Pinus pinaster

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Le pin maritime, pin des Landes, pin de Corte ou pin mésogéen (Pinus pinaster), est une espèce de conifères de la famille des pinacées. Il est parfois confondu avec le pin d'Alep ou le pin de Calabre.

Description[modifier | modifier le code]

Rhytidomes du pin maritime.
Cône mâle de pin maritime
Pomme de pin maritime (cône femelle)

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

C'est un arbre qui peut atteindre 30 m de haut (en général de 20 à 30 m), qui arrive à maturité vers 40 ou 50 ans et qui peut vivre jusqu'à 500 ans[1].

L'écorce, gris pâle chez les sujets jeunes, devient rougeâtre puis rougeâtre-noir au fil de l'âge. Épaisse, elle se crevasse avec les années et les rhytidomes forment de grandes écailles. Le tronc du Pin Maritime est flexueux.

Les aiguilles, épaisses et rigides, sont groupées par deux (géminées). Leur section transversale a une forme semi-circulaire. Elles mesurent de 10 à 20 cm de long[1], sont persistantes, de couleur vert foncé et luisantes. La base des deux aiguilles jumelles est entourée par une gaine. Elle deviennent fauves en mourant, puis tombent. Elles se décomposent très lentement et forment une épaisse litière au pied de l'arbre.

Les arbres jeunes ont une forme assez régulière, conique. Les plus âgés, dégarnis à la base, ont un houppier plus dispersé, une cime irrégulière, plutôt plate et étalée.

L'enracinement est d'abord plongeant, puis traçant.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Cette espèce est monoïque ; les organes reproducteurs sont des cônes soit mâles, soit femelles, mais présents tous les deux sur le même individu. La floraison a lieu en France vers avril ou mai.

Les cônes mâles sont ovoïdes, écailleux, de couleur brun-orangé à maturité, et produisent une grande quantité de pollen jaune, dispersé par le vent (plante anémogame). Certaines années, la quantité de pollen produit est telle que près des arbres, les grains jaunes semblent pleuvoir. Ce phénomène est localement dénommé "pluies de soufre"[2].

Les cônes femelles, petits et discrets au départ, se transforment une fois fécondés en cônes d'assez grande taille. Tant qu'il reste sur l'arbre, ce cône est oblong, luisant et de couleur rougeâtre puis brun-roux. Les écailles portent sur leur côté externe une sorte d'écusson un peu saillant, caréné et épais.

L'ouverture des écailles libère des graines dotées d'une ailette. Elles sont disséminées par anémochorie. Les cônes peuvent mesurer de 10 à 18 centimètre de long et sont presque sessiles.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Cet arbre apprécie une exposition en plein soleil, dans un sol ordinaire mais toujours non calcaire (espèce calcifuge ; la présence de calcaire dans le sol provoque une chlorose). Il présente par contre une bonne adaptation aux sols acides et pauvres (podzols, sables dunaires), voire à l'hydromorphie (pour les individus de provenance aquitaine); il préfère les sols profonds, bien drainés, sur lesquels la croissance est plus rapide. Ses habitats types en France sont les bois méditerranéens sempervirents, les landes de Gascogne, et les zones sableuses en général. Il faut éviter de le planter sur les sols limono-sableux riches et sur les terres agricoles où il présente des défauts de forme et se montre très sensible aux attaques de la pyrale du tronc (Dioryctria sylvestrella). Il est de plus sensible aux fortes gelées (notamment les individus de provenance portugaise) et au bris de branches.

Cet arbre est commun sur les côtes de l'océan Atlantique et de la Méditerranée. Assez commun en France, Espagne, Italie, Portugal et Maroc, on le trouve aussi en Afrique du Sud où il est cultivé à grande échelle. On le trouve en France dans le massif forestier des Landes de Gascogne, dans la forêt de la Double (massifs forestiers du sud-ouest), mais également sur la côte méditerranéenne principalement en Corse, dans les Cévennes méridionales ou encore dans les massifs des Maures ou de l'Estérel, en Bretagne, en Sologne et dans la vallée de la Loire. L'espèce couvre actuellement plus de 10 % de la surface boisée française[3].

Il est considéré comme invasif dans de nombreux endroits : Afrique du Sud, Australie, Chili[4].

Historique[modifier | modifier le code]

En France, à l'instigation de l'agronome François Jules Hilaire Chambrelent, de nombreux pins maritimes furent plantés dans les Landes de Gascogne au XIXe siècle. Le but était multiple : assainir le sol marécageux, retenir les dunes, et fournir un arbre intéressant à exploiter à une population ayant à l'époque assez peu de sources de revenu[2].

Culture[modifier | modifier le code]

Début de l'exploitation[modifier | modifier le code]

Le reboisement[modifier | modifier le code]

  • La plantation représente 70 à 80 % des reboisements. On utilise généralement pour cela des plants de 6 mois, plantés à des densités initiales de 1100 (4,5 m × 2 m) à 1400 plants/ha (4 m × 1,8). Elle facilite et réduit les entretiens (démarrage rapide; absence de dépressage) et le peuplement obtenu est homogène.
  • Le semis représente 20 à 30 % des reboisements, préférentiellement sur landes sèches un ou deux et mésophiles. Il faut savoir que 2 à 3 kg de graines par hectare donneront au moins 10 000 plants/ha. Il est donc nécessaire de prévoir un ou deux dépressages avant la septième année (le premier à 3 ans, le deuxième à 6 ans) pour ramener la densité à environ 1200 tiges/ha.

Les entretiens[modifier | modifier le code]

La végétation du pin maritime est assez rapide ordinairement; il fait généralement des pousses de 30 à 40 cm de long chaque année. Des dégagements sur les lignes sont parfois nécessaires les deux premières années.

Il faut prévoir l'entretien des interlignes entre la deuxième et la quatrième année puis environ tous les 5 ans, notamment avant toute intervention sylvicole.

La sylviculture[modifier | modifier le code]

Elle correspond à la production de bois d'œuvre avec 3 à 4 éclaircies effectuées entre 10 et 30 ans laissant un peuplement final d'environ 300 tiges/ha pour un âge d'exploitation compris entre 35 et 50 ans.

Éclaircies[modifier | modifier le code]

La première éclaircie a lieu entre 10 et 15 ans suivant la densité du peuplement et la qualité de la station, lorsque la circonférence moyenne est comprise entre 40 et 60 cm. On enlève alors de 25 à 50 % du nombre de tiges. Il faut prévoir un cloisonnement d'exploitation pour des peuplements installés avec des interlignes de moins de 4 m (enlèvement systématique de 1 ligne sur 5) ou pour des peuplements issus de régénérations naturelles.

Les éclaircies suivantes interviennent dès que le couvert se referme, ce qui correspond à un accroissement en circonférence de 15 à 20 cm entre 2 coupes, soit un intervalle de temps de 5 à 10 ans suivant la densité du peuplement de la qualité de la station. À chaque passage, ce prélèvement est inférieur à 40 % du nombre de tiges. En général, 3 à 4 éclaircies sont nécessaires.

Élagage[modifier | modifier le code]

Cette intervention est recommandée pour la production de bois de qualité dans les peuplements les plus vigoureux présentant un nombre suffisant d'arbres d'avenir (supérieur à 400 t/ha).

Elle sera réalisée:

  • Sur au moins 3 m de haut et au moins 600 arbres/ha lorsque la circonférence moyenne est de 40 cm (avant la première éclaircie).
  • Puis éventuellement sur 5,5 m minimum sur au moins 400 arbres/ha lorsque la circonférence moyenne atteint 55 cm pour un objectif de production de bois d'œuvre de haute qualité. Cet élagage peut être certifié par les organismes de développement.

Coupe rase[modifier | modifier le code]

L'âge et la dimension d'exploitation sont fonction des qualités des stations et des objectifs économiques du sylviculteur.

Ce modèle de sylviculture doit permettre la récolte d'arbres d'environ 1,2 m3 entre 35 et 50 ans, avec une densité finale d'environ 300 tiges/ha en Lande de bonne fertilité ou 250 tiges/ha en lande sèche.

Problèmes phytosanitaire[modifier | modifier le code]

Le fomès ou polypore du pin (Heterobasidion annosum) est un champignon racinaire qui provoque la mortalité du pin maritime à tous les âges. Les sténographes, pucerons et les tordeuses de tiges sont aussi des ravageurs du Pin maritime. Cette espèce est aussi la cible de la chenille processionnaire. Introduit accidentellement au Portugal en 1999, un nématode originaire d'Amérique du Nord (Bursaphelenchus xylophilus) fait de nombreux ravages dans les forêts du pays, très peu de pins étant résistants. Son arrivée en France, naturellement via l'insecte vecteur ou accidentellement via les transports de bois, est malheureusement prévue pour 2025 (50% de probabilité). En France, il est principalement étudié par l'INRA d'Orléans[5].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Propriétés pharmacologiques[modifier | modifier le code]

Récolte de sève de pin maritime près de Nazaré au Portugal

Une étude slovaque parue en mai 2006 a montré que l'ingestion quotidienne de 1 mg/kg de pycnogénol, une molécule extraite de l'écorce de pin maritime, réduisait significativement les symptômes du trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité[réf. nécessaire].

Exploitation industrielle[modifier | modifier le code]

En Aquitaine, le pin a un poids économique indiscutable, avec 30 000 emplois directs, générant un chiffre d’affaires équivalent à celui des vins de Bordeaux. Il n'a néanmoins cessé de décliner depuis la concurrence des produits pétroliers vis-à-vis du gemmage, et la concurrence des bois d'importation (Nord de l'Europe, Sibérie…).

Gemmage[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Gemmage et Résinier.
Articles détaillés : Térébenthine et colophane.

Le pin maritime a été exploité par les résiniers depuis 2000 ans[réf. nécessaire], mais surtout à partir de 1860[réf. nécessaire], principalement pour en récolter la "gemme", c'est-à-dire la résine (une opération dite gemmage) dans les Landes de Gascogne. Les principaux produits obtenus à partir de la résine de pin maritime sont la térébenthine et la colophane.

Le gemmage a aujourd'hui presque disparu en France, où le pin maritime est aujourd'hui utilisé essentiellement pour son bois.

Bois d'exploitation[modifier | modifier le code]

Lors de l'exploitation forestière, le bois obtenu par abattage des Pins maritimes est trié en fonction de ses dimensions et de ses critères qualitatifs, puis est séparé en deux catégories :

  • Le bois d'œuvre provient de la partie inférieure du fût de l'arbre découpé en billons. Il sera réservé à des usages nobles tels que le sciage de bois de charpente, ou pour le caissage, pour le coffrage ou pour le déroulage réalisé pour la fabrication de contreplaqués
  • Les bois d'industrie sont les bois qui sont inutilisables en tant que bois d'œuvre à cause de leur petit diamètre (bois d'éclaircies ou cimes), de certains défauts (absence de rectitude, nœuds, fentes ou altérations par champignons ou insectes xylophages). Ils sont dirigés vers des industries lourdes de trituration et représentent la matière première essentielle des panneaux de particules ou de la pâte à papier.

Lorsqu'on l'utilise en bois de chauffage, on le dépouille auparavant de son écorce pour diminuer son odeur de résine qui peut être très forte.

Autres[modifier | modifier le code]

Les bourgeons de ce pin ainsi que l'essence tirée de ses aiguilles sont parfois utilisés pour la préparation de sirops, d'infusions et de pastilles contre la toux[2].

Classification et systématique[modifier | modifier le code]

Description de l'espèce et synonymes[modifier | modifier le code]

Cette espèce a été dénommée Pinus maritima Mill. et l'est toujours dans certaines publications, bien que cette appellation soit devenue obsolète[6],[7].

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

  • Pinus pinaster[8]
    • Pinus pinaster subsp. hamiltonii (Ten.) Villar; Pin des Landes, Pin maritime;
    • Pinus pinaster subsp. pinaster ?; Pin de Corte, Pin mésogéen.
    • Pinus pinaster subsp. renoui (Villar) Maire, endémique d'Afrique du Nord, classée par l'UICN comme espèce en danger[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Flore forestière française: Région méditerranéenne Par Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, Gérard Dumé, Institut pour le développement forestier (France), France. Direction de l'espace rural et de la forêt
  2. a, b et c R. Auger, J. Laporte-Cru, Flore du domaine atlantique du Sud-ouest de la France et des régions des plaines, CNDP,‎ 1982, 516 p. (ISBN 2 86617 225 6), p. 46
  3. Source ONF
  4. (en) Invasive Species Compendium, « Pinus pinaster »,‎ 2013 (consulté le 17 avril 2014)
  5. http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Le_nematode_du_pin_et_sa_dissemination__le_point_des_connaissances.pdf
  6. (en) MobileReference, The Illustrated Encyclopedia of Trees and Shrubs : An Essential Guide To Trees and Shrubs of the World, MobileReference (ISBN 1605014877, lire en ligne)
  7. (en) Steven Foster, Varro E. Tyler, Tyler's honest herbal : a sensible guide to the use of herbs and related remedies, Haworth,‎ 1999, 4e éd., 442 p. (ISBN 0789008750, lire en ligne), p. 202
  8. EUFORGEN Technical Guidelines for genetic conservation and use for Maritime pine (Pinus pinaster)
  9. A. (RBG Kew) 2007. Pinus pinaster ssp. renoui. In: IUCN 2012. IUCN Red List of Threatened Species. Version 2012.2.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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