Chablis (arbre)

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Chablis en forêt de Soignes (Belgique)
Ici, la chute d'un seul arbre a créé une trouée de lumière visiblement bénéfique à la régénération naturelle (forêt ancienne de la réserve naturelle norvégienne de Sjørlægda naturreservat à Vefsn)
La chute de ce Nothofagus dombeyi a créé un micro-habitat de type falaise, avec un mélange vertical de terre et de cailloux, qui a permis à des fougères de s'établir.

Un chablis (Cable[1], ou chable ou autrefois faux ventis[2]) est dans un sens restrictif un arbre déraciné sous l'action de différents agents naturels (vent, foudre, neige, chute d'un autre arbre) ou pour des raisons qui lui sont propres (vieillesse, pourriture, mauvais enracinement), sans intervention de l'homme, du fait d'un orage ou du vent notamment[2].

Si l'arbre est cassé au niveau du tronc, et non déraciné, on utilise le terme de volis. Par extension, chablis désigne alors aussi parfois la dépression due à un déracinement naturel.

Cependant, le sens plus large est celui d'un ensemble d'arbres renversés, le plus souvent par des vents violents[3]. Ainsi une rafale descendante ou une tornade sous un orage peut causer un corridor de dégâts en forêt qui sera appelé un chablis. Des vents violents généralisés peuvent également causer de tels chablis dans les endroits les plus exposés. Ainsi les tempêtes de décembre 1999 qui ont balayé l'Europe occidentale ont entraîné de vastes zones de chablis.

Sommaire

[modifier] Aspects économiques

Les arbres dans un chablis n'ont en général que peu de valeur marchande à cause des dégâts importants causés au bois en ces circonstances (fentes, casses, torsion)
Le bois est donc souvent laissé sur place où sa décomposition améliorera la qualité de l'humus forestier.
Le droit coutumier ancien européen ou français permettait parfois aux paysans de ramasser le bois mort ou celui des chablis, mais pas toujours ; ainsi ; à titre d'exemple au début du XVIIIe siècle (1737), des amendes de 50 livres sont « prononcées contre les gardes qui ne feront rapport, & le déposeront au Greffe, des Chablis qu'ils trouveront » (Tit. 17 art. I [4]) ; l'article 2 porte en outre « une amende arbitraire contre les officiers qui ne condamneront pas les délinquans au pied de tour pour les chablis ; et les articles 3&5 portent des amendes arbitraires contre les officiers & gardes-marteau qui ne marqueront pas les arbres chablis, & aussi qui vendront des arbres fourchés & ébranchés »[4]. Pour limiter le pillage des ressources et la dégradation des berges et la chute des arbres près des cours d'eau, des amendes sont prévues pour toute personnes trouvée en possession d'outils (scie, hache..) en forêt hors des routes. Il est aussi défendu de porter et allumer feu en forêt. Une amende de 100 livres est prévue contre « ceux qui tireront sables, terres, & autres matériaux à dix toises près des rivières navigables » [4]

Il peut encore être parfois vendu comme bois de chauffage, voire comme bois d'oeuvre quand il fait suite à une tempête et que le tronc n'a pas été abîmé en tombant.
En France, « M. Pecquet dans son commentaire historique et raisonné sur l'ordonnance de 1669, dit qu'avant cette ordonnance, il avoit été ordonné par plusieurs règlements, notamment celui du 6 octobre 1605, que les bois chablis ne seroient point employés en charbon, merrain à vins, pelles, fabots ni autres ourages ; mais en bois de chauffage, bois de corde & de traverse, excepté le chêne qui pourroit être écarri sur place pour ouvrage de charpente »[5]

[modifier] Aspects écologiques

Le chablis est l'un des stades naturels et normaux du cycle forestier tel qu'il se déroule dans la nature (sylvigenèse). Il se traduit par une trouée de lumière favorable à la régénération naturelle de la forêt.
Les modes de gestion sylvicole dits « proche de la nature » (type prosilva) cherchent - quand il s'agit d'exploiter la forêt en bouquets - à imiter les chablis naturels (trouées généralement de petite taille, touchant des peuplements plutôt anciens ou sénescents, et laissant une clairière dont le microclimat est favorable à la bonne croissance des plants naturellement issus de graines). Le forestier prend soin d'alors laisser au sol un peu de bois-mort qui contribuera à l'entretien de l'humus.

[modifier] Perspective historique

En Europe, le volume (en m3) de bois abattus par le vent connait une augmentation depuis 150 ans. Cette augmentation se décompose en trois phases :

  • De 1865 à 1950 : augmentation lente et régulière en « Europe Centrale et du Nord » (Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Danemark, Suède, Finlande). Variation marginale en « Europe de l'Ouest » (Irlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne).
  • De 1951 à 1981 : forte augmentation en « Europe Centrale et du Nord », augmentation lente et régulière en « Europe de l'Ouest ».
  • De 1982 à 2000 (dernière statistique disponible) : forte augmentation en « Europe Centrale et du Nord » et en « Europe de l'Ouest ».

Cette augmentation depuis 150 ans du chablis en Europe serait une conséquence du réchauffement climatique selon un rapport publié par le Parc Naturel du Morvan en 2006[6].

Cette augmentation peut selon les cas avoir diverses causes qui peuvent s'additionner ;

  • vieillissement naturel de certaines parcelles,
  • arbres moins profondément ancrés en raison d'un sol enrichi en nitrates en surface,
  • systèmes racinaires affaiblis (alternances de canicules et périodes pluvieuses aux hivers doux, engins forestiers trop lourds écrasant les racines et tassant les sols fragiles)
  • augmentation du nombre et de la force des tempêtes...
  • systèmes de coupes rases ou de lisières rectilignes favorisant les attaques d'insectes (par les scolytes notamment) et le renversement par le vent

Elle pourrait encore être renforcée à l'avenir en raison des dérèglements climatiques attendus.

[modifier] Voir aussi

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[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

[modifier] Notes et références

  1. Chailland (M.), Dictionnaire raisonné des eaux et forêts, Volume 1, digitalisé par google books
  2. a et b Michel Noël (M.) http://books.google.fr/books?id=gnwTAAAAYAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s Memorial alphabetique des matieres des eaux et forêts, pesches et chasses ...] (Livre digitalisé par Google) (voir p 460 de la version numérisée)
  3. (fr) Chablis, Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française. Consulté le 2008-02-07
  4. a, b et c Michel Noël (M.) Memorial alphabetique des matieres des eaux et forêts, pesches et chasses, 1737 (numérisation/Google)...
  5. Par Chailland (M.), Dictionnaire raisonné des eaux et forêts, Volume 1, Google books, voir article "Chablis" , page 111 de la version digitalisée
  6. (fr) Forêt et changements climatiques - IDF / CNPPF - P. Riou-Nivert, Séminaire forêt de la fédération des PNR - Saint-Brisson, 24 octobre 2006
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