Le Grand Masturbateur

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Le Grand Masturbateur
Artiste Salvador Dalí
Date 1929
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 110 × 150 cm
Localisation Musée national centre d'art reine Sofía, Madrid

Le Grand Masturbateur est une huile sur toile de l'artiste surréaliste espagnol Salvador Dalí réalisée en 1929. Elle est conservée au musée Reina Sofía, à Madrid.

Contexte[modifier | modifier le code]

La toile fut créée à l’occasion de la première visite de Gala à Figueras, en 1929 peu après que Dali eût été accepté dans le cercle parisien des surréalistes où il connut, entre autres, Paul Eluard et sa femme Gala. Le couple fut invité à Figueras où Gala fut immédiatement conquise par Dali, de dix ans plus jeune. La toile fut peinte peu après Chair de poule inaugurale sur sa première rencontre intime avec Gala.

Cette toile marque une rupture tant esthétique que personnelle. Elle fut peinte après une longue période de relations ambiguës avec Federico García Lorca au cours de laquelle nombre de ses toiles suggéraient la masturbation et l’homosexualité (Le miel est plus doux que le sang (1927)), voire la scatophilie (Jeu lugubre) et à une période où la peur des femmes était une constante chez Dali[1]. Dali affirma être resté vierge avant sa rencontre avec Gala. La toile, peinte en parallèle au Portrait de Paul Éluard, partage avec ce tableau plusieurs éléments symboliques.

Description[modifier | modifier le code]

Comme souvent dans les toiles de Dali, le fond est constitué d'une plage et d'un ciel bleu typiques de la Méditerranée. Au centre se trouve une figure étrange, un visage humain distordu face à terre. La forme générale est celle des rochers du cap de Creus où le peintre se rendait régulièrement et où il acheta, l'année suivante, une maison de pêcheur[2].

Un buste féminin, aux traits de Gala, émerge du côté supérieur droit de cette figure. Elle est représentée au pied d'une figure masculine nue, sa bouche au niveau des parties génitales de l'homme, position suggérant une fellation à mettre en rapport avec le titre de l'œuvre alors que le personnage masculin, vu en contre-plongée, est réduit à sa partie basse : jambes, bassin, torse.

Sous la figure centrale en forme de visage se trouve une sauterelle, insecte lié à un sentiment de peur chez Dali et dont la tête est tournée contre le visage. Dans le paysage se trouvent trois autres figures, seules avec un œuf (symbole de fertilité), entre autres éléments éparses. Deux des personnages sont disposés de telle façon que leurs ombres se confondent alors que le troisième personnage semble en colère, marchant au bord de la toile.

Interprétation[modifier | modifier le code]

La toile dépeint les conflits intérieurs de Dali sur son orientation sexuelle après une longue période marquée par sa relation avec Lorca à Madrid avant sa découverte d’une femme[3]. Dali réutilisa très souvent la figure centrale du Grand Masturbateur dans ses toiles ultérieures, comme élément d’autoportrait, notamment dans La Persistance de la mémoire et L'Énigme du désir. Les trois petits personnages sur la plage ont été interprétés comme étant le couple Dali, Gala formant la même ombre, et Paul Eluard seul.

Des comparaisons furent faites avec des éléments de la toile de Jérôme Bosch Le Jardin des délices[4].

Histoire de la toile[modifier | modifier le code]

Dalí garda la toile dans sa collection personnelle, exposée au théâtre-musée Dalí de Figueres avant qu’elle fut transférée au musée Reine Sophia de Madrid[5].


Voir aussi[modifier | modifier le code]

références[modifier | modifier le code]

  1. (es) « Un estudio de Dalí alcanza el récord del artista en una subasta de Christie´s », El Mundo,‎ 9 février 201 (lire en ligne)
  2. (en) Ian Gibson, The Shameful Life of Salvador Dalí, W.W. Norton & Company,‎ 1987, 256 - 257 p. (ISBN 0-393-04624-9), « XIV », p. 71
  3. Edward Rubin, « The Great Masturbator In Retrospect: Salvador Dalí at the Philadelphia Museum of Art », NY Arts Magazine, lire en ligne.
  4. Félix Fanès, Salvador Dalí. The Construction of the Image 1925–1930, Yale University Press,‎ 2007 (ISBN 978-0-300-09179-3), p. 74
  5. (es) Jordi Busquets et J.J. Navarro Arisa, « El legado de Dalí se divide en dos bloques, con 56 obras para Madrid y 134 a repartir en Cataluña », El País,‎ 30 janvier 1990 (consulté le 29 mars 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]