Rrose Sélavy

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Marcel Duchamp déguisé en Rrose Sélavy (photo de Man Ray, 1921).

Rrose Sélavy est un personnage fictif créé par l'artiste français Marcel Duchamp en 1920.

Histoire[modifier | modifier le code]

Son nom apparaît pour la première fois[1] sur une œuvre d'art, Fresh Widow[2], modèle réduit de fenêtre « à la française » (french window) ; le titre est donc un jeu de mot à partir de fresh/french et widow/window, fresh widow devenant en français « veuve fraîche ». La signature « Rose Sélavy », qui ne prend alors au prénom qu'un seul r, est inscrite sur la tablette. Celle-ci figurera plus tard, mais avec deux r à Rrose, dans une série de photographies réalisées par Man Ray, où Duchamp pose travesti en femme, maquillé et chapeauté. Duchamp signe Rrose Sélavy au moins trois ready made et un court-métrage.

Le nom choisi évoque la phrase « Éros, c'est la vie » : Duchamp affirme également qu'il a choisi le nom « Sélavy » pour sa sonorité juive[3]. Le double r du prénom évoque, lui, le double Ll commençant certains patronymes gallois, comme par exemple dans « Lloyd ». La première fois qu'apparaît cette nouvelle signature, c'est dans la revue de Francis Picabia intitulée 391, et plus précisément dans le supplément illustré de celle-ci, Le Pilhaou-Thibaou[4]. Duchamp signe également « Rrose Sélavy » une série d'étranges calembours, par exemple : « Conseil d'hygiène intime : il faut mettre la moelle de l'épée dans le poil de l'aimée. »

À partir de 1922, Robert Desnos reprend le personnage à son compte lors des séances de sommeil hypnotique qu'il pratique alors avec le groupe surréaliste et invente des aphorismes souvent en forme de contrepets approximatifs, poétiques et érotiques : « Suivrez-vous Rrose Sélavy au pays des nombres décimaux où il n'y a décombres ni maux ? » ; « Rrose Sélavy affichera-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans? » ; « Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres. »... Une partie de ces aphorismes sera reprise dans le recueil Corps et biens (1930), où ils apparaissent sous forme numérotée. Dans l'aphorisme numéro 13, Desnos reconnaît, pour qui sait lire, sa dette envers le père de Rrose : « Rrose Sélavy connaît bien le marchand du sel. »

En 1939, un recueil d'aphorismes paraît sous le nom de Rrose Sélavy, Poils et coups de pieds en tous genres, cette fois écrits par Duchamp.

Œuvres de Duchamp en rapport avec Rrose Sélavy[modifier | modifier le code]

  • Fresh Widow, New York, 1920
  • Bagarre d'Austerlitz, Paris, 1921
  • Belle Haleine, Eau de Voilette, New York, 1921
  • Why Not Sneeze, Rose Sélavy?, 1921
  • Anémic Cinéma[5], court-métrage, 7 min., 1926

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. François Caradec rappelle que Rose Sélavy est déjà évoqué antérieurement par Alphonse Allais : cf. Œuvres anthumes, Coll. « Bouquins », Laffont, 1989 et « The Polymyth » in Duchamp: Passim : A Marchel Duchamp Anthology, Anthony Hill (s/dir.), Gordon and Breach Arts International, 1994.
  2. Collection Centre Pompidou, version de 1964, en ligne.
  3. M. Duchamp, Duchamp du signe, ididem
  4. Publié le 10 juillet 1921. Source : Jennifer Gough-Cooper et Jacques Caumont, « Ephemerides on and about Marcel Duchamp and Rrose Sélavy » in Pontus Hulten (dir.), Marcel Duchamp: Work and Life, Cambridge, MIT Press, 1993.
  5. Anémic Cinéma sur Ubuweb.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Lartigue, Rrose Sélavy et caetera, le Passage, Paris, 2004, 167 p. (ISBN 2-84742-043-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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