Adolf de Meyer

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Baron Adolf de Meyer

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait d´Adolf de Meyer
par Frederick Hollyer, 1890.
Naissance [1]
16e arrondissement de Paris, France
Décès (à 77 ans)
Los Angeles, États-Unis
Nationalité allemande
Activités photographe
Mouvement artistique Pictorialisme, Photo-Secession (en)
Influencé par Alfred Stieglitz, Gertrude Käsebier

Œuvres réputées

Série Vaslav Nijinski dans L'Après-midi d'un faune
Autoportrait d´Adolf de Meyer
Portrait d'Adolf de Meyer et de son chien, vers 1905-1910
Portrait d´Adolf de Meyer
par Clarence Hudson White (vers 1904).

Le baron Adolf Gayne de Meyer, né le dans le 16e arrondissement de Paris[1] et décédé le à Los Angeles en Californie[2] est un photographe d'origine allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et vie privée[modifier | modifier le code]

Adolf Meyer est le fils d'un banquier juif allemand vivant à Paris, Adolphus Louis Meyer, et d'Adele Watson (nom de naissance), qui était elle d'origine écossaise. Il est déclaré auprès des autorités parisiennes le 3 septembre 1868 par son père, alors rentier, sous le nom de Adolphe Edouard Sigismond Meyer[1]. Bien que né à Paris, il passe son enfance à Dresde.

Ses premières années sont difficiles à retracer, Adolf de Meyer ayant lui-même contribué à rendre floue cette période et à créer un mythe autour de ses origines[3]. Au cours de sa vie, il utilisera différents versions de son nom, Meyer, von Meyer, de Meyer, de Meyer-Watson et Meyer-Watson[4]. À partir de 1897, il est connu sous le nom baron Adolph Edward Sigismond de Meyer, bien que des citations contemporaines le recensent sous le patronyme baron Adolph von Meyer et baron Adolph de Meyer-Watson[5],[6].

Le 25 juin 1899, il épouse à Londres Olga Caracciolo (1871-1930)[7], qui venait tout juste de divorcer de son mari, l´aristocrate Mariano di Brancaccio. Olga Caracciolo est la fille de la marquise di Castelluccio, et la fille biologique du prince de Galles Albert Edward, futur roi Édouard VII[8]. Cependant, cette union fut un mariage de convenances, du fait de l´homosexualité d´Adolf de Meyer[9], et de la bisexualité supposée, voire du lesbianisme[10] d´Olga. Peu après son mariage, Adolf de Meyer fut anobli comme baron de Meyer par Frédéric-Auguste III de Saxe, à la demande du prince de Galles en sa faveur[11]. Cependant, d´autres sources affirment qu´il aurait hérité ce titre de son grand-père dans les années 1890[12].

Après la mort de son épouse en 1930-1931, le baron de Meyer eut une liaison avec un jeune allemand, Ernest Frohlich, né aux environs de 1914. Il l´engagea tout d´abord comme chauffeur, avant de l'adopter en tant que fils par la suite. Ernest Frohlich porta alors le nom de Baron Ernest Frohlich de Meyer[13],[14],[15].

Voyages[modifier | modifier le code]

Entre 1900 et 1910, Adolf de Meyer réalisa un (ou plusieurs) voyage au Japon, accompagné de sa femme Olga[16]. Il y réalisa une importante série de photographies, aujourd´hui conservées au Metropolitan Museum of Art de New-York. Il y a très peu de personnages sur ces clichés, qui ont capturé avant tout des paysages et bâtiments dans des mises en scènes où la population japonaise n´apparaît que rarement[17]. On note dans cette série la représentation récurrente de cerisiers en fleurs et de temples.

Œuvre et carrière[modifier | modifier le code]

Les débuts en Europe[modifier | modifier le code]

Le jeune Adolf Meyer aurait pris des cours privés de peinture et de dessin auprès du célèbre peintre Claude Monet. Adepte du pictorialisme, mouvement en opposition avec le réalisme de l’épreuve, il finit cependant par se spécialiser dans la photographie de portraits.

En 1893, Adolf de Meyer affirme son inclination pour la photographie en devenant membre de la Royal Photographic Society. Dès 1903[18], il est également membre de la société Linked Ring Brotherhood (en), dont l´ambition est de promouvoir la photographie afin qu´elle soit reconnue dans le milieu des beaux-arts[19].

De 1898 à 1913, il habite dans l´hôtel chic Cadogan Garden de Londres. Il fait la connaissance du photographe Alfred Stieglitz, qui devient son mentor et ami, et avec qui il entretient une correspondance[20]. Il rejoint également le mouvement artistique de Photo-Secession initié par Stieglitz[20]. Entre 1903 et 1907, ses œuvres sont publiées dans la revue trimestrielle Camera Work, dirigée par Alfred Stieglitz. À la même époque, il expose à deux reprises à la Galerie 291, fondée par Alfred Stieglitz et Edward Steichen à New-York. Du 25 janvier au 12 février 1907 est présentée une exposition conjointe des photographies du Baron Adolf de Meyer et de George Seeley (en), puis du 4 au 22 février 1909 l´exposition "Photographs in Color and Monochrome by Baron A. De Meyer"[21]. Le photographe de mode britannique Cecil Beaton dira de lui qu´il est le « Debussy de la photographie »[22].

Il réalise de nombreux clichés de natures mortes, où son travail sur la transparence, l´opacité et la lumière est mis en avant[23].

En 1912, il travaille également en collaboration avec les Ballets russes à Paris, et assure en partie leur promotion avec sa femme Olga à l'occasion de la première représentation à Londres[18]. Il réalise à cette occasion des clichés de Nijinski, dans le ballet L'Après-midi d'un faune.

Première Guerre mondiale et fuite vers les États-Unis[modifier | modifier le code]

Alors que la Première Guerre mondiale éclate, les époux de Meyer prennent les noms de Gayne (pour Adolf de Meyer) et Mahrah (pour Olga de Meyer) sur les conseils d´un astrologue, et partent pour New York. C´est là-bas qu´Adolf Gayne de Meyer rencontre Condé Nast[19], propriétaire des magazines Vogue et Vanity Fair, et grâce à qui il devient photographe de mode. Il réalise ses premières photographies de mode en 1910 pour Vogue, puis y devient photographe à temps plein de 1913 à 1921, avant de rejoindre la revue Vanity Fair[20].

Il est considéré comme le premier photographe de mode du monde. S´il est considéré comme un précurseur, c´est parce qu´avant la Première Guerre mondiale, les magazines de mode étaient généralement illustrés par des croquis et des dessins ; il y introduit donc l´utilisation de la photographie. Dans ses nombreux clichés de mode, de Meyer suggère la ligne d’un couturier dans des ambiances floues et crée, par des effets de transparence, une impression de légèreté.

Retour à Paris[modifier | modifier le code]

En 1921/1922, de Meyer accepte de revenir à Paris pour devenir chef de la photographie du magazine Harper's Bazaar, appartenant au célèbre homme d'affaires William Randolph Hearst[20] ; il y passera les 16 prochaines années de sa vie. Vers 1934, un nouvel éditeur est chargé de rajeunir l´image du magazine, ce qui mettra fin à la carrière d´Adolf de Meyer au sein de la publication[20].

Il voyage alors en Europe avant de quitter à nouveau le vieux continent[20].

Seconde Guerre mondiale et nouvel exil aux États-Unis[modifier | modifier le code]

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il retourne aux États-Unis, et s´installe dans le sud de la Californie où il passe ses dernières années dans la pauvreté et l´anonymat[24]. Il meurt à Los Angeles en janvier 1946 [2], sa mort étant enregistrée dans l´état-civil sous les termes suivants : « Gayne Adolphus Demeyer, writer (retired) »[25], c´est-à-dire «Gayne Adolphus Demeyer, écrivain à la retraite».

Seule une partie de son œuvre a survécu jusqu’à nos jours, la majorité ayant été détruite durant la Seconde Guerre mondiale, et par Adolf de Meyer lui-même à la fin des années 1930[26].

Photographies recensées[modifier | modifier le code]

  • Aïda, jeune fille de Tanger
  • Portrait du roi Edward VII, 1904, conservé à la National Portrait Gallery à Londres
  • Camera Work Oct. 1912 : A street in China
  • Nijinski dans le rôle du Faune (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski dans le rôle du Faune tenant une grappe de raisin (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski couché (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski et une danseuse (album L'Après-midi d'un faune)
  • Danseuse et Nijinski (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski de profil, tenant un voile (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski et six danseuses (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski à mi-corps (album L'Après-midi d'un faune)
  • Quatre danseuses et Nijinski (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski et une danseuse (album L'Après-midi d'un faune)
  • Nijinski, visage de profil (album L'Après-midi d'un faune)

Galerie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Archives de Paris, État civil de Paris, 16e arrondissement, actes de naissances, enregistré sous le numéro 729, consultable en ligne [1]: si l´acte de naissance a été réalisé le 3 septembre, il y est déclaré qu´Adolph de Meyer est né le 1er septembre à 10 heures
  2. a et b Possibilité de consulter l'extrait de décès sur le site vitals.rootsweb.ancestry.com
  3. (en) Voir le site luminous-lint.com qui expose la problématique liée aux recherches biographiques concernant Adolf de Meyer
  4. Une photo des années 1900 de sa femme Olga porte la signature « Adolph Meyer », signature qu´il utilisa beaucoup avant d´adopter le nom « De Meyer ». Voir le livre Of Passions and Tenderness: Portraits of Olga by Baron de Meyer, Graystone Press, 1992, page 111.
  5. Le nom "Baron A. de Meyer-Watson" est cité dans Photograms of the Year: The Annual Review of the World's Pictorial Photographic Work, 1899, page 188
  6. Who's Who in England, 1905
  7. Freebmd.rootsweb.com : acte de mariage de Maria Beatrice Olga Brancaccio, princesse de Moavero, et du baron Adolphus Edward Sigismond von Meyer consultable sur ce site.
  8. http://jssgallery.org/Paintings/Mugs/Baroness_de_Meyer.htm
  9. (en) Philip Hoare, Noel Coward: A Biography, (University of Chicago Press, 1998), page 32 : "[…]the fashion photographer Baron de Meyer lived at 58. Both [De Meyer and Glyn Philpot] were homosexual".
  10. (en) Philip Hoare, Noel Coward: A Biography, (University of Chicago Press, 1998), page 32 : "Olga was the illegitimate daughter of Edward VII, and a lesbian".
  11. Whitaker's Peerage, éditions datant de 1898 à 1913
  12. Of Passions and Tenderness: Portraits of Olga by Baron de Meyer, Greystone Press, 1992, page 6
  13. John Hannavy, Encyclopaedia of Nineteenth-Century Photography, volume 1, page 396
  14. A Singular Elegance: The Photographs of Baron Adolph de Meyer", International Center for Photography, 1994
  15. "Hold Alien in Officer Garb", The New York Times, 16 décembre 1941
  16. On voit apparaître Olga de Meyer sur plusieurs des photos réalisées lors de ce voyage au Japon
  17. [2](en)Article en anglais sur la série de photographies d´Adolf de Meyer réalisées au Japon
  18. a et b The Focal Encyclopedia of Photography de Leslie Stroebel, extrait consultable sur Google Books
  19. a et b (en) Courte biographie d´Adolf de Meyer sur le site Duke University Gallery
  20. a, b, c, d, e et f (en)Biographie sur le site The Kuyten Collection
  21. Voir la liste des expositions sur la page wikipedia en anglais de la Galerie 291
  22. « the Debussy of photography »
  23. Document PDF du musée des Beaux-Arts de Renne sur la photographie pictorialiste en Europe de 1888 à 1918
  24. "Oxford Companion to the Photograph", article par Zoë Whitley et Robin Lenman : "De Meyer's last years, in southern California, were spent in poverty and obscurity". À consulter sur le site www.answers.com
  25. Acte cité dans Anthony Camp, Royal Mistresses and Bastards: fact and fiction 1714-1936 (London, 2007) op. cit., 358.
  26. (en) Analyse de l´œuvre du Baron de Meyer par Elspeth H. Brown, dans la publication Photography & Culture, Volume 2 Issue 3, novembre 2009

Liens externes[modifier | modifier le code]