Oleg Gordievsky

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Oleg Gordievsky avec le président Ronald Reagan.

Oleg Antonovitch Gordievsky (en russe : Олег Антонович Гордиевский) né le 10 octobre 1938 à Moscou, était un colonel du KGB. Chef de l'antenne du KGB à Londres, il fit défection pour le Royaume-Uni en juillet 1985. Il devint ainsi le transfuge le plus haut gradé du KGB.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Oleg Gordievsky fit ses études au MGUIMO, puis rejoignit les affaires étrangères. Il était en poste à Berlin-Est en août 1961, juste avant la construction du mur de Berlin. Il entra au KGB en 1963, et fut affecté à l'ambassade soviétique à Copenhague, au Danemark.

Agent double[modifier | modifier le code]

Au cours de son détachement au Danemark, Gordievsky devint désabusé quant à son travail et son pays, en particulier après l'invasion de la Tchécoslovaquie, en 1968. Ce désenchantement n'échappa pas au Secret Intelligence Service britannique, le MI6, qui envoya un agent de l'ambassade britannique prendre contact avec Gordievsky et lui proposer de devenir un agent de renseignement britannique. La valeur de la nouvelle recrue s'accrut de façon spectaculaire lorsqu'en 1982, Gordievsky fut affecté à l'ambassade soviétique à Londres en tant que résident du KGB (« rezident »), responsable de la collecte des renseignements soviétiques et de l'espionnage au Royaume-Uni.

Deux des plus importantes contributions de Gordievsky furent d'éviter le risque d'un conflit nucléaire avec l'Union soviétique, lorsque l'exercice Able Archer 83 de l'OTAN, en 1983, fut interprété par erreur par les Soviétiques comme une possible première frappe, et d'identifier Mikhaïl Gorbatchev comme le futur no 1, longtemps avant son arrivée au pouvoir.

Gordievsky reçut brusquement l'ordre de rentrer à Moscou le 22 mai 1985 et fut arrêté dans la datcha de l'un de ses supérieurs. On ignore comment le double jeu de Gordievsky fut mis au jour, mais par la suite les analystes du MI6 soupçonnèrent fortement Aldrich Ames, un agent de la CIA, qui avait vendu des secrets au KGB [réf. nécessaire]. D'autres versions affirment que c'est la découverte qu'Arne Treholt, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Norvège, transmettait des informations à l'URSS, qui mit la puce à l'oreille au KGB, qui aurait découvert que Gordievsky était à l'origine de cette[pas clair] fuite[1].

Défection[modifier | modifier le code]

Gordievsky fut interrogé par le KGB pendant plusieurs semaines et fut informé qu'il ne serait jamais plus envoyé en mission à l'étranger. Bien qu'ils le soupçonnassent d'espionnage pour une puissance étrangère, ses supérieurs ne semblaient avoir de preuve solide et, en juin 1985, il fut autorisé à regagner son appartement de Moscou, où il retrouva son épouse et ses deux enfants.

Gordievsky demeura très certainement sous la surveillance du KGB, mais il réussit à informer le MI6 de sa situation. Les Britanniques réactivèrent alors un plan d'évacuation mis au point depuis de nombreuses années pour les situations d'urgence comme celle-ci.

Le 19 juillet 1985, Gordievsky fit son jogging comme à son habitude, mais réussit à échapper à la surveillance du KGB et à prendre un train jusqu'à la frontière finlandaise. Là, il fut pris en charge par des voitures de l'ambassade britannique, qui le firent passer en Finlande, d'où il put gagner l'Angleterre. Gordievsky fut par la suite condamné à mort par contumace pour trahison, une condamnation qui ne fut jamais remise en cause par les autorités russes après la chute de l'URSS. Sa femme et ses enfants — en vacances en Azerbaïdjan, au moment de son évasion — furent autorisés à le rejoindre au Royaume-Uni, six ans plus tard, grâce aux pressions exercées par le gouvernement britannique, et personnellement par le Premier ministre Margaret Thatcher, au cours de ses rencontres avec Gorbatchev.

Développements récents[modifier | modifier le code]

Gordievsky, qui a écrit plusieurs livres sur le KGB, est fréquemment cité dans les médias en tant qu'expert sur le sujet. En 1990, il fut éditeur consultant de la revue Intelligence and National Security, et il travailla pour la télévision britannique dans les années 1990, y compris pour le jeu télévisé Wanted, sur Channel 4.

Gordievsky publia une lettre dans le Daily Telegraph, le 3 août 2005, accusant la BBC d'être « The Red Service » : « Écoutez attentivement les nuances idéologiques sur BBC Radio 4, la BBC, le BBC World Service, et vous vous rendrez compte que le communisme n'est pas une croyance en train de mourir. »

Gordievsky a été présenté dans le documentaire de PBS : Commanding Heights: The Battle for the World Economy (2002).

En 2007, une tentative d’assassinat aurait été entreprise contre Gordievsky : il perdit connaissance sans raison apparente et resta dans le coma pendant 36 heures.

Distinctions et décorations[modifier | modifier le code]

  • Après sa défection au Royaume-Uni et sa condamnation en URSS, Gordievsky a été déchu de toutes les décorations soviétiques et de son grade militaire de colonel du KGB.
  • Le 26 février 2005, il reçut un grade honorifique de docteur ès lettres de l'Université de Buckingham, une université privée, en reconnaissance des services exceptionnels rendus à la sécurité du Royaume-Uni.
  • En 2007 Gordievsky a été nommé Compagnon de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges (CMG) pour « services rendus à la sécurité du Royaume-Uni », à l'occasion de la célébration officielle de l'anniversaire de la reine (dans la liste diplomatique). Le journal The Guardian releva qu'il reçut « la même distinction que son collègue James Bond, personnage de fiction de la guerre froide ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabrizio Calvi et Olivier Schmidt, Intelligences secrètes. Annales de l'espionnage, Hachette, 1988, p. 133-134

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, Le KGB dans le monde, 1917-1990 (KGB: The Inside Story), Fayard, 1990 (ISBN 2213026009)
  • Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, Instructions from the Centre: Top Secret Files on KGB Foreign Operations, 1975-85, Hodder & Stoughton, 1991 (ISBN 0-340-56650-7)
    • Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, Comrade Kryuchkov's Instructions: Top Secret Files from the KGB's Foreign Operations, 1975-1985, Stanford University Press, 1993 (version augmentée de Instructions from the Centre)
  • Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, More Instructions from the Centre: Top Secret Files on KGB Foreign Operations, 1975-85, Frank Cass Publishers, 1992 (ISBN 0-7146-3475-1)
  • Oleg Gordievsky, Next Stop Execution (autobiographie), Londres, Macmillan, 1995 (ISBN 0-333-62086-0)
  • Jakob Andersen, Oleg Gordievsky, De Røde Spioner - KGB's operationer i Danmark fra Stalin til Jeltsin, fra Stauning til Nyrup, Copenhagen, Høst & Søn, 2002 (ISBN 8-7142-9856-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]