaptées par Graeme Allwright, Alan Stivell, Red Cardell, Penfleps, Pascal Lamour, Gilles Servat, Dan Ar Braz, Nolwenn Korbell, les frères Quefféléant, le trio Ewen / Delahaye / Favennec (Kan Tri), Jean-Luc Roudaut, Andrea Ar Gouilh, Cristine Mériennes, Christian Desbordes, Louis Bertholom et l'Ensemble Choral du Bout Du Monde…

Le Festival des Vieilles Charrues a donné le nom de Youenn Gwernig à la scène accueillant les concerts de musique bretonne et les groupes du fest-noz.

La ville de Scaër lui a rendu plusieurs fois hommages et a donné son nom à une salle, l'Espace Youenn Gwernig (inauguré en 1997) et d'une venelle (inaugurée en 2008)[6]. La MJC de Scaër, en partenariat avec l'office de tourisme et la bibliothèque de Scaër, lui ont rendu hommage en mars 2010, avec notamment une soirée à l'espace Youenn-Gwernig avec l'ensemble choral du Bout du Monde et le 15 mai par un salon des écrivains qui réunit ses auteurs préférés et ses copains, comme Hervé Bellec ou Louis Bertholom, avec la diffusion le soir des deux documentaires de France 3, poursuivit par un concert du Trio EDF. Le lendemain, Jean-Luc Roudaut a donné un spectacle réalisé avec les jeunes des classes bilingues, des centres de loisirs et des ateliers de la MJC[7].

La ville de Pont-de-Buis a nommé en 2012 sa médiathèque « Médiathèque Youenn-Gwernig »[8].

Un album sort en mars 2014 en hommage à Youenn Gwernig. Intitulé Pedadenn (Invitation), il comporte 12 titres enregistrés par ses amis musiciens et des membres de sa famille, réunis sous l'association La Grande Tribu[9]. Une chanson en anglais, For You, est écrite par sa fille Annaïg. L'album est en vente sur le site www.gwernig.com sous trois formes : en téléchargement, en CD et en 33 tours vinyle collector.

Discographie[modifier | modifier le code]

Y. Gwernig au chant, s'accompagnant à la guitare

Singles[modifier | modifier le code]

Albums studio[modifier | modifier le code]

Compilation[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • An toull en nor (bilingue breton-français, litt. Le Trou dans la porte), Ar Majenn éditions, 1972.
  • An diri dir / Les escaliers d’acier / Stairs of steel (trilingue breton-français-anglais), Ar Majenn éditions, 1976.
  • La grande tribu : roman, français, Paris, B. Grasset,‎ 1982 (ISBN 2246248418).
  • Un dornad plu=A handful of feathers : brezhoneg ha saozneg, S.l, Al Liamm,‎ 1997, bilingue breton-anglais (ISBN 2736800508).
  • Appelez-moi Ange (roman, français, suite de La grande tribu), Blanc Silex, 2002, (ISBN 2-913969-59-3).Appelez-moi ange : Suite de la grande tribu, Moëlan-sur-Mer, Blanc silex,‎ 2002 (ISBN 2913969593).
  • Kerouac city blues avec Jacques Josse, Daniel Biga, Alain Jégou…

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Morvan (photogr. Bernard Galéron), Bretagne, Terre de musiques, e-Novation,‎ 2001, 144 p. (ISBN 978-2-9516936-0-9), « En(chanter) - kanañ ha dudiañ : Les nouveaux bardes. Youenn Gwernig, dans le ruisseau, il y a une chanson qui coule », p. 98-99
  • Ronan Gorgiard, L'étonnante scène musicale bretonne, Palantines, coll. « Culture et patrimoine »,‎ 2008, 255 p. (ISBN 9782911434983)
  • « Tout reste encore à être dit », Armor Magazine, no 69, octobre 1975, p. 47-48
  • Erwan Chartier-Le Floch, « Youenn Gwernig, armorican dream », ArMen, n°127, Mars-Avril 2002, p. 26-31
  • Les ironies du destin, Coop Breizh, 2012 : Yann Le Meur consacre dans son livre-récit un important chapitre à Youenn Gwernig

Films documentaires[modifier | modifier le code]

  • 2010 : Gant Youenn Vras… (Avec le Grand Youenn…) et …En-dro da Youenn (…Autour de Youenn), deux documentaires de 26 min. écrits et réalisés par Jean-Charles Huitorel, en breton sous-titrés en français (Aligal Production / France Télévisions)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Institut Culturel de Bretagne
  2. a, b et c GWERNIG. Chanteur culte des années 70, Le Télégramme, 31 août 2006
  3. L'étonnante scène musicale bretonne, p. 48
  4. Jacques Vassal, La chanson bretonne, Albin Michel, 1980, p. 101
  5. Youenn Gwernig (Emañ ar bed va iliz) [et discographie, Musique bretonne, no 111, mai 1991, p. 13
  6. Inauguration. Une venelle Youenn-Gwernig, Le Télégramme, 30 janvier 2008
  7. Youenn Gwernig. Hommage à un «touche-à-tout artistique», Le Télégramme, 2 mars 2010
  8. Conseil municipal. Hommage à Youenn-Gwernig, Le Télégramme, 7 juillet 2012
  9. Marie-Line Quéau, Youenn Gwernig. L'hommage de sa tribu, Le Télégramme, 12 mars 2014,

Liens externes[modifier | modifier le code]