Sonneur

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Sonneurs de bombarde, biniou kozh et veuze.
Un joueur de bombarde et un joueur de biniou.

En Bretagne, le sonneur (soner en breton, sonnou en gallo) est un musicien jouant de la bombarde ou du biniou ainsi que parfois aussi de la clarinette bretonne, la treujenn-gaol (littéralement « tronc de choux ») et par extension de tout instrument de musique à vent breton. Il est à la base un ménétrier, musicien des fêtes de village[1].

Désignation en breton[modifier | modifier le code]

En breton, sauf précision du contexte, le mot soner (au pluriel sonerien et parfois sonerion) désigne généralement un musicien sans distinction de l’instrument (souvent par oppositions au chanteur, kaner). Il existe des mots spécifiques selon l’instrument utilisé : biniaouer pour le biniou (et parfois la bombarde), talabarder ou bombarder pour la bombarde. On peut utiliser le préfixe penn- pour désigner le chef de pupitre, c’est-à-dire la personne à la tête d’un groupe de musicien (penn-soner, penn-talabarder, etc.)[2]. Par extension, le terme Penn-soner (francisé en penn-sonneur) désigne aussi le chef d’un bagad.

Présentation[modifier | modifier le code]

Couple de sonneurs pendant le festival de Cornouaille à Quimper en 1927

Traditionnellement, les sonneurs vont par deux, l’un jouant de la bombarde et le second du biniou, on parle alors d’un « couple de sonneurs »[n 1]. Avec le bagad, le couple de sonneur est un élément important de la musique bretonne.
Aujourd'hui, il est largement présent sur toute la Bretagne : enseigné dans les écoles de musique, présent dans les festoù-noz, sur de nombreux disques produits chaque année... Les conditions de jeu se sont modifiées : disparition progressive de la fonction d'animation de noces, naissance des représentations en concert et en concours.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Bodadeg Ar Sonerion organise chaque année le championnat de Bretagne des sonneurs par couple. La finale a lieu dans le parc du château de Tronjoly à Gourin[3], et est depuis 1956 le rendez-vous incontournable des sonneurs. Les sélectoons ont lieu lors de la Faites de la montagne à Spézet. L'autre évènement important est le Printemps de Châteauneuf, créé en 1977. Les Fêtes de Cornouaille et le festival Kann al Loar organisent aussi leurs concours, tout comme le festival interceltique de Lorient qui organise chaque année le trophé « Matilin an dall » sous forme de concert, suivi par le trophé « Paysan breton » pour les jeunes sonneurs[4]. Il existe également le concours Sonneurs kozh et bras à Carnac. Depuis 1997, la Kevrenn Brest Sant-Mark invite bagadoù et sonneurs à venir défiler dans les rues de Brest pour le Printemps des Sonneurs.

Le groupe de fest-noz Sonerien Du signifient « sonneurs noirs » en breton et tirent leur nom de l’histoire du Pays Bigouden.

Dans l'architecture et la société[modifier | modifier le code]

Le sonneur est souvent représenté dans l'architecture bretonne. Il était une source d'inspiration populaire pour orner les demeures du XVIe siècle. Dans l'architecture civile, le sonneur a souvent été représenté sous forme d'animal, imagerie populaire lui donnant les traits d'un lièvre sur la sculpture d'angle du XVIe siècle de la maison « De la truie qui file » à Malestroit[5], mais aussi de boucs, d'ânes, de sangliers ou de cochons. La signification pourrait provenir de la réprobation de ce métier par bien des recteurs, qui condamnent en bloc l'instrument, le musicien et les danseurs[6]. Il est parfois en duo comme sur le monument « Les sonneurs » à Plozévet, en trio comme la sculpture (hautbois, biniou et vielle) sur une lucarne du manoir du Liez à Kergrist[7]... Il est aussi présent dans l'architecture religieuse. S'il est qualifié d'« instrument funeste » par les recteurs, n'est-ce pas parce qu'il captive, au sens le plus fort du terme, une âme qui approche la connaissance de situations mythiques profondes et provoque une décharge d'émotions ? Dans la société occidentale où l'acte musical a perdu son caractère sacré, le rapport indéniable de la cornemuse à la sexualité (panse en cuir, embouchure, chalumeau, bourdon...) est peut-être une manière de le réintégrer[6].

La ville de Morlaix possède plusieurs sonneurs : sonneur de cor sur le pilier d'une maison à colombages [8], sculpture en chêne d'un « cornemuseux » sur un poteau cornier d'une maison du XVIe siècle, issue de l'art paroissial[9]...

Exemples photographiés dans la ville de Morlaix.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ils se donnent souvent la réplique avec des fins de phrases musicales à l'unison, sur le modèle même des voix humaines dans le kan ha diskan.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Defrance, L'archipel des musiques bretonnes, p. 172
  2. Entrée correspondante du Geriadur brezhoneg An Here.
  3. Site officiel du championnat de Bretagne de Gourin
  4. Site officiel du Festival interceltique de Lorient, Trophée Paysan Breton, Matilin an Dall, 2012
  5. Musiques-bretagne.com, Architecture civile
  6. a et b Anne-Marie Kervern-Quefféléant, Le monde des Bretons, Éd. Le Télégramme, 2000, p. 91
  7. infobretagne.com, Kergrist
  8. François Le Divenah (photos), Thierry Jigourel, Bretagne, terre d'enchantement, coll. Tranches de France, Petit Futé, 2010, Éditions Déclics, 123 pages, p. 50
  9. Topic-Topos.com, Sonneur de biniou, Morlaix

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Édouard Decaudin-Labesse et Henry Pierret, Le roi du biniou, Éd. Ducrocq, Bretagne, 1893, 90 dessins, 272 p.
  • Sonneurs de clarinette en Bretagne, Sonerein treujenn-gaol, Dastum, Le Chasse-Marée, livret + double 33-tours, 1986, réédition CD 1993
  • ArMen, Michel Colleu (codirection), Laurent Bigot (codirection) et Yves Labbé (codirection), Musique bretonne : Histoire des sonneurs de tradition, t. 1, Douarnenez, éd. Le Chasse-Marée - ArMen,‎ 1996, 512 p. (ISBN 2-903708-67-3)
    réédition par la Coop Breizh en 2008
  • Yann Le Meur (préf. Ronan Gorgiard), Sonneur (Soner pour sa version bretonne), Coop Breizh, 2002, 144 pages, (ISBN 2843461618)
  • Ifig Castel, Bombarde et biniou. Les secrets de la vie de couple, Dastum Bro Dreger, Lannion, 2008, coll. Mémoire d'aujourd'hui, 128 p. (ISBN 978-2-9086-0417-7)
  • Fañch Roudaut, « Le biniou, voix du démon ou Les sonneurs vont en enfer », dans Bretagne du cœur aux lèvres : Mélanges offerts à Donatien Laurent, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 421 pages, p. 29-38
  • Thierry Jigourel, Cornemuses de Bretagne, éditions CPE, 2011 (ISBN 2-84503-943-3)
  • Martial Le Corre (préf. Jean-Louis Jossic), Les sonneurs breton, A. Sutton, coll. « Mémoire en Images »,‎ 2013, 224 p. (ISBN 9782813806192)
  • Jean-Pierre Van Hees, Cornemuses. Un infini sonore, Coop Breizh, 2014, 410 pages, 2 DVD (ISBN 2843466377)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • Gildas Le Guen, « Les sonneurs dans le Trégor », Musique Bretonne, no 16, juin 1981, p. 23, lire en ligne
  • Hervé Villieu, « Musique et société en pays bigouden. L'exemple des sonneurs de bombarde et de biniou », Musique Bretonne, mai 1993, no 123, p. 12-16, lire en ligne
  • Laurent Bigot, « Le couple biniou-bombarde I. Aux origines d’une grande tradition », ArMen, no 59, mai 1994, p. 27-39
  • Laurent Bigot, « Le couple biniou-bombarde II. Apogée, décadence et renouveau », ArMen, no 61, août 1994, p. 10-29
  • « Quand les sonneurs menaient la noce… », ArMen, no 73, janvier 1996, p. 12-23
  • Laurent Bigot et Michel Colleu, « Conscrits et binious militaires », ArMen, no 79, septembre 1996, p. 30-35
  • « Le championnat de Bretagne des sonneurs », ArMen, no 141, juillet-août 2004
  • « Sonneurs de biniou à Quintin. Des professionnels de l'animation », Musique Bretonne, no 187, novembre-décembre 2004, p. 40-41.
  • Pierre Morvan, « Sonneur et tourneur à Callac en 1707 », Musique Bretonne, no 203, juillet 2007, p. 30-31

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]