Sola scriptura

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sola scriptura (ablatif latin signifiant « par l'Écriture seule ») est une expression latine désignant le principe protestant selon lequel la Bible est l'autorité ultime à laquelle les chrétiens et l'Église se soumettent, pour la foi et la vie chrétiennes. Elle fait partie des cinq solas.

La Bible porteuse de la Parole de Dieu[modifier | modifier le code]

À l'époque de Martin Luther[1], cette expression réaffirmait surtout l'importance de la Bible, face aux décrets qui venaient de l'Église médiévale, des conciles et du pape. Mais plus largement et plus profondément, face à la croyance catholique d'une révélation continue de Dieu à son Église guidée par l'Esprit Saint, face à la croyance orthodoxe d'une vérité issue du consensus des fidèles guidés par le même Esprit, le sola scriptura de la Réforme soumet la Tradition et l'Église à l'Écriture éclairée par le Saint Esprit, et leur dénie toute valeur normative.

Considérée comme porteuse de la Parole de Dieu, la Bible est à la fois le critère de l'autorité théologique et le seul guide, en dernière instance, pour la foi et la vie. Elle est éclairée par la prédication de ministres appelés par l'Église et formés par elle (mais le Saint Esprit peut appeler d'autres prédicateurs que seulement ceux-ci). À travers les témoignages humains qu'elle nous transmet, elle dessine des principes de vie à partir desquels s'exerce la responsabilité personnelle de chacun dans la soumission à la Parole dont elle témoigne.

Le principe du sola scriptura figure en tête des professions de foi de plusieurs dénominations chrétiennes issues de la Réforme, lui conférant ainsi une valeur d'article de foi.

Conceptions divergentes[modifier | modifier le code]

Certains des opposants au sola scriptura notamment chez les catholiques, affirment qu'aucun texte de la Bible ne vient réellement soutenir ce principe, de sorte que, selon eux, il aboutit à une contradiction, cet article de foi ne trouvant pas lui-même sa justification dans la Bible.

De plus, les catholiques affirment que ce principe crée une fausse opposition entre le « Jésus de l'Évangile » et le « Jésus de l'Eucharistie » : c'est la même Personne, sauf que Jésus est réellement présent dans l'Eucharistie, mais qu'il est spirituellement présent dans la Bible.

Le concile de Trente affirme qu'il n'y a aucune opposition entre la Parole de Dieu (l'Écriture et la tradition de l'Esprit) et le Corps de Dieu (l'Eucharistie).

En revanche, chez les protestants, l'affirmation de la Sola Scriptura est confirmée de manière explicite dans la Bible même. Notamment dans la deuxième lettre de Paul à Timothée, chapitre 3 verset 16[2].

De la Parole à l'Écrit[modifier | modifier le code]

Dans le protestantisme, la mise en œuvre de ce principe a entraîné des visions différentes.

En effet, pour certains, il y a identité complète entre la parole de Dieu et la Bible. Pour d'autres, cet écrit relate un témoignage humain (comme il est dit dans le cantique catholique Nous chanterons pour toi : Les mots de Dieu ont retenti / En nos langages d'hommes, / Et nos voix chantent Jésus-Christ / Par l'Esprit qu'il nous donne.). La plupart se situent entre ces deux extrêmes.

Les débats théologiques portent sur les points suivants :

Protestantisme classique et évangélique[modifier | modifier le code]

  • Y a-t-il un « canon dans le canon » (en l'occurrence la mort et la résurrection du Christ) qui permette de déterminer la valeur des autres textes, comme l'affirme le luthéranisme ?
  • Faut-il chercher dans l'Écriture elle-même, prise dans son ensemble, le sens d'un texte particulier (« scriptura interpres scripturae »), comme l'affirment classiquement les réformés et la plupart des Églises évangéliques ?
  • Faut-il considérer chaque texte, dans sa littéralité, comme exprimant pleinement la vérité, selon le principe de l' « inerrance » souvent affirmée par les fondamentalistes ?
  • Cette vérité impose-t-elle une certaine éthique, comporte-t-elle une seule vision du monde ?

Protestantisme libéral[modifier | modifier le code]

Faut-il au contraire ne voir dans la Bible qu'une formulation rapide des moyens du salut et comprendre extensivement ce sola scriptura, i.e. comme l'Écriture et tout ce que révèle le travail herméneutique, comme l'affirment Paul Ricœur (dans sa préface au Jésus de Bultmann) et les libéraux ?…

Bien que référence théologique, les libéraux ne considèrent pas la Bible comme un monument inamovible ; il n'y a pas, comme pour le mètre, une Bible étalon, ou, comme pour la déclaration universelle des droits de l'homme, une Bible faisant foi - ce qui est paradoxal.

Ces protestants établissent une référence autour de l'Écriture selon deux mouvements : l'un, pour remonter au plus près possible des temps et des événements relatés dans la Bible, pour en retrouver l'authenticité d'origine ; l'autre, pour traduire au plus près possible ces événements dans le cadre présent, pour en trouver l'authenticité actuelle.

Autorité et traduction[modifier | modifier le code]

Dès le départ, les Réformateurs ont réalisé un effort de traduction en langue vulgaire, pour rendre actuel le message de l'Écriture.

Dans un cadre défini, l'autorité d'une traduction plutôt que d'une autre se fait simplement par consensus, par adhésion, des croyants, selon la nature de la réunion, ou l'état d'esprit des participants. Les protestants se mettent simplement d'accord entre eux, par la discussion, l'écoute mutuelle, la réflexion personnelle. Pour assurer leur intime conviction, ils accordent une grande importance à la transparence du travail de traduction, à son histoire d'une traduction, à sa notoriété dans le milieu, la comparaison avec d'autres, à sa propre authenticité. Cette intime conviction se base non pas sur une seule traduction biblique, mais sur plusieurs. Le mouvement est similaire à celui qui est imposé par les évangiles, qui ne sont pas un, mais quatre ; il ne peut donc y avoir un évangile de référence, mais quatre.

Actuellement les Bibles les plus utilisées, à côté de l'ancienne Segond (1910 ou révisions de 1975 et 1978) sont la TOB, et la Nouvelle Bible Segond (NBS). Mais la traduction de Chouraqui, pour des études bibliques, ou celles en français courant (BFC) et en français fondamental (Parole de Vie) pour la catéchèse des enfants, le sont aussi.

Sur Wikipedia, l'article l'Arche de Noé présente sur un passage précis le point de vue de différentes approches de lecture.

De la Bible à l'Église et au monde[modifier | modifier le code]

Comment ce principe a-t-il été mis en pratique ? De tous les sola, celui sur l'écriture est le seul qui se rattache à un objet concret, par conséquent, il est le seul sur lequel il est possible de discuter de façon objective.

Ainsi, les protestants ont souhaité s'appuyer sur la Bible pour justifier auprès de tiers leurs choix de vie, d'Église, leurs choix politiques, sentimentaux, etc. Ils y sont parvenus, avec des fortunes diverses ; la réalité impose une certaine modestie.

La Révolte des Rustauds, par exemple, a confronté Luther à toute la difficulté de l'exercice. Ses positions avaient donné à des paysans l'espoir d'une vie meilleure, et, pour avoir des arguments et plus de force dans leurs revendications, ces paysans glissaient dans leurs revendications des passages bibliques pour défendre leurs intérêts. Mais Luther ne vit en eux aucun projet politique ou religieux, seulement des éléments de désordre social. Il y avait, selon lui, confusion entre les domaines religieux et les domaines communs. Luther décida de sauvegarder le domaine religieux, en s'associant avec la répression. Mais la répression fut d'une grande férocité, et Luther fut considéré comme hypocrite : un religieux, soucieux du bien général, connaissant si bien la Bible et donc, selon son approche, aussi près de la Parole de Dieu que l'on puisse l'être, aurait dû trouver une meilleure voie qu'une simple association avec les princes de ce monde, contre les pauvres de ce monde.

Mieux inspirée peut-être, la construction de la Pennsylvanie par les Quakers et les luthériens allemands, aux XVIIe et XVIIIe siècles, a montré une démarche collective pour mettre une foi à l'épreuve, et construire un monde plus juste.

Censé supprimer toute forme d'autorité terrestre pour libérer l'écoute de la Parole de Dieu, le Sola Scriptura n'a pas tardé à en susciter d'autres. Très vite, se croyant mandatés par leurs analyses bibliques, les réformateurs se sont donnés le droit de vie et de mort sur leurs prochains, ou le droit d'aménager le rôle des femmes.

Bien plus, ils ne tardèrent pas à adapter leur lecture de la Bible à leurs intérêts économiques aux dépens des plus faibles, commettant, individuellement et collectivement, les plus grands crimes. Ainsi, par exemple, les protestants ont eu une part active dans la traite des noirs, dans l'apartheid, part qu'ils justifiaient, en toute sincérité, par divers passages de la Bible.

Aujourd'hui, les protestants considèrent qu'il s'agissait de simples erreurs d'interprétation, qui ne sauraient remettre en cause le principe. Il est vrai que, si des protestants, s'appuyant sur la Bible, ont commis ces crimes, d'autres, s'appuyant sur la même Bible, les ont dénoncés et ont lutté pour le rétablissement de la justice. Dans l'ensemble, les protestants ont reconnu leurs erreurs, et ont su se réformer. Mais le mal a été fait, La Bible n'a pas été protectrice.

Un autre élément de discussion du Sola Scriptura, plus positif, a été apporté par Max Weber et la sociologie compréhensive. Il a été relevé depuis longtemps l'étonnant dynamisme économique des milieux protestants en occident. Ce dynamisme semble dû à une approche différente de la notion de travail dans ce milieu. Luther, en effet, a orienté sa traduction de la Bible de façon à ce que le travail soit considéré comme une vocation.

Ceci semble bel et bien être une invention de Luther. Mais doit-on l'interpréter comme une modification personnelle du texte biblique, qui serait une violation du Sola Scriptura ? Ou doit-on l'interpréter comme quelque chose que le Saint-Esprit aurait suggéré à Luther, donnant ainsi une portée inattendue aux conceptions du réformateur ? Il est impossible de répondre en toute objectivité à cette question. La sociologie compréhensive ouvre surtout des espaces à la subjectivité, et donc il serait maladroit de conclure.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Une description très documentée, par rapport à Luther et à Calvin, des rapports à la Bible, par l'église protestante réformée d'Alsace et de Lorraine.
Très proche du Sola Scriptura le plus exigeant, mais en admettant certains apports extérieurs : Néanmoins, l’Écriture n’est pas immédiatement identifiable à la Parole de Dieu. Elle nécessite l’action de l’Esprit-Saint qui lui donne sens, ou encore, par exemple : Il est essentiel de réaffirmer que la Parole de Dieu est une personne et non une doctrine ou un ensemble de vérités scripturaires.
Très critique face à l'église catholique, ces conceptions laissent toutefois quelques portes ouvertes à un rapprochement avec elle. D'abord en reconnaissant que les catholiques partagent également la Bible comme source et norme de leur foi, et aussi en reconnaissant l'intérêt de structurer l'église ; Le “sola scriptura” ne s’oppose pas à l’édification d’une structure ecclésiastique, dont la foi a besoin pour s’incarner dans une réalité terrestre. Mais la parole et la pratique de cette structure ecclésiastique ne doivent pas devenir des absolus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Annick Sibué, Luther et la Réforme protestante, Paris, Eyrolles, 2011, pages 106-108
  2. http://www.christocrate.ch/les-cinq-solas/

Voir aussi[modifier | modifier le code]