Royaume du Bénin

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Royaume du Bénin

XIIIe siècle1900

Drapeau
Reconstruction du drapeau capturé en 1897 lors de la conquête du Bénin sans précisions sur son appartenance. L'original se trouve avec d'autres créations[1] au British National Maritime Museum à Londres[2]
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Territoire du Bénin en 1625

Informations générales
Capitale Edo
Histoire et événements
XIIIe siècle Fondation du royaume
XVe siècle Conquête d'Idah, Owo et Akure
1486 Premiers échanges avec le Portugal
1550 Apogée territorial
1900 Intégration au protectorat du Nigeria du Sud britannique
Obas
(1er) XIIIe siècle Oba Eweka
(Der) XIXe siècle Oba Ovoramwen

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le royaume du Bénin a été l'un des rares grands royaume d'Afrique de l'Ouest côtière à avoir atteint une taille importante en dehors de l'influence de l'islam, et avant tout contact avec les Européens[réf. nécessaire]. Son territoire correspond au sud-ouest de l'actuel Nigeria, sur une carte hollandaise de 1705, réimprimée en 1907 par sir Alfred Jones, le pays noté grand Bénin correspond à la partie du Nigeria située au sud-ouest du fleuve Niger, du Bénin actuel et d'une partie du Togo[réf. nécessaire].

Nom[modifier | modifier le code]

Benin est la prononciation portugaise du mot itsekiri Ubinu, qui signifie capitale, siège de la royauté et désignait la capitale Benin City. Le nom Ubinu vient lui-même du mot yoruba Oba, qui signifie gouverneur, et qui désigne chez les Yoruba un personnage sacré. Selon la tradition, le titre Oba aurait été adopté par la dynastie yoruba fondée par le prince Oranmiyan au XIIème siècle. Cette tradition orale ne permet pas de présumer quelle langue a fait un emprunt à l'autre[réf. nécessaire].

Les souverains Édo usaient auparavant du titre de Ogiso, qui signifie en langue édo roi ou roi divin, littéralement roi du ciel[3]. Ils appelaient leur royaume Igodo Migodo, du nom du légendaire fondateur en -355 de la dynastie des Ogiso, Igodo alias Oba Godo. Fils d'un ogiso exilé à Ifé, capitale des Yoruba, Oranmiyan aurait désigné son nouveau pays, avant d'en abandonner le trône à son fils Eweka et de s'exiler à son tour, comme Ile Ibinu, qui signifie en yoruba Terre de vexation. Les jeux de mots insultants sont universellement utilisés pour désigner l'ennemi[réf. nécessaire].

L'hégémonie de la ville de Bénin habitée par les Édo (plus de cinq millions aujourd'hui) sur les trente trois autres chefferies de langues édoïdes (aujourd'hui moins de 500 000 locuteurs chacune) est la raison pour laquelle les explorateurs portugais ont désigné l'ensemble de la région du nom de Bénin. Cependant cette hégémonie n'a pas toujours été, quand par exemple les Esan, littéralement les Fugitifs, ont, pour fuir le gouvernement du roi Ewuare, fonder des colonies dissidentes. Ce n'est donc que par extension que le nom de Bénin a été conféré par la République de 1967 à ce qui a été renommé le 17 mars 1976 État de Bendel, contraction de Benin et Delta, puis scindé le 27 août 1991 en État d'Edo et État du Delta[réf. nécessaire].

Les origines[modifier | modifier le code]

La création du royaume date du XIIIe siècle. La genèse est incertaine, mais certains écrits traditionnels racontent que les habitants d'Edo ont invité le prince Oranmiyan du royaume Yoruba voisin de Ife pour les protéger de la tyrannie des Ogisos. D'autres versions prétendent que le prince Oranmiyan a dirigé une invasion qui a rejeté les Ogisos qui dirigeaient la région depuis -355. Il est généralement admis qu'Eweka, le fils d'Oranmiyan, fut le premier Oba (roi) du Bénin.

Dans les premières étapes de l'émergence du royaume, le pouvoir restait au concile des chefs, le Uzama, avec le Oba à leur tête. Sous le règne du Oba Owedo, à la fin du XIIIe siècle le pouvoir commence à passer plus fermement dans les mains du Oba.

En Europe, il était connu avant le XVe siècle qu'au-delà du Maghreb, les Arabes obtenaient de l'or de peuplades noires.

L'âge d'or[modifier | modifier le code]

Plaque en laiton du XVIe siècle représentant l'entrée du Palais du Oba du Benin

L'âge d'or du royaume du Bénin commence avec Oba Ewuare, dit le Grand, qui régna de 1440 à 1473. Il commence par renforcer son pouvoir en créant d'autres catégories de chefs pour affaiblir le pouvoir du Uzama, et contrer les factions politiques. Il débute une série de conquêtes : Idah vers le nord, Owo et Akure en pays Ibo, à l'ouest du Niger. Le royaume devient un empire, et Edo, qu'il fait fortifier, en est la métropole. Le Oba a désormais une nature semi-divine, et Ewuare institue l'hérédité du titre[réf. nécessaire].

C'est à la fin du règne d'Ewuare, en 1472, que Ruy de Sequeira, un navigateur portugais, établit un premier contact avec le royaume du Bénin. Cependant, ce contact est sujet à controverse chez les historiens[Lesquels ?].

Le fils d'Ewuare, Ozolua le Conquérant, poursuit l'extension de l'empire. Lagos devient une ville de garnison pour les troupes. En 1486, un autre navigateur portugais, Joao Affonso d'Aviero, entre en contact avec le royaume et des échanges d'ambassadeurs entre les deux pays vont s'établir, ainsi que des échanges commerciaux : le Bénin envoie du poivre, des peaux de léopards, de l'ivoire, des vêtements traditionnels, des objets artisanaux de bois et de terre cuite. En échange, les Béninois reçoivent vêtements, lunettes... et surtout des armes à feu qui favorisent le pouvoir militaire et accélèrent encore l'expansion pendant tout le XVIe siècle. Les missionnaires portugais étaient censés convertir le Oba au catholicisme, mais la position de celui-ci en tant que chef du culte de son peuple fait échouer ce projet[réf. nécessaire].

C'est avec le fils d'Ozolua, Oba Esigie, qui règne de 1504 à 1550, que le royaume atteint son apogée, surtout dans le domaine des arts et de la culture. Des explorateurs anglais ont rapporté qu'Esigie pouvait lever une armée de vingt mille hommes dans la journée, et jusqu'à cent mille hommes si nécessaire. Esigie crée aussi le titre de reine-mère pour fêter sa mère Idia ; les plus anciennes têtes de reine en laiton, un des chefs-d'œuvre de l'art béninois, datent de cette époque[réf. nécessaire].

Esigie, dans un effort pour diffuser le christianisme auprès de son peuple envoie Ohen-Okun, le prêtre de Ughoton, comme ambassadeur auprès du roi du Portugal en échange de missionnaires catholiques, les deux rois échangent de nombreux cadeaux précieux. Esigie autorise aussi la construction d'églises dans les villes de Ogbelaka, Idumwerie et Akpakpava. L'église Aruosa de Benin City est une survivance de cette époque[réf. nécessaire].

La première expédition britannique au Bénin date de 1553. Rapidement des échanges commerciaux s'établissent, notamment d'ivoire, d'huile de palme et de poivre.

Le déclin[modifier | modifier le code]

En 1702, le Hollandais David Van Nyendal décrit le régime alimentaire typique du royaume à la fin de son âge d'or, à base de bœuf, mouton et poulet. L'influence du royaume diminue au XVIIIe siècle sous la poussée des Yorubas à l'ouest, des Britanniques au sud et des Nupes au nord. Cependant, elle reprend de l'essor au XIXe siècle avec le commerce de l'huile de palme.

La destruction[modifier | modifier le code]

Dans les années 1880 et 1890, la pression des Britanniques se fait plus forte. Pour préserver l'indépendance du royaume, le Oba restreint petit à petit les exportations jusqu'à ce que celles-ci ne se fassent plus qu'en huile de palme[réf. nécessaire].

En 1897, le lieutenant Phillips demande un rendez-vous au Oba Ovoramwen pour signer un traité demandant l'arrêt des sacrifices humains[réf. nécessaire]. Il se rend à Bénin City avec un détachement de neuf hommes, alors qu'il n'a pas encore reçu de réponse. Cette venue est prise comme un acte de guerre par les Béninois et le lieutenant Phillips ainsi que sept de ses hommes sont massacrés[réf. nécessaire].

Les Britanniques lancent une expédition punitive. Une force de 1 200 hommes, dirigée par l'amiral Harry Rawson, prend Bénin City, détruit la majeure partie du trésor royal et disperse le restant. Les restes de centaines de sacrifices humains seront découverts par les Britanniques[réf. nécessaire]. Le Oba est forcé à l'exil vers Calabar, une lointaine ville du Nigeria. Dès 1897, la province du Warri est séparée du reste du royaume. La guerre aboutit à la fin de l'indépendance du royaume en 1900 où le Bénin est incorporé dans l'empire colonial britannique à l'intérieur du protectorat du sud Nigeria.

La monarchie du Bénin est rétablie en 1914, mais le Oba n'a plus de réel pouvoir.

La chute de l'empire du Benin est racontée en 1973 dans le film Ovonwamren Nogbaisi du réalisateur et scénariste Olawale Rotimila.

De nombreuses peuplades[évasif] actuelles ont leurs origines dans le royaume du Benin : les Esans, les Ihohos, les Ikas... L'influence reste forte, même loin de ses bases : l'Itsekiri de Warri, l'Igbo de Onitsha et jusqu'au Kalabari Ijaw de Degema dans l'État de Rivers se réclament de la lignée royale Bini[réf. nécessaire].

En 1975, l'ancien Dahomey prend le nom de République populaire du Bénin en souvenir du Royaume du Bénin. Le nom de Bénin est conservé par ce pays lors de son changement de constitution en 1990.

Le Oba actuel, Solomon Erediauwa II, possède toujours, bien que ses fonctions ne soient pas officielles, une grande influence sur les peuplades des États nigérians actuels d'Edo et de Delta[réf. nécessaire]. Il a aboli les sacrifices humains, et conserve un rôle consultatif dans le gouvernement[réf. nécessaire].

Une grande campagne a été lancée pour récupérer les pièces d'art distribuées dans les musées du monde entier après la prise de Benin City en 1897.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Drapeau du gouverneur des Itsekiri.
  2. [1][réf. à confirmer]
  3. B. Amos & P. Girshick, The Art of Benin, p. 20, British Museum Press, Londres, 1995 (ISBN 0-7141-2520-2).